, le , plus rarement nommé , est une espèce de petits amphibiens anoures de la famille des Alytidae et du genre Discoglossus.
Qualifié d'endémique de la mer Tyrrhénienne, le Discoglosse sarde présente une aire de répartition restreinte à quelques îles de la Méditerranée occidentale, notamment la Corse et la Sardaigne. Cette espèce à fort enjeu de conservation est morphologiquement très proche du Discoglosse corse (Discoglossus montalentii), avec lequel elle partage une partie de son aire de répartition en Corse.
Peu exigeante en matière d'habitat, supportant même des pollutions aquatiques légères, l'espèce se rencontre dans toute sorte de zones humides, allant du niveau de la mer à plus de d'altitude. Elle se nourrit principalement d'invertébrés terrestres de petite taille.
L'espèce n'est pas menacée d'extinction à court terme et est inscrite comme « préoccupation mineure » (LC) sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), mais est néanmoins fragile et sujette à de nombreuses menaces qui justifient son statut de protection fort, tant en France qu'en Italie, où elle est intégralement protégée et inscrite en annexe 2 de la directive Habitats. Outre la destruction de son habitat, notamment par l'urbanisation, elle se révèle sensible à la chytridiomycose, une maladie de peau menaçant de très nombreuses espèces d'amphibiens à travers le monde.
Peu connu du grand public, le Discoglosse sarde fait partie des espèces emblématiques de plusieurs aires protégées, notamment du parc national de Port-Cros, en France.
Description Adultes Le Discoglosse sarde est une espèce d'amphibiens de petite taille, de silhouette robuste, qui mesure entre de longueur.
La coloration est variable, allant du brun foncé au gris, en passant par le noir et le rougeâtre. Des taches plus claires sont presque toujours présentes, les individus unis étant rares. La plupart du temps, une grande tache claire est présente entre les épaules et une grande tache foncée se trouve entre les yeux, avec une bordure antérieure plus claire et rectiligne. Une tache claire, en forme de croissant, peut être présente sur le dessus de la tête, entre le museau et le milieu des yeux, au niveau de la ceinture scapulaire.
Le ventre est jaunâtre ou blanchâtre (crème). La pupille est en forme de gouttelette inversée et la moitié supérieure de l’iris est généralement claire (dorée), tandis que la moitié inférieure est sombre, comme chez tous les Discoglosses. Comme chez toutes les espèces du genre, le tympan est à peine visible.
La peau est le plus souvent relativement lisse. Cependant, au moment de la reproduction, les mâles présentent une livrée spéciale, caractérisée par une peau rugueuse et sèche. Des verrues lisses sont présentes sur le dos et les membres et sont parfois alignées. Les papilles kératinisées sont bien développées sur les cuisses. Le bout du quatrième doigt est plus étroit que sa base. Enfin, le museau est légèrement pointu et effilé, ce qui se voit particulièrement bien de profil. La tête est plus large que longue.
Dimorphisme sexuel Le dimorphisme sexuel est plus marqué pendant la période du rut, mais il est possible pour des experts de distinguer les sexes toute l'année. Il existe une différence entre les proportions corporelles des mâles et des femelles.
Hors période de reproduction, les mâles présentent un tubercule interne du carpe bien développé tandis qu'il ne l'est pas chez les femelles. De plus, le pouce est aplati en forme de croissant chez le mâle et ne l'est pas chez la femelle.
Lors de la période de reproduction, le tubercule interne, le pouce et le premier doigt sont couverts d’une callosité brune chez le mâle et on note la présence d’épines noires sur la mandibule inférieure, parfois la gorge, ainsi que le ventre, les cuisses, les tibias et les pieds chez les mâles. Les femelles ne présentent, en période de reproduction, ni callosités brunes, ni épines noires.
Pontes et têtards Les œufs sont bicolores, noirs à brunâtres avec un pôle gris-blanc. Ils ont un diamètre de et sont contenus dans une capsule gélatineuse individuelle de .
vignette|Têtards.|alt=Photographie en couleurs d'un plan d'eau saumâtre peuplé de nombreux têtards. Les têtards de Discoglosse ont une coloration brun noirâtre et possèdent une membrane caudale peu développée, ornée de réticulations très fines, visibles uniquement à la loupe. Mesurant moins de , ils se caractérisent par un tube d'évacuation de l'eau (spiracle) ventral, alors qu'il est latéral, sur le côté gauche, chez les autres espèces d'amphibiens corses. Leur queue mesure une fois et demie la longueur de leur corps. De plus, ces têtards présentent, dès un stade très précoce de leur développement, un filet de polygones fermés dans leur épiderme, structure unique chez les têtards d'amphibiens corses. Cette structure est visible avec une loupe. Leur identification est donc relativement facile.
Cependant, il est très difficile de distinguer les tétards du Discoglosse sarde de ceux du Discoglosse corse. Un examen à la loupe binoculaire est nécessaire, afin d'observer le disque buccal. Chez le Discoglosse sarde, le bord papillaire est incomplet et la somme des subrangées (lèvre inférieure et lèvre supérieure) des dents est inférieure à 9, tandis que chez le Discoglosse corse, le bord papillaire est complet et la somme des subrangées est supérieure ou égale à 10.
Plusieurs cas de têtards partiellement albinos ont été relevés, notamment dans une population de l'île de Giglio, en 1969. Des observations histologiques ont montré qu'il n'y avait aucune trace de mélanine dans les tissus des individus albinos.
