Christian Heinrich Arthur Drews (prononcer [drefs]), né le à Uetersen (Holstein) et mort le à Illenau, près d'Achern, région de Bühl, (Bade-Wurtemberg), est un philosophe et écrivain allemand, représentant important de la pensée moniste idéaliste allemande, du mouvement de et un défenseur de la non-existence historique de Jésus-Christ

Biographie Formation Arthur Drews fréquente le Christianeum d'Altona (Hamburg) Hermann Lübbe, « Drews, Christian Heinrich Arthur » in Neue deutsche Biographie, éd., Berlin, 1959, . Déçu par les études littéraires, renonçant à ses projets de poète, il se tourne vers la philosophie. Pendant son semestre à Berlin, il écoute, entre autres, l'historien et philosophe Wilhelm Dilthey, le sociologue et philosophe Georg Simmel, l'éducateur et philosophe Friedrich Paulsen (1886-1888). La philosophie de l'Université qui dominait cette année-là - philosophie des sciences néo-kantienne et positiviste - a pour effet, comme il le rapporte, de le déprimer. Il était "affamé" d'une vision du monde (Weltanschauung) et éprouve la sécheresse spirituelle du temps. Pour lui, le christianisme est une hypocrisie instituée. Dans cet état, il tombe, d'abord, sur Schopenhauer, qui le confirme dans son pessimisme, et ensuite sur Eduard von Hartmann. Ce dernier donne à sa vie un « tournant décisif ». De la philosophie de l'inconscient de Hartmann, il retire une Weltanschauung qui l'apaise. L'évolution de Drews correspond à un important processus de l'histoire intellectuelle, de la fin du , en Allemagne, qui amène alors la jeunesse étudiante à franchir les bornes de la philosophie académique critique. Elle illustre, en même temps, l'aide que peut apporter la philosophie non-académique de cette époque - Schopenhauer, Nietzsche, Hartmann, aux intellectuels en manque de sens. Drews est, par la suite, un des premiers à faire secrètement de la nouvelle Weltanschauungphilosophie à l'Université. Malgré les difficultés, le marginal d'orientation hartmannienne parvient à obtenir son doctorat en 1889 à Halle (auprès de J. E. Erdmann), son habilitation à la Technische Hochschule (Institut de Technologie) de Carlsruhe en 1896.

Le monisme concret vignette|gauche|upright=0.90|Eduard von Hartmann, philosophe allemand, vers 1902 Drews enseigne dans un premier temps à l'école supérieure de filles de Carlsruhe. En 1903, il est nommé professeur à l'Institut Technique voisin Horst Groschopp, Dissidenten, Freidenkerei und Kultur in Deutschland, éd., Berlin: Dietz Verl. GmbH, 1997, 490 p.; éd. corrigée, (édition électronique), Berlin, 2009, 448 p., , . En 1908, le célèbre éditeur allemand charge Drews de diriger la publication de la première présentation générale de la philosophie moniste Horst Groschopp, Dissidenten, Freidenkerei und Kultur in Deutschland, éd., Berlin: Dietz Verl. GmbH, 1997, 490 p.; éd. corrigée, (édition électronique), Berlin, 2009, 448 p., , : Der Monismus. Dargestellt in Beiträgen seiner Stellvertreter (« Le monisme. Présenté par les contributions de ses représentants » Arthur Drews, Der Monismus dargestellt in Beiträgen seiner Stellvertreter, Volume 1 : Systematisches; volume II: Historisches, E. Diederichs, 1908, 330 p.). Cet ouvrage symbolise déjà la future carrière professorale de l'élève d'Hartmann : Drews enseigne jusqu'à sa mort ce qu'il a appelé le « monisme concret ». Il s'agit d'un type de panthéisme, décrit comme un « monisme idéaliste » de l'Inconscient. Drews donne en premier lieu la définition du monisme : « la Weltanschauung qui ne reconnaît qu'un seul principe ou un seul fondement de la réalitéMarino Pulliero, Une modernité explosive : La revue Die Tat dans les renouveaux religieux, culturels et politiques de l'Allemagne d'avant 1914-1918, Labor et Fides, 2008, 729 p., , note , , renvoyant à l'ouvrage de Drews (de) Der Monismus dargestellt in Beiträgen seiner Stellvertreter, « Die verschiedenen Arten des Monismus », 1, E. Diederichs, 1908, . D'une part, cela signifie en termes métaphysiques : L'Être est l'auto-organisation dynamico-téléologique de l'Esprit absolu et inconscient. L'esprit humain n'est pas à opposer, de façon dualiste, à cette réalité inconsciente de l'Absolu, mais existe (et tout particulièrement dans le cas du philosophe) comme la conscience que l'Absolu a de lui-même. D'autre part, cela signifie en terme religieux : l'Être n'est pas créé par un Absolu transcendant - Dieu - mais il est lui-même l'Absolu, qui se reproduit lui-même éternellement. Les religions des peuples sont les formes dans lesquelles cet Absolu connaît sa propre réalité panthéistico-moniste. Ainsi, Drews comprend sous le mot Dieu, « un Inconditionné suprême », un « fondement de l'être intellectuel immanent à la fois impersonnel et suprapersonnel »Arthur Drews: « Richtlinien der Gemeinde Deutsch-Idealistischen Glaubens », in: Freie Religion, 1933, . Référence citée par Christian G. Langenbach, Freireligiöse Gemeinden im Nationalsozialismus, Mémoire de maîtrise, référent : Prof. Peter Brandt, Fernuniversität Hagen, 2004, , . Il assimile la « raison du monde avec la divinité »Arthur Drews: Das « Wort Gottes ». Zur religiösen Lage der Gegenwart, Mainz 1933, . Référence citée par Christian G. Langenbach, Freireligiöse Gemeinden im Nationalsozialismus, Mémoire de maîtrise, référent : Prof. Peter Brandt, Fernuniversität Hagen, 2004, , . Avec fermeté, Drews récuse les représentations d'un Dieu personnel. Dieu n'est pas « un être extra-mondain, séparé et différent du monde ». Cette représentation d'un « créateur personnel du monde » cadre beaucoup mieux, selon lui, avec « la mentalité sémitique ». La philosophie et la religion, finalement, coïncident.

