Les chasseurs des Alpes (Cacciatori delle Alpi en italien) sont des volontaires constitués en brigade commandée par Giuseppe Garibaldi et qui combattent pour la libération de la Lombardie septentrionale au cours de la deuxième guerre d'indépendance italienne.
Naissance du corps En 1859, dans le Piémont, de nombreux exilés des différents duchés, de Lombardie-Vénétie, du Trentin arrivent en grande partie désireux d'être enrôlés sous les ordres de Victor-Emmanuel II, roi de Sardaigne. Au mois de juin, après la déclaration de la guerre, l'effectif se monte à hommes.
Dans ses mémoires Garibaldi rappelle le parcours classique des exilés de Lombardie-Vénétie : ils passent par la route de Côme, le long des sentiers de contrebande conduit par des contrebandiers, ils entrent dans le complaisant canton du Tessin dirigé par un gouvernement libéral proche de Cavour, passent par Lugano et Magadino et, de Locarno, les exilés sont transportés gratuitement sur les vaporetti jusqu'à Arona avant de poursuivre en train au travers du territoire piémontais, jusqu'à la gare de Turin-Porta-Susa.
Une fois à Turin, les expatriés sont soumis à une commission d'engagement qui enrôle dans l'armée royale les plus aptes qui sont âgés de dix-huit à vingt-six ans. Les autres, y compris ceux faisant preuve d'une foi républicaine, sont dirigés vers les corps des volontaires en cours de constitution.
La constitution du corps thumb|right|300px|Uniforme des Chasseurs des Alpes. Depuis le , à Coni, près du monastère de Santa Chiara, un premier détachement de chasseurs est constitué. À celui-ci s'ajoute, le , un second détachement à Savillan près du monastère de San Monaca. Les détachements sont affectés dans des casernes dotées de logements et d'armements.
La constitution des corps de volontaire ou corps francs, comme on les surnomme à l'époque, est strictement interdit par la convention militaire de décembre 1858 entre la France et le royaume de Sardaigne mais Cavour, fait ajouter, en , un article à la loi sur la garde nationale qui autorise le gouvernement à former des corps spéciaux de volontaires inscrits sur les rôles de la garde nationale. En conséquence, par le décret royal du le corps des chasseurs de la SturaPremière appellation des chasseurs est créé comme unité de la garde nationale sans violer, formellement, le traité. Bien évidemment, Napoléon III n'est pas dupe mais tolère la situation, les chasseurs dépendant, initialement, du ministère de l'intérieur, puis du ministère de la guerre.
Les détachements de Savillan et de Coni sont mis aux ordres de trois garibaldiens (Nicola Arduino de Diano Marina, parmi les fondateurs de la société de tir sur cible Giacomo Medici et Enrico Cosenz), Garibaldi assume le commandement à partir du . Pour l'occasion les deux premiers sont promus lieutenant-colonel de l'armée royale et le troisième major général par décret du ).
Les forces à disposition Le , à Coni, l'enrôlement commence et permet la formation du . Le la formation du de chasseurs des Alpes débute, le celui des chasseurs des Apennins avec un détachement à Aqui. Le général Enrico Cialdini a pour charge leur organisation, plusieurs officiers des bersaglieri celles de leur instruction sous le commandement des deux lieutenants-colonels, les sus mentionnés Cosenz et Medici. C'est plus ou moins à cette période que les chasseurs de la Stura sont appelés les chasseurs des Alpes.
Lors de la déclaration de la guerre par les Autrichiens, le , au de Cosenz et au de Medici s'ajoute une compagnie d'éclaireurs à cheval et un détachement de carabiniers génois.
Il s'agit d'une brigade légère d'à peu près hommes par régiment, sans canons et sans cavalerie, à l'exception des éclaireurs, peu armée et peu équipée mais disposant de l'uniforme piémontais, animée d'une fort esprit de combat et emmené par des officiers experts, tous des anciens combattants de la première guerre d'indépendance italienne ou de la république romaine.
