El Hibeh (en arabe : الحيبة ; en anglais : El Hiba) est le nom arabe d'une localité située en Moyenne-Égypte.

La cité principale qui s'y trouvait se nommait dans l'Antiquité Ta-Dehenet, c’est-à-dire La Falaise, en raison de la proximité immédiate d'un promontoire rocheux dominant la vallée et qui abritait, comme souvent dans l'Égypte antique, des chapelles dédiées aux cultes des dieux locaux. On la trouve également sous le nom de Ta-Dehenet-our-nakhtou, soit La Falaise, grande de victoires, toponyme indiquant son rôle de cité frontalière du nord du nomeCf. R. Morkot, .. Par la suite elle se nomme Tayou djayetEn hiéroglyphe : tȝyw-ḏȝyt X1-G1-M17-M17-G43-U28-M17-M17-X1:O49, ce qui peut se traduire littéralement par Leurs murs en raison des fortifications dont elle fut l'objet au cours de la Troisième Période intermédiaire. Ce nom donna en copte le nom plus connu de Teudjoï qui est le plus souvent utilisé dans les ouvrages et références concernant ce site.

Cette cité faisait partie du de Haute-Égypte, le nome du Faucon aux ailes déployées et était le siège d'un culte dédié à la déesse Hathor puis plus tardivement à Horus dans le camp et à Amon grand de rugissements, l'Amon de Teudjoï. Ces deux dernières divinités rappellent par leurs épithètes la fonction guerrière de la ville qui conserve encore de nos jours les murailles élevées autrefois la transformant en une forteresse puissante.

Lors de la période ptolémaïque la cité prendra le nom d'Ankyrônpolis.

Histoire de la ville

La ville est connue depuis le Moyen Empire où elle apparaît dans les listes géographiques figurées sous la forme de processions en bas de certains murs des temples ou de chapellesVoir par exemple la Chapelle Blanche exposée au Musée en plein air de Karnak, monument datant du règne de qui donne une liste complète des nomes du pays et de leur chef-lieu. Une nécropole importante de la découverte à proximité confirme que la cité était déjà à cette époque une ville de taille respectable et sans doute représentait un point stratégique dans le contrôle de la vallée du Nil et un point de passage incontournable entre les deux parties traditionnelles du pays. De plus elle se trouve placée idéalement en face de l'accès naturel à la dépression du Fayoum, région particulièrement favorisée par les et les . On conçoit dès lors que cette bourgade devait remplir un rôle de plus en plus sensible au cours des périodes qui suivirent.

Une ville fortifiée et frontalière

Au Nouvel Empire elle reçoit l'attention des thoutmôsides, des blocs provenant d'un de ses sanctuaires portent les cartouches de . À la Mérenptah fera creuser un sanctuaire dédié à Hathor dans la falaise qui domine le site, lieu aujourd'hui nommé El Sisiriya, non loin du site d'El HibehCf. Sydney Hervé Aufrère, , .. Les ramessides installent une garnison à demeure dans la cité et c'est probablement à cette époque que la grande forteresse de Teudjoï voit le jour.

Elle devient la frontière septentrionale du royaume des grands prêtres d'Amon qui font sécession à l'issue du règne du dernier des Ramsès. Ainsi selon les sources épigraphiques de cette période, c'est depuis El Hibeh qu'Hérihor, alors vizir du roi et général en chef des armées, part à la demande du roi pour mater la révolte qui grondait en thébaïde et menaçait gravement la stabilité du royaume. Panéhésy, le vice-roi de Koush, ayant mené à l'encontre du clergé d'Amon et de son grand pontife une véritable chasse à l'homme avait créé toutes les conditions d'une guerre civile... Hérihor parvient à endiguer la menace et est nommé par la suite à la tête du clergé du dieu de Thèbes ce qui lui confère de très grands pouvoirs, cumulant les plus importantes charges du royaume après pharaon. Il n'en faudra pas plus pour que ses descendants s'arrogent le droit à la titulature royale et forment ainsi leur propre royaume en Haute-Égypte.

