Milton Santos (Milton Almeida dos Santos), né le à Brotas de Macaúbas, Bahia, au Brésil, et mort le à São Paulo, est un géographe brésilien. Il est lauréat du Prix Vautrin-Lud, le plus prestigieux des prix de géographie, considéré comme l'équivalent d'un prix Nobel dans le domaine de la géographie..

Il a été professeur à l'université fédérale de Bahia, à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, à l'université Columbia, à l'université de Toronto, à l'université de Dar es Salam et à la Faculté de philosophie, sciences humaines et lettres de l'université de São Paulo (USP), où il est devenu professeur émérite.

Il a concilié ses activités académiques avec des consultations pour l'Organisation internationale du travail, l'Organisation des États américains et l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, en plus d'avoir participé au Comité pour la justice et la paix de l'Archidiocèse de São Paulo. Auteur de plus de 40 livres, il a été publié non seulement au Brésil, mais aussi dans des pays comme la France, le Royaume-Uni, le Portugal, le Japon et l'Espagne.

Origines, formation et carrière Milton Santos naît le dans la petite ville de Brotas de Macaubas à l'intérieur de l'État de Bahia ; il est issu d'un milieu social modeste mais reçoit une solide éducation de ses parents instituteurs. Il gravit les échelons assez précocement et se passionne pour la géographie, qui, jusqu'à ce qu'il soit contraint à l'exil, n'est qu'une des activités qu'il exerce parmi d'autres.

Bahia : ses racines Son père est le fils d'un ancien esclave mais il a pu faire des études primaires et il se passionne pour l'enseignement de la lecture et de l'écriture. Il en fait sa profession et épouse une personne également de couleur issue d'une famille de commerçants plus aisés. Ils fondent ensemble une petite école d'alphabétisation pour enfants. C'est dans ce milieu que Milton Santos grandit et prend goût aux études. Il ne fréquente cependant jamais l'école primaire et est scolarisé par ses parents qui lui enseignent aussi la grammaire et les bonnes manières françaises. À l'époque, une bonne éducation était un gage de réussite, notamment pour une personne de sa condition. Adolescent, il est interne dans un collège privé de Salvador, l'« Instituto Baiano de Ensino ». Il donne déjà des cours d'algèbre ainsi que des cours de géographie dans les petites classes. Il intègre ensuite le Collège de la Bahia et sort du ginasio (lycée) avec le titre de « Bacherel » en sciences et lettres. Incité par la réussite de son oncle, un avocat important de la région, il opte pour des études de droit. Une fois diplômé, il passe le concours de professeur de géographie à la faculté d’Ilhéus où il présente un mémoire, O povoamento da Bahia qui décrit le peuplement de l'État de Bahia.

Il quitte son emploi de professeur et la petite ville d'Ilhéus pour retourner à Salvador en 1964 où il connait une première ascension sociale à la mesure de son ambition : il devient journaliste, puis rédacteur au journal A Tarde, un grand quotidien de la capitale de Bahia. Il admettra plus tard que cette activité journalistique a eu indéniablement une certaine influence sur son style d'écriture. Pendant ce temps, l'armée prend le pouvoir et les nouveaux dirigeants du pays le désignent à la fois représentant de la présidence pour l'État de Bahia et professeur à l'Université Fédérale du même État où il fonde un laboratoire de recherche en géographie. Il y convie dès 1956 des géographes français rencontrés lors du congrès de l'Union géographique internationale. Il commence à faire ses premiers séjours à l'étranger : il soutient sa thèse à Strasbourg sous la direction de Jean Tricart qu'il avait précédemment côtoyé au Brésil lors de sa participation à l'élaboration d'un de ses ouvrages (Estudos de geografia da Bahia, Geograpfia e planejamento, 1958). Il fait la connaissance de Jânio Quadros qui veut un temps le nommer ambassadeur du Ghana, et rencontre de nombreux représentants politiques de pays en voie de décolonisation dont le président tunisien Bourguiba qui avait l'ambition à l'époque de devenir un des leaders du tiers-monde. Il visite également Cuba et à son retour multiplie les écrits pro-communistes. Ceux-ci lui valent dans un premier temps un avertissement de l'armée qui commence à se préoccuper sérieusement de ses activités.

Il finit par être emprisonné durant cent jours, une peine qu'il termine à domicile à cause de problèmes cardiaques. Ses nombreux amis français se démenèrent pour lui apporter leur aide et les autorités militaires brésiliennes en profitèrent pour exiler ce journaliste et professeur trop encombrant pour le régime.

Citoyen du monde Le coup d'État de 1964 l'oblige à quitter le Brésil. Milton Santos se rend donc en France, pays qu'il choisit également afin de pouvoir lire des journaux - tels que Le Monde - qu'il jugeait indépendants des agences de presse internationales : « j'ai découvert que le monde n'était pas celui que j'avais pu lire dans les journaux brésiliens et que j'écrivais dans le journal dont j'étais rédacteur » (p. 19 in Testamento intelectual, 2004). Il enseigne jusqu'en 1967 à Toulouse où, invité par Bernard Kayser, il est élu professeur associé, puis à Bordeaux et enfin à la Sorbonne, qui devint Paris 1 par la suite. Il reste sept ans en France grâce à l'aide de Jacqueline Beaujeu-Garnier notamment. Ses années d'exil en France sont très fécondes en termes de publications et c'est à ce moment-là, faute de pouvoir continuer sa carrière de journaliste, qu'il se résolut définitivement à se consacrer pleinement à la géographie. En 1969, il crée à l'Institut d'Études du Développement économique et social (Iedes) une équipe de recherche pluridisciplinaire centrée sur « l'analyse régionale et l'aménagement de l'espace, avec pour double objectif de jeter les bases méthodologiques d'une analyse systématique des modèles d'élaboration des sous-espaces dans les pays du tiers monde, et de fournir des cadres conceptuels mieux adaptés à la définition de projets de développement et d'aménagement ».

