François Charles Joseph Valentin, né le à Nancy et mort le à Chambley-Bussières, est un homme politique français. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il dirigea la Légion française des combattants de 1941 à 1942 avant de rejoindre la Résistance. Il fut député de la République, sénateur de la République et enfin député de la République.
Biographie
Catholique patriote Il est le fils d'un avoué près la cour d'appel de Nancy, d'origine mosellane, et d'une mère vosgienne. Il est aussi le neveu de Maurice Perrin, professeur de médecine à Nancy et conseiller municipal « national » et de Jules Valentin, président de la Fraternité Saint-Léon, tous deux proches des Jeunesses patriotes. Il est le grand-père paternel de Mgr Bruno Valentin, prélat catholique français, évêque de Carcassonne et Narbonne.
François Valentin fait ses études au collège de la Malgrange puis au lycée Saint-Sigisbert, puis à la faculté de droit de Nancy, et s’inscrit au barreau de Nancy en . Il effectue entretemps son service militaire en tant que sous-lieutenant au de chasseurs à pied, à Saverne. Il deviendra plus tard vice-président des officiers de réserve de Nancy. Il est désigné à l'unanimité en 1935 pour représenter la région au conseil d'administration de l'Union nationale des officiers de réserve.
Membre du patronage « La Foucotte », responsable de mouvements de jeunesse catholique dès 1927, vice-président du Groupement des étudiants catholiques à 18 ans, il est présenté en 1929 au maréchal Lyautey retiré à Thorey. Il entretiendra une relation étroite avec celui-ci jusqu’à sa mort en 1934. Il est un des dirigeants régionaux de l'Association catholique de la jeunesse française : président de l'Union diocésaine de l'ACJF à partir de 1928, puis président de l'Union régionale jusqu'en 1935. En 1934, il est secrétaire de l'Éclair de l'Est.
Il ne partage pas les tendances pacifistes des cadres parisiens de l'ACJF ; il est au contraire le héraut d'un patriotisme traditionnel et vigilant. En , dans le cadre du congrès national de l'ACJF à Nancy, il organise un pèlerinage patriotique à Sion et à Thorey, afin d'enseigner « la cause de Dieu et de la France » et d'écouter des discours patriotiques de Louis Marin et de Lyautey. Il attire l'attention d'Édouard de Warren sur le pacifisme des Annales de la jeunesse française en . Il participe à la campagne des organisations catholiques contre la franc-maçonnerie dans les années 1930 ; il dénonce ainsi en 1935 dans une conférence donnée à Bar-le-Duc par l'Union catholique.
Il ne cache pas ses croyances après son élection en 1936. Il assiste par exemple à une fête de l'Union Drouot en à Jarny, où il tient un discours patriotique et religieux : . En , il donne une conférence à Metz sur le rôle de la femme dans le monde chrétien à l'occasion d'une réunion de la Ligue féminine d'action catholique.
Carrière politique
Très tôt, il s’intéresse à la politique. Il est alors un républicain « national », hostile au régime parlementaire, qu'il qualifie de en 1930 dans une lettre au maréchal Lyautey, se situant dès 1933 dans les réseaux des Jeunesses patriotes de Nancy, dont il est membre depuis 1934, et de la Fédération républicaine : on relève son nom dans plusieurs réunions politiques de ces groupementsIl assiste à une réunion du Centre lorrain d'action politique et sociale, fondé à Nancy à la fin de l'année 1933. Ce centre a pour vocation de faire se rencontrer les cadres de la Fédération républicaine et ceux des ligues. Il est présent au congrès des Jeunesses patriotes en mars 1934 à Nancy. Il tient une conférence à Épinal en avril 1934 lors de la réunion mensuelle de la section spinalienne des JP. Il est encore présent à une réunion du Parti national populaire, avatar des JP, le 10 mai 1936 à Nancy. Il assiste à une réunion du Front national à Nancy en novembre 1934. Il est l'un des avocats en 1934 à Nancy de ligueurs de la Solidarité française et des JP, accusés de vol dans un local de la CGTU, aux côtés d'autres avocats nancéiens militant dans les groupements « nationaux » (Adrien Sadoul et , de la Solidarité française) et de Georges Scapini.. Il est secrétaire général du quotidien nancéien L’Éclair de l'EstLe quotidien est dirigé depuis 1934 par Émile Meyer, qui milite pour la Fédération républicaine et a œuvré en 1934-1936 pour l'union des ligues, participant à de nombreuses réunions, souvent comme orateur., contrôlé par Louis Marin, de à 1936 (son oncle Maurice Perrin est le président du conseil d'administration de la Presse de l'Est qui édite ce quotidien).
