John Mackinnon Robertson, né le sur l'île d'Arran à Brodick et mort le à Londres, est un écrivain écossais, philosophe, érudit, autodidacte, journaliste, sociologue, homme politique, économiste, défenseur de la laïcité, de la thèse mythiste concernant le Christ et du rationalisme.
Biographie Débuts thumb|left|La baie de Brodick sur l'île d'Arran (Écosse). John Mackinnon Robertson naît le , à Brodick, sur l'île écossaise d'Arran Odin Dekkers, « Robertson and Shaw: An « Unreasonable Friendship » », English Literature in Transition, 1880-1920 - Volume 39, Number 4, 1996, , . Très jeune, il s'installe, avec ses parents, à Stirling, à la frontière entre les Lowlands et les Highlands écossais. En 1869, il quitte l'école à l'âge de treize ans, car ses parents ne peuvent lui offrir une éducation supérieure. Robertson devient alors, pendant huit ans, employé de bureau, d'abord pour le télégraphe des chemins de fer, ensuite pour un bureau d'assuranceRenseignements tirés de The Thoemmes Continuum Encyclopedia . Ces emplois ne l'empêchent pas, grand autodidacte, d'être un lecteur vorace John Edwin McGee, A History Of The British Secular Movement, E. Haldeman-Julius, . Il a le projet de faire de la littérature et il se forme de façon autonome dans ce but. Bientôt, il acquiert une érudition qui a dû impressionner ses collègues employés. Afin d'élargir sa connaissance de la littérature européenne, il étudie assidûment les langues et en apprend six ou sept. À l'âge de quinze ans, il fait ce projet : En 1877, à l'âge de vingt-et-un ans, Robertson fait la connaissance du critique littéraire William Archer, qui devient son meilleur ami. Or, depuis 1875, William Archer est un des principaux rédacteurs des Edinburgh Evening News, un journal très radical dont le rédacteur en chef est alors un disciple du philosophe et sociologue Herbert Spencer. Archer, impressionné par les qualités intellectuelles de Robertson, le recommande pour devenir son successeur aux Evening News, lorsqu'il décide de s'installer à Londres en 1878.
Un libre-penseur vignette|upright|Charles Bradlaugh.
C'est ainsi que, la même année, Robertson rejoint, à Édimbourg (Écosse), l'équipe des Edinburgh Evening News, comme l'un des rédacteurs principaux. Grâce à ses lectures et à sa propre réflexion, il adopte des opinions religieuses marquées par le scepticisme. Mais il devient libre-penseur accompli grâce à une conférence sur Giordano Bruno prononcée à Édimbourg, en septembre 1878, par Charles Bradlaugh, défenseur britannique de la libre-pensée et de la laïcité. Il se rapproche alors activement de lEdinburg Secular Society, branche locale de la National Secular SocietyPour une histoire brève de la N.S.S., voir et devient leader d'un groupe de jeunes partisans dédiés à la défense de la laïcité Premières pages de l'article d'Odin Dekkers, « Robertson on Carlyle: A Rationalist Struggling with Victorianism », in C. C. Barfoot (dir.), Victorian Keats and Romantic Carlyle: The Fusions and Confusions of Literary Periods, Coll. DQR Studies in Literature, Rodopi B.V., Amsterdam-Atlanta, GA 1999, pp.267-182, . À partir de 1883, Robertson produit des contributions régulières pour le National Reformer, organe officiel de la National Secular Society dont Charles Bradlaugh est alors le rédacteur en chef.
À l'automne 1884, la libre-penseuse féministe et socialiste Annie Besant, alors la plus proche collaboratrice de Bradlaugh, convainc Robertson de s'installer à Londres (Angleterre) pour devenir rédacteur en chef adjoint du National Reformer. Roberston s'intègre alors rapidement aux cercles progressistes londoniens. Ami intime du dramaturge irlandais Bernard Shaw, il se rapproche un temps de la Fabian Society, mouvement intellectuel socialiste, mais, finalement, reste fidèle au type de libéralisme radical, au sens anglais, défendu par Charles Bradlaugh. En 1887, Robertson rédige un pamphlet, « Why Preserve the Monarchy » (« Pourquoi conserver la monarchie ») dans lequel il propose de supprimer la fonction royale, arguant qu'il s'agit d'une . Il écrit également des articles en forme de plaidoyer en faveur du contrôle des naissances. Robertson succède à Charles Bradlaugh, lorsque celui-ci meurt en 1891.
L'influence du Reformer a déjà commencé à décliner. Robertson poursuit la même politique éditoriale que Bradlaugh. Mais le nombre des abonnés diminue, laissant craindre la fin de la publication.
