Claudius Rutilius Namatianus, plus communément Rutilius Namatianus, parfois actualisé en Rutile Namatien, est un poète et homme politique latin du début du , païen, auteur d'un poème narrant son retour de Rome vers la Gaule, le De Reditu suo.
Vie On ne sait de Claudius Rutilius Namatianus que ce qu'il nous apprend lui-même dans son poème De Reditu suo. Son nom lui-même n'est pas certain, puisqu'un manuscrit donne ; la forme Namatius a également été suggérée.
Éléments biographiques D'après sa carrière, on peut supposer qu'il naît vers 370. D'origine gauloise, il appartient à une grande famille païenne de propriétaires terriens de la Narbonnaise. Il reçoit une éducation traditionnelle, peut-être en partie à Rome ; il connaît bien la littérature classique, mais ignore peut-être le grec. Suivant son père Lachanius, il mène une carrière de haut fonctionnaire : il est maître des officesI, 563 (commandant de la garde impériale et chargé des affaires étrangères), peut-être en 412, puis préfet de Rome entre mai et septembre 414. Il effectue à l'automne 417 le voyage en Gaule relaté dans son poème, qui est probablement rédigé pendant son séjour dans sa patrie, en 418 ou plus tard. Aucune information biographique postérieure au poème ne nous est connue et Rutilius ne semble pas avoir écrit d'autre œuvre. Un Rutilius est le dédicataire de la comédie Querolus de la même époque, et l'identification avec Namatianus est vraisemblable.
Milieu aristocratique et littéraire Comme le montrent les allusions à ses amis, dans son poème, il fait partie d'un milieu de hauts fonctionnaires lettrés. Son père Lachanius a été consulaire d'Étrurie et d'Ombrie (une statue lui est élevée à Pise), comte des largesses sacrées, questeur du palais, et certainement préfet de la VilleI, 575-596. De nombreux amis sont mentionnés dans le poème et plusieurs ont exercé des fonctions impériales à la cour ; deux d'entre eux sont par ailleurs des dédicataires des lettres du païen Symmaque. Rutilius apparaît ainsi comme un représentant assez typique de l'aristocratie païenne réactionnaire de l'époque ; il partage avec les membres de ce milieu la foi dans le redressement de l'Empire. C'est à des pairs, comme lui lettrés et païens, que s'adresse le poème où Rutilius fait leur éloge.
Le poème est composé dans une époque de production littéraire intense en Gaule : les troubles, décrits par Rutilius, qui ont secoué la province, sont confirmés par des passages d'autres auteurs compatriotes contemporains, comme Prosper d'Aquitaine, Paulin de Pella, Paulin de Nole ou Sulpice-Sévère.
Son voyage en Gaule Au faîte de sa carrière, vers la fin d'octobre 417, il décide de revenir en Gaule. L'époque de l'année n'est pas favorable, mais Rutilius n'est pas pressé non plus, puisqu'il se permet des détours. Plusieurs hypothèses peuvent motiver ce voyage. À la suite du traité de 416 permettant l'installation des Wisigoths en Aquitaine, il est possible que Rutilius soit envoyé dans une mission de rétablissement de l'ordre, peut-être pour superviser le transfert des terres aux envahisseurs. Il peut aussi vouloir participer au conseil des trois Gaules, ou vicariat de Gaule, prévu en 418. Le voyage se fait par mer, puisque les Goths ont dévasté la Via Aurelia et que les pluies récentes ont inondé les plainesI, 37-42.
Œuvre : le De Reditu suo
Le poème de Rutilius Namatianus est composé de deux livres en distiques élégiaques : le premier est constitué de et le second de 68. Le début du poème paraît abrupt et une majorité de chercheurs considèrent qu'il manque au moins deux vers au début du poème. De même, il est admis que les deux livres devaient avoir sensiblement la même longueur, et donc que la majeure partie du second livre est perdue. Enfin, les deux fragments découverts en 1973 permettent d'ajouter tronqués à l'ensemble.
