Lambézellec (Lambezelleg en breton) est une ancienne commune du Finistère située au nord de Brest. Initialement paroisse de grande superficie, elle fut peu à peu grignotée par Brest avant de fusionner avec cette dernière le . Elle forme depuis cette date un quartier de Brest.
Il est desservi par les transports en commun de la ville de Brest ligne 2, 4 et 14. Une partie est aujourd'hui classée quartier prioritaire, avec environ un millier d'habitants.
Histoire
Étymologie et origines Selon une hypothèse contestée, Lambézellec signifierait mot à mot en breton « village de lépreux » : cela aurait été donc un endroit où on aurait isolé les cacous (kakouz), c'est-à-dire les malades de la lèpre. Le docteur Zambacco, membre de l'Académie de médecine de Paris, affirma avoir encore identifié en 1897 des cas de lèpre à Rumengol ainsi qu'à Lambézellec. Suivant d'autres témoignages, il y en avait aussi dans les environs de Plouguerneau et de Lannilis. Ces cacous de Lambézellec fabriquaient des cordes.
Mais une autre origine semble prévaloir : un oratoire consacré à sainte Tudona, sœur de saint Gouesnou, dans un lieu primitivement dénommé Ploe-Beluoc, consacré initialement à saint Beluoc (un saint totalement oublié), qui se serait transformé par la suite en Lan-Beluoc ; puis le nom de la paroisse a évolué au fil du temps : Lamboseloc vers 1330, Lambezelzeuc vers 1350, Lambeseleuc en 1420, Lambezelec en 1467, Lanbézellec en 1774Mémoire de Lambézellec.
Issue du démembrement de l'ancienne paroisse de Ploubavas (Ploebeves), la paroisse de Lambézellec était très vaste, englobant toute la rive gauche de la Penfeld faisant actuellement partie de la ville de BrestLa partie de la rive droite de la Penfeld faisant partie de la ville de Brest actuellement formait la paroisse de Saint-Pierre-Quilbignon, qui comprenait Recouvrance et incluait donc Brest même, y compris le prieuré des Sept-Saints, qui dépendait de l'abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre et érigé en paroisse pendant le règne de Henri II, ainsi que la trève de Saint-Marc qui lui est rattachée à partir de 1681.
Antiquité
La voie romaine allant de Landerneau à la Pointe Saint-Mathieu traversait Lambézellec. Des urnes cinéraires ont été trouvées dans le bourg et des tuiles romaines découvertes à Prat-Podic et à Pen-ar-CleuzBenjamin Girard, "La Bretagne maritime", C. Thèse, Rochefort, 1896, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5744832r/f273.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR.
Moyen Âge En 1398, Olivier de Cornouaille, à la tête du vaste et important fief de Lossulien en Guipavas (commune du Relecq-Kerhuon désormais) constitue un fief en juveigneurie en faveur de son puîné Yvon, en lui concédant un important ensemble de terres sur la paroisse de Lambézellec, portant le titre de "Cornouaille de Kerinou". Les membres successifs de cette branche cadette cumuleront jusqu'au les fonctions de grand voyer, prévôt et sergent féodé de la ville et des faubourgs de BrestChristian Le Roux, repris par Bernard Tanguy, Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, consultable http://www.domainedelossulien.com/. Cette famille seigneuriale des Cornouaille de Kérinou verra son nom francisé en "Kerneau" et se rattachait à la puissante maison des comtes de Cornouaille, et est aujourd'hui éteinteGustave Chaix d'Est-Ange, "Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du ", 1903-1929, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6116498p/f372.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR. Cette famille s'est fondue au dans la famille Hersart de La Villemarqué, laquelle obtint d'ailleurs l'autorisation d'adjoindre à son nom celui de "de Cornouaille" par un décret de 1871.
Époque moderne vignette|Femme de Lambézellec dans un costume traditionnel. En 1631, « Richelieu fit creuser le port de Brest (...) ce qui donna beaucoup de consistance à cette ville qui, auparavant n'était qu'un bourg dépendant de la paroisse de Lambézellec »"Recherches sur la Bretagne", cité par François-Joseph-Ferdinand de Mauny, "Appel à l'honneur national. Des Colonies dans le présent et l'avenir", F. Locquin, Paris, 1839, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57905494/f117.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR.
Au , le territoire de la ville de Brest s'étend jusqu’aux fortifications aux dépens de Lambézellec. À la fin de ce siècle, Lambézellec abrite de nombreuses activités industrielles : tanneries, moulins à papier et à poudre, fabriques de chaux, brasseries, etc.
En 1759, une ordonnance de Louis XV ordonne à la paroisse de Lambézellec de fournir 36 hommes et de payer 236 livres pour « la dépense annuelle de la garde-côte de Bretagne »"Ordonnance... portant imposition pour la dépense annuelle de la garde-côte de Bretagne", 1759, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97412315/f7.image.r=Plovan?rk=21459;2.
Pendant la Révolution française
Le cahier de doléances rédigé en 1789 par les paroissiens de Lambézellec écrit que, voisine de Brest, cette paroisse « est devenue pour ce motif le refuge général et forcé des pauvres qu'on y compte au nombre de cinquante familles, les vageans [ = vagabonds] en grand nombre non compris, et qui par la suite est en proie aux vols et à tous les désastres qu'apporte la troupe suspecte des mendiants »Cahier de doléances de Lambézellec, sénéchaussée de Brest, article 19, cité dans "La Révolution française : revue historique" n° de juillet 1904, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k116323t/f47.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR.
