vignette|Le blason de Strasbourg. Strasbourg est une ville du Nord-Est de la France, située sur la rive gauche du Rhin. Fondée par les Romains en 12 av. J.-C., la ville passe sous le contrôle des Mérovingiens au avant d'être rattachée au Saint-Empire romain germanique. D'abord siège d'une principauté épiscopale, elle devient une ville impériale libre en 1262. Rayonnante durant tout le Moyen Âge, la cité-État est conquise par Louis XIV en 1681. Puis, entre 1870 et 1945, Strasbourg va changer quatre fois de nationalité. Elle est aujourd'hui une ville symbole de la réconciliation franco-allemande.
Préhistoire et Antiquité Les premières traces d’occupation humaine sur Strasbourg et ses alentours remontent à –600 000 et de nombreux objets du Néolithique, de l’âge de bronze et de fer ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques. Mais c’est aux environs de 1300 av. J.-C. que date l’installation durable de peuples protoceltes. Vers la fin du le site est devenu une bourgade celte du nom d’Argentorate, dotée d’un sanctuaire et d’un marché. Grâce à d’importants travaux d’assèchement, les maisons sur pilotis cèdent leur place à des habitations bâties sur la terre ferme. thumb|La frontière rhénane de l'Empire romain du temps de Julien. Les Romains arrivent en Alsace en 58 av. J.-C. Une idée reçue veut que le général Drusus, frère de Tibère, fait construire en l’an 12 av. J.-C. sur le site de Strasbourg un camp militaire sur l’emplacement d’une petite cité gauloise. Ce camp érigé entre deux bras de l’Ill prend le nom romain d’. Les fouilles archéologiques qui ont mis au jour d’importants vestiges de bains, de résidences et d’un hôpital militaire, complétées par l’analyse des sources littéraires et épigraphiques, permettent de retracer l’histoire antique de Strasbourg-Argentorate et montrent que le camp romain sur ce site ne date que de Gertrud Kuhnle, « La présence militaire à Argentorate », in Dossiers d'Archéologie, n° 420, novembre-décembre 2023, Strasbourg, 2 000 ans d'histoire, p.20-25. Il abrite dans un premier temps un poste militaire surveillant des voies romaines dans la province de Germanie supérieure puis prend progressivement de l’importance. Il est caractérisée par l’installation de la légion entre 15 et 43, l’absence d’une légion entre 43 et les années 90, puis par la longue présence, à partir des années 90, de la légion Auguste qui s’établit dans un camp couvrant . Au , les soldats de cette légion érigent un mur d’enceinte en pierre calcaire à la place du rempart initial en terre et en bois. Promue au rang de colonie militaire où les légionnaires installent leurs familles, Argentorate est déjà un carrefour commercial, notamment pour le trafic fluvial au niveau du port de Strasbourg (installé aux abords de l’église Saint-Thomas) qui importe des amphores et des produits manufacturés, et exporte des vins d’Alsace et les poteries des ateliers de Heiligenberg. La ville reste néanmoins essentiellement militaire et donc totalement dépendante de cette activité. Au cours des , avec l’agrandissement de l'Empire romain, qui était un camp en retrait du limes du Rhin (zone frontière de l'empire) devient une importante base d'intendance et de repli pour les troupes romaines installées en Germanie. Mais en 260, les légions quittent la Germanie et Strasbourg devient un camp montant la garde du limes face aux Barbares d'outre-Rhin puis une forteresse abritant quelque légionnaires.
Après l’an 320, le camp n’accueille plus qu’un millier de militaires, mais de plus en plus de civils : la forteresse devient ville. En 355, elle est saccagée par les Alamans. Le César Julien reconquiert la ville en 357 après une victoire décisive sur les Alamans lors de la bataille de Strasbourg. Mais en 406 les Germains envahissent à nouveau la Gaule puis, en 451, la ville est complètement détruite par Attila.