De fait les fouilles archéologiques ont révélé que la grande enceinte qui enclos l'antique cité de Ta-Dehenet, et qui sur certaines parties est encore conservée sur une élévation de plus de six mètres, date de l'époque des grands prêtres et MenkhéperrêCf. Ibidem, , ; pour une reproduction des briques estampillées sous leur pontificat cf. K. R. Lepsius Abt. . Bl. 251, h & i. Les briques de cette enceinte portent en effet en empreinte les cartouches de ces deux rois-prêtres qui règnent sur la Haute-Égypte en parallèle, pour ne pas dire en concurrence, avec les rois tanites de la . C'est probablement d'ailleurs en raison de ces murs que la ville portera le nom de t3yw-ḏ3yt qui lui est resté sous la forme du copte Teudjoï.

Au , lors des fouilles de la forteresse qui jouxte le site, plusieurs lots de papyri ont été mis au jour dont un certain nombre remontant précisément à cette période. Certains sont datés du règne de MenkhéperrêPapyrus conservés à l'Ägyptisches Museum de Berlin et au Musée du Louvre de Paris ; un des papyrus du Louvre est une lettre de Menkhéperrê lui-même adressée à Horemakhbit, un prêtre d'Horus-dans-le-camp, une des divinités de la ville de Teudjoï et d'autres donnent le nom de Masaharta qui le précéda dans la charge de grand pontife thébain sous le règne de leur père PinedjemLot de papyrus conservé à l’Institut d’Égyptologie de Strasbourg (Université Marc Bloch), et concerne essentiellement des oracles rendus ou demandés aux divinités de la cité.

Outre ces papyrus témoins de la vie quotidienne d'El Hibeh à cette époque, c'est également sur ce site qu'est réputé avoir été trouvé le récit d'Ounamon qui apporte un éclairage assez édifiant sur la société d'alors et l'état du pays notamment dans ses relations avec la cité de Byblos.

Le temple d'Amon de Teudjoï

Lorsque reforme l'unité des Deux Terres à son profit, la cité reste le siège d'une des principales garnisons du royaume sheshonqide qui règne pendant près de deux siècles sur le pays. Il y fonde ou reconstruit un temple complet dédié à Amon grand de rugissements, la forme locale du dieu thébainCf. J. Leclant, Introduction, .. Il s'agit d'un temple complet d'une longueur de plus de cinquante mètres pour une largeur dépassant les vingt mètres et comportant un pylône, une cour d'offrande, un pronaos à colonnes, une salle hypostyle et la zone du sanctuaire avec sa salle centrale dédiée à la barque sacrée du dieu, son naos abritant la statue divine et les chapelles annexes encadrant cet ensembleCf. A. Kamal, & G. Daressy, ..

Aujourd'hui cet édifice est ruiné et réduit au niveau de ses premières assises de grès mais il comporte encore des vestiges de scènes liturgiques ainsi que des cartouches au nom du fondateur de la . Le roi y fait figurer également ses conquêtes car des vestiges d'une liste des cités palestiniennes qu'il a conquises y a été retrouvée, copie plus modeste de la grande inscription qu'il a fait sculpter à Thèbes même elle glorifie son action et ses victoires à l'instar des plus grands pharaons qui l'ont précédé sur le trône d'HorusCf. E. Feucht, .. poursuit l'œuvre de son père et achève la décoration de ce petit temple qui dans son aspect général rappelle d'autres édifices de mêmes proportions comme le temple reposoir de situé dans la première cour du temple d'Amon-Rê de Karnak.

À la suite de cette glorieuse période qui restitue à l'Égypte son prestige sur les nations voisines, la situation intérieure se fragilise à nouveau et la succession d' va donner lieu à une nouvelle lutte pour la mainmise sur les domaines et les richesses du dieu Amon et par voie de conséquence sur la couronne de Haute-Égypte. Une lignée parallèle issue du prince grand prêtre d'Amon puis corégent , revendique alors sa part d'un royaume sheshonqide affaiblit et vient menacer gravement l'unité du royaume. Le prince Osorkon désigné par son père pour devenir le grand prêtre de Thèbes lutte contre cette sécession pendant près de quinze années afin de retrouver ses droits.

