La couvre une période de plus d'un siècle et demi à la fin de l'Ancien Empire. La toute-puissance du roi, sans être remise en cause, est perçue différemment. Il faut sans doute y voir également un changement dans les aspirations religieuses ainsi que dans l'organisation de l'État. Cette période va être marquée par le très long règne de Manéthon de Sebennytos lui prête un règne de 94 années, ce qui paraît sans doute exagéré ; les égyptologues lui prêtent plutôt un règne d'un peu plus de 60 ans.. C'est à cette époque que l'on assiste à un morcellement du pouvoir central au profit des nomarques, tendance déjà amorcée à la . La charge se transmet de père en fils, formant ainsi de véritables dynasties locales sans pour autant usurper le pouvoir royal. Les prérogatives royales sont peu à peu « empruntées » par ces nomarques, comme l'attestent les tombes des nécropoles d'Assouan et également la pratique de la momification.
Souverains de la
L'égyptologue Hracht Papazian a proposé en 2015 qu'un certain nombre de souverains généralement considérés comme appartenant à la identifiée par la liste d'Abydos soient attribués à la dynastie et d'autres à qu'il ne fait commencer qu'avec le roi Djedkarê Shemaï :
! scope=col width="15%" | Roi ! scope=col width="10%" | Liste d'Abydos ! scope=col width="10%" | Table de Saqqarah ! scope=col width="10%" | Canon royal de Turin ! scope=col width="10%" | Manéthon (version Africanus) ! scope=col width="45%" | Commentaires
|Téti (Ttj) |Téti (34) |Téti (26) |lacune (5.1) |Othoès (Οθοης) (VI-1) |Pyramide située à Saqqarah-nord. |- |Ouserkarê (Wsr-kȝ-Rˁ) |Ouserkarê (35) | |lacune (5.2) | |Longtemps considéré par l'égyptologie comme étant un usurpateur, la Pierre de Saqqarah-sud, représentant les annales du début de la , a montré qu'il n'en était rien. |- | (Mry-Rˁ Ppy) |Méryrê (36) |Pépi (25) |lacune (5.3) |Phious (Φιος) (VI-2) |Pyramide située à Saqqarah-sud. |- | (Mrj-n-Rˁ Nmtj-m-sȝ=f) |Mérenrê (37) |Mérenrê (24) |lacune (5.4) |Méthousouphis (Μεθουσουφις) (VI-3) |Pyramide située à Saqqarah-sud. Momie exposée au musée Imhotep à Saqqarah. |- | (Nfr-kȝ-Rˁ Ppy) |Néferkarê (38) |Néferkarê (23) |lacune (5.5) |Phiops (Φιωψ) (VI-4) |Pyramide située à Saqqarah-sud. |- | (Mrj-n-Rˁ Nmtj-m-sȝ=f) |Mérenrê Amtyemsaf (39) | |lacune (5.6) |Menthésouphis (Μεθουσουφις) (VI-5) |Fils de et sans doute de la reine . Si le nom de Sa-Rê Nemtyemsaf est assuré, son nom de Nesout-bity n'est pas connu avec certitude, Mérenrê n'était qu'une réutilisation de celui indiqué par la liste d'Abydos. Le Canon royal de Turin lui attribue 1 an et 1 mois de règne. |- |Netjerkarê (Nṯr-kȝ-Rˁ) |Netjerkarê (40) | |Netjerikarê Siptah (5.7) |Nitocris (Νιτωκρις) (VI-6) |Longtemps considéré comme une femme, le Canon royal de Turin a rétabli le fait qu'il s'agit d'un homme, mais son existence n'est toujours pas prouvée par des sources contemporaines. |- |Menkarê (Mn-kȝ-Rˁ) |Menkarê (41)
| (Nfr-kȝ-Rˁ) |Néferkarê (42)
|Fils de et de la reine selon Hracht Papazian. |- |Néferkarê Neby (Nfr-kȝ-Rˁ Nbjj) |Néferkarê Neby (43)
|Fils de et de la reine . Commanditaire d'une pyramide non retrouvée et nommée Djed-ânkh-Néferkarê.
