La guerre des Sables (en arabe : , ) d' est un conflit militaire opposant le Maroc et l’Algérie, peu après l’indépendance de l'Algérie. Après plusieurs mois d'incidents frontaliers, la guerre ouverte éclate dans la région algérienne de Tindouf et Hassi Beïda, puis s'étend à Figuig au Maroc. Les combats cessent le , et l'Organisation de l'unité africaine (OUA) obtient un cessez-le-feu définitif le , laissant la frontière inchangéeGeorge Joffe, Frontiers in North Africa, publié dans From Boundaries and State Territory in the Middle East and North Africa, MENAS Press, 1987 - voir https://web.archive.org/web/20060927173041/http://arabworld.nitle.org/texts.php?module_id=4&reading_id=119&sequence=18.
Contexte
Plusieurs facteurs contribuent à l'éclatement du conflit : l'absence d'un tracé précis de la frontière entre l'Algérie et le Maroc, l'irrédentisme marocain autour de la notion du « Grand Maroc »Charles André Julien, Le Maroc face aux impérialismes : 1415-1956, Éditions J.A., 1978 , page 478., la découverte d'importantes ressources minérales dans la zone contestéeTouval, . ainsi que le refus du gouvernement de l'Algérie indépendante, présidé par Ahmed Ben Bella, de reconsidérer les frontières héritées de l’ère coloniale tel que cela a été reconnu et admis le lors d'une convention signée à Rabat par Ferhat Abbas, président du GPRA, et Hassan II, roi du Maroc.
Avant la colonisation française de l'Afrique du nord, bien que fluctuantes, les frontières nord entre la régence d'Alger et le sultanat alaouite étaient bien établies ; cependant aucune frontière n'était définie pour les régions du Sahara « sans point d'eau », des régions qui s’auto-gouvernaient ou qui prêtaient allégeance à telle ou telle entité en fonction de la situation.
Dans le traité de Lalla Maghnia (), qui fixe la frontière entre l'Algérie française et le Maroc, il est stipulé que Article 6 du traité, cité par Zartman, page 163. et le tracé n'est défini que sur Reyner, page 316.. Au-delà n'existe qu'une zone frontalière, sans limite précise, jalonnée par des territoires tribaux rattachés au Maroc ou à l'Algérie. Après la colonisation du Maroc en 1912, l'administration française fixe des limites entre les deux territoires, mais celles-ci suivent des tracés mal identifiés (ligne Varnier en 1912, ligne Trinquet en 1938), variant d'une carte à l'autreReyner, page 317., puisqu'aux yeux de l'administration française il ne s'agit pas de frontières et que la zone est pratiquement inhabitéeAlf Andrew Heggoy, « Colonial Origins of the Algerian-Moroccan Border Conflict of October 1963 », dans African Studies Review, Vol. 13, 1, (avril 1970), , version en ligne sur JSTOR.. La découverte d'importants gisements de pétrole et de minerais (fer, manganèse) dans la région conduit la France à délimiter plus précisément les territoires, et en 1952 les Français décident d'intégrer aux départements français d'Algérie les régions de Tindouf et Colomb-BécharFarsoun, page 13..
