La guerre de Vendée — ou les guerres de Vendée — est une guerre civile qui opposa dans l'Ouest de la France les républicains (surnommés les « bleus ») aux royalistes (les « blancs ») pendant la Révolution française entre 1793 et 1796, avec d'ultimes sursauts en 1799, 1815 et 1832.

Elle fut étroitement liée à la Chouannerie, qui se déroula ensuite sur la rive droite de la Loire, au nord, tandis que le soulèvement vendéen eut lieu au sud, sur la rive gauche. L'ensemble de ces deux conflits est parfois désigné par le nom de « guerres de l'Ouest ».

Comme partout en France, la Vendée connaît des manifestations paysannes au début de la Révolution française, qui est initialement bien accueillie. Si en 1791 la Constitution civile du clergé provoque de forts mécontentements, c'est en réaction à la levée en masse, en , que la rébellion vendéenne se déclenche, dans un premier temps comme une jacquerie paysanne classique, avant de prendre la forme d'un mouvement contre-révolutionnaire.

Alors qu'ailleurs en France les révoltes contre la levée en masse sont réprimées, un territoire insurgé, appelé la « Vendée militaire » par les historiens, se forme au sud de la Loire-Inférieure (Bretagne), au sud-ouest du Maine-et-Loire (Anjou), au nord de la Vendée et au nord-ouest des Deux-Sèvres (Poitou). Progressivement désignés par le nom de « Vendéens », les insurgés établissent en avril une « Armée catholique et royale » qui remporte une succession de victoires au printemps et à l'été 1793. Les villes de Fontenay-le-Comte, Thouars, Saumur et Angers sont brièvement envahies ; en revanche, les Vendéens échouent devant Nantes.

À l'automne, l'arrivée en renfort de l'Armée de Mayence redonne l'avantage au camp républicain, qui s'empare en octobre de Cholet, la plus importante ville contrôlée par les Vendéens. Après cette défaite, le gros des forces vendéennes traverse la Loire et se porte jusqu'en Normandie dans une tentative désespérée de prendre un port pour obtenir l'aide des Britanniques et des émigrés. Repoussée à Granville, l'armée vendéenne est finalement détruite en décembre au Mans et à Savenay.

De l'hiver 1793 au printemps 1794, en pleine période de la Terreur, une violente répression est mise en place par les forces républicaines. Dans les villes, et en particulier à Nantes, environ personnes sont fusillées, noyées ou guillotinées sur ordre des représentants en mission et des commissions militaires révolutionnaires, tandis que dans les campagnes environ sont massacrés par les colonnes infernales, qui incendient nombre de bourgs et de villages.

La répression provoque cependant une résurgence de la rébellion et, en , les républicains engagent des négociations qui aboutissent entre février et à la signature de traités de paix avec les différents chefs vendéens, entraînant ainsi la fin de la « première guerre de Vendée ».

Une « deuxième guerre de Vendée » éclate peu après, en , après le début du débarquement de Quiberon. Le soulèvement s'essouffle cependant rapidement, et les derniers chefs vendéens se soumettent ou sont exécutés entre janvier et .

La Vendée connait encore d'ultimes et brèves insurrections avec une « troisième guerre » en 1799, une « quatrième » en 1815 et une « cinquième » en 1832, mais elles sont d'une bien moindre ampleur.

Le nombre des victimes est estimé à environ , dont environ pour les habitants de la Vendée militaire, soit entre 20 et 25 % de la population du territoire insurgé.

Historiographie L'évolution historiographique sur les causes de l'insurrection vignette|gauche|Victoire de Donnissan, marquise de La Rochejaquelein, gravure de Gervais, vers 1850-1860.

L'étude historique de la guerre de Vendée est marquée par une longue tradition conflictuelle, où s'expriment les rivalités mémorielles, les querelles entre écoles historiques et courants idéologiques, entre historiens universitaires, érudits, hommes de lettres et académiciens. Le résultat de ces querelles est une immense bibliographie, opposant deux courants, celui des partisans de la Révolution, dénommés les et celui des partisans des Vendéens., dénommés les .