Au cours du conflit, les recrues de la brigade augmentent. Le la constitution du de chasseurs commence aux ordres de Nicola Arduino qui rejoint Garibaldi le . Le , en ajoutant l'unité des carabiniers génois, la bersaglieri est formée. Le à Coni l’ambulance et la compagnie d'infirmiers sont créées. Le la batterie d’artillerie et le groupe du train. Le , à Coni une compagnie de sapeurs du génie. Avec ses renforts, la brigade se compose de hommes.
Le les chasseurs des Apennins s'ajoutent constituant un régiment de 4 bataillons. Le il est renommé des chasseurs des Alpes, aux ordres de Camillo Boldoni, pour rejoindre Sondrio et passer sous les ordres du général Garibaldi le , le jour des préliminaires de l'armistice de Villafranca signé quelques jours plus tard le .
Le un bataillon d'adolescent des trois compagnies est organisé et fin , à Coni le , aux ordres de Giuseppe Marocchetti est en cours de création complété de 4 bataillons, qui ne prêtent serment que le alors que la guerre est presque finie. Mi- les , , et sont organisés en quatre bataillons et les , , de bersaglieri sont formées.
Le début des combats thumb|right|300px|De gauche à droite: officier en grand uniforme, éclaireur à cheval, fantassin, officier en tenue de campagne (21 mai 1859). Le , les Autrichiens, utilisant le prétexte du refus des Piémontais de cesser l'enrôlement des exilés, déclare la guerre au royaume de Sardaigne, début les hostilités le . Les chasseurs sont au début affectés à Casale, avec le gros de l'armée piémontaise qui attend entre Alexandrie – Valenza Po – Casale. Quand le les Autrichiens avancent de Novare vers Turin, les volontaires se placent à Chivasso. Le les Autrichiens commencent à se replier vers la Lombardie, ils les poursuivent à travers Biella et Borgomanero et les rejoignent le à Arona. De là, dans la nuit du 22 au , deux compagnies passent le Tessin à Castelletto, occupant par surprise Sesto Calende. C'est en cet endroit, qu'ils construisent le pont flottant sur le Tessin qui permet à toute la brigade de passer en Lombardie.
Les chasseurs des Alpes affrontent victorieusement le lieutenant maréchal Karl von Urban à Varèse, le , et à San Fermo, le .
Quand cette nouvelle arrive à Lecco, vidée de ses troupes autrichiennes, la municipalité emmenée par Campelli, Curioni et 19 conseillers votent un document d'adhésion au royaume de Sardaigne
La première libération de Côme Garibaldi entre à Côme dans la soirée du mai salué par la population. Le il proclame l'annexion de la province de Côme (Côme, Lecco, Varèse) au royaume de Sardaigne. Emilio Visconti-Venosta prend possession de la province en qualité de commissaire royal.
La situation n'est, malgré tout, pas stable, les Autrichiens ne passant le Tessin que le , soit 8 jours plus tard. Avec une seule brigade, Garibaldi ne peut imaginer conserver la ville libérée. Garibaldi est un guérilléro qui mène des offensives là où l'ennemi ne l'attend pas et se retire, sauf que Garibaldi, contrairement aux guérilléros d'aujourd'hui, est au service d'une armée régulière et son objectif principal n'est pas d'infliger un maximum de dégâts mais d'attirer à lui le plus grand nombre d'ennemis.
Ce n'est qu'après que les franco-piémontais auraient passé le Tessin et battu les Autrichiens que les chasseurs auraient mis fin à la guérilla et commencé à agir en soldats, menant une campagne classique, occupant les unes après les autres les villes préalpines situées à l'aile gauche de l'armée principale qui, elle, se trouve dans la plaine.
Côme est donc abandonné à son destin ainsi que Varèse et Lecco. Garibaldi se retire à Laveno, en arrière avec l'objectif de conquérir, sans succès, un petit fort autrichien.
Garibaldi laisse à Côme le major Gabriele Camozzi, à Varèse Carlo Carcano. Entre-temps Visconti-Venosta a pris possession de quatre bateaux à vapeur de la Navigazione Lariana qui, pour se soustraire à la réquisition autrichienne, sont ancrés dans la partie haute du lac et sont rentrés à Cernobbio avec de nombreux volontaires des communes riveraines. C'est là que s'embarque Gabriele Camozzi qui arrive à Lecco le .