Moyen Âge Une ville épiscopale en développement
thumb|left|Les ponts couverts du . Elle est restaurée sous le nom de Strateburgum en 496 par les Francs qui favorisent le développement de la ville, après la conversion de Clovis au christianisme. En effet, Argentorate est l’une des rares villes de la région à être le siège d'un évêque, véritable gouverneur de l’époque. En cette période de paix, la ville se développe à nouveau. Les évêques successifs étendent leur pouvoir dans toute l’Alsace. Dès le , sous l’impulsion de l’évêque Arbogast de Strasbourg, une première cathédrale et un couvent sont édifiés. Vers 720, la première abbaye est construite à la demande du duc d’Alsace Adalbert. La majorité des travaux d’urbanisme étaient alors effectués par les moines qui, par ailleurs, soignaient les malades et travaillaient la terre.
Sous l’ère mérovingienne, Strasbourg devient ville royale mais reste de taille très modeste. Au , la ville compte . Les activités sont essentiellement agricoles mais on exporte déjà du vin, du blé et du bois de chêne vers l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Angleterre et la Scandinavie. En 842, la ville accueille Charles le Chauve et Louis le Germanique qui s’allient contre leur frère Lothaire pour le partage de l’Empire légué par leur grand-père Charlemagne et prononcent les Serments de Strasbourg, le plus ancien texte rédigé en langue romane (ancêtre du français, entre autres) et en langue tudesque (ancêtre de l’allemand). À l’issue de ce conflit en 843, le traité de Verdun attribue Strasbourg à Lothaire. Mais peu après sa mort, en 870, la ville revient à la Louis le Germanique. Strasbourg obtient alors le droit de justice et celui de battre monnaie. En 962, Otton le Grand fonde le Saint-Empire romain germanique et s’appuie sur l’Église en lui octroyant des pouvoirs temporels forts. Strasbourg va alors connaître une période d’expansion : une nouvelle enceinte fortifiée est construite vers 1100 et un premier hôpital voit le jour.
En 1160 on décide de remplacer la cathédrale Wernher (du nom de l’évêque qui demanda sa construction), qui est pourtant de dimensions imposantes, par un édifice grandiose. En seulement deux siècles, la ville passe de à et devient l’une des plus grandes villes du Saint-Empire. À partir de 1228, les quartiers maraîchers font à leur tour partie intégrante de la cité. De nombreux couvents sont édifiés et plusieurs églises reconstruites. Les franciscains arrivent en 1222 et s’installent sur l’actuelle place Kléber. Les dominicains s’implantent deux ans plus tard sur le site du Temple Neuf.
Le Finkwiller, le quai des bateliers, la rue des bouchers ou la rue d'or témoignent des nombreuses corporations présentes à l'époque et indispensables à la vie quotidienne des Strasbourgeois. Ces axes étaient entourés d’une enceinte fortifiée qui sera agrandie aux et s. Le système défensif des ponts couverts est édifié. Les quatre tours actuelles faisaient partie des remparts (qui comptaient 80 tours) et étaient reliées par des ponts couverts d'une toiture en bois, disparue au . Elles abritaient les corps de garde mais servaient aussi de prison. En 1201, Philippe de Souabe élève Strasbourg au rang de ville libre sous l’impulsion de riches seigneurs alsaciens. Peu après, en 1220, naît le conseil municipal. Il est alors chargé de fonctions jusque-là attribuées au clergé, notamment l’administration et la justice. La bourgeoisie acquiert une autonomie remarquable vis-à-vis du pouvoir épiscopal. Mais en 1260, Walter de Geroldseck est élu évêque de Strasbourg et exige qu’on lui restitue les pleins pouvoirs. Très vite, une guerre éclate entre les Strasbourgeois et l’armée épiscopale. En 1262, le prélat est vaincu à la bataille de Hausbergen, par les troupes strasbourgeoises, bien aidées par Rodolphe du Saint-Empire.