En 1936, il est élu au second tour député de Meurthe-et-Moselle avec l'aide des militants de la Fédération républicaine et des Ligues. Face au docteur René Goepfert, le député sortant Émile Seitz, Pierre-Henri Teitgen du Parti démocrate populaire, et le conseiller d'arrondissement URD de Nancy-Ouest depuis 1928 (élu conseiller général en 1937) René Galas, employé d'usine, militant catholique, membre des JP, proche d'Édouard de Warren et de Louis Marin, du Comité d'union républicaine nationale et sociale de Nancy, qui s'occupe de sa campagne. Il s'est entendu avec Louis Marin et a rendu visite à François de Wendel. Au soir du , il apparaît aux côtés de Marin à une fenêtre du premier étage de l'immeuble de L’Éclair de l'Est, place Carnot à Nancy. Il est alors le plus jeune député de France, à 26 ans. Il s’inscrit au groupe de la Fédération républicaine. Dans un appel aux électeurs lors de la campagne électorale, il établissait deux blocs face à face et résumait l'élection à quelques choix : pour ou contre la patrie, pour l'union sociale ou pour la lutte des classes, pour la sauvegarde de la liberté ou pour la dictature. Un de ses tracts demandait aux électeurs .
Il est nommé président des Jeunesses de la Fédération républicaine en .
En Lorraine, il est membre actif du Rassemblement national lorrain (RNL), qui fédère des opposants au Front populaire, de 1936 à 1939Il est le seul parlementaire lorrain à collaborer au périodique du RNL, La Lorraine nationale et sociale et il participe à ses réunions, réunions privées et réunions de propagande : il est le parlementaire qui a le plus assisté aux réunions du RNL, à Nancy en juillet 1936, à Neufchâteau en 1937, aux congrès de 1937, 1938 et 1939, à une réunion à Nancy en janvier 1938 et à une autre en février 1939.. Il adhère en au Comité de défense des libertés républicaines et de sympathie pour le PSF. Il s'écarte ainsi de l'hostilité de Louis Marin à l'égard du Parti social français ; il souhaite alors œuvrer à l'union des droites, ce qu'il fait encore en 1939, en soutenant Marcel Deschaseaux dans sa campagne électorale, n'hésitant pas à participer aux côtés des chefs du PSF (en l'occurrence Charles Vallin) à une réunion électorale. Il devient la même année président du comité des jeunesses de la Fédération républicaine.
À Nancy, il entre en relation avec le colonel de Lattre, et fait partie de l'état-major de celui-ci en 1940, il est promu capitaine en , alors que de Lattre, devenu général, commande la d'infanterie. Le , il est cité à l'ordre de l'armée. Patriote, son premier réflexe est de refuser l'armistice et de rejoindre le général de Gaulle à Londres, mais sa confiance en Pétain et son sens de l'obéissance l'en empêchent.
Régime de Vichy
Il vote le les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, comme de nombreux autres députés de la Fédération républicaine, Philippe Henriot, Pierre Taittinger ou Xavier Vallat, bien que leur chef, Louis Marin, choisisse le refus de vote. Il devient directeur adjoint de la Légion française des combattants ; il est nommé en par le maréchal Pétain à la tête de la Légion, succédant à son ami Xavier Vallat. Celui-ci, ancien secrétaire général aux anciens combattants, est nommé commissaire aux questions juives.