Le bombardement de Varèse
Karl von Urban, qui certainement n'est pas préparé à une tactique de guérilla, reçoit des renforts alors qu'il est à Monza: à ses deux brigades s'ajoute le d'armée autrichien, fort de cinq brigades à peine arrivées de la Bohème plus une supplémentaire qui reste à Bergame. De Monza, il décide de reconquérir les positions perdues.
Informé du repli de Garibaldi, il rejoint Varèse qui n'est plus défendue et évacuée par les chasseurs. Il exige une rançon exorbitante et ne l'obtenant pas, il ordonne son bombardement avant de l'occuper, les troupes menant des actions de saccage.
Comme Garibaldi mène une campagne de guérilla, Urban met en pratique une guerre de contre-guérilla et la première règle, hier comme aujourd'hui, est de donner une leçon à la population qui a donné assistance à la guérilla. Le bombardement constitue une punition exemplaire et pleine de résonance.
La seconde libération de Côme thumb|250px|L'évêque Giuseppe Marzorati. Entre-temps, Garibaldi s'est déplacé vers l'ouest : la conquête de Laveno n'est même pas tentée, la petite forteresse dispose de 13 canons, 600 hommes et de trois bateaux armés de 16 canons et 180 hommes (qui s'étaient distingués quelques jours auparavant pour avoir bombardé des petites localités piémontaises sans défense).
Carlo Carcano reçoit l'ordre de chercher refuge avec les personnes les plus compromises et avec armes et munitions sur les monts. De toute la province, des informations se diffusent indiquant de manière erronée que les Autrichiens se trouvent aux portes de Côme, l'évêque Giuseppe Marzorati, accompagné de quelques autorités impériales (délégué provincial, président du tribunal, intendant des finances) arrive à Camerlata pour supplier la clémence d'Urban, mais ils l'attendirent en vain, celui-ci étant déjà passé par Varèse.
Garibaldi fait le chemin retour et est repéré par le Autrichiens au-dessus de Varèse. Le , alors qu'il bivouaque avec sa brigade à Robarello, sur la route entre Varèse et Côme, et qu'il est sur le point de reprendre la route vers Varèse, il est rejoint par la marquise Giuseppina Raimondi (fille du patriote Giorgio Raimondi) et le chapelain de Fino Mornasco envoyés par Enrico visconti-Venosta. Elle apporte un appel de Côme pour une aide immédiate dans la crainte que la ville subisse le même sort que Varèse, bombardée par Urban. Garibaldi poursuit donc vers Côme et fait sa seconde entrée dans la ville.
Urban l'aurait certainement mais il ne dispose plus du temps nécessaire : l'entière division est appelé en urgence par Ferencz Gyulai au sud, vers Gallarate qu'il rejoint le , avec pour objectif de s'unir aux forces d'Eduard Clam-Gallas et tenter d'empêcher le passage des troupes franco-sardes sur la rive lombarde du Tessin, entre Turbigo et Sesto Calende. Mais il désormais trop tard: la nuit du , les Français ont jeté une tête de pont à Turbigo et quand Clam-Gallas ordonne de la détruire, il ne dispose pas des forces d'Urban et échoue totalement son opération. L’armée française passe le fleuve et se prépare à la bataille de Magenta et à la libération de Milan.
La libération de Bergame et Brescia
300px|left|thumb|Attaque des chasseurs des Alpes d'un convoi autrichien à Seriate en juin 1859. Les chasseurs peuvent donc arrêter de faire les guérilleros et commencer à mener une campagne régulière, la vraie aile gauche de l'armée principale qui avance dans la plaine. Il s'agit désormais, d'avancer en occupant le territoire, libérant petit à petit toutes les villes de la face préalpine lombarde. En s'attardant si nécessaire à lutter contre d'éventuelles poches de résistance autrichienne qui constituent l'arrière-garde pour couvrir le grand repli autrichien vers les forteresses du quadrilatère.