vignette|Entrée ouest du tombeau des Rois. . Le tombeau des Rois (en ; en ) est un ensemble de tombes juives monumentales de Jérusalem, taillées dans le roc et datant de la période du Second Temple.

Il est situé au 46 rue Saladin (Salah Ad-din), à Jérusalem, à au nord des murs de la vieille ville, près de la porte de Damas dans le quartier de Cheikh Jarrah.

Le site appartient au domaine national français en Terre sainte depuis la fin du , après avoir été offert à la France par la famille Pereire en . Les frères Émile et Issac Pereire l’avaient préalablement acquis en .

Le monument est entièrement creusé dans la roche. Il comprend un escalier monumental, des bains rituels, une cour immense, un vestibule et des salles hypogées qui renferment trente et une tombes. Les grandes dimensions du site ont conduit à la croyance erronée qu'il était le lieu de sépulture des rois de Juda, d'où le nom de tombeau des Rois. Mais les tombes sont maintenant considérées comme étant le tombeau de la reine Hélène d'Adiabène, une région d'Assyrie., ou bien de Ben Kalba Savoua et de Nakdimon [Nicodème] ben Gorion, deux philanthropes connus à l'époque du Second Temple. vignette|Le site appartient au domaine national français en Terre sainte depuis la fin du .

Situation Le site se trouve au centre de Jérusalem, dans la partie nord de la ville, à la jonction de la route de Naplouse et de la rue Saladin. Sur la porte de la propriété est inscrit « Tombeau des Rois ». Il est tout proche du siège du British Council et de la maison d'Orient, qui date du .

Description du site

De prime abord, le site peut dérouter le visiteur, car il ne comporte aucun bâtiment, si ce n'est une petite maison, tout à gauche, à l'usage du personnel de sécurité. Cette maison a été construite par une famille musulmane appelée () et qui l'a habitée jusqu'au milieu des années . Une fois franchi le mur d'enceinte, le visiteur accède à un vaste terrain qui semble plat. Au premier plan, il découvre une grande terrasse, puis à l'arrière-plan, un immense fosse. Il s'agit de la cour principale rupestre du tombeau, située bien plus bas que le niveau actuel de la rue. Deux escaliers permettent d'y accéder : l'un, antique et monumental, à droite, et l'autre, moderne et métallique, à gauche, réservé en cas de nécessité.

Escalier, avant-cour et bains rituels vignette|gauche|L'escalier monumental et les bains rituels. vignette|redresse|droite|Intérieur d'un des bains rituels. Le parcours de la visite emprunte, à droite, l'escalier monumental, large de , taillé dans le roc et qui conduit à une avant-cour. Les marches de l'escalier sont inégales ; elles rappellent les escaliers qui menaient au Second Temple de Jérusalem. Deux longs canaux taillés dans la paroi rocheuse, du côté droit le long de l'escalier, recueillent les eaux de pluie (qui ruissellent le long de la paroi et, surtout, qui sont collectées depuis les marches de l'escalier par le biais d'un astucieux système de petites rigoles). Ces eaux pluviales alimentent, au bas de l'escalier, des citernes creusées dans la roche, à la manière de grottes, situées au même niveau que le tombeau voisin. Ces citernes forment des bains rituels qui permettaient aux visiteurs d'effectuer leurs ablutions, conformément aux rites de purifications du judaïsme. Ce système, toujours fonctionnel, respecte la tradition juive qui recommande que la première quantité d'eau déversée dans ces bains le soit de manière naturelleVoir le dépliant officiel remis aux visiteurs, volet 2, Consulat français à Jérusalem, 2020..

L'entrée dans la cour principale où se situe le tombeau proprement dit se fait via un arc taillé dans le roc, du côté gauche, en bas de l'escalier.