L'année 1892 est, pour Robertson, une année de changement : d'une part, il épouse, à l'âge de trente-six ans Justin Wintle, Makers of nineteenth century culture: 1800-1914, 2, Routledge & Kegan, 1981; Routledge, Londres, 2002, , , une Américaine de l'Iowa Walter P. Weaver, The historical Jesus in the twentieth century, 1900-1950, Trinity Press International, 1999, , dont il aura une fille; d'autre part, il se retire de l'exécutif de la National Secular Society, en désaccord avec l'utilisation des fonds alloués au mémorial de Charles Bradlaugh. En mai 1893, il quitte officiellement la Society, après que la Conférence Annuelle a approuvé la décision de l'exécutif, source du désaccord. Le de la même année, le National Reformer sort son dernier numéro. Robertson qui souhaite une revue de meilleure qualité, est déjà à la direction de la revue Free View qui paraît à Londres dès ce moment« Variétés - I - Une étude sur M. Glastone », in Revue politique et parlementaire, année 2, tome 4, , 1895, . Il y reste deux ans, jusqu'en septembre 1895, publiant les quatre premiers volumes et profitant de ce temps pour faire avancer les débats autour des thèmes progressistes, sociaux, politiques ou religieux délaissés, voire méprisés, par les opinions établies Edward Royle (dir.), Religion, Radicalism & Freethought in Victorian & Edwardian Britain, EP Microform Ltd, East Ardsley, Wakefield, Yorkshire W3 2AT, Angleterre, et 20, .
En 1897 et 1898, Robertson effectue une tournée de conférences très réussie aux États-Unis d'AmériqueLes Disciples et Admirateurs d'Auguste Comte, et leurs Œuvres . Cette même année 1898, en compagnie de George William Foote, fondateur du journal The Freethinker, George Holyoake, l'inventeur du mot anglais secularism et Charles Watts, Robertson coopère avec Bernard Shaw, l'homme politique socialiste Henry Hyndman et d'autres partisans de la laïcité, dans un « Comité de défense de la presse libre » créé pour protester contre la poursuite de George Bedborough, secrétaire de la « Legitimation League ».
Cette ligue avait été fondée en 1893 à Leeds, dans le nord de l'Angleterre, afin de militer en faveur de l'égalité des droits des enfants illégitimes. Mais, en 1897, la ligue centrait de plus en plus son action sur la défense de l'amour libre et de l'abolition du mariage conventionnel. Une revue, The Adult, sous-titrée The Journal of Sex, avait été lancée en juin de cette année-là pour soutenir les thèmes de la liberté de la femme par rapport à son mari, du divorce par consentement mutuel, de l'éducation sexuelle des enfants. Bedborough était poursuivi, d'une part, pour avoir vendu un ouvrage du sexologue et médecin britannique Henry Havelock Ellis et d'autre part, parce qu'on soupçonnait la League de donner refuge à des anarchistes Edward Royle (dir.), Religion, Radicalism & Freethought in Victorian & Edwardian Britain, EP Microform Ltd, East Ardsley, Wakefield, Yorkshire W3 2AT, Angleterre, , ..
Finalement, et à la grande déception de son comité de défense, Bedborough plaide coupable, afin d'échapper à l'emprisonnement.
En 1899, Robertson se prononce en quatre points, dans The Reformer, contre la guerre : L'Humanité nouvelle, année 3, tome 1, volume 4, 1899, , .
En 1910, Robertson, fonde, avec Hypatia Bradlaugh Bonner, la fille de Charles Bradlaugh, la Rationalist Peace SocietyCourte présentation en ligne.
Son but est de : , dans un contexte de controverse croissante à propos de la guerre, juste avant la Première Guerre mondiale. Parallèlement, de 1910 à 1921, Robertson est président de la Rational Press Association. Robertson poursuit son action de libre-penseur en donnant des conférences, de 1899 à 1920, rémunéré par la , organisation de libre-penséeCf. article John Mackinnon Robertson. Il est président, une première fois en 1920, de la , union d'associations libérales anglaises et écossaises, puis de nouveau de 1921 à 1923. Robertson est également membre du Rainbow Circle, un important groupe de discussion radical, apparu en 1893, à Londres et composés de libéraux, de Fabiens et de socialistes.
Un philosophe thumb|left|upright|Henry Thomas Buckle, 1857
Du point de vue philosophique et sociologique, Robertson est influencé par l'historien britannique Henry Thomas Buckle à qui il consacre un ouvrage en 1895 Buckle and His Critics: A Study in Sociology, Swan Sonnenschein, London, 1895. À sa suite, Robertson pense que l'extension graduelle de la connaissance et de la raison peut participer à l'élaboration d'un monde meilleur. Selon lui, la découverte des lois de l'évolution par Charles Darwin constitue une des plus grandes contributions à la connaissance de son temps. La prise en compte de l'évolution pourra permettre, par son potentiel explicatif, de faire reculer les croyances religieuses. Darwin a prouvé, selon Robertson, le caractère « naturel » de l'évolution. Cette évolution peut et doit être stimulée mais jamais forcée.
Cela explique que Robertson ne peut adhérer aux idéologies révolutionnaires du socialisme et du marxisme, ou à la théorie de Thomas Carlyle selon laquelle la civilisation avance à coup de crises et de sursauts, sous l'influence de « grands hommes ». C'est dans cette optique que Robertson reste continuellement fidèle au credo libéral.
Robertson a toujours défendu l'« évangile » de la cohérence. Pour lui, la cohérence dans le raisonnement est le test ultime de la vérité, la règle principale de la vie intellectuelle. Ainsi, il considère que les esprits trop religieux ne respectent pas la nécessaire cohérence intellectuelle : ils appliquent un certain nombre de règles intellectuelles à leur pensée religieuse et raisonnent tout autrement par ailleurs. Cela ne peut être, pour Robertson, qu'un empêchement grave au progrès de la société.
Un économiste