Strasbourg tombe alors entre les mains des plus grandes familles nobles de Strasbourg : les Zorn et les Mullenheim. Les rivalités incessantes entre ces deux familles, ainsi que le mépris des nobles à l’égard des bourgeois finissent par agacer, et en 1332 une guerre civile éclate. Le pouvoir revient alors à la classe marchande. Au milieu du , la peste envahit toute l’Europe et atteint Strasbourg. Comme dans de nombreuses villes, les juifs sont accusés d’avoir empoisonné les puits. Pierre Schwarber, l'ammestre de Strasbourg, tente de protéger les juifs de la ville ordonnant notamment qu’une enquête soit menée. Mais le 9 février 1349, lui et la plupart de ses alliés sont bannis de la ville. Le 14 février de cette même année, près de juifs sont brûlés vifs à l’endroit de l’actuelle rue Brûlée lors du pogrom de Strasbourg.
Strasbourg, ville impériale libre
Affranchie du pouvoir épiscopal, Strasbourg est proclamée ville impériale libre par Charles IV, empereur de 1355 à 1378. En cette période de trouble politique, la cité va cependant accroître sa notoriété et de nombreux édifices vont voir le jour. L’ancienne douane, inaugurée en 1358, est un élément essentiel du développement de la ville. En effet, le Rhin est déjà un lieu de passage majeur pour le transport des marchandises. La puissante corporation des bateliers exerce un contrôle strict sur les marchandises en transit (notamment du vin) et prélève des taxes qui participeront dans une large mesure au développement de Strasbourg. À la fin du , un nouvel agrandissement de la ville est entrepris. Toute la cité se transforme en un véritable chantier d'églises, fondées par des moines ou des familles nobles. Parmi les plus anciennes, Saint-Pierre-le-Vieux, Saint-Pierre-le-Jeune, Saint-Thomas. À côté des églises, une vingtaine de couvents voient le jour. De cet ensemble demeure le cloître de l'église Sainte-Madeleine et celui de Saint-Pierre-le-Jeune. En 1441, un nouveau grenier à blé est édifié pour faire face à la demande croissante. D’une hauteur de cinq étages, et long de , il peut accueillir réseaux de grains. Le quartier de la Krutenau est intégré dans l’enceinte fortifiée de la ville. En 1404, la ville de Strasbourg s'étend sur , mais son agglomération atteint une surface de .
En 1414, deux évènements ont lieu lors de la visite du roi de Hongrie et de Germanie Sigismond : la foudre tombe sur la tour aux Pfennigs et provoque un incendie. L'empereur est toutefois plus effrayé par le rassemblement en son honneur de tous les hommes valides sur la place de la cathédrale, qu'il prend pour une émeute, 28..
À cette époque, de nombreux tournois ont lieu à l’endroit de l’actuelle place Broglie. En 1390, la fête dure quatre jours et réunit quelque , 300 chevaliers et chevaux. Entre 1415 et 1422 les habitants de la ville remportent contre l'évêque Guillaume II de Diest la guerre de Dachstein. En 1439, après quatre siècles de construction, la flèche de la cathédrale Notre-Dame est achevée. Elle est alors le monument le plus haut de la chrétienté et symbolise la puissance de la ville. Cinq ans plus tard, en 1444, Strasbourg compte — dont réfugiés de la guerre de Cent Ans qui vivent — et peut soulever, à tout moment, une armée de . Son enceinte fortifiée et son impressionnant dispositif d’artillerie en font une place fortifiée de tout premier plan. La ville est à son apogée.
S’ensuit au début du une période de conflits qui oppose les bourgeois strasbourgeois, qui gouvernent la ville, à la noblesse alsacienne. Ville bancaire par excellence, Strasbourg est en effet une ville riche qui suscite la convoitise. Puis, en 1469, le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire se met en marche en direction de l’Alsace. Il ambitionne d’unifier ses possessions, écartelées entre la Bourgogne et les Pays-Bas, mais meurt à Nancy en 1477. alt=Page synthétisant des tracés permettant de marquer des colis.|vignette|Marques de marchands de Strasbourg servant à exporter les produits.