Samson Nicolas François Lenoir, dit Lenoir le Romain, est un architecte français né à Saint-Germain-en-Laye le Acte de baptême du 5 juillet 1733 de la paroisse Saint-Germain-de-Paris de Saint-Germain-en-Laye, Archives départementales des Yvelines en ligne, cote 1168926, vue 52/102 et mort à Paris le .
Représentant du style néoclassique, il commença sa carrière en Bourgogne, actif surtout à Dijon et à Beaune, avant de la poursuivre à Paris après 1763. Il s'y livra à de grandes spéculations immobilières, notamment dans le quartier d'Aligre et au Faubourg Poissonnière. En 1781, il construisit en trois mois le théâtre de la Porte-Saint-Martin pour y installer l'Opéra après l'incendie de sa salle du Palais-Royal. Mais cette opération ébranla ses finances et, malgré diverses tentatives pour les rétablir, il finit sa vie dans la gêne sous le Premier Empire.
Biographie Samson-Nicolas Lenoir est né à Saint-Germain-en-Laye de parents parisiensMichel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, 331., fils de Noël Lenoir, peut-être négociant limonadier. Sa mère, Louise Béguin, fille de Nicolas Béguin, entrepreneur de bâtiments, était marchande de mode rue de l'Oratoire-Saint-Honoré. La famille de Samson Nicolas Lenoir devait certainement appartenir aux professions du bâtiment, « car la rapidité de sa réussite n'appartient qu'à l'héritier d'un savoir-faire familial. »ibidem. Son frère, Denis, fut entrepreneur en bâtiment. On connaît à la même époque un Lenoir de Vernon et un Lenoir de Saint-Elme, architectes et spéculateurs à Paris. Par ailleurs, les liens de sa famille avec les Lamotte, « bouchers des Invalides », lui valurent la bienveillance lointaine de la marquise de Pompadour et l'appui direct de son frère, futur marquis de Marigny.
Formation et séjour en Italie Désigné comme élève de Jacques François Blondel, Lenoir monta en loge pour le Prix de Rome en 1752, face à Charles De Wailly, qui eut le prix, Pierre-Louis Moreau-Desproux et Pierre-Louis Helin. Il partit néanmoins pour l'Italie à ses frais et fréquenta l'Académie de France à Rome sans en être officiellement pensionnaire. Plus tard, il se déclarait « ancien élève » de la prestigieuse institution et prit le surnom « le Romain » sans doute pour entretenir la confusion.
Selon Michel Gallet : Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, p. 331
1755-1763 : les années bourguignonnes De retour en France, il commença sa carrière en Bourgogne, et plus particulièrement à Dijon où subsistent plusieurs de ses œuvres de jeunesse. Il est incontestablementL'érudition dijonnaise en a parfois douté. l'auteur de l'hôtel de Lantenay, construit entre 1756 et 1759 pour Bénigne III Bouhier de Fontaine, qui abrita l'intendance avant de devenir la préfecture. Bien implanté dans la capitale bourguignonne en 1760Plusieurs de ses homonymes étaient actifs comme architectes dans la ville, ainsi que les Le Jolivet, dont l'un avait été son confrère à l'Académie royale d'architecture. Il était en outre cousin des Cellerier, aubergistes dijonnais, et enseignait l'architecture à leur fils Jacques, promis à une brillante carrière., où il vivait dans la compagnie des artistes et des mécènes (Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, p. 332), il travailla également en Lorraine pour la maîtrise des Eaux et Forêts. Le président Fyot de La Marche le présenta à Voltaire en 1761 et il semble qu'il bâtit la modeste église de Ferney, surtout connue pour l'inscription Deo erexit Voltaire .