Confusions vignette|droite|Discoglosse corse (Discoglossus montalentii).|alt=Photo d'un individu adulte de Discoglosse corse posé au sol, très ressemblant au précédent même si l'espèce est différente. L'espèce la plus proche du Discoglosse sarde est le Discoglosse corse (Discoglossus montalentii), élevé au rang d'espèce en 1984. Cette espèce, endémique stricte de Corse, se différencie du Discoglosse sarde par des critères subtils. Les deux espèces cohabitent sur le même site en de nombreux points en Corse. On parle de synthopie.
Vu de profil, son museau est arrondi, alors qu'il est pointu chez sardus. Chez sardus, le bout du quatrième doigt est plus étroit que sa base, alors qu'il est plus large que sa base chez montalentii. De plus, la partie située entre l’œil et la narine est horizontale chez montalentii, alors qu'elle est légèrement inclinée vers la pointe du museau chez sardus. On peut également citer la longueur de la patte postérieure, qui peut atteindre au moins le coin de l’œil et le plus souvent la pointe du museau chez montalentii, alors qu'elle atteint au maximum un point situé entre l’œil et la pointe du museau chez sardus.
D'autres critères différencient les deux espèces (peau plus rugueuse chez montalentii, rapport de la longueur du museau/urostyle (homologue à des côtes fusionnées) : tibia de 1,71 à 1,76 chez montalentii et de 1,90 à 1,94 chez sardus). Globalement, le Discoglosse sarde a une variabilité morphologique intraspécifique plus importante que le Discoglosse corse.
Enfin, leurs exigences écologiques et les habitats qu'ils occupent permettent parfois de les séparer ou au moins d'orienter l'identification. En effet, le Discoglosse corse est quasiment inféodé aux torrents intacts d'altitude, jusqu'à (avec quelques exceptions en bord de mer), tandis que le Discoglosse sarde occupe des habitats plus divers jusqu'en bord de mer.
Leur chant est également très différent, celui de montalentii ressemblant à celui du Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata).
Écologie et comportement L'espèce est sédentaire. Les adultes sont actifs de jour comme de nuit et se rencontrent toujours à proximité de points d'eau. Leur activité est liée à la température, ainsi qu'à l'humidité de l'air. Quand la température est inférieure à ou que l'humidité est insuffisante (inférieure à 45 %), les adultes trouvent refuge dans des abris divers (sous des pierres, amas de feuilles) et deviennent inactifs. L'hivernage et l'estivation sont principalement conditionnés par l'action asséchante du mistral.
Une observation de 1998 permet également d'avancer l'hypothèse que lors de fortes pluies, pouvant aboutir à une crue, les individus seraient capables de quitter le bord de l’eau pour gagner des endroits à l’abri de la crue potentielle, deux juvéniles ayant été observés très au-dessus du niveau de la rivière, alors que les précipitations étaient importantes. Cette observation concerne cependant l'espèce proche Discoglossus montalentii et n'est restée qu'au stade de l'hypothèse. Une autre hypothèse mentionne la possible capacité des individus à s'enterrer dans le lit encore humide des cours d'eau en été.
Reproduction La saison de reproduction s'étale sur presque toute l'année, de fin février à novembre-décembre. Le chant du mâle est peu audible et ressemble à un grognement guttural, à une stridulation monotone de au maximum. Il est émis de nuit et sous l'eau et est produit durant les phases d'inspiration et d'expiration. Seuls les mâles effectuent des cris d'accouplement. Les analyses révèlent que le chant consiste en deux groupes d'impulsions disposés en série et que sa durée dépend de la température de l'eau, ainsi que de la taille des mâles chanteurs. Quelques légères différences de chants ont été relevées entre les individus corses et les individus sardes, à l'aide de matériel d'enregistrement. vignette|gauche|Exemple d'amplexus lombaire chez le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata).|alt=Photo d'un accouplement de Sonneurs à ventre jaune vu du dessus. L’amplexus est rapide et lombaire (les pattes antérieures du mâle encerclent la taille de la femelle au niveau des membres postérieurs) et se forme de jour comme de nuit, mais se produit généralement au crépuscule. Les callosités nuptiales présentes sur ses doigts aident le mâle à maintenir sa prise.
Les pontes, au nombre de deux à quatre par an, s’échelonnent majoritairement entre avril et juin, mais peuvent intervenir plus tôt, dès fin janvier, ou plus tard dans l’année, jusqu'en novembre. Les œufs, dissociés, de plusieurs centaines par ponte (entre 300 et ), sont déposés sur des plantes aquatiques ou au fond de l’eau, dans des zones souvent ombragées, et forment habituellement des nappes et non des amas. Ils donnent naissance à des têtards en une dizaine de jours, voire moins, l'éclosion ayant parfois lieu au bout de . Il est à noter que les spermatozoïdes sont très peu mobiles, ce qui entraîne un fort pourcentage d'œufs non fécondés, pouvant atteindre jusqu'à 60 % du total. La durée du développement larvaire varie de en fonction des ressources alimentaires, de la température de l'eau et de la salinité. Le développement est accéléré par la salinité de l'eau, les têtards pouvant en effet se développer dans des eaux saumâtres (contenant jusqu'à de NaCl par litre). Les jeunes s'éloignent peu de leur lieu de naissance. Ils mesurent à , à et à . La maturité sexuelle du Discoglosse sarde est atteinte à la fin de la troisième année de développement.
vignette|droite|Vallée d'Asco, en Corse, où l'espèce est présente.|alt=Photo d'une vallée d'altitude en Corse, avec des pins au premier plan et un ciel bleu dégagé.