Olivia est un film français sorti en 1951 et l’un des premiers films, en France, à décrire ouvertement des relations lesbiennes. Sa réalisatrice, Jacqueline Audry, est également l’une des premières et rares femmes, en France, à tourner des longs-métrages.
Le scénario du film est inspiré par le roman éponyme de Dorothy Bussy, publié en Grande-Bretagne en 1949, qui connut un grand succès. Jacqueline Audry en acheta les droits avec l'aide de Jean Paris qui souhaitait un rôle pour Marie-Claire Olivia.
À la sortie du film, le matériel promotionnel indiquait : « Le film de la Féminité ! ». En effet, Olivia est un film réalisé par une femme, adapté par une femme d'un roman écrit par une femme, joué quasiment exclusivement par des femmes. Il est à noter que Jacqueline Audry a souvent adapté des œuvres littéraires et, en particulier, des auteurs féminins : La Comtesse de Ségur (Les Malheurs de Sophie ), Colette (Gigi, Minne, l'ingénue libertine et Mitsou), Dorothy Bussy (Olivia) et Colette Audry (Fruits amers adapté de la pièce de théâtre Soledad).
Le matériel promotionnel indiquait également : « Rien de comparable depuis Jeunes filles en uniforme ! ». Olivia s’inscrit donc explicitement dans le sous-genre du film de pensionnat.
Épigraphe L’Amour a toujours été la grande affaire de ma vie…
Que les Dieux m’accordent la grâce de ne pas avoir profané un pur, un adorable souvenir.
Olivia
Synopsis Mademoiselle Julie, directrice d'une institution près de Fontainebleau, reçoit notamment des élèves anglaises. Nouvelle venue, Olivia bouleverse le cœur de Julie et vit un grand amour platonique. Cara, l'amie de Julie, va tomber sous l'emprise intéressée de Frau Riesner.
Fiche technique Titre : Olivia Réalisation : Jacqueline Audry Assistants réalisateur : Claude Pinoteau et Claude Fayard Scénario : Colette Audry d'après le roman Olivia d'Olivia (pseudonyme de Dorothy Bussy). Dialogues : Pierre Laroche Société de production : Memnon Films Directeur de production : Jean Velter Secrétaire de production : Marguerite Theoule Distributeur : Filmsonor Directeur de la photographie : Christian Matras Cameraman : Alain Douarinou Assistants opérateur : Ernest Bourreaud et Paul Launay Directeur technique : Jo de Bretagne Chef-opérateur du son : Jo de Bretagne Musique : Pierre Sancan Décorateur : Jean d'Eaubonne Assistants décorateur : Jacques Gut et Alfred Marpaux Chef-costumier : René Decrais Costumes : dessinés par Mireille Leydet Costumes : exécutés par Marcelle Desvignes Costumes d’Olivia : exécutés par Jeanne Lafaurie Maître fourreur : Louis Bourdeu Maquilleuses : Carmen Brel et Maguy Vernadet Coiffeurs : Jean Lalaurette et Simone Kuapp Monteuse : Marguerite Beaugé Assistante monteuse : Geneviève Falaschi Script-girl : Jacqueline Loir Régisseur général : Roger Rogelys Ensemblier : René Turbeaux Assistant-ensemblier : Jean Chaplain Administrateur : Luc Beranger Photographe de plateau : Roger Forster Laboratoires : Lianofilm Enregistrement : Simo Distribution : France : Filmsonor États-Unis : Arthur Davis Associates Langue : français Format : 1,37:1, Format 35 mm Genre : Comédie dramatique Durée : 95 minutes Dates de sortie : France : (à Paris) États-Unis : (à New York) Affiche : Duccio Marvasi (France)