Architecte et spéculateur immobilier parisien Dès la fin de la guerre de Sept Ans, Lenoir s'établit à Paris où il poursuivit une intense carrière d'architecte et de spéculateur. Profitant du rétablissement de la confiance sous les ministères de Turgot et de Necker, des investisseurs immobiliers achetaient, à la périphérie de la capitale, des terrains mal exploités par des communautés religieuses et, avec l'agrément de la Ville de Paris et du Conseil du roi, ils aménageaient la voirie, créaient des égouts couverts, perçaient des rues qui recevaient des noms d'échevins – Buffault, Taitbout, La Michodière, Hauteville, Caumartin... – et faisaient construire dans ces lotissements des bâtiments d'habitation ordonnés de préférence autour d'un édifice public. Lenoir fut l'un des plus actifs dans ces opérations ce qui lui valut de bâtir des marchés, des greniers, une banque, des théâtres, des salles de danse...
En 1763, pour l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs, Lenoir ajouta deux nouvelles ailes aux bâtiments abbatiaux, dont l'une subsiste dans le complexe de l'hôpital Saint-Antoine. À l’initiative de Gabrielle Charlotte de Beauvau-Craon qui voulait créer un marché de denrées comestibles et de fourrage et désengorger la rue du Faubourg-Saint-Antoine, il construisit le marché d'Aligre en 1767 sur des terrains cédés par l'abbaye à des opérateurs privés regroupés autour de lui, dont le sieur Chomel de Scériville qui servit de prête-nom pour la revente des immeubles. Lenoir conçut le plan-masse du lotissement, le marché, les quatre immeubles formant les angles de la place centrale ovale. Il traça quatre rues, parallèles deux à deux pour desservir la place du marché : la rue d'Aligre, la rue Lenoir-Faubourg-Saint-Antoine, la rue de Cotte et la rue TrouvéeLa deuxième et la quatrième ont été réunies à la première et à la troisième.. Il s'attacha à édifier entre 1767et 1786 des maisons de rapport d’une très grande qualité architecturale, dont le 17, rue d'Aligre porte témoignage. Certaines parcelles sont constituées de vastes immeubles, souvent dotés de longues et grandes cours.
Lenoir se lia dans ses affaires à son beau-père, Henri Riboutté, contrôleur des rentes de la Ville et administrateur de la Royale incendies, ainsi qu'au banquier Guillaume Kornmann, qui fit un procès à Beaumarchais pour une retentissante affaire de mœurs. Avec plusieurs de ses collègues notamment Goupy, Delafosse, Barré, Ledoux, Bélanger, Perrard de Montreuil, il fut actif dans le quartier du faubourg Poissonnière, dit aussi la « nouvelle France », créé par François Benoît de Sainte-Paulle sur les anciennes cultures des Filles-Dieu.
Au nord, vers le Clos-Cadet, la rue Bleue et la rue Buffault, il fut associé au notaire Margantin. Associé à Douet de Montigny, il édifia pour l'entrepreneur et spéculateur Jean Bimont le côté sud de l'actuelle place de la Bourse. Pour la famille de Choiseul, il construisit entre la rue de Choiseul et la rue Pagevin. Rue d'Angiviller (aujourd'hui disparue), près de la colonnade du Louvre, il construisit dans le cadre d'une spéculation menée en association avec Étienne Navault, receveur des domaines de la généralité de Lyon, un ensemble immobilier de cent travées de sept niveaux sous une forte corniche dorique qui impressionna par son austérité et sa monumentalité. De l'autre côté du Louvre, à l'angle de la rue Saint-Honoré et de la rue Saint-Nicaise, sur l'emplacement des Quinze-Vingts, transférés au faubourg Saint-Antoine, il construisit des immeubles de rapport et amorça la reconstruction de la place du Palais-RoyalLes Quinze-Vingts se trouvaient initialement entre la rue Saint-Thomas-du-Louvre à l'est, la rue Saint-Nicaise à l'ouest et la rue Saint-Honoré au nord, à peu près à l'emplacement occupé par le Grand hôtel du Louvre.. Entre le quai de la Tournelle et le collège des Bernardins, il édifia la halle aux Veaux. Les Destutt de Tracy le chargèrent de construire un ensemble immobilier rue Saint-Denis à proximité de l'abbaye Saint-Chaumont, opération dont la rue de Tracy conserve le souvenir. Il fit l'acquisition en 1778 du château des Ternes qu'il transforma en habitations et dont il lotit les abords, et construisit l'église Saint-Leu-Saint-Gilles de Bagnolet.