Le premier adversaire du monisme est le théisme dualiste qui renvoie à deux substances séparées : Dieu et le monde. Le Dieu personnel chrétien anéantit l'unité et la Gesetzlichkeit (« le principe de loi ») du monde. Le second adversaire du monisme est le dualisme de René Descartes qui distingue la res cogitans (la pensée) de la res extensa (l'étendue). Au sein de la galaxie moniste, Drews distingue deux catégories : le monisme ontologique, fondé sur l'unité du nombre, d'une seule substance et le monisme qualitatif, fondé sur un seul type de substances comme les atomes du matérialisme ou les monades (les Iche), dans la variante spiritualiste de Gottfried Wilhelm Leibniz et de George Berkeley. De là, Drews décline tous les types de monismes, et précise ceux qui sont en vogue à l'époque : le monisme hylozoïste ou du modèle cosmogonique de Ernst Haeckel, le monisme psychophysique de Gustav Fechner, le monisme ontologico-énergétique de Wilhelm Ostwald, le monisme ontologique, dans la variante panthéliste ou volontariste de Wilhelm Wundt et Friedrich Paulsen, le monisme idéaliste de la conscience des néo-kantiens (adversaires de Haeckel) Paul Natorp, Wilhelm Windelband et Heinrich Rickert.

La philosophie de Drews n'obtient pas, à l'Université, le succès dont il jouit en dehors du milieu académique. Comme la pensée du philosophe Rudolf Christoph Eucken, elle appartient à « ce grand courant religieux d'avant-guerre comprenant les cercles de la bourgeoisie qui venaient de quitter la religion confessionnelle » K. Dietze, Eugen Diederichs und seine Zeitschriften, Würzburg-Aumühle, Triltsch, 1940, (note 1), . Référence citée par Marino Pulliero, Une modernité explosive : La revue Die Tat dans les renouveaux religieux, culturels et politiques de l'Allemagne d'avant 1914-1918, Labor et Fides, 2008, 729 p., . Ces milieux à la recherche d'une Ersatzreligion, constituent des Kulturbünde, associations qui se dotent d'objectifs culturels à forte connotation religieuse. Les écrits religioso-philosophiques de Drews sont les manifestes idéologiques du mouvement moniste de . Drews est marqué par le désir idéaliste d'une rénovation mystico-cultuelle. Son but premier est de proposer une Weltanschauung, une vision, un sens du monde. Il conçoit sa philosophie moniste comme une religion substitutive, ce qui explique son désir de voir surgir une « religion allemande », plus adaptée, selon lui, à l'esprit européen Morrison, Amanda (2009), , in Read, Maren, , Muncie, IN : Ball State University Library, . . Pour Drews, le christianisme est l'expression « d'un temps englouti et de la façon de pensée d'une race qui est pour nous étrangère », désignant ainsi les peuples antiquesArthur Drews: Das “Wort Gottes”. Zur religiösen Lage der Gegenwart, Mayence, 1933, . Référence citée par Christian G. Langenbach, Freireligiöse Gemeinden im Nationalsozialismus, Mémoire de maîtrise, référent : Prof. Peter Brandt, Fernuniversität Hagen, 2004, , . Il souligne que « le christianisme n'a absolument rien à faire avec la germanité ». Pour cela, également, « un christianisme allemand » représente un « contresens ».

Le mythe du Christ vignette|droite|upright=1.4| Entrée du Jardin zoologique de Berlin vers 1900.