À cette date, la Légion est forte d'un million et demi d'adhérents et est conçue en auxiliaire du pouvoir vichyste et en gestionnaire de son capital idéologique. Ni parti, ni ligue, ni milice, sa dimension est éminemment maréchaliste. Valentin était mal préparé à l’affrontement politique dont la Légion devient l’enjeu par la seule masse de ses adhérents et refuse qu’elle se transforme en parti unique de la Révolution nationale. Il affronte diverses tentatives visant à transformer la Légion en un véritable parti unique ou, à défaut, la dévitaliser au profit d’organismes nouveaux.
Darlan et ses hommes, arrivant au pouvoir en , veulent faire émerger une élite dynamique de la Légion, vouée à devenir une coquille vide et muée en glorieux paravent. Darlan veut créer ainsi un bureau politique de la Légion ouvert à des non-combattants, pour la transformer en une formation politique. Valentin pare à la manœuvre en plaçant un proche à la tête d’un simple « Comité civique » en , mais accepte aussi des hommes plus engagés comme Joseph Darnand.
Pétain lui adresse une lettre le , qui est un véritable désaveu et un constat d'échec de l'action de la Légion, ainsi qu'un appel à la .
En , le Service d'ordre légionnaire de Joseph Darnand, créé à l’été 1941, est intégré à la Légion : mouvement autoritaire, son recrutement, très sélectif, intègre fréquemment d’anciens membres des ligues antiparlementaires d’avant guerre. Débordé, Valentin ne peut que tenter de canaliser le mouvement en maintenant le SOL dans l’orbite de la Légion.
Pour éviter la politisation, toujours, il fait interdire l’adhésion des légionnaires à la LVF, lancée en zone nord par Jacques Doriot et qui a étendu son recrutement à la zone sud.
Résistance
Durant son passage à Vichy, il proteste contre le rappel en métropole du général Weygand, qui le dissuade de présenter sa démission au maréchal Pétain. Le , aux côtés d'autres cadres de la Légion, il demande une entrevue à Pétain et lui déclare :
Il démissionne en au retour de Pierre Laval, qui veut rendre plus autonome le SOL au sein de la Légion Française des Combattants. Le SOL deviendra en 1943 la Milice française. Il ne rompt pas encore ouvertement avec le régime de Vichy. La presse publie en sa déclaration aux légionnaires dans laquelle il exprime au maréchal Pétain son , prie les légionnaires de rester et de mettre leur énergie et à la suite le message de remerciement de PétainL’Avenir des Hautes-Pyrénées, 14 juin 1942, Le Courrier républicain de l’arrondissement de Bagnères-de-Bigorre, 14 juin 1942.
Valentin n’a nullement songé à une dissidence après son départ mais fréquentait déjà Suzanne Borel (future épouse de Georges Bidault) qui travaillait alors au ministère des affaires étrangères à Vichy : en contact avec Henri Frenay et les gens du mouvement « Combat », elle l’encourage, après son départ de la Légion, à rencontrer les responsables du NAP (Noyautage des administrations publiques) et du Super NAP, Bernard de Chalvron et Maurice Nègre.
De retour dans le domaine du droit, Valentin s’inscrit au barreau de Tulle et, avec maître Punthous, bâtonnier du barreau de Toulouse, défend le général de Lattre qui comparaît en pour avoir désobéi aux ordres lui interdisant de résister aux troupes allemandes pénétrant dans la zone libreJe suis partout, 15 janvier 1943.
C’est là le point de départ de son entrée en dissidence, alors même que le cabinet de Pétain a exercé sur lui une vive pression pour qu’il renonce à son geste . Par la suite, il passe dans la clandestinité et rejoint l’armée secrète sous le pseudonyme de Frédéric Vautrin, puis, à la tête d’un bataillon FFI dans le Tarn, sous celui de commandant Vincenot. Il adhère à l'Organisation de résistance de l'arméeColonel A. de Dainville, L'ORA. La résistance de l'Armée (guerre 1939-1945), Lavauzelle, 1974, ..