Les premiers textes publiés sur cette guerre sont les mémoires d'acteurs, royalistes comme Victoire de Donnissan de La Rochejaquelein, Antoinette-Charlotte Le Duc de La Bouëre, Marie Renée Marguerite de Scépeaux de Bonchamps, Jeanne Ambroise de Sapinaud de Boishuguet, Bertrand Poirier de Beauvais, Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière, Renée Bordereau, Louis Monnier, Gibert, Puisaye, et républicains comme Kléber, Turreau, Savary, Rossignol, Dumas, Westermann, Grouchy, Choudieu… Le plus célèbre est celui des Mémoires de Madame de la Rochejaquelein, veuve de Lescure, qui décrit un soulèvement spontané des paysans pour défendre leur roi et leur Église.

vignette|gauche|Charles-Louis Chassin, par Étienne Carjat, 1865.

Au cours du , la question oppose particulièrement les historiens, fondant leurs recherches exclusivement sur l'étude des archives, et les érudits, engagés dans la défense de la Vendée, qui recueillent les traditions mémorielles et les transmettent. Les principales figures de cette lutte sont : du côté de l'université, Charles-Louis Chassin, élève d'Alphonse Aulard, qui a publié onze volumes d'archives et de mémoires (par exemple, les Mémoires pour servir à l'histoire de la guerre de Vendée et le Journal d'André Mercier du Rocher). Adoptant le point de vue républicain, il dénie tout caractère populaire au mouvement, considérant qu'il s’agit d’une pure machination des nobles et des prêtres, suivie aveuglément par la partie la plus ignorante de la population. Par ailleurs, hostile aux sans-culottes et à Robespierre, il rend ce dernier responsable de la répression de 1794. Alphonse Aulard, premier titulaire de la chaire d'histoire de la Révolution française de la Sorbonne, Jules Michelet, Louis Blanc ou Jean Jaurès, auteurs l'un et l'autre d'une Histoire de la Révolution française, ont contribué, de par l'influence de leurs écrits, à construire une certaine vision de l'insurrection vendéenne. ; du côté des érudits, de sensibilité monarchiste, traditionaliste ou catholique, Jacques Crétineau-Joly, Théodore Muret, Pitre-Chevalier, l'abbé Bossard, l'abbé Deniau, auteur d'une Histoire de la Vendée en cinq volumes basée sur les témoignages oraux et les mémoires partisans publiés pendant un siècle, ou l'abbé François-Constant Uzureau, prêtre dans le diocèse d'Angers, qui offre l'analyse des « Blancs », fondée sur des documents, parfois les mêmes que Chassin. Selon eux, les troupes de paysans — forcément très catholiques, très attachées à leur noblesse — sont menées par la petite noblesse locale afin de rétablir la royauté et sauver le catholicisme.

Se fondant largement sur les témoignages oraux, recueillis et transmis par des auteurs « blancs », les érudits se concentrent sur la violence de la répression de 1793-1794, tandis que la prédilection des « Bleus » pour les archives interdit toute évocation du ressenti des républicains et, pendant longtemps, une évaluation de leurs souffrances. La lecture « blanche » se retrouve parmi les académiciens, dans les écrits de Pierre Gaxotte ou de Jean-François Chiappe..

Depuis un siècle, l'historiographie a largement renouvelé la question.

Une histoire revisitée Au , la recherche historique a connu de profondes évolutions, avec notamment le développement de l'analyse socio-économique. Claude Petitfrère voit dans ce renouvellement la marque d'une troisième catégorie d'auteurs, autour de Paul Bois, Marcel Faucheux et Charles Tilly, qu'il appelle l'histoire « scientifique ». Toutefois, les auteurs classent Marcel Faucheux, Charles Tilly et Claude Petitfrère parmi les .