En 1789, les quatre électeurs pour l'élection des députés du Tiers-État de la sénéchaussée de Brest aux États généraux représentant la paroisse de Lambézellec sont Yves Mailloux, Guillaume Le Cail, Guillaume Nicol et Félix QuentelJules Madival et Étienne Laurent, "Archives parlementaires de 1787 à 1860 ; 2-7. États généraux ; Cahiers des sénéchaussées et bailliages", série 1, tome 2, P. Dupont, Paris, 1879, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k495172/f469.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR.
Pierre Corbet, de Lambézellec, qui commandait un détachement de gardes nationaux brestois, a été tué à Lesneven et plusieurs de ses soldats massacrés lors des émeutes des paysans du Léon contre la levée en masse en Abbé Kerbiriou, "La vie et l'organisation du clergé paroissial dans le Léon à la veille de la Révolution", Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie, Kerangal, Quimper, 1924, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5729760q/f398.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR.
Henri Mocaër, recteur (curé) de Lambézellec, refusa de prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé et fut emprisonné à Brest dans la prison des Carmes. Qualifié en 1798 de « prêtre insoumis », il demeura caché à Lambézellec. C'est probablement lui qui est évoqué dans un cantique en langue bretonne Cantig nevesHenri Pérennès, "Poésies et chansons populaires bretonnes", Annales de Bretagne, 1935, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1153361/f410.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR, dont voici un extrait en traduction française : Écoutez, peuple de Lambézellec Écoutez un ami prêcher Encore une fois la vérité Avant qu'il s'en aille loin de vous. Vous dormez bien, sans aucun souci Alors que vous êtes au milieu de l'hérésie Vous êtes dans une joie extrême Alors que vous êtes devenus schismatiques ! Vous êtes devenus hérétiques C'est une chose assurée Puisque vous avez renoncé à votre Credo Trois fois malheur à vous, gens de mon pays !
Le
En 1803, sont déportés par Napoléon dans le de Pontanézen avant d'être envoyés à Toulon puis en Corse.
La misère des habitants
Le curé de Lambézellec écrit le que « les deux-tiers des habitants (...) demandent l'aumône à l'autre tiers » et le que « nous sommes tous les jours au milieu de malades étendus sur un peu de paille sans moyens d'existence. La maladie se manifeste surtout dans la classe indigente et le cultivateur aisé montre la plus froide indifférence pour ces malheureux »..
Les amputations successives du territoire communal Très vaste à l'origine et s'étendant jusqu'à la Rade de Brest, le territoire de Lambézellec a été grignoté progressivement par ses voisins et particulièrement par la ville de Brest. Déjà en 1686, Lambézellec perdit la paroisse des Sept-Saints englobée dans l'enceinte fortifiée de Brest.
Par la loi du , Brest annexe le territoire du fort Penfeld ainsi que d'autres situés à l'est de la PenfeldJ.B. Duvierger, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, réglemens, et avis du Conseil d'État, A. Guyot et Scribe, Paris, 1847, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54928336/f124.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR comme les villages de l'Harteloire et de Lannoc-ar-Pape, la grève de Porstrein et le village du même nom.
Par la loi du , Brest annexe 172 hectares de la commune de LambézellecConsidérant que le territoire de la ville de Brest est trop peu spacieux pour sa population, aujourd'hui de par ha, (...) contre 309 à Paris, que ce territoire est entièrement occupé par des maisons et que l'augmentation annuelle de la population oblige à exhausser toutes les constructions habitables, ce qui prive les voies publiques d'espace, d'air et de soleil, et place par conséquent la ville dans de mauvaises conditions d'hygiène et de salubrité (Délibération du Conseil municipal de Brest, 1857, retranscrite dans "Gazette de l'Industrie et du Commerce" du 20 février 1864, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5822884j/f5.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR) (dénommés pendant un temps « l’extension » ou « l'annexion » : son axe principal était l'ancien "Grand Chemin" qui prit le nom de "Rue de Paris", actuelle "Rue Jean-Jaurès" de Brest)S. Castel, "Brest, étude de géographie urbaine", Annales de Bretagne, 1932-1933, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1153348/f612.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR et comprenant par exemple l'actuelle Place de la LibertéElle s'appelait à l'époque la Place du Roi de Rome, l’Octroi, les cimetières Saint-Martin et de Kerfautras, l'église Saint-Martin, l'actuel port de commerce, le quartier de la gare, le ravin du Moulin à poudre, etc., pour s’étendre hors les murs et englober son nouveau port de commerce. En contrepartie, la commune de Brest doit participer au financement de la reconstruction de l'église de LambézellecJ.B. Duvierger, Collection complète des lois, décrets, ordonnances, réglemens, et avis du Conseil d'État, A. Guyot et Scribe, Paris, 1861, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5490719z/f190.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR. Les habitants de Lambézellec, en perdant leur façade maritime, perdent aussi le droit de couper le goémon sur les grèves, droit réservé aux habitants des communes littoralesLimon, "Usages et règlements locaux en vigueur dans le département du Finistère", Imprimerie de Lion, Quimper, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5688569v/f374.image.r=Lamb%C3%A9zellec.langFR.