Les Évangiles canoniques ont longtemps constitué les seules sources sur la vie de Jésus de Nazareth. Les recherches plus récentes ont élargi la liste des documents utilisés notamment aux écrits apocryphes dont la valeur historique fait cependant l'objet de débats, entre autres sur leur fiabilité et leur datationMichel Quesnel, Les sources de la vie littéraire de Jésus, in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, p. 191.. Il existe également des sources non chrétiennes voire hostile au christianisme qui parlent du Nazaréen et de ses disciples. Aujourd'hui, l'existence de Jésus, de par la grande diversité de sources historiques est majoritairement admise par les historiens.

Généralités

La nécessité d'une approche historique et rationnelle de Jésus est apparue au avec Hermann Samuel Reimarus qui voulait retrouver le véritable enseignement de Jésus dégagé de celui des traditions. Au , il y eut de nombreux auteurs pour écrire une « vie de Jésus » à visée de reconstitution historique, comme celles d’Ernest Renan en France ou de David Strauss en Allemagne.

Ainsi que le dit Pierre Geoltrain, « Nul n'oserait plus, de nos jours, écrire une vie de Jésus comme celles qui virent le jour au . L'imagination suppléait alors au silence des sources ; on faisait appel à une psychologie de Jésus qui était le plus souvent celle de l'auteur. L'ouvrage d'Albert Schweitzer sur l'histoire des vies de Jésus a mis un terme à ce genre de projet. Quant à l'entreprise inverse, quant aux thèses des mythologues qui, devant les difficultés rencontrées par l'historien, ont pensé les résoudre toutes en expliquant les Évangiles comme un mythe solaire ou un drame sacré purement symbolique, elle ne résiste pas à l'analyse. L'étude des Évangiles permet de dire, non seulement que Jésus a existé, mais encore bien plus »Pierre Geoltrain, Encyclopædia Universalis, art. Jésus, 2002.. Des auteurs tels que Joseph Klausner, Rudolph Bultmann, Daniel Marguerat... avancent que le Jésus qui a existé n'est pas celui que présentent les Évangiles.

Albert Schweitzer, dans son Histoire des recherches sur la vie de Jésus publiée en 1906 (jamais traduite en français), a mis en évidence qu'il n'est pas possible d'avoir une représentation fidèle de Jésus. Les éléments les plus complets disponibles sur sa vie sont des écrits qui ne sont pas des comptes rendus rigoureux mais des témoignages attribués à des disciples qui les ont rédigés des années après les événements, et les ont interprétés d'après les prophéties de l'Ancien Testament et selon une perspective eschatologique, à une époque où la notion d'exactitude historique n'existait pas.

Cependant, les textes constituent des sources d'étude valables à condition qu'ils soient soumis à la critique. L’étude des premiers temps du christianisme, l'exégèse biblique et l'examen d'autres textes comme les apocryphes, constituent aujourd’hui une discipline à laquelle contribuent en commun des chercheurs quelles que soient leurs convictions et leur appartenance religieuse.

Les sources chrétiennes Les sources canoniques

Le Nouveau Testament est l’ensemble des écrits canoniques des Églises chrétiennes. Pris dans son entier, c'est la source la plus complète dont on dispose concernant la vie et l'enseignement de Jésus.

Reconstituer une vie de Jésus en extrayant des textes divers épisodes articulés dans une logique chronologique ne saurait toutefois être assimilé à une biographie aux qualités historiennes. Ainsi, l'exégèse historico-critique montre que chacun des textes évangéliques a un message précis, différent et même parfois concurrent des autres.

Les Évangiles

Les Évangiles selon Matthieu, Marc et Luc, qui racontent l'histoire de Jésus d'un point de vue relativement semblable, sont dits « synoptiques ». L'évangile selon Jean relève d'une autre christologie. Le premier des évangiles à avoir été rédigé semble être celui selon Marc. Les parties communes à Matthieu et à Luc dépendent sans doute, selon la majorité des chercheurs, d'un document plus ancien mais perdu appelé source Q. Dans leur état actuel, les évangiles datent vraisemblablement d'entre 68 et 110Michel Quesnel, Les sources littéraires de la vie de Jésus, in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. 191; Daniel Marguerat (dir), Introduction au Nouveau Testament, éd. Labor et Fidès, 2004 ( éd.).. Ils sont le fruit d'un long processus de recueil de paroles et leur agencement est organisé à la manière d'une Vie (une Vita) à l'antique, qui n'est pas une biographieJacques Schlosser, A la recherche du Jésus historique : un innovateur ou un rénovateur ?, op. cit., p. 133..

Les Actes des Apôtres

Les Actes des Apôtres, vraisemblablement rédigés par l'auteur de l'évangile selon Luc autour de l'année 80, retracent les débuts des premières communautés chrétiennes à partir de la Pentecôte qui, pour cet auteur proche de Paul de Tarse, préfigurent lÉglise universelleDaniel Marguerat, Le monde des Actes des Apôtres, in Les Premiers Temps de l'Église, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004, p. 226.. Ils racontent le début de la diffusion de ce qui est alors obscur courant du judaïsmeIbid., dans certaines parties de l'Empire romain, dans une vision centrifuge à contre-courant de l'eschatologie juive centrée sur Jérusalem.