En 1971, il est pressenti pour être professeur à Hamilton au Canada mais refuse l'offre. Il opte pour une année à l'université Harvard où il est invité comme fellow par Lloyd Rodwin, le directeur de l'école des études urbaines. Il travaille ensuite à Toronto dans le plus grand département de géographie d'Amérique du Nord qui possède seulement quarante professeurs à l'époque. Cependant, il passe la plupart de son temps au Venezuela où il a à charge de conduire un programme d'urbanisation pour les Nations unies. Il reste trois mois de plus en Amérique du sud et obtint un emploi dans l'aménagement urbain de l'école d'ingénierie de Lima. Il traverse l'Atlantique à nouveau et réside seize mois en Tanzanie afin de mettre en place un diplôme de . En 1975, il est nommé professeur à l'université Columbia à New York pendant un an alors que dans le même temps, Pierre George tente vainement de le nommer à l'université de Grenoble. La dernière étape de son exil est le Nigeria où il souhaite mener à bien un projet dans une université en train de se construire. Cependant, un tel projet nécessitait d'y consacrer six années ; or la naissance de son premier fils l'en empêcha puisqu'il désirait qu'elle ait impérativement lieu chez lui à Bahia.

Retour au Brésil Milton Santos revient en 1977 dans son pays d'origine, à 50 ans, où il bénéficie d'une amnistie. Cependant, le régime militaire lui interdit de reprendre son poste de professeur à l'université de Bahia et il est donc contraint de s'installer à São Paulo où il doit attendre 1983 pour être définitivement nommé professeur titulaire à l'université de São Paulo. C'est pourtant cette même université qui lui offre par la suite une tribune prestigieuse. C'est pour lui le début d'une seconde phase d'ascension sociale, cette fois en tant qu'intellectuel porteur d'idées nouvelles sur l'évolution du monde, de ses sociétés, et de la géographie en général.

La géographie connait à l'époque de grandes turbulences conjointement aux troubles politiques qui sévissent au Brésil. Il multiplie les publications et se retrouve dans un rôle de leader de ce qu'il appelle lui-même la « nouvelle géographie » dans laquelle il remet en cause une grande partie des démarches géographiques. Il lutte pour une géographie socialement plus engagée mais doit faire face à beaucoup de résistance. Il est cependant encouragé par une jeunesse chaleureuse qui porte en elle une volonté de changements, conduisant ainsi nombre de ses disciples à devenir de précieux collaborateurs.

Même s'il prit sa retraite en 1996, il poursuivit son activité intellectuelle et continua à écrire jusqu'à son décès en 2001.

Travaux et apports scientifiques L'œuvre de Milton Santos est considérable puisqu'elle compte plus de quarante livres et deux cents articles. Elle peut se partager de manière temporelle en trois parties : ses premières recherches, ses écrits sur le tiers monde, et enfin les ouvrages qu'il a écrits après son retour au Brésil qui représentent sans doute la partie la plus considérable de sa production scientifique.

1948-1964, Les premières recherches Ses premières publications se focalisent dans un premier temps sur des réalités locales et concernent l'État de la Bahia en général. Il se contente alors de décrire les paysages et de donner des explications afin de les comprendre. Il commence réellement ses recherches une fois nommé professeur à Ilheus. Il débute ses publications officielles avec A Zona do Cacau (1951), un livre sur les territoires où était cultivé le cacao dans la région du sud de la Bahia. Il profite indirectement des efforts qui sont réalisés au niveau politique afin d'étendre les connaissances sur le gigantesque territoire brésilien.

Parallèlement, se pensant avoir des devoirs envers la société bahianaise, il débat de la théorisation de tout ce qu'il lit à son sujet. Au cours d'un travail sur la Bahia, en essayant d'appliquer un modèle proposé par Michel Rochefort, il comprend que certains modèles ne fonctionnaient pas partout et que des différences profondes existent entre les pays du Nord et du Sud en termes de fonctionnalité de l'espace. L'école française de géographie est alors très influente au Brésil à l'époque et ce depuis la fin du . C'est ainsi qu'il est amené à rencontrer de nombreux géographes français, dont son futur directeur de thèse Jean Tricart.

La recherche n'est alors qu'une des nombreuses activités qu'il exerce puisqu'en plus d'être professeur, il est également journaliste et consultant politique. Cette multiplication des expériences et des rencontres lui permet de développer son sens de l'observation et sa capacité à théoriser. Il reste toutefois une personne singulière qui se distingue par son autonomie de penser et d'agir. Son engagement politique lui vaut un séjour en prison et un exil forcé.

1964-1977, Le tiers-monde et l'espace partagé