vignette|Pietro Longhi, Le Charlatan, 1757. Le charlatanisme est la promotion de pratiques médicales frauduleuses ou ignorantes.

En France, le charlatanisme est défini dans le code de déontologie médicale comme le fait pour un médecin de

Un charlatan est une personne ou .. Ce peut être un vendeur de poudre de perlimpinpin. De manière plus générale, le charlatan pratique l'imposture, ou un jeu de dupes envers autrui, grâce à des trucages, des déformations de la réalité (par exemple via l'exploitation de biais cognitifs), ou des falsifications, en vue de gagner sa confiance, généralement pour obtenir de l'argent ou tout autre avantage.

Les éléments communs du charlatanisme comprennent des diagnostics douteux, ainsi que des traitements non testés, à l'efficacité non avérée, ou réfutés, en particulier pour les maladies graves telles que le cancer. Le charlatanisme est souvent décrit comme une fraude dans le domaine médical avec la caractéristique saillante d'une promotion agressive..

Outre les problèmes éthiques liés aux avantages prometteurs qui ne peuvent raisonnablement s'obtenir, le charlatanisme comprend également le risque que les patients choisissent de renoncer à des traitements susceptibles de les guérir, au profit de traitements inefficaces administrés par le charlatan.... Ces renoncements impliquent des retards de soins qui peuvent aller jusqu'à causer la mort des patients..

Étymologie Attesté dès 1572, le mot est emprunté à l'italien ciarlatano « charlatan », issu du croisement de cerretano « habitant de Cerreto » (village de Cerreto di Spoleto dont les habitants vendaient des drogues sur les places publiques) et de ciarlare « bavarder, jaser » qui correspond au provencal charrá qui a donné les mots charabia et charade..

En 1668, le mot charlatan désigne péjorativement le vendeur ambulant de remèdes ou l'arracheur de dents, puis tout imposteur exploitant la crédulité publique. Le terme charlatanisme (attitude de charlatan au propre et au figuré) apparait en 1717 dans le Mercure de France.

En français d'Afrique, le mot charlatan n'est pas péjoratif : il désigne le sorcier-guérisseur et le charlatanisme est son pouvoir magique.

Histoire du charlatanisme Antiquité Grèce La première mention de « charlatanisme » se trouve dans le texte hippocratique De la maladie sacrée (seconde moitié du av. J. C.). Ce texte est considéré comme capital dans l'histoire des idées : pour la première fois, une médecine rationnelle s'oppose à une médecine de type magique. L'auteur veut démontrer que l'épilepsie n'est pas une maladie sacrée. Elle n'est pas liée à une possession divine, mais à des causes naturelles. Il s'en prend à ceux qui procèdent par incantations, interdits magiques et pratiques superstitieuses. :

Sous la traduction « charlatan » se trouve le terme grec alazôn qui signifie « imposteur, celui prétend détenir un savoir qu'il ne possède pas ». Selon Jacques Jouanna ce terme serait à rattacher à la famille de alê « vagabondage », l'alazôn serait aussi un devin soignant itinérant.

Le texte hippocratique précise que le charlatan est aussi un beau parleur, qui répond à toutes les situations : si le malade guérit, il s'en fait gloire, et si le malade meurt, il en accuse les dieux. Il s'agit d'une tromperie intellectuelle, par un ignorant dont la motivation est le profit.

Les commentateurs du ont exagéré l'opposition médecine / religion, jusqu'à parler d'athéisme (rationalisme athée). Selon les historiens modernes, le médecin hippocratique a une conception épurée du divin : c'est le mage charlatan qui est sacrilège et impie puisqu'il prétend, par la magie, asservir les Dieux. Dans De la maladie sacrée, l'auteur condamne les procédés des charlatans, mais il admet les rites des sanctuaires (sacrifices et prières pour aider à la guérison). L'interaction entre médecine et religion n'est pas une opposition, mais une délimitation des ou une .