Distribution Le personnel du pensionnat : Edwige Feuillère : Mlle Julie, codirectrice de la pension, professeure de littérature Simone Simon : Mademoiselle Cara, codirectrice, professeure, compagne de Mlle Julie Lesly Meynard : Frau Riesener, professeure d'allemand et de piano, amie intéressée de Mlle Cara Rita Rethys (créditée Rita Roanda) : Mlle Palleto dite Signorina, professeure d'italien Suzanne Dehelly : Mademoiselle Dubois, professeure d’arithmétique à l'appétit insatiable Yvonne de Bray : Victoire, cuisinière perspicace du pensionnat Les élèves : Marie-Claire Olivia (créditée Claire Olivia) : Olivia Realey, nouvelle élève, amoureuse de Mlle Julie Marina de Berg : Mimi, pensionnaire qui fait une démonstration de danse dans le hall du pensionnat Tania Soucault : Georgie Nadine Olivier : Cécile, coquette pensionnaire américaine Ludmila Hols (créditée Ludmilia Hols) : Olga, pensionnaire russe Michèle Monty : Nina Sophie Mallet : Gertrude Violette Verdy : une pensionnaire Lisette Lebon : une pensionnaire Hélène Rémy : une pensionnaire Marcelle Arditti : une pensionnaire Catherine Albat : une pensionnaire Martine Bridoux : une pensionnaire Suzy Dumas : une pensionnaire Éliane Salmon : une pensionnaire Evelyne Salmon : une pensionnaire Jacqueline Sibere : une pensionnaire Patricia Solair : une pensionnaire Les anciennes élèves : Danièle Delorme : Béatrice, ancienne élève rencontrée au salon de thé Philippe Noiret (non crédité) : le soupirant de Béatrice Elly Norden : Laura Thomson, fille d'un ministre anglais, ancienne élève de la pension qui revient y séjourner, élève « préférée » de Mlle Julie et détestée de Mlle Car Les enquêteurs : Gabriel Sardet : Paul Mesnier : Ange Gilles : Autre Fernand Fabre (non crédité) : l’un des notaires venus pour la signature de l’acte de séparation Rôles indéterminés : Christine Tsingos : Elly Overzier : Renée Coriou : Renée France : Joselyne Saturnin : Chantal Schoenlaub :
Lieux de tournage la Place de la Concorde (8ème arrondissement de Paris) : statue allégorique de la ville de Strasbourg du sculpteur James Pradier, installée sur une guérite Gabriel. On aperçoit derrière les balustrades et les arbres du Jardin des Tuileries ainsi que le sommet du Jeu de Paume. le Quai François-Mitterrand (1er arrondissement de Paris) : vue sur le Pont des Arts et, au fond, de gauche à droite la Conciergerie, la Sainte-Chapelle, Notre-Dame et le Palais de justice. Palais du Louvre, Voie Georges-Pompidou (1er arrondissement de Paris) : Porte Barbet-de-Jouy. les Studios de Boulogne
Musique du film Valse-thème du film Olivia (René Rouzaud) chantée par André Claveau accompagné par André Grassi et son orchestre, éditions Choudens - disque Polydor n°560-319
Œuvres mentionnées dans Olivia Sculpture la Victoire de Samothrace Dans la voiture qui amène Olivia au pensionnat, la cuisinière s’enorgueillit de s’appeler Victoire comme la Victoire de Samothrace dont la réplique se trouve dans le bureau de Mlle Julie.
Peinture L’embarquement pour Cythère de Watteau Mlle Julie emmène Olivia au Musée du Louvre et lui montre la toile en disant : « Il n’y a rien de solide, de charnel… Simple jeu de lumières et de couleurs. Watteau était malade ! ».
