Situé dans le quartier historique du Vieux-Lille, l’Hospice Comtesse, ancien hôpital médiéval fondé en 1237 par la comtesse Jeanne de Flandre (v. 1200-1244), est un patrimoine emblématique de la ville de Lille. Il abrite depuis 1962 le musée d’art et d’histoire de la ville.

L’ampleur de ses volumes et son architecture caractéristique des lieux de soins incarnent plus de 750 ans d’hospitalité et de générosité. Riches de près de 70 000 œuvres, ses collections très diverses reflètent l’histoire sociale et culturelle de la capitale des Flandres.

Lieu de mémoire, apprécié des Lillois·es et des touristes - 100 000 à 160 000 visiteurs en moyenne par an, le Musée de l’Hospice Comtesse propose de nombreuses expositions temporaires, notamment d’art contemporain, et une programmation variée.

Labellisé « Musée de France » en 2003 et classé au titre des « Monuments Historiques » en 1923 et 1991, le Musée de l’Hospice Comtesse travaille à l’heure actuelle son futur Projet Scientifique et Culturel (PSC).Les collections, qui évoquent l’histoire de Lille et les arts décoratifs lillois, sont présentées dans le bâtiment de la communauté des sœurs augustines chargées de la gestion de l’hôpital jusqu’en 1793. Le Musée de l’Hospice Comtesse assure une mission de service public qui consiste à conserver des œuvres patrimoniales et à enrichir les collections par des acquisitions. La présentation de collections permanentes et l’organisation d’expositions temporaires participent à la valorisation de ce patrimoine.

Histoire du musée : de l'hôpital au musée

La fondation de l'hôpital Notre-Dame

D’abord consacré à la Vierge, l’ancien hôpital lillois fondé en 1237 par la comtesse Jeanne de Flandre sur les terres du palais de la Salle, sa résidence comtale lilloise accueillait les pauvres, les malades, les pèlerins, les passants et les voyageurs auxquels les religieuses, respectant les règles de saint Augustin, apportaient aide et secoursvoir article détaillé sur l'Hospice Comtesse. Face à la croissance urbaine du siècle, les gouvernants sont confrontés à de nouveaux problèmes sociaux et à l’apparition de maladies et d’épidémies qu’ils tentent de résorber en multipliant les fondations charitables. vignette|gauche|Sceau de Jeanne de Constantinople En 1245, en reconnaissance de sa fondatrice, le lieu est renommé « l’hôpital Comtesse ». Des terres agricoles réparties sur l’ensemble de la Flandre, la perception de dîmes (impôts sur les récoltes, prélevés par l’Église) ainsi que plusieurs droits seigneuriaux cédés par la comtesse Jeanne de Flandre et sa sœur la comtesse Marguerite de Constantinople (v. 1202-1280), assurent une source de revenus complétés par des dons de bienfaiteurs et la location de biens immobiliers. L’hôpital jouissait également d’exemptions d’impôts, de tailles et de droits de péage.

En 1468, un incendie détruit l’hôpital, à l’exception de l’infirmerie. La reconstruction de la salle des malades (1468-1472) est suivie de la construction du rez-de-chaussée du bâtiment de la communauté (1477-1482). Cependant, un nouvel incendie, survenu en 1649, entraîne une nouvelle série de travaux dirigés par l’architecte Julien Destrée (1611-1678), plus connu à Lille pour sa construction de la Vieille Bourse. Ce dernier édifie le bâtiment parallèle à la rue de la Monnaie, accueillant des « maisons de louage ». La dernière aile de style plus classique est construite en 1724 comme l’atteste le millésime inscrit sur un médaillon de la façade.