Les Épîtres

Les Épîtres de Paul, où se trouve le passage qui constitue la mention la plus ancienne du christianisme concernant la mort et la résurrection de Jésus ., sept autres Épîtres, dites catholiques - c'est-à-dire, alors, adressées à toutes les communautés chrétiennes - et l'Apocalypse forment un corpus qui témoigne de la réflexion des premiers disciples sur Jésus. Leur rédaction prend place entre 50 et 65 mais elles ne fournissent que peu de renseignements sur la vie de JésusMichel Quesnel, Les sources littéraires de la vie de Jésus, op. cit., p. 191..

Les écrits apocryphes

Les textes apocryphes comprennent, entre autres, le Protévangile de Jacques (un récit de l'enfance), lÉvangile selon Thomas (recueil de logia), lÉvangile de Nicodème et les Actes de Pilate (descente aux Enfers) ou encore lHistoire de Joseph le charpentier. Ces écrits apocryphes ont été édités dans la collection de la PléiadeSous la direction de Pierre Geoltrain.. Ils sont pour la plupart disponibles en ligne dans des traductions anciennes Apocryphes en ligne..

Des études sont consacrées à ces écrits que l’Église catholique a rejetés du canon. Elles montrent que l’Église a puisé dans ces textes, de manière non avouée, de nombreux éléments pour les intégrer dans la « tradition chrétienne »Enrico Norelli, Marie des apocryphes, éd. Labor et Fides, 2009..

Autres sources chrétiennes

Les agrapha, mot signifiant « choses non écrites », sont des paroles de Jésus qui ne se trouvent pas dans les textes canoniques. Certaines d'entre elles pourraient être authentiques. Elles proviennent de variantes des Évangiles ( codex de Bèze, Lc 6,5 : « Le même jour voyant quelqu'un travailler le jour du sabbat, il lui dit : homme, si tu sais ce que tu fais, tu es heureux ; mais si tu ne le sais pas, tu es maudit et transgresseur de la loi » cf. TOB), de citations des pères de l'Église ( « Demandez de grandes choses et les petites vous seront ajoutées », 1, 24, 158, 2.), des papyri d'Oxyrhynque (« Celui qui aujourd'hui est loin, demain il sera proche de vous »Papyrus d'Oxyrhynque 1224.), des textes apocryphes du Nouveau Testament comme l'évangile selon Thomas (« Heureux l'homme qui a souffert ; il a trouvé la vie »Évangile selon Thomas, 58.) et l'Évangile des Nazaréens.

Les écrits des pères apostoliquesLes Pères apostoliques, texte intégral sur le site des Éditions du Cerf. (Didachè, épître de Clément de Rome, homélie du , les Lettres d'Ignace d'Antioche, lettres de Polycarpe de Smyrne, lettre de l'Église de Smyrne sur le martyre de Polycarpe, lettre de Barnabé, lettre à Diognète, fragments de Papias d'Hiérapolis, le Pasteur d'Hermas) sont ceux dont les auteurs, sans avoir connu Jésus, ont vécu au temps des apôtres. Ceux des autres pères de l'Église (Justin Martyr, Irénée de Lyon, Hippolyte de Rome, Origène, Clément d'Alexandrie, Tertullien, Cyprien de Carthage, Lactance) vont du au .

Les sources non chrétiennes Flavius Josèphe

Il n'existe aucun acte officiel des autorités romaines se rapportant à Jésus. Le premier chroniqueur qui évoquait Jésus vers 94 serait Flavius Josèphe, romain d'origine juive né en 39. Son témoignage, ou pseudo-témoignage selon les points de vue, est connu sous son nom latin de Testimonium flavianumAntiquités judaïques, 18, 63-64. : « Vers le même temps vint Jésus, homme sage, si toutefois il faut l'appeler un homme. Car il était un faiseur de miracles et le maître des hommes qui reçoivent avec joie la vérité. Et il attira à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs. C'était le Christ. Et lorsque sur la dénonciation de nos premiers citoyens, Pilate l'eut condamné au crucifiement, ceux qui l'avaient d'abord chéri ne cessent pas de le faire, car il leur apparut trois jours après ressuscité, alors que les prophètes divins avaient annoncé cela et mille autres merveilles à son sujet. Et le groupe appelé d'après lui celui des Chrétiens n'a pas encore disparuTraduction de Harmand, Sur le site remacle.org.. »

Flavius Josèphe évoquait aussi Jésus quand il relatait la mort de Jacques, à l'instigation du grand-prêtre Anân (Antiquités judaïques, 20, 200) : « Comme Annan était tel et qu'il croyait avoir une occasion favorable parce que Festus était mort et Albinus encore en route, il réunit un sanhédrin, traduit devant lui Jacques, frère de Jésus appelé le Christ, et certains autres, en les accusant d'avoir transgressé la loi, et il les fit lapiderIbid.. »

Il n'existe pas de consensus sur ce qui est authentique et ce qui ne l'est pas dans ce texte, transmis par des manuscrits chrétiens datant de l'Antiquité tardive. Les avis des spécialistes vont de l'interpolation complète à l'authenticité complète en passant par l'interpolation partielle.

Auteurs gréco-romains

Dans une lettre à Trajan en 111 ou 112Lettre 96 (97) du livre X de sa correspondance., Pline le Jeune demande à l'empereur la conduite à tenir à l'égard des premiers chrétiens de Bithynie. Il y est écrit qu'« ils s'assemblent, à jour marqué, avant le lever du soleil ; ils chantaient tour à tour des hymnes à la louange du Christ, comme en l'honneur d'un dieu ; ils s'engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, de brigandage, d'adultère, à ne point manquer à leur promesse, à ne point nier un dépôt ; après cela, ils avaient coutume de se séparer, et se rassemblent de nouveau pour manger des mets communs et innocents. »