Dès les années 1920, Albert Mathiez considère que les causes de l'insurrection vendéenne, au printemps 1793, sont à chercher dans les conditions économiques et sociales de l'époqueAlbert Mathiez, La Gironde et la Montagne, tome 2 de La Révolution française, Denoël, collection Médiations, , 1993..

Au début des années 1950, Marcel Faucheux soutient que les causes profondes de l’insurrection sont à chercher bien au-delà de la constitution civile du clergé, de l'exécution de Louis XVI ou de la levée en masse, qu'elles doivent être reliées à ce qu’il nomme le « paupérisme vendéen ». La Révolution n'a pas su satisfaire les espérances engendrées par la convocation des états généraux en 1789 : les métayers, majoritaires en Vendée, ne bénéficient pas de l’abolition des droits féodaux, qui sont rachetables (jusqu'en 1793), les biens nationaux profitent essentiellement aux bourgeois et aux marchands. À partir de là, le bouleversement des structures sociales traditionnelles, la réforme autoritaire du clergé et la levée en masse constituent tout au plus l’étincelle qui a provoqué l'explosion d'un mécontentement plus ancienMarcel Faucheux, L’Insurrection vendéenne de 1793. Aspects économiques et sociaux, 1953..

Se fondant sur l'analyse détaillée de la Sarthe, Paul Bois approfondit la question, en mettant en valeur la haine qui oppose alors le paysan au bourgeois et montre l’existence d’un profond clivage social entre urbains et ruraux, très antérieur à la Révolution, qui constitue l'une des causes majeures du soulèvementPaul Bois, Paysans de l'Ouest, 1960..

Ces conclusions sont rejointes par les travaux du sociologue américain Charles Tilly, pour qui la croissance des villes françaises du , l'agressivité économique de celles-ci et leur tendance à accaparer le pouvoir politique local ont suscité des résistances et des haines paysannes, dont l'insurrection vendéenne n'est qu'un exemple exacerbéCharles Tilly, The Vendée, a Sociological Analysis of the Counter Revolution of 1793, Harvard, 1964, traduction française en 1970..

thumb|300px|Carte des archevêchés et évêchés en 1789 et en 1802.

De son côté, Albert Soboul décrit des masses paysannes dans la gêne, prédisposées , des départements de l'Ouest à la foi très vive depuis les efforts de catéchisation des Mulotins, congrégation de missionnaires établie à Saint-Laurent-sur-Sèvre depuis la fin du , enfin l'assimilation, par les paysans, du tirage au sort pour la levée des à la milice, institution de l'Ancien Régime particulièrement honnie. S'il considère que , il explique que les paysans et que les nobles furent d'abord surpris par le soulèvement, avant de l'exploiter à leurs finsAlbert Soboul, La Révolution française, Gallimard, collection Tel, 1982..

Plus récemment, Jean-Clément Martin a indiqué que, si des paysans sont passés à la Contre-révolution, selon les provinces, pour des raisons très diverses, y compris entre les différentes zones de la Vendée, les mots d'ordre religieux et de la défense communautaire leur sont communs. Ces mots d'ordre sont dus au maintien du poids des impôts et des fermages, à l'aggravation du sort des métayers, à l'incapacité des petites élites rurales à acheter des biens nationaux, accaparés par les élites urbaines, à la perte de l'autonomie des petites communes rurales face aux bourgs, où sont installés les pouvoirs politique (le district) et économique, aux atteintes de la Constitution civile du clergé, aux libertés des communautés, qui défendent leur prêtre et leurs cérémonies religieuses. Les tensions montent jusqu'en , sans trouver d'exutoire, quand la levée en masse fournit l'occasion aux communautés de s'unir contre les agents de l'État, dans un mouvement qui renvoie aux jacqueries traditionnelles, et de former des bandes à la tête desquelles les élites locales sont placées, de plus ou moins bon gré.