Cour principale et tombeau La cour est vaste. Trois des quatre côtés sont de simples parois rocheuses, dont l'une, percée de l'arc, permet de gagner l'escalier monumental. Le quatrième côté est l'imposante façade du tombeau. vignette|gauche|La façade du tombeau, une fois l'arc de l'avant-cour franchi. Cette façade de était couronnée de trois pyramides, qui n'existent plus mais qui sont décrites par Flavius Josèphe et par d'autres auteurs antiques. L'architrave était soutenue par deux piliers, dont des fragments ont été retrouvés lors des fouilles. Ils sont remplacés depuis les restaurations de 2017 par deux étais métalliques.

Les tombes sont disposées sur deux niveaux autour d'une chambre centrale et se composent de trois grandes pièces. La chambre centrale est accessible depuis la cour par une antichambre qui descend dans un labyrinthe de chambres faiblement éclairées. L'accès de l'antichambre depuis la cour extérieure pouvait être fermé hermétiquement en roulant une lourde pierre ronde en travers. La pierre est demeurée in-situ. Au , un « mécanisme secret », actionné par la pression de l'eau déplaçait la pierre. Probablement une petite quantité d'eau activait un système de contrepoids qui permettait d'ouvrir la tombe. C'est de ce mécanisme dont parlait Pausanias le Périégète au . vignette|La pierre ronde qui permettait de fermer l'accès de l'antichambre, dont le mécanisme hydraulique fonctionnait encore au . Deux des huit chambres funéraires disposent d'arcosolium, lieu de repos composé d'un banc coiffé d'une arche au-dessus de lui. Certains de ces arcosolium possèdent des niches triangulaires, où des lampes à huile étaient placées pour donner de la lumière pendant l'inhumation et la préparation des corps.

Les deux types de tombes les plus courants du sont tous deux présents dans ce complexe funéraire.

Les tombes sont vides aujourd'hui, mais au moment des fouilles, elles abritaient plusieurs sarcophages. Ceux-ci ont été étudiés par une mission archéologique française dirigée par Félicien de Saulcy, et par la suite emmenés au musée du Louvre.

L'un des sarcophages en pierre calcaire sobrement sculpté portait l'inscription Tzada Malchata (, reine Sadah ou Saddan) en araméen et en syriaque. Ce sarcophage a été attribué à la reine Hélène. Les décorations et l'architecture du complexe funéraire sont séleucides, ce qui cadre avec cette identification.

Les chambres funéraires ne sont pas ouvertes à la visite. vignette|redresse|Plan du tombeau.

Identification du site Aujourd'hui, les historiens s'accordent pour dire que le tombeau est celui construit par Hélène, reine d'Adiabène (un royaume correspondant à peu près aux frontières des territoires kurdes aujourd'hui et situé entre l'Assyrie et l'Arménie). Au , cette région de l'Assyrie en Mésopotamie était un royaume vassal tantôt de l'Empire parthe, tantôt du royaume d'Arménie.

À la mort de (), la totalité des membres de la famille royale d'Adiabène (dynastie Monobaze) s'étaient convertis au judaïsme.

L'origine de l'identification de ce tombeau à celui d'Hélène d'Adiabène vient de Flavius Josèphe, qui parle du tombeau dans lequel Monobaze a fait ensevelir son frère et sa mère Hélène.

Dans sa Guerre des Juifs, Flavius Josèphe nous apprend que le « monument d'Hélène » était situé au nord de JérusalemFlavius Josèphe, Guerre des juifs, , , 2., ce qui correspond à l'emplacement du tombeau des Rois. Deux autres passages aident à la localisation du tombeau d'HélèneFlavius Josèphe, Guerre des juifs, , , 2-3.. Un extrait des Antiquités judaïques de Flavius Josèphe permet de mieux situer l'enceinte du mur d'AgrippaFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 2..

Le récit de Saint Jérôme, qui décrit le parcours d'une certaine Paula venant de Jaffa et passant à proximité du tombeau d'Hélène en entrant à Jérusalem, a aussi été utilisé pour cette localisationJérôme de Stridon, Epitaphium Paulæ, Lettre à Eustochius, éd. Martianay, T. , p. 673..

