L'oisiveté désigne l'état d'une personne qui n'a pas d'activité laborieuse. Selon les époques, selon le contexte, la notion d'oisiveté est associée soit à une valeur, celle de l'otium antique, cultivée par l'aristocratie, soit à la paresse, à l'inutilité, dans une société sacralisant le travail. Elle est revalorisée par les sociologues et les philosophes modernes et contemporains comme instrument de lutte contre la productivité déshumanisanteFrançois Noudelmann, « L'oisiveté », Macadam philo, France Culture, 24 juillet 2009, franceculture.fr.
Étymologie
L'oisiveté est rattachée depuis l'antiquité romaine à lotium, lequel est aussi défini comme l'inaction, le désœuvrement, la paix, le calme, la tranquillité, le temps libre, le repos honorable, la , le loisir studieux, la méditation, opposés à l'exercice de la politique, aux affaires, à l'étude contrainte, aux hostilités, au negotium« Otium » in Félix Gaffiot, Gaffiot, dictionnaire latin français, 1934, p. 1098, micmap.org.
Au , elle apparaît comme œusiveté puis oisiveté, dérivé de oisif, oisdif, oiseux, ocieux, otieux dont le sens et l'origine sont tout autres. Elle a pour synonymes dans ce deuxième sens, à l'image, partiellement, de lotium, l'inaction, le désœuvrement, le loisir, mais non la paix, le calme, la tranquillité, le repos, la retraite, la méditation ; viennent s'ajouter au contraire l'indolence, la paresse, la badauderie, la fainéantise, le farniente, l'inactivité, l'inoccupation. Cette différence se retrouve dans l'étymologie des termes dont elle dérive« Oisiveté » in Trésor de la langue française informatisé et autres dictionnaires mis en ligne par le Centre national de ressources textuelles et lexicales, cnrtl.fr.
Le ne retient en effet du latin otiosus (oisif, sans occupation, qui a le temps, le loisir, qui n'est pas pris par les affaires publiques, éloigné de la politique, qui ne participe pas à une affaire, neutre, indifférent, calme, paisible, tranquille, qui prend son temps, qui s'attarde, oiseux, inutile, superflu, oisif, qui ne rapporte rien — en parlant d'argent)« Otiusus », Gaffiot, 1934, p. 1098, micmap.org que le sens de oiseux : , et de oisif : , utilisés pour qualifier une chose inutile, une parole vaine, qui ne sert à rien, qui ne mène à rien (parole oiseuse), une personne qui ne fait rien, qui vit dans l'inaction, la paresse (vie oiseuse)« Oiseux », TLFI, cnrtl.fr.
Oisif est issu de l'ancien français oisdif (cose widive, chose futile, vaine), lui-même formé sur oiseux d'après voisos (prudent, habile, avisé), voisdie, voisdive (subtilité, adresse), du latin vitiosus (gâté, corrompu, défectueux, mauvais, entaché de vice, irrégulier)« Vitiosus », Gaffiot, 1934, , micmap.org. On trouve ainsi au (beste) wisive défini comme . Puis, à partir du , (argent oisif), ou au contraire (personne oisive)« Oisif », TLFI, cnrtl.fr.
Comme pour l'oisiveté, on ne retrouve dans les synonymes des deux termes que le sens de lotium correspondant à l'inaction et au désœuvrement : fainéant, inactif, paresseux, désœuvré, flâneur, inoccupé, indolent, musard, inemployé, désoccupé, disponible, croupissant, cagnard, badaud, oiseux pour oisif et inutile, futile, superflu, vain, stérile, prolixe, paresseux, oisif, inactif, , superfétatoire pour oiseux. Aucun de ces termes n'évoque la paix, le calme, la tranquillité, le repos, la retraite, la méditation, réservés à l'''otium, l'oisiveté des anciens. Nous sommes bien ici dans le vitiosus dont le sens a pris le pas au .
Dès lors, le terme d'oisiveté sera valorisant lorsqu'il est employé dans le sens dotium et péjoratif lorsqu'il est employé dans celui de vitiosus.
L'oisiveté comme valeur - Otium
Matthieu 6:26 :
L'oisiveté comme défaut - Paresse
Proverbes de Salomon, dans Adrien Egron, Le livre de l'ouvrier, 1844 :
William Robertson, Histoire de l'Amérique, 1777William Robertson, Jean Alexandre Buchon. Œuvres complètes de W. Robertson, Volume 2. Desrez, 1837
Benjamin Franklin:
Adrien Egron, Le livre de l'ouvrier, 1844:
L'oisiveté comme critique du travail
En 1880, Paul Lafargue publie Le Droit à la paresse, un essai sur le travail, les valeurs qui lui sont attribuées et ses représentations.
Voir aussi
Bibliographie Sénèque, L'Oisiveté (De otio), lettre philosophique (entre 62 et 65). Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, manifeste social (1880). Robert Louis Stevenson, Une apologie des oisifs, essai philosophique (1877). Bertrand Russell, Éloge de l'oisiveté, essai (1932). Gébé, L'An 01, bande dessinée (1970) Jeremy Rifkin, La Fin du travail, essai (1996) Hermann Hesse, L'art de l'oisiveté, recueil de textes
Filmographie Yves Robert, Alexandre le bienheureux film (1968) Pierre Carles, Attention danger travail, documentaire (2003) Pierre Carles, Volem rien foutre al païs, documentaire (2007)
Notes et références
Articles connexes Travail Chômage Paresse Loisir
Méditation Temps libre Gammler Skholè Otium Parabole des talents
Liens externes
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