Cette opposition médecin / mage guérisseur s'apprécie dans un contexte historique : la Grèce antique ignore toute règlementation en matière de soins. Les médecins grecs sont souvent eux-mêmes itinérants. .

Rome

À partir du , la médecine rationnelle grecque s'implante à Rome où la médecine n'est guère plus règlementée. Les médecins iatroi ou medici (appellation fluide dépourvue de critère légal) sont en concurrence avec des soignants de toutes sortes.. Claude Galien (121-) en donne un aperçu : .

Charlatans non-médecins vignette|Marchand ambulant de remèdes, couvert de serpents vivants, par Giulio Romano. Avec les charlatans (dont le circulator, celui qui vend son remède de foire en foire), on trouve les prophètes guérisseurs errants de Palestine, les Marses charmeurs de serpents et des équivalents exotiques comme les Psylles et les Nasamons, et tous ceux qui font appel aux incantations, imprécations et exorcismes.. La colère de Galien contre les charlatans se double de moqueries envers les juifs et les chrétiens qui croient aux miracles : leur Dieu unique est bien capricieux puisqu'il viole les règles de sa propre création.

Galien, tenant de la médecine grecque à Rome, livre un combat difficile contre d'autres médecines (perse, égyptienne…). La médecine de l'Égypte antique est particulièrement visée, car faite d'astrologie et de magie, de charmes et d'amulettes (comme les pierres précieuses gravées), et de remèdes à base d'excrément. De tels moyens sont communément utilisés par les médecins militaires, et même approuvés par des empereurs tel que Trajan. Un autre exemple est le sang de gladiateur utilisé contre l'épilepsie, remède dénoncé par Galien et Scribonius Largus, mais qui restera utilisé ou mentionné pendant des siècles, même après la mort du dernier gladiateur.

Médecins charlatans Cependant, la médecine hellénistique rationnelle est elle-même partagée en diverses écoles, courants ou « sectes » (pneumatique, logique, dogmatique, empirique, méthodique, éclectique…) occupant un « véritable marché de la médecine », auprès des riches et puissants, dans les deux premiers siècles de l'empire romain.

Chaque école vante sa propre doctrine, son savoir et sa maitrise et accuse les autres d'ignorance et d'incompétence. Selon Danielle Gourevitch, le médecin concurrent est alors accusé d'être un charlatan. Le charlatanisme est ici moins un état, qu'une conduite, c'est un médecin incompétent qui se comporte à la manière d'un charlatan..

Ces médecins, vilipendés par Pline l'Ancien ou Galien, mènent une politique organisée : ils n'ont jamais tort, ils mentent aux malades comme aux confrères, ils trompent avec des « trucs » de métier (du boniment à l'escamotage). Ils aiment l'argent et pratiquent la « réclame » (publicité), ils cherchent à éblouir le petit peuple, et se montrent complaisants et serviles envers leurs riches patients.

Ces médecins se distinguent par leur apparence voyante, la richesse de leur manteau et de leurs bagues. Le satiriste Lucien de Samosate s'adresse ainsi à un bibliophile ignorant :

En ce domaine, la principale cible des critiques de Galien est l'école méthodique, dont le maître est Thessalos de Tralles. Thessalos est accusé de ne se déplacer dans Rome qu'accompagné d'un long cortège d'élèves, lui servant de domestiques et de gardes du corps, et à qui il a promis de devenir médecins en six mois. Selon Galien, ces élèves pouvaient être d'anciens cordonniers et forgerons, appelés « les ânes de Thessalos » par le peuple de Rome. Ces vocations tardives, guidées par l'intérêt, étaient celles de médecins dits opsimathes (sens péjoratif à l'origine)..

D'autres médecins à succès, mais méprisés par leurs confrères, sont signalés par Pline l'Ancien, comme les deux médecins venus de Marseille : Charmis, qui plongeait les vieillards en eau froide en plein hiver (balnéothérapie), et Crinas, qui administrait régime et médicaments selon des calculs astronomiques (« iatromathématique »)..