Dès son indépendance en 1956, le Maroc revendique la souveraineté sur les territoires, ainsi que sur d'autres ayant fait partie, selon les autorités marocaines (revendications menées essentiellement par le parti de l'Istiqlal), du Maroc historique. En 1957, dans ce contexte de revendications territoriales, des éléments de l’Armée de libération marocaine (ALM) mènent une attaque contre Colomb-Béchar, qu’ils considèrent comme historiquement rattachée au sultanat marocain. Ils sont cependant repoussés par les habitants de la région, appuyés par des combattants de l’Armée de libération nationale (ALN), qui défendent l’appartenance de Béchar à l’Algérie. En simultané, des agents de l'Istiqlal ont infiltré la population de Tindouf et ont commencé le noyautage de la ville, en donnant comme ordre aux habitants de ne pas voter pour le référendum algérienMahfoud Bennoune et Ali El-Kenz, Le hasard et l'histoire : entretiens avec Belaïd Abdesselam, t. 1, Alger, ENAG, 1990, p. 198.. Afin de mettre un terme au soutien du Maroc au FLN algérien, la France propose le principe de la restitution de ces territoires contre la mise en place d'une « organisation commune des régions sahariennes » (OCRS), chargée d'exploiter les gisements miniers du Sahara récemment découvertsHughes, page 133. et l'interdiction d'abriter des insurgés algériens. Le roi Mohammed V voit cette proposition comme un des , et parvient séparément à un accord le avec le chef du Gouvernement provisoire de la République algérienne, Ferhat Abbas. Selon cet accord, une fois l'indépendance algérienne acquise, une commission algéro-marocaine serait créée et se réunira pour procéder à l'étude et à la solution de ce problème dans un esprit de fraternité et d'unité maghrébinesMéric Édouard, « Le conflit algéro-marocain », dans Revue française de science politique, année, , 1965, .. Or, quelques jours avant l’indépendance de l’Algérie, le Maroc mène une première offensive militaire dans la région de Tindouf, puis réitère de nouveau le 7 juillet 1962 dans la région de BécharNagy, G. (2014). La naissance des États dans le territoire maghrébin: "la guerre des sables" entre le Maroc et l’Algérie. Études Sur La Région Méditerranéenne, 23, 111–119. Consulté à l’adresse https://ojs.bibl.u-szeged.hu/index.php/mediterran_tanulmanyok/article/view/34527.
A l'indépendance de l'Algérie, et avant que cet accord ne soit ratifié, une coalition menée par Ahmed Ben Bella et soutenue par l'Armée de libération nationale évince Ferhat Abbas du gouvernement. Un des enjeux de la guerre d'Algérie était la préservation de l'unité du territoire, il s'agissait en particulier d'empêcher la France de séparer la région du Sahara du reste de l'Algérie. Ben Bella et les dirigeants de l'ALN étaient de ce fait réticents à l'idée de rétrocéder le moindre territoire Hughes, page 134. au Maroc et, après l'indépendance, ils refusent de reconnaître les revendications historiques ou politiques du Maroc. Ils perçoivent en fait les exigences du Maroc comme une tentative d'ingérence et de pression, au moment où le pays sort très affaibli de sa guerre d'indépendance. Le gouvernement algérien ne contrôle pas encore fermement tout son territoire ; en particulier, un soulèvement berbère anti-FLN, la rébellion du Front des forces socialistes, conduite par Hocine Aït Ahmed, se développe en Kabylie. Dans le même temps, les revendications socialistes du FLN trouvent un écho au Maroc avec l'UNFP de Mehdi Ben Barka, qui exige une réforme agraire, une révolution des travailleurs, et une solidarité anti-impérialiste avec la révolution algériennePennell, page 333. ; celui-ci doit quitter le Maroc en à la suite de l'échec du « complot de juillet » contre le roi, dans lequel une faction de l'UNFP est mêlée.
De son coté, Hassan II avait plusieurs raison de provoquer cette guerre, il voulait d'une part terminer des questions encore ouvertes concernant les frontières, et d'autre part, protéger la bourgeoisie marocaine de la révolution algérienne.
right|thumb|Carte du « Grand Maroc » revendiqué par l'Istiqlal. Le parti de l'Istiqlal est particulièrement indigné de l' des Algériens, et en il republie une carte irrédentiste du « Grand Maroc » dans son hebdomadaire, Al-Alam (La Bannière). Le territoire comprend un tiers du Sahara algérien jusqu'à In Salah, le Sahara occidental, la Mauritanie, et une partie du Mali.
Les tensions entre le Maroc et l'Algérie montent peu à peu, et aucune des parties ne veut prendre le risque de reculer. Dès 1962, Tindouf est le siège d'incidents : lors du référendum d'indépendance, les habitants indiquent sur leur bulletin : Cité par Wild, page 23.. Peu après, l’armée marocaine tente d'occuper la ville, mais se replie après avoir découvert que l'armée algérienne contrôle déjà la régionWild, page 22.. Elle s'installe également brièvement dans la région de Colomb-Béchar. Pendant l’été 1963, les deux pays renforcent leur dispositif militaire le long de la frontière. De chaque côté, la presse relate des exactions : les Algériens interdisent aux Marocains de Figuig de se rendre à leurs palmeraies en territoire algérien, tandis qu'à Colomb-Béchar et à Tindouf, rapporte Attilio Gaudio, les habitants sont contraints d’adopter la nationalité algérienneAttilio Gaudio, Guerres et paix au Maroc: reportages, 1950-1990, 1991 .. Des Marocains travaillant en Algérie sont expulsés, ainsi que des marchands algériens travaillant à OujdaWild, page 23.. Des accusations sont échangées : l'Algérie aurait soutenu le « complot de juillet », tandis que, selon Radio Alger, le Maroc aurait favorisé l'arrestation d'Ahmed Ben Bella en 1956 et l'assassinat de Patrice Lumumba en 1961Abdelkhaleq Berramdane, Le Maroc et l'Occident, 1800-1974, 1987 , page 240.. Jusqu'à septembre, les accrochages sont encore attribués à des Wild, page 24..