Les origines de la famille du fondateur de la dynastie Téti ne sont pas connues avec certitude. Sa mère appartient probablement à la noblesse ou bien à une branche éloignée de la famille royale régnante. Quoi qu'il en soit, Téti épouse une princesse de sang, , qui est donnée pour être une des filles d'Ounas, manifestement mort sans héritier pouvant lui succéder.
Ainsi légitimé par ce mariage, Téti assure la continuité entre les deux dynasties mettant un terme à une crise de succession. La capitale reste à Memphis et Saqqarah est choisi comme nécropole dynastique. Les institutions sont renforcées et la stabilité du royaume semble assurée. Cela n'empêche pas une certaine contestation de s'installer au cours de son règne, le roi étant probablement toujours perçu comme illégitime et ouvrant la voie et la possibilité pour d'autres dignitaires, par leur pouvoir ou par leurs liens avec la famille royale, de prétendre à leur tour monter sur le trône d'Horus.
De fait le règne de Téti s'achève par un complot ourdi dans sa garde rapprochée et avec la complicité de hautes personnalités, faits rapportés par Manéthon. Bien qu'aucune source contemporaine ne vient confirmer cette histoire, des troubles semblent apparemment être confirmés par les découvertes récentes à Saqqarah de tombeaux de dignitaires ayant subi une damnatio memoriae et réutilisés aux fins d'autres personnages probablement adversaires. On notera sur ce point le nombre assez important de dignitaires qui occupent le poste de vizirPas moins de six vizirs sont attestés pour le gouvernement de Téti dont la durée n'a pas excédé les douze années de règne., indice probable d'une instabilité du pouvoir.
D'autres complots auront lieu au cours des règnes suivants dont notamment un sous le règne de , fils de Téti et troisième pharaon de la dynastie. Les faits qui impliquent le harem royal et de hauts dignitaires sont rapportés dans le mastaba d'Ouni en Abydos. Le vizir en tant que ministre de la justice avait été chargé de l'enquête et du jugement des coupables, parmi lesquels on comptera une des épouses du roi.
upright=2|vignette|Cartouches des pharaons de la relevés sur la liste d'Abydos mais ne mentionnant pas Nitocris - Abydos
Une autre découverte récente, la pierre de Saqqarah Sud, a permis de mieux connaître la succession des règnes de cette période. Il s'agit d'un texte de type pierre de Palerme datant du règne de . Cette pierre enregistrant une partie des annales de la dynastie depuis le règne de Téti jusqu'à celui de est inscrite au recto et verso. Elle devait donc être une stèle placée dans un sanctuaire, probablement à Memphis où les prêtres consignaient à l'abri de leur temple les faits et gestes de chaque souverain d'Égypte.
Bien que très dégradée car réutilisée en remploi pour former le couvercle du sarcophage d', les informations qu'elle contient confirment un interrègne entre celui de Téti et de , celui d'Ouserkarê, ainsi que la durée de chaque règne. Quand l'état du texte le permet, elle donne aussi le nom de la mère de chaque souverain, information essentielle pour définir la généalogie de la famille régnante. Ces annales rendent compte également des faits principaux ou officiels avec l'enregistrement des expéditions commerciales et militaires, des entrées de denrées précieuses, des dons faits aux temples du pays, de l'érection de statues, des grandes cérémonies religieuses du royaume et enfin des recensements du bétail, autres informations essentielles aux égyptologues pour déterminer le nombre d'années de règne de chaque pharaon.
Au cours de cette période le rôle de l'épouse royale et celui de la mère du roi s'accroît au point que des cultes leur sont rendus. Elles se font édifier de véritables pyramides comprenant temple funéraire, dépendances, clergé personnel et tout comme les complexes pyramidaux royaux, ces monuments étaient dotés d'une pyramide-cultuelle ou pyramide subsidiaire, tandis que peu à peu leur caveau funéraire s'orne des textes des pyramides, privilège réservé jusque-là au seul Pharaon.