Rivalités professionnelles Selon Pline l'Ancien, les tendances théâtrales (conférences et démonstrations publiques des médecins grecs à Rome) relèvent d'un charlatanisme que le public peu averti confond avec la compétence. Les relations entre médecins sont marquées par la concurrence, la jalousie, les moqueries, et la malveillance qui peut aller jusqu'au meurtre. Galien lui-même a connu des calomnies à la mesure de sa réputation grandissante : par exemple que son pronostic était de la divination basée sur le vol des oiseaux (ornithomancie)..

vignette|Statue de Galien à Pergame (Turquie), sa ville natale.

Pour les historiens modernes, d'un point de vue positiviste, les différences d'efficacité entre la médecine rationnelle romaine et les autres pratiques de soin, étaient mineures, et les frontières plutôt indistinctes et poreuses. Par exemple, Galien dénonce les médicaments excrémentiels, mais il lui arrive d'utiliser de la fiente de colombe ; il peut utiliser des pierres semi-précieuses comme amulettes, mais en disant qu'il est inutile de les graver ; il peut consulter les astres, mais à visée calendérique ou météorologique.

Galien prend en compte la notion de peira « expérience » (expérience du vulgaire, basée sur l'usage). Le médecin ne doit rien refuser par simple a priori, il doit observer les usages locaux notamment chez les femmes du peuple, pour voir ce qui marche. Selon Gourevitch : « Galien quoi qu'il en ait, est lui aussi plongé dans le même bain culturel [de ceux qu'il dénonce] : l'acceptation de l'irrationnel est pour lui, médecin rationnel, une sorte de ruse de guerre ».

Quelle est alors la véritable différence entre médecin et charlatan ? Elle est d'ordre éthique (vertu et sagesse) et philosophique (pensée rationnelle). Le médecin se démarque du charlatan tapageur qui attire les foules, il respecte sa professio au sens de « profession de foi » basée sur le principe de bienséance des textes hippocratiques (De la bienséance, Le serment…).

Par sa raison (raison grecque), il est aussi un « médecin-philosophe égal aux Dieux » selon Hippocrate, mais conscient des limites de son art. Enfin, selon Galien, il est celui qui observe et raisonne d'après la logique d'Aristote.

Les historiens modernes ne prennent plus Galien ou Scribonius Largus au mot. Influencés par l'histoire sociale, ils distinguent derrière l'image du médecin idéal (prétention éthique et logique) les contours d'une querelle ou compétition sociale entre catégories de soignants.

Moyen Âge

En Occident médiéval, les premières règlementations concernant la profession médicale (obtention d'une licence) sont celles du royaume de Sicile au , sous le règne de Roger II. Dans le reste de l'Europe, avec la création des universités et la croissance urbaine, des soignants, reconnus comme légaux, s'organisent en guildes ou corporations, contre des soignants illégaux dits « empiriques ».. Bientôt, ces corporations médicales obtiennent le droit non seulement d'accorder une licence, mais aussi de poursuivre les illégaux ou non-licencié(e)s.. vignette|L'extraction de la pierre de folie (détail), par Jérôme Bosch. Selon Vivian Nutton, l'existence d'une règlementation est plus révélatrice d'un pouvoir corporatif ou municipal que de la qualité des soins proposés. Les médecines magiques sont souvent signalées dans les grandes villes ou les cours royales, plus que dans les campagnes. Par exemple, cinq « sorciers » furent appelés pour soigner Charles VI en 1403, et brûlés vif pour cause d'échec.

Il n'existait pas de système unique, uniforme partout. Très souvent, ces règlements ne sont que des tentatives locales qui ont du mal à s'appliquer. Les termes désignant les catégories de soignants restent imprécis. Finalement, les médecins lettrés et instruits ne sont que la pointe d'une pyramide professionnelle composée en grande partie d'« empiriques », terme de mépris désignant les illettrés en latin.