thumb|upright=1.5|Mémoire retrouvée (), une sculpture de Nicola Hicks sur le thème de la mémoire retrouvée .. Un est un phénomène psychologique qui se produit lorsqu'une personne se remémore un événement qui ne s'est pas réellement produit.
L'idée de faux souvenirs remonte aux débuts de la psychanalyse avec Sigmund Freud et Pierre Janet. Les travaux expérimentaux pionniers de la psychologue Elizabeth Loftus dans les années 1970 ont démontré la malléabilité de la mémoire et l'existence de l'effet de désinformation. Ces études ont remis en cause la fiabilité des témoignages, en particulier dans les affaires judiciaires, notamment ceux d'enfants. Elles ont montré qu'une désinformation peut facilement être implantée dans la mémoire, altérant le souvenir initial.
Des faux souvenirs, y compris des événements impossibles (comme voir Bugs Bunny à Disneyland), peuvent être provoqués en laboratoire, souvent en utilisant des suggestions ou des fausses preuves (fausses photos). L'effet Mandela est un phénomène où de faux souvenirs spécifiques sont partagés par un grand nombre de personnes (ex. : le souvenir erroné de la mort de Nelson Mandela en prison dans les années 1980).
La mémoire humaine est un processus dynamique et reconstructif, et des erreurs peuvent survenir à chaque étape (encodage, stockage, rappel). La formation de faux souvenirs est favorisée par l'affaiblissement des souvenirs avec le temps et par certains états mentaux passagers (comme l'hypnose). Des facteurs individuels et développementaux existent : les jeunes enfants et les personnes âgées sont considérés comme plus vulnérables à la suggestion. Prévenir les personnes de la possibilité de désinformation avant l'événement peut réduire la création de faux souvenirs. Il n'est pas possible de distinguer un faux souvenir d'un vrai chez une personne spécifique avec une certitude absolue, bien que les faux souvenirs soient parfois rapportés avec moins de détails et de certitude en moyenne.
La question des faux souvenirs a des implications graves, car elle peut mener à l'accusation d'un innocent ou, si le témoignage est écarté, laisser un coupable en liberté. Les débats sur la création artificielle de souvenirs se sont étendus à la psychothérapie, soulevant la question des « faux souvenirs induits » par la thérapie. L'existence des faux souvenirs est largement acceptée, mais le concept de « syndrome de faux souvenirs » reste controversé et n'est pas répertorié dans les classifications psychiatriques internationales.
Histoire du concept Les observations ou les hypothèses sur l'existence de faux souvenirs remontent aux débuts de la psychanalyse et de la psychologie clinique ; on les retrouve dans les écrits de Sigmund Freud et Pierre Janet.
Dans les années 1970, les études expérimentales de la psychologue Elizabeth Loftus remettent en cause la qualité que l'on peut attribuer aux témoignages dans le cadre d'affaires judiciaires, suscitant de nombreux débats et permettant de proposer des améliorations sur les techniques de recueil de témoignages, en particulier les témoignages d'enfants qui sont particulièrement influençables.
Ce débat ouvre la question de la création artificielle de souvenirs, dits , lors de psychothérapie, débats animés par des associations, thérapeutes et psychologues : certains suggèrent l'existence d'un syndrome de faux souvenir (qui altère la vie courante de la personne) mais ce syndrome reste débattu et n'est pas répertorié dans les classifications psychiatriques internationales.
Les études de Loftus ont également mis en évidence un effet de désinformation : certaines désinformations (événements qui ne se sont jamais produits), dans des conditions spécifiques et dans certains groupes de personnes, peuvent assez facilement être implantées en mémoire par un processus d'interférence rétroactive.
La question des faux souvenirs est une question scientifique qui reste très étudiée. Depuis les travaux précurseurs de Loftus, de nombreuses études ont validé le fait que les souvenirs peuvent être influencés et que de faux souvenirs peuvent être implantés en mémoire de plusieurs manières.
Les implications de ces questions scientifiques sont graves car en mettant en cause les témoignages, elles jettent le discrédit sur les témoignages des victimes et comportent deux risques majeurs : si un témoignage est erroné, un innocent peut être accusé et condamné sur la base de ce témoignage ; mais si on ne tient pas compte des témoignages des victimes, un coupable potentiellement dangereux peut demeurer en liberté. Cette question a été au cœur de plusieurs affaires d'abus sexuels sur mineurs qui ont fait l'objet de larges couvertures médiatiques. Les applications des recherches psychologiques dans le domaine visent à améliorer les techniques de recueil de témoignage et la qualité des témoignages des victimes.
Psychologie cognitive et neurosciences Malléabilité de la mémoire La mémoire humaine est un processus dynamique dépendant de nombreux processus complexes de perception et d'encodage, de stockage puis d'accessibilité et de rappel de l'information. À chaque niveau des divers processus peuvent se produire des erreurs.. Certaines de ces erreurs donnent lieu à la formation de faux souvenirs, qui sont relativement répandus et souvent mineurs chez les bien-portants et qui résultent même de phénomènes adaptatifs. Ces faux souvenirs peuvent devenir problématiques dans certaines conditions pathologiques..
De nombreuses erreurs dans les témoignages proviennent de la manière dont les questions sont posées. Un exemple typique est de demander aux sujets de quelle couleur était la camionnette stationnée derrière la scène (or la camionnette n'a jamais existé). De nombreux sujets sont influencés par cette question et pensent alors avoir vu une camionnette. Ces découvertes permettent d'améliorer les techniques d'interrogation de témoins dans les affaires judiciaires..