Nul doute que ces reines ont joué un grand rôle dans les différents événements qui marquent l'histoire de la dynastie. Comme sous la , le trépas précipité ou inattendu de certains souverains a dû ébranler la famille royale en bouleversant l'ordre de succession normal de père en fils. Les règnes de Téti, d'Ouserkarê ou de forment à chaque fois une charnière de la généalogie familiale. Ouserkarê pourrait être un frère du roi qui prend la succession de Téti en aidant activement la régence de sa veuve en faveur du prince héritier Mérenrê Pépi, alors trop jeune pour monter sur le trône. Plus tard, succède légitimement à son père Pépi, premier du nom. Son règne est court et il n'a pas le temps d'achever la décoration de son complexe cultuel et funéraire. N'ayant lui non plus apparemment pas d'héritier mâle c'est son frère qui lui succède sous la régence de sa mère la reine .
Les annales concernant le long règne de ne sont pas complètes sur la stèle de Saqqarah-sud et l'état de la pierre nous prive d'informations directes et officielles pour l'ensemble de cette période qui marque le début de l'effondrement de l'Ancien Empire. Cependant la durée exceptionnelle de ce règne a produit une grande quantité de documents épigraphiques et archéologiques nous permettant ainsi de mieux la comprendre. Les biographies de grands dignitaires comme Hirkhouf nomarque d'Assouan sont de ce point de vue des témoignages de premier ordre.
À la fin du règne de une crise dynastique s'ouvre. Plusieurs rois sont répertoriés par les listes du Nouvel Empire mais le nombre de rois et l'ordre de succession ne sont pas assurés. Ceux dont l'existence est assurée sont , fils aîné de et probablement de la reine , ainsi que Néferkarê Neby, fils de et de la reine et commanditaire d'une pyramide non retrouvée et nommée Djed-ânkh-Néferkarê. Le peu d'éléments de cette période ne permet pas de reconstruire une chronologie fiable.
Économie et société
vignette|Le vizir Kagemni assistant au défilé des offrandes - relief peint de son mastaba de Saqqarah
Dès le début de la dynastie l'État représente une administration puissante dirigée par de véritables ministères à la tête desquels on retrouve les grands du royaume à commencer par le premier d'entre tous le vizir dont la puissance est considérable, agissant au nom de Pharaon.
La longueur des règnes des trois principaux souverains de la dynastie, Téti, et surtout de , favorise la stabilité du royaume ce qui alimente les caisses de l'État, gérées par le Trésor dont la direction est souvent confiée au vizir justement, qui accumule ainsi les charges et les fonctions concentrant la plupart des postes exécutifs du gouvernement du royaume. Depuis la ce personnage n'est plus choisi parmi les enfants royaux mais au sein d'une noblesse qui formait la cour de pharaon. Le vizir recevait plusieurs titres dont celui de prince ce qui n'implique pas forcément de lien avec la famille royale mais désigne davantage son rôle de premier des grands du royaume dont l'autorité est incontestée.
Privilège de haut rang, il recevait alors un mastaba princier situé à proximité de la sépulture royale. Les mastabas de Mérérouka, Ânkhmahor et de Kagemni représentent des exemples incontournables de l'architecture funéraire de l'Ancien Empire tant par leur agencement que par la qualité des scènes en reliefs qui décorent les parois des salles de culte et leurs dépendances. Pour l'entretien de ces tombeaux et du culte qui en dépendait le roi accorde sur les biens de la couronne des terres regroupées en fondation dont le produit et les bénéfices forment un revenu non négligeable administré directement par le dignitaire et sa famille ainsi favorisés.
Cette puissance est probablement à l'origine de certains remous de l'histoire du pays. Une politique d'alliance maritale permet bien souvent de régler l'affaire, le vizir devenant le gendre du roiVoir notamment l'exemple de Téti qui donne en mariage ses filles aux principaux dignitaires du royaume à commencer par ses vizirs., mais il est avéré que certains d'entre eux ont été à l'origine de tentatives de prise de pouvoir sous les règne de Téti ou de . D'autres paraissent avoir été des soutiens déterminants à la stabilité du royaume comme ce fut le cas du vizir Djaou, fils de Khoui nomarque d'Abydos.