Le principal manuscrit intitule le poème , alors que l'édition princeps donne , où des chercheurs comme Jérôme Carcopino ont vu une corruption de ou de . Le premier titre est en général adopté par les éditeurs contemporains.
Résumé Après avoir exprimé son bonheur d'habiter à Rome, Rutilius Namatianus explique que les malheurs de la Gaule l'appellent dans sa patrie (livre I, vers 1 à 42). Il fait alors ses adieux à la ville dans une longue prière adressée à la déesse Roma : il rappelle ses origines mythiques, célèbre sa gloire et les exploits de son Empire, en appelle à son redressement contre les Barbares qui l'ont humiliée et demande sa protection lors du voyage qui l'attend (I, 43-164). Rutilius quitte Rome à pied et les amis qui l'avaient accompagné, parmi lesquels Rufius dont il fait l'éloge, lui disent adieu ; quinze jours d'attente avant d'embarquer lui permettent de se rassasier de l'aspect de la ville (I, 165-204). Son ami Palladius le quitte, puis Rutilius monte sur l'une des petites barques qui constituent sa flottille ; d'Ostie, ils passent devant les premières ruines, celles de Castrum Novum, avant d'arriver à Centumcellae, dont il décrit soigneusement le port. Rutilius visite les thermes taurins et rapporte plusieurs légendes sur leur origine possible ; comme chaque soir désormais, ils couchent à terre (I, 205-276).
La deuxième étape conduit la flottille à Portus Herculi ; il déplore la ruine de Cosa et rappelle la triste fin de Lépide qui avait fui depuis Cosa vers la Sardaigne, et le sort malheureux qu'ont connu plusieurs de ses descendants (I, 277-312). Le lendemain, il contourne le Monte Argentario ; il salue l'île d'Igilium qui a servi de refuge pour les habitants de Rome en 410 ; Rutilius veut s'arrêter à l'embouchure de l'Umbro, mais les marins préfèrent continuer ; ils établissent un campement de fortune peu après sur une plage (I, 313-348). Le jour suivant, la progression est difficile et se fait à la rame ; Rutilius passe devant l'île d'Elbe, riche en fer ; il célèbre l'utilité de ce métal, face aux crimes que cause l'or. Arrivé à Falésie, il assiste à une fête paysanne en l'honneur d'Osiris, mais s'emporte contre l'aubergiste juif qui leur fait mauvais accueil et condamne la pratique du chabbat (I, 349-398). La cinquième étape le conduit à Populonia, dont il déplore la ruine ; il apprend que son ami Rufius a été nommé préfet de Rome (I, 399-428). Le lendemain, le poète admire la Corse dont il explique l'étymologie ; il passe ensuite devant l'île de Capraria et s'emporte contre les moines qui l'habitent et leur mode de vie contre nature. Il arrive ensuite au port de Vada, dont il décrit le curieux chenal qui y mène ; il est hébergé dans la villa d'Albinus, qui lui a succédé à la préfecture de la Ville ; il admire les marais salants de la région ; les deux amis sont rejoints par un troisième, Victorinus, réfugié de sa ville dévastée de Toulouse (I, 429-510). Au mieux le surlendemain, il passe devant l'île de Gorgone, où l'un de ses anciens concitoyens a lui aussi été gagné par le Les citations sont issues de la traduction de . du monachisme ; la flottille s'arrête à une villa nommée Triturrita (I, 511-540). Le lendemain, Rutilius ne souhaite pas reprendre le voyage ; il rend visite à son ami Protadius, lui aussi ancien préfet de Rome, puis se rend à Pise : il décrit les deux rivières qui entourent la ville, puis admire sur le forum la statue de son père, Lachanius, dont il célèbre la probité. Revenu sur la côte mais arrêté par un vent contraire, il participe à une partie de chasse (I, 541-644).