En 1781, les affaires traitées par le cabinet de Lenoir engageaient un volume de capitaux considérable de 18 à 20 millions de francs. Elles assuraient du travail à nombre d'architectes moins renommés comme Hiver (ou Yvert), Montigny et BeaudoinMichel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, pp. 333 et 335.
Le théâtre de la Porte-Saint-Martin (1781) Pour assurer sa réputation, Lenoir eut l'ambition de construire un théâtre. En 1782, lorsqu'on envisagea de donner une nouvelle salle aux Italiens, il s'associa avec Benoît de Sainte-Paulle pour proposer de la situer dans le quartier du Faubourg Poissonnière, au centre d'une place ovale vers laquelle convergeraient de nouvelles rues. Cette disposition permettait d'isoler le théâtre, précaution utile en cas d'incendie. Le projet est connu, dans ses élévations, par Michel Gallet, Les architectes parisiens du , 334, innovation sans doute inspirée de l'hôtel Thellusson, chef-d'œuvre que venait d'achever Claude Nicolas Ledoux.
Bien qu'il ait eu le soutien de l'intendant des Menus-Plaisirs, Papillon de La Ferté, et fut appuyé par la plume de l'abbé de Lubersac, le projet de Lenoir fut écarté au profit de celui de Choiseul qui installa les Italiens sur le boulevard qui porte aujourd'hui leur nom, à l'emplacement de l'hôtel construit pour le grand-père de sa femme, Pierre Crozat, à l'emplacement actuel de l'Opéra-Comique, là même où Lenoir proposait d'installer la Caisse d'EscompteMichel Gallet, Les architectes parisiens du , 266.
thumb|upright=1.2|right|Le Théâtre de la Porte Saint-Martin vers 1790. Lenoir avait été plus heureux avec l'Opéra qu'il fallut reloger d'urgence après le second incendie du Palais-Royal, le . Il ne lui fallut pas plus de deux jours pour proposer un projet de reconstruction in situ. Mais d'autres possibilités furent évoquées : utilisation de la Salle des Jeunes Élèves que Trou dit Henry venait de construire sur le boulevard du Temple et qui avait été fermée dès 1780, ou de la Salle des Machines des Tuileries, que la Comédie-Française devait libérer prochainement pour prendre possession du Théâtre de l'Odéon, ou encore construction d'une nouvelle salle selon un projet de Bélanger sur un terrain appartenant aux Menus-Plaisirs.
Lenoir proposa, pour sa part, de construire une nouvelle salle sur un terrain que lui-même et ses commanditaires, Kornmann et Riboutté, possédaient à l'entrée de la rue de Bondy, à proximité de la Porte Saint-Martin. Cette idée reçut l'approbation de Louis XVI et la construction de la nouvelle salle fut réalisée en un temps record de 86 jours, entre le et le On peut lire dans Les anciennes maisons de Paris. Histoire de Paris rue par rue, maison par maison de Charles Lefeuve, paru en 1875, le jugement suivant : « Lenoir, cet architecte expéditif du théâtre de la Porte Saint-Martin ».. Pour cela, on dut autoriser les charrois de matériaux à entrer nuitamment dans la capitale et l'on travailla les dimanches et fêtes. Quinze jours avant l'ouverture, Lenoir exposait dans le Journal de Paris : cité par Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, pp. 334-335 Tout fut badigeonné à la détrempe dans des tons bleu, blanc et or.
Malgré ces précautions, le public s'effrayait de la rapidité avec laquelle l'édifice avait été élevé. Pour en démontrer la solidité, on donna une représentation gratuite le . personnes s'entassèrent dans un théâtre prévu pour , sans qu'il en résultât d'accident fâcheux. Lenoir put remettre la clé de sa loge à la Reine Marie-Antoinette, qui venait de mettre au monde un Dauphin.
Connue sous le nom de théâtre de la Porte-Saint-Martin, la nouvelle salle présentait
Revers de fortune et construction de Vauxhalls thumb|right|upright=1.2|Les Bains chinois, boulevard des Italiens, 1787. Paris, musée Carnavalet.