Au , la reine Hélène est venue s'installer en Judée après la mort de son mari et l'intronisation de son fils comme roi d'Adiabène. À ce moment-là, elle-même, le roi Izatès, ses six frères et toute leur famille se sont convertis au judaïsmeFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XX IV - 1.. Dans le Talmud, Hélène est souvent représentée accompagnée par ses fils, qui ont eux aussi vécu en Judée, Galilée et SamarieTalmud de Babylone, Suk. 2b.. Flavius Josèphe indique explicitement que dans ce tombeau ont été inhumés Hélène et son fils, le roi Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, , 5, 4.. D'autres membres de la dynastie Monobaze y ont probablement aussi été inhumés.

La reine d'Adiabène et ses fils sont connus pour avoir soutenu les juifs de la région après leur conversion, et pour y avoir résidé très régulièrement en étant présents assidûment lors des grandes fêtes religieuses. Hélène et ses fils ont aussi déployé d'énormes efforts pour approvisionner la région et sa population lors d'une grande famine qui eut lieu vers . Des cadeaux somptueux fait par la famille au Temple de Jérusalem sont aussi mentionnés dans le Talmud. Les fils d'Hélène, les rois et , sont aussi les seuls souverains de la région qui ont soutenu les révoltés juifs pendant la Première Guerre judéo-romaine ().

Historique de la découverte Premières mentions historiques Après Flavius Josèphe, d'autres auteurs antiques parlent de ce tombeau. Au , il est décrit par le géographe grec Pausanias comme la deuxième plus belle tombe au monde, après le mausolée d'Halicarnasse. Pausanias parle d'un mécanisme secret qui permet d'ouvrir ce tombeauPausanias, « Description de la Grèce », , § , 5, sur remacle.org..

Au , Eusèbe, qui fut l'évêque de Césarée en Samarie pendant trente ans, écrit :

Les stèles dont parle Eusèbe sont probablement les trois pyramides qui étaient construites au-dessus du tombeau et qui ont aujourd'hui disparu.

Saint Jérôme (), qui vécut lui aussi plus de trente ans dans la région, et par la suite d'autres auteurs comme Léroubna d'ÉdesseLéroubna d'Édesse, « Histoire d'Abgar ». (entre le et le ) ou Moïse de Khorène (qui avait visité Jérusalem vers le ), parlent eux aussi de ce tombeau comme s'il était toujours apparent et l'attribuent toujours à la reine Hélène. C'est donc plus tard que cette identification s'est perdue.

Au , Marino Sanuto indique que le « tombeau d'Hélène » se situe non loin de « l'église du tombeau de la Vierge », alors que les deux sites sont distants de plus de .

Selon une tradition juive attestée au milieu du , il s'agirait du tombeau de Ben Kalba Savoua, qui selon des traditions contestées serait le père de Rachel, femme de Rabbi AkivaTalmud de Babylone, Ketoubot 62b, Nedarim 50a.Robert Eisenman, James The Brother of Jesus, éd. Penguin books, 1998.. Pour Robert Eisenman, la littérature juive associe ce tombeau et Ben Kalba Savoua. Une autre tradition, rapportée au nom d'Isaac Louria, attribue la tombe à Nakdimon [Nicodème] ben Gorion, qui faisait partie, avec Ben Kalba Savoua, des trois hommes les plus riches de Jérusalem à l'époque de VespasienTalmud de Babylone Gittin 56b..

En , Chateaubriand parvient à identifier ce Tombeau des rois avec celui de la reine d'Adiabène, grâce aux textes de Flavius Josèphe et de Pausanias dans son livre Itinéraire de Paris à JérusalemChateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem, , sur wikisource..

Une légende ancienne prétendant que le tombeau abritait un trésor, le gouverneur ottoman de Jérusalem entreprit des fouilles en , qui ne donnèrent rien mais qui endommagèrent beaucoup le site.

Rôle déterminant de Félicien de Saulcy vignette|gauche|Le tombeau des Rois entre et .