Littérature La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette À l’étude des grands, Olivia prend le roman de Madame de La Fayette. les poèmes de Shelley Olivia rend à sa camarade Laura, le recueil des poèmes de Shelley qu’elle lui a emprunté. Paroles sur la dune de Victor Hugo, poème tiré du recueil Les Contemplations, et plus précisément le douzième quatrain. Le sujet de dissertation de Mlle Julie : Le Cid de Corneille Mlle Julie donne à ses élèves un sujet de dissertation qui porte sur cette pièce de théâtre : « Chimène vous paraît-elle une fille dénaturée comme le décréta l’Académie, dans ses sentiments pour le Cid ? » Anna Karénine de Tolstoï Dans sa dissertation, l’une des élèves, Olga, compare Chimène à Anna Karénine. Lorsque Mlle Julie lui rend sa copie, elle lui dit : « Chimène ne ressemble pas à cette Anna Karénine dont vous me parlez tant. »
Les lectures du soir de Mlle Julie : Andromaque de Racine, acte III scène 4, vers 858-882. Le Lac de Lamartine, poème tiré du recueil Les Méditations poétiques, et plus précisément le treizième quatrain. Olivia, très impressionnée par la lecture de Mlle Julie, se plonge dans ce recueil, ce qui donne lieu à la lecture d’un autre extrait, celle du sixième quatrain. Bérénice de Racine, acte IV scène 5, vers 1109 à 1117. Mlle Julie a annoncé son départ pour le Canada et lit cet extrait de Bérénice à ses élèves en guise d’adieu.
Devant la dépouille de Mlle Cara : Ancien Testament, Job 17:7, 17:11 et 17:13-16 Au moment où elle perd la femme qu’elle aime, Mlle Julie ne cite plus les auteurs classiques mais la Bible.
Autour du film Les Avons, le pensionnat qui se situe près de Fontainebleau où séjourne le personnage d’Olivia, est inspiré du pensionnat des Ruches, qui se trouvait, lui aussi, près de Fontainebleau puis a déménagé pour Avon. Les personnages de Julie et Cara sont inspirés des directrices des Ruches, la pédagogue Marie Souvestre et sa compagne Caroline Dussault. Mlle Julie est une amie de la mère d’Olivia, qu’elle a rencontré en Suisse il y a longtemps. Lorsqu’Olivia était enfant, Mlle Julie lui a offert un livre, Les Malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur. C’est, sans doute, un clin d’œil au premier long métrage de la réalisatrice, Les Malheurs de Sophie, adapté ce même roman.
Le saphisme dans Olivia Dans Olivia, Jacqueline Audry aborde sans détour le thème de l'homosexualité féminine, présentant ses personnages sans les juger. Le film est un emblème féministe, qualifié par Brigitte Rollet dans le livre qu'elle consacre en 2015 à Audry de «force de sédition» «contre le pouvoir masculin».
Un des moments emblématiques du film de ce point de vue est une fête de Noël au cours de laquelle les élèves donnent un spectacle. On y voit Tania Soucault travestie en homme danser avec une jeune fille.
Un des seuls rôles masculins est interprété par Philippe Noiret, qui campe le rôle d'un jeune amoureux dans un salon de thé.
Accueil critique Le film fait scandale lors de sa sortie en 1951, il est interdit aux moins de seize ans et critiqué.
Distinction Nomination 1953 : nommé au BAFTA de la meilleure actrice pour Edwige Feuillère.
Copie restaurée En 2018, le film est numérisé et restauré par Lumières Numériques pour l’image et par L.E. Diapason pour le son, et sort une nouvelle fois en salle en France.
Références
Voir aussi Bibliographie Jean-Pierre Darre, L'Écran français, , , Film raconté par Jacques Fillier, « Olivia», Le Film complet, Paris, Société Parisienne d’Edition, , Raymond Chirat, « Olivia», Catalogue des films français de long métrage. Films de fiction 1940-1950, Editions Imprimerie Saint-Paul, Luxembourg (ville), 1981, article Raymond Chirat, « Olivia », La Saison cinématographique 1950/1951 (La Revue du cinéma hors série - XXXII), U.F.O.L.E.I.S, Paris, , 216 p., , Daniel Collin, « Olivia », Guide des Films F-O (sous la direction de Jean Tulard), Éditions Robert Laffont (collection Bouquins), Paris, 2005, 2399 p., p.2354, Brigitte Rollet, Jacqueline Audry, la femme à la caméra, Presses universitaires de Rennes, 2015,
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