Après une brève introduction où il explique le partage du poème en deux livres par la crainte de l'ennui du lecteur, Rutilius entame le second livre en célébrant la glorieuse situation géographique de la péninsule italienne, où Rome . Il déplore sa dévastation et désigne un coupable : le général Stilicon, qui a permis le sac de Rome par Alaric et détruit les livres sibyllins. Une nouvelle étape le conduit à Luna.
Le reste du second livre est perdu, à l'exception de deux fragments. Le fragment A évoque les quartiers d'hiver des soldats en Ligurie ; Rutilius rencontre dans une auberge son ami Marcellinus. Dans le fragment B se place une description de murailles, sans doute celles d'Albenga, fondée par Constantius, le futur empereur Constance III, dont il embrasse la statue.
Structure vignette|alt=au-delà de deux colonnes noires s'étend une piscine vide, avec au fond un mur de briques effondré, derrière lequel quelques pins apparaissent.|Tepidarium des thermes taurins, où Si le récit du voyage structure l'ensemble de l'œuvre et sert de fil conducteur du poème, il ne représente qu'environ 300 vers parmi les 712 conservés (hors fragments). Le reste est essentiellement constitué d'un ensemble de petits tableaux : éloges d'amis et de familiers, invectives contre les ennemis de Rome, les chrétiens et les juifs. Les deux livres s'ouvrent sur des éloges, le premier de Rome, le second de l'Italie. Mais c'est surtout une unité de thèmes qui donne au poème sa cohérence : les ruines, qui provoquent la mélancolie du narrateur, et l'eau, qui se retrouve bien au-delà des descriptions maritimes (marais salants, rivières, thermes, aqueducs).
Histoire du texte vignette|alt=Portrait de trois-quarts d'un homme d'environ trente ans aux cheveux bruns mi-longs, portant un manteau de fourrure sombre sur un pourpoint noir et une chemise blanche ; il tient un livre dans la main droite.|Portrait de Jacopo Sannazaro par le Titien ; huile sur toile, entre 1514 et 1518, Royal Collection Il semble qu'un seul manuscrit de Rutilius ait traversé le Moyen Âge. En 1493, Giorgio Merula, chargé par Ludovic Sforza d'écrire une histoire de la famille Visconti, envoie à l'abbaye de Bobbio son secrétaire Giorgio Galbate chercher des documents utiles à son ouvrage. Ce dernier y découvre un certain nombre de textes latins, dont certains inédits. Parmi ceux-ci se trouve le De Reditu suo, dont Galbiate fait une copie qu'il apporte à Merula à Milan. Cet apographe, disparu, nous est connu par trois copies : l'une de Jacopo Sannazaro, conservée à la Bibliothèque nationale autrichienne à Vienne, appelée Vindobonensis 277 ; la deuxième par Tommaso Inghirami, envoyé du pape à Milan ; perdue, elle est cependant à l'origine du manuscrit Romanus Ms. Caet. 158 conservé à l'Académie des Lynx à Rome et datée de 1530 environ ; la troisième est due à Aulo Giano Parrasio et est disparue.
L'édition princeps est publiée par Giovan Battista Pio à Bologne en 1520, d'après une copie inconnue du manuscrit, peut-être celle de Parrasio ; sa qualité et son originalité lui donnent la valeur d'un manuscrit. Cette édition est reprise en 1523 dans un recueil de textes romain intitulé De Roma prisca et nova varii auctores. Une troisième édition, probablement issue indirectement de la copie d'Inghirami et collationnée avec l'édition princeps, paraît à Venise en 1558 par les soins d'Onofrio Panvinio, avec l'aide de Gabriele Faerno.
La copie de Sannazaro est considérée comme la plus fidèle au manuscrit original ; l'édition de Bologne est également intéressante pour l'histoire du texte, malgré des différences avec la précédente copie dont on ignore s'il s'agit de leçons originales tirées du manuscrit, ou de corrections de l'éditeur. Le manuscrit original lui-même est volé à Bobbio en 1706 et disparaît.