L'effet Mandela
De faux souvenirs spécifiques peuvent parfois être partagés par un large groupe de personnes. Ce phénomène a été baptisé « effet Mandela » par la chercheuse en paranormal Fiona Broome dans son ouvrage « Real, Lies, or Memorex ? », paru en 2009. Celle-ci a rapporté avoir des souvenirs précis et détaillés de la couverture médiatique de la mort en prison de Nelson Mandela, leader anti-apartheid sud-africain, dans les années 1980. En fait, celui-ci est en réalité mort en 2013, des décennies après sa libération et après avoir été président de l'Afrique du Sud de 1994 à 1999https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2025-09-03/qu-est-ce-que-l-effet-mandela-quand-notre-esprit-fabrique-de-faux-souvenirs-d9c63af3-1331-43ba-be73-d860e4babe06. Broome a rapporté que des centaines d'autres personnes avaient écrit sur le même souvenir de la mort de Mandela, parfois de son vivant, et elle a émis l'hypothèse que ce phénomène pourrait témoigner de réalités parallèles.
Les faux souvenirs de la mort de Mandela pourraient s'expliquer par le fait que le sujet le confond avec Steve Biko, un autre militant anti-apartheid sud-africain, mort en prison en 1977.
Un autre exemple bien documenté de faux souvenirs partagés provient d'une étude de 2010 qui a examiné des personnes connaissant l'horloge de la gare centrale de Bologne, endommagée lors de l'attentat de 1980. Dans cette étude, 92 % des personnes interrogées se souvenaient à tort que l'horloge était restée arrêtée depuis l'attentat, alors qu'en réalité, elle avait été réparée peu après. Des années plus tard, en 1996, l'horloge a de nouveau été arrêtée et réglée définitivement à l'heure de l'explosion, en souvenir et en commémoration de l'attentat.
D’autres exemples incluent :
souvenirs du titre correspondant des livres pour enfants Berenstain Bears orthographié « Berenstein » ; le logo de la marque de vêtements Fruit of the Loom représentant une corne d'abondance ; Dark Vador disant à Luke Skywalker : « Luke, je suis ton père » dans le point culminant de L'Empire contre-attaque (il dit en fait : « Non, je suis ton père » en réponse à l'affirmation de Skywalker selon laquelle Vador a tué son père) ; M. Monopoly portant un monoclehttps://thehill.com/opinion/technology/589505-rich-uncle-pennybags-didnt-wear-a-monocle-and-other-false-memories/ ; l'existence d'un film des années 1990 intitulé Shazaam avec le comédien Sinbad dans le rôle d'un génie (qui, selon Snopes, pourrait être une fabulation de souvenirs réels, incluant peut-être Sinbad portant un costume de génie lors d'un marathon télévisé de films Sinbad le Marin en 1994, le film Kazaam de 1996 avec un génie joué par la star du basket Shaquille O'Neal, et la série animée des années 1960 sur le thème du génie Shazzan) ; l'existence (et la suppression) d'un emoji hippocampe ; le bout de la queue de Pikachu, censé être noir ;
De nombreux autres effets Mandela sont repérés dans la sphère culturelle francophone.
Les mèmes sur l'effet Mandela et les blagues en ligne associées à un voyageur dans le temps modifiant le passé et transformant l'ère actuelle en « un pépin » sont devenus populaires aux États-Unis en 2016.
Les scientifiques suggèrent qu'il s'agit d'exemples de faux souvenirs façonnés par des facteurs cognitifs similaires affectant plusieurs personnes et familleshttps://www.news.com.au/lifestyle/real-life/the-mandela-effect-conspiracy-theorists-believe-were-living-in-colliding-alternate-realities/news-story/ac488ee2426335f09d781f50c26ba33a, tels que le renforcement social et cognitif de souvenirs incorrects ou de fausses nouvelles et des photographies trompeuses qui influencent la formation de souvenirs basés sur eux.
Provoquer de faux souvenirs en situation expérimentale contrôlée vignette|Photo de personnages de la Warner (dont Bugs Bunny au centre) lors d'une parade au parc Six Flags Magic Mountain (Californie, 2007).
L'effet de désinformation (misinformation effect, en anglais) est le fait de souvenirs du passé qui sont altérés par une information (source d'erreurs) qui se produit après l'exposition.. Le phénomène est étudié en détail par la psychologie expérimentale depuis les années 1970. Ce phénomène pose des questions pratiques (quand et qui est victime de cet effet et comment l'éviter ou le minimiser) et des questions théoriques (comprendre l'encodage en mémoire et en particulier s'il y a permanence de nos souvenirs).
Fausse publicité : Bugs Bunny chez Disney Plusieurs stratégies ont été utilisées pour provoquer de faux souvenirs. Par exemple, des chercheurs dirigés par Loftus ont voulu faire naître des souvenirs impossibles comme la présence du personnage de dessin animé Bugs Bunny au parc Disneyland (Bugs Bunny étant un personnage de la Warner et non de Disney, il est donc impossible d'avoir rencontré le personnage sur ce lieu). En présentant une publicité du parc Disneyland sur laquelle les expérimentateurs avaient placé le personnage de Bugs Bunny, ils observent qu'entre et des personnes testées pensent se souvenir d'avoir effectivement rencontré Bugs Bunny lors de leur visite à Disneyland : ces sujets déclarent lui avoir serré la main () et l'avoir serré dans leurs bras (). L'effet de faux souvenir provoqué par ce paradigme est répliqué dans plusieurs études. Les faux souvenirs impossibles provoqués en situation expérimentale concernent aussi des procédures médicales (Royaume-Uni).
vignette|La nacelle d'une montgolfière.
Fausse photographie biographique