Déclenchement À partir du début , l'agence Maghreb Arabe Presse, alors proche de l'Istiqlal, annonce que des troupes algériennes sont entrées à Tarfaya afin d'inciter la population à se révolter contre le roi, et que des blindés occupent les oasis de Zegdou et MrijaHughes, page 135..
À la fin septembre, Hassan II et Mohamed Oufkir décident d'envoyer des auxiliaires marocains de Tagounit pour reprendre Tinjoub et Hassi Beïda, au cœur du territoire « confisqué » par les FrançaisPennell, page 333 et Farsoun, page 13.. Ces deux villages contrôlent la piste qui relie la côte de l'Algérie à Tindouf et au Sahara espagnol. Cette manœuvre permet au roi d'obtenir un vaste soutien de la population marocaine.
Le , le président Ben Bella affirme que les forces marocaines près de la frontière soutiennent le soulèvement de Hocine Aït Ahmed. Le , l'armée algérienne s'empare de Tinjoub, Ich et Hassi BeïdaAttilio Gaudio, Les Populations du Sahara occidental : histoire, vie et culture, Karthala, 1993, .. Les Marocains les reprennent peu après.
Le , les troupes de l'ANP reprennent Hassi Beïda et Tinjoub, et tuent dix auxiliaires marocains alors que les Marocains avancent au sud et sont à de Tindouf. Le 9, le Maroc annonce que les garnisons de Hassi Beïda, Tinjoub et Tinfouchy ont été occupées à la suite d'une algérienne. L'Algérie, elle, rapporte que les forces armées marocaines avancent dans le désert depuis septembre pour établir des garnisons, et qu'elles ont attaqué Colomb-Béchar. Hassi Beïda et Tinjoub seront de nouveau reprises par les Marocains le .
Sur ordre de Hassan II, Abdelhadi Boutaleb, le ministre de l'Information, se rend à Alger, mais sa mission échoue, et le , l'Algérie décide la mobilisation générale dans l'ANP des anciens djounoud de l'ALN, les combattants vétérans de la guerre d'indépendanceStora, page 136 et Farsoun, page 13..
Opérations militaires thumb|240px|Documentaire américain sur des violents combats opposant l'armée marocaine à l'armée algérienne. Le , les Forces armées royales du Maroc occupent Hassi-Beïda et Tinjoub et repoussent les forces algériennes vers la piste Béchar-Tindouf. Cette première intervention des forces régulières marque généralement le début du conflit. L'armée algérienne s'empare de Ich, une « excroissance » marocaine dans le désert, loin à l'est de la zone contestée. Il s'agit vraisemblablement d'ouvrir un nouveau front pour relâcher la pression sur les troupes algériennes menacées au sud, ou bien de détenir un territoire qui puisse servir de « jeton » dans les négociationsFarsoun, page 14.. Le 18, les Algériens arrivent au bord de FiguigGaudio, op. cit., ..
L'armée marocaine, commandée par le général Driss Ben Omar El Alami, est mieux équipée et approvisionnée, tandis que l'armée algérienne, commandée par Houari Boumédiène, expérimentée pour la guérilla mais mal équipée, souffre de problèmes logistiques. Ahmed Ben Bella a ultérieurement expliqué son choix d'axer la politique de développement algérienne sur d'autres domaines que le militaire car il ne s'attendait pas à être attaqué par un « peuple frère »Voir https://www.dailymotion.com/video/x4z5sd_guerre-des-sable-l-agresseur-et-l-a_news..