"Hospice des Vieux Hommes et Bleuets réunis" En raison de l’évolution de la médecine et du rôle des pouvoirs publics, l’hôpital Comtesse se transforme au fil du temps. En 1793, les sœurs augustines quittent l’établissement et sont remplacées par des citoyennes hospitalières. Durant le siècle, le lieu accueille des personnes âgées et des orphelins et prend le nom d’« Hospice des Vieux Hommes et Bleuets réunis » (bleuet, ici en référence à la couleur bleue des uniformes des enfants accueillis). L’état de vétusté des bâtiments s’aggrave avec le temps ; le coût trop élevé des travaux conduit au relogement des orphelins et des vieillards. Ils quittent les lieux respectivement en 1921 et 1940. En , le départ des derniers « Vieux Hommes » met fin à la vocation hospitalière de l’Hospice Comtesse et le centre hospitalier régional, propriétaire des bâtiments, utilise les locaux comme magasin central.

Projet d'un musée de folklore régional Après la Première Guerre mondiale, la disparition progressive de la société et des techniques traditionnelles incite à recueillir davantage d’objets que l’on qualifie alors de folklore. Dans le même courant qui aboutit notamment en 1937 à la création du Musée National des Arts et Traditions populaires de Paris, Jules Scrive-Loyer (1872-1937), industriel et historien-géographe, souhaite créer à Lille un musée de folklore régional dont il soumet le projet en 1932 aux Amis de Lille, visant à rassembler une collection d’objets au sein d’un établissement attaché à la recherche et à la diffusion des connaissances sur la région.

L’activité de cet établissement devait se déployer autour d’une bibliothèque, d’archives, de expositions permanentes et temporaires et de conférences. En 1936, l’intérieur de la Porte de Paris à Lille est le premier choix pour créer le musée avec un programme qui comporte plusieurs sections réservées à la ville de Lille, à la Flandre wallonne et flamande, au Hainaut, à l’Artois et au Tournaisis. Le projet n’aboutit pas mais la recherche d’un lieu se poursuit. En 1942, Georges Henri Rivière (1897-1985), conservateur du Musée national des Arts et Traditions Populaires, cherche à Lille un bâtiment qui permet d’implanter un musée d’histoire et d’ethnographie répondant sur le plan régional au musée parisien. Le site de l’Hospice Comtesse retient l’attention des édiles lillois.

En , le conseil municipal engage des discussions avec la direction des Beaux-Arts de Lille en vue de créer un musée dans l’ancien hospice. À cette fin, au cours des années 1940, des négociations sont engagées auprès du centre hospitalier régional de Lille, propriétaire des bâtiments. Le , le principe de bail emphytéotique est adopté et le conseil municipal planifie, dès , des travaux de restauration des bâtiments, à l’exception des annexes modernes qui sont démolies.

Les travaux débutent en 1946-1947 avec une participation de l’État à hauteur des deux tiers pour les bâtiments des de la cour d’honneur, classés au titre de Monuments Historiques par décret du (cad. KY 139). Les façades et toitures de l’ensemble des bâtiments autres que ceux des sont classés quant à eux Monuments Historiques par arrêté du (cad. KY 119, 133 à 139).

Le le bail est signé avec le centre hospitalier de Lille avec effet rétroactif au , engageant la Ville à investir l’ensemble des locaux pour un usage exclusif de musée du folkloreDélibération du Conseil Municipal du 26 juillet 1951.. La Ville accepte également de conserver temporairement le magasin central du centre hospitalier jusqu’à sa réinstallation dans ses anciens locaux de l’Hôtel de l’administration. Les travaux engagés sont importants mais leur avancée à un rythme soutenu jusqu’en 1968 permet à l’Hospice Comtesse de retrouver un aspect restauré. En 1952, des aménagements muséographiques sont réalisés au premier étage du bâtiment de la communauté. En 1957, l’acquisition de la collection Hel, composée de soixante-deux instruments de musique, s’inscrit dans cette volonté de constituer des collections fortes.

Le , la Ville de Lille prend possession des locaux. En , lors du congrès de la Société Française d’Archéologie, les conservateurs du musée des Beaux-Arts de Lille, Pierre Maurois (1892-1974) et Albert Châtelet (1883-1960), organisent une présentation d’ambiance, au rez-de-chaussée du bâtiment de la communauté en rassemblant d’une part, des meubles et des objets d’art mis en dépôt par les hospices de Lille et d’autre part, des pièces de collections du musée des Beaux-Arts.