Résidant à El Hibeh, il quitte sa forteresse avec son armée et fait route vers l'antique capitale thébaine. Il gagne une première fois à la suite de violents combats et au massacre des insurgés. Puis devant fuir la ville d'Amon jusqu'en Nubie à la suite d'une seconde révolte, il reprend alors la conquête... Finalement victorieux il redevient le maître de la régionCf. Nicolas Grimal, L'anarchie libyenne, .. Certains égyptologues pensent qu'il règne alors sous le nom d' et le placent de fait parmi les pharaons de la .

Cette situation se complique encore par la suite, le pays éclatant entre les différentes chefferies libyennes, toutes plus ou moins issues de la glorieuse lignée de ou se revendiquant comme telles. Ces clans se transforment en principautés pour en définitive adopter chacun une titulature royale et régner concurremment créant toutes les conditions d'une anarchie qui affaiblit dangereusement le pays de plus en plus exposé aux menaces d'invasions... Ainsi Héracléopolis, la grande cité voisine d'El Hibeh devient la capitale d'un de ces royaumes et son prince Peftjaouaouibastet se proclame pharaon. La cité de Teudjoï, sa forteresse et sa garnison tombent sous son obédience.

Forteresse du royaume d'Héracléopolis

C'est pendant cette période qu'une puissante monarchie se développe à Napata, en Haute-Nubie dont les souverains sous la protection cette fois de l'Amon de Napata finissent par prétendre eux aussi à la royauté égyptienne. Face à la situation du pays Piye, neuvième souverain de sa lignée, entreprend de pacifier la région et ainsi d'étendre son autorité en Thébaïde. Devant cette menace sérieuse que représente la perte définitive du contrôle de la Haute-Égypte, les rois de Basse-Égypte font peu à peu alliance et emmené par Tefnakht de Saïs forment une coalition afin de contrer l'invasion. Le royaume d'Héracléopolis situé à la frontière des deux puissances montantes allait devoir composer avec ces deux influences. Peftjaouaouibastet résiste un temps à l'entreprenant roi de Saïs qui s'avance avec ses troupes jusqu'au pied des murs de la capitale et des forteresses du royaume. Cette résistance arrêtait l'avance des armées du nord vers les régions du sud et la Thébaïde, mais la puissance de Peftjaouaouibastet est limitée et ne peut tenir face à un ennemi supérieur en nombre, ni soutenir un siège bien longtemps dont l'issue défavorable aurait signifié la perte totale de son pouvoir sur la région. Il cède à la pression et se soumet à Tefnakht et ses alliés leur laissant la voie libre vers le sud...

Piye intervient immédiatement et remonte jusqu'à El Hibeh, s'assure de l'allégeance d'Hermopolis Magna et met à nouveau le siège devant Héracléopolis. Peftjaouaouibastet qui vient de sortir du conflit précédent qui l'avait déjà affaibli s'incline rapidement et la région passe sous le contrôle des koushites qui poursuivent alors leur conquête plus au nord vers Memphis afin d'affronter le reste de la coalition hétéroclite du prince de Saïs. Les pharaons nubiens une fois maîtres du pays installeront une garnison dans la forteresse de Teudjoï, comme ils le feront dans toutes les cités stratégiques du pays depuis Éléphantine au sud jusqu'à Memphis à la pointe du delta du Nil.

Puis, lorsque monte sur le trône à la suite des invasions assyriennes, le royaume héracléopolitain et sa ville fortifiée de Teudjoï seront occupés par les saïtes dont un certain nombre de papyrus trouvés dans la forteresse confirment la présence.

Un de ces témoignages précieux sur cette période est formé par un ensemble de textes s'étalant sur plusieurs générations connues sous le nom de pétition de Pétiésis. Le récit commence sous le règne de précisément et raconte les péripéties malheureuses d'une famille aux prises avec le clergé local du dieu Amon. Petiésis, qui est le cousin du roi, est envoyé par Psammétique lui-même lors de sa quatrième année de règne, pour prendre le contrôle du domaine de Teudjoï dont les prêtres s'étaient arrogés la propriété au cours des périodes d'incertitudes qui précédèrent la fondation de la .