Ouverture du "Musée de l'Hospice Comtesse" Le , le conseil municipal adopte la décision d’ouvrir l’établissement au public avec la dénomination de « Musée de l’Hospice Comtesse » dont la conservation est confiée à Albert ChâteletDélibération du Conseil Municipal du 8 novembre 1962.. L’ouverture au public est d’abord fixée à trois jours par semaine (jeudi, samedi et dimanche) avec un droit d’entrée s’élevant à 0,50 F. À la demande de la Commission des Beaux-Arts, les recettes des entrées devaient être affectées à un crédit d’emploi permettant l’acquisition d’objets ou d’œuvres destinés à intégrer les collections du musée.

Le , le Musée de l’Hospice Comtesse est inauguré. Le mois suivant, l’établissement ouvre officiellement ses portes au public. Le , un poste de conservateur est créé. Le titulaire du poste devait d’une part, assurer la gestion du Musée de l’Hospice Comtesse, sous l’autorité du conservateur du musée des Beaux-Arts de LilleDélibération du Conseil Municipal du 11 février 1966. et d’autre part, mettre en œuvre un projet de musée d’ethnographie et de folklore. Philippe Jessu (1939-2017) a porté ce projet en se concentrant sur la Flandre française, c’est-à-dire la partie du comté de Flandre devenue française à la suite du siège des troupes de Louis XIV en .

En 1969, le musée connaît une nouvelle orientation en accueillant une importante partie du « musée lillois », désignant une partie des collections du musée des Beaux-Arts de Lille rassemblant des objets qui reflètent les sociétés des siècles passés. En parallèle, la menace de disparition des traces du passé lillois en raison du renouveau urbain, incite les archéologues à sauver des vestiges qui trouvent refuge dans la cour, les réserves et les caves de l’Hospice Comtesse. Ce nouvel ensemble permet à Philippe Jessu d’envisager un programme plus large développé autour des axes suivants : l’histoire de Lille et de la Flandre française, les Arts appliqués et les Arts et traditions populaires de la Flandre française, et des présentations d’ambiance. En 1973, le départ du centre hospitalier de Lille des salles dites Camille Desmet et du bâtiment de 1649 permet d’entreprendre de nouvelles restaurations.

Vers un musée d'art et d'histoire de la ville Un vrai tournant s’effectue en 1991 lorsque le Palais des Beaux-Arts de Lille ferme ses portes pour des travaux de rénovation. Durant cette période, des œuvres sont exposées à l’Hospice Comtesse dans le cadre d’une exposition intitulée Art Septentrional (avec des œuvres comme celles de La tentation de Marie-Madeleine de Jacob Jordaens, Saint Jérôme en prière attribué à Artus Wolffort ou Jésus chez Marthe et Marie de Erasme II Quellin et Jan Fyt). L’architecture et l’intérieur de l’Hospice Comtesse permettent une mise en valeur des œuvres exposées, une quarantaine d’œuvres des écoles nordique, flamande et hollandaise, redécouvertes autrement par le public grâce au caractère intimiste des salles de l’Hospice Comtesse.

Trois facteurs principaux ont permis au Musée de l’Hospice Comtesse de trouver sa voie : l’élaboration d’un programme muséographique, les prêts du Palais des Beaux-Arts et l’engagement d’une politique d’acquisition d’œuvres d’art. En effet, il devenait nécessaire d’enrichir les collections pour affirmer la nouvelle vocation du musée. Aude Cordonnier (1955-), nommée directrice-conservatrice du musée en 1987, émet la volonté de sortir du cadre exclusivement lillois et régional pour permettre au visiteur de découvrir l’art et la culture des anciens Pays-Bas. vignette|La cour d'honneur Le passé lillois et son architecture sont présentés autour d’une réflexion sur le lieu. En effet, l’ensemble des bâtiments de l’Hospice Comtesse possèdent un lien étroit avec l’histoire de Lille, de la période des comtes de Flandre jusqu’à la Révolution française. Ils présentent un panorama de l’art de bâtir à Lille du , en révélant également la richesse d’une institution charitable au cœur de la ville.