Adélaïde-Marie-Émilie Filleul, dite Adélaïde, comtesse de Flahault de La Billarderie, puis Adélaïde de Souza, ou encore Madame de Flahault, et Madame de Souza, née le à Paris et morte dans la même ville le , est une écrivaine, moraliste et salonnière française.
Biographie Sa mère est connue sous le nom de Madame Filleul : Marie Irène Catherine du Buisson de Longpré, épouse Filleul, aurait été la maîtresse de Louis XV (étant passée par le Parc-aux-cerfs) ayant de lui une fille, Marie-Françoise Julie Constance Filleul, dite Julie Filleul. Marie Irène Filleul devient ensuite la maîtresse d’un fermier général, Étienne-Michel Bouret qui, selon Jean Orieux, est le véritable père d’Adélaïde ; selon d’autres (dont son petit-fils Charles de Morny), il s’agit là encore du roi. À seize ans, Julie Filleul épouse Abel-François Poisson de Vandières, marquis de Marigny et frère de madame de Pompadour.
Selon Sainte-BeuveRevue des Deux Mondes, tome 1, 1834, Poètes et romanciers modernes de France : De Souza, elle perd très tôt ses parents et fait ses études au couvent, lieu qui servira de cadre à certains épisodes de ses romans. Marie Irène Filleul meurt en 1767, et Adélaïde Filleul est prise alors en charge par sa demi-sœur.
À l’âge de dix-huit ans, à sa sortie du couvent, elle épouse le , le comte Charles-François de Flahaut de la BillarderieL'acte du mariage, célébré dans l'église Saint-Jacques du Haut Pas à Paris, est reproduit par Charles Nauroy, dans Le Curieux, 1885-1888, Paris, p. 205-206. Article numérisé. , sur décision de sa sœur. Il a 36 ans de plus qu’elle et est maréchal de camp, intendant des jardins et du cabinet du roi ; selon elle, le mariage n’est jamais consommé. Les époux résident au Louvre alors en pleine effervescence pré-révolutionnaire où la jeune femme, trop jeune pour apprécier la situation politique, s’ennuie. Elle a alors l’idée d’écrire et commence Adèle de Sénange, l’histoire d’une toute jeune fille, mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle, qui vit une situation évoquant l’amour impossible de la Princesse de Clèves..
Maitresse de l'Abbé de Périgord (Talleyrand), elle ouvre son salon où le jeune abbé tient la première place durant dix ans, de 1783 à 1792. Ils vivent tous deux quasiment maritalement. Son salon compte également Gouverneur Morris, ministre plénipotentiaire des États-Unis, qui passe l’été 1784 avec elle, William Windham, d’Holbach, Suard, Marmontel, Panckouke, le médecin de la Reine Félix Vicq d'Azyr et bien entendu Talleyrand. Le naît son enfant Charles de Flahault, dont la paternité est généralement attribuée à Talleyrand, parfois à Windham (Morris s'en défendra).
Talleyrand se rapproche, durant les débuts de la Révolution, de Germaine de Staël ; suit une période de brouille avec Adélaïde de Flahault qui s’inquiète de la tournure que prend la Révolution. Celle-ci se cache avec son fils chez Gouverneur Morris durant les massacres de Septembre. Au début de la Terreur, son mari, qui vient de s'évader avec l'aide de son avocat, la laisse partir s'installer en Angleterre ; de son côté, le comte de Flahault, chevaleresque, se rend de lui-même au Tribunal révolutionnaire pour épargner son avocat, et est guillotiné en 1793.
Pour vivre à Londres et payer l’éducation de son fils, elle confectionne des chapeaux. Lord Wycombe la convainc d’écrire un roman ; ce sera Adèle de Senange, inspiré de sa propre histoire et qui connaît un grand succès lors de sa publication en 1794. Elle se rend en Suisse où elle rencontre le ci-devant duc de Chartres qui devient peut-être son amant. Elle le suit à Hambourg où elle retrouve Gouverneur Morris, et où elle rencontre aussi son futur second mari, Dom José Maria de Sousa Botelho Mourão e Vasconcelos, ambassadeur de Portugal au Danemark.
Talleyrand l’aide à rentrer en France fin 1797, puis à la radier de la liste des émigrés. Il fait entrer Charles au ministère de la Marine en 1799. Elle continue à écrire, publiant Émilie et Alphonse en 1799, Charles et Marie en 1802. Elle épouse en secondes noces José Maria de Sousa, lui aussi veuf, riche aristocrate portugais, ambassadeur du Portugal à Paris et illustre mécène littéraire, plus connu comme « Morgado de Mateus », le . Ce dernier renonce à un poste d’ambassadeur en Russie pour rester à Paris, se consacrant aux lettres.
Souza est l'orthographe ancienne du nom Sousa en langue portugaise ; morgado, un titre de courtoisie donné au Portugal aux seigneurs de maison indivisible. Même si « Madame de Souza » est souvent désignée comme « marquise de Souza Botelho » en littérature ou bien par snobisme social, ce titre n'a jamais existé. La confusion vient peut-être du fait que son beau-fils, Dom José Luís de Sousa Botelho Mourão e Vasconcelos, a été créé de Vila Real en 1823, ou parce que ces Sousa Botelho descendent, par les femmes et par batardise, du célèbre , le conquérant de Madrid pendant la guerre de Succession d'Espagne, le .
Adélaïde de Souza fréquente de nouveau les salons pour favoriser la fortune de son fils Charles. Elle va jusqu’à favoriser la liaison de celui-ci avec Hortense de Beauharnais, dont le fruit est Charles de Morny, son petit-fils né en 1811. Elle le marie ensuite à Margaret Mercer Elphinstone, fille de l'amiral Keith ; Charles de Flahault connait par la suite une carrière militaire et politique importante, devenant général de brigade, comte de l'Empire et chargé de missions diplomatiques pour Napoléon Ier.
Avec la chute de l’Empire, Adélaïde de Souza perd de son influence. Elle dissuade son fils de partir avec Napoléon à Sainte-Hélène. Dom José Luís de Sousa meurt à Paris le . Il reste surtout connu pour la magnifique édition de luxe des Lusiades, qu'il a payée et fait imprimer de son vivant à Paris. Madame de Souza se retire alors de la vie mondaine et reporte une partie de son affection sur son unique petit-fils, qu’elle élève (celui-ci sera l’éminence grise de son demi-frère Napoléon III). Elle est enterrée au cimetière du Père-Lachaise à Paris () auprès de son mari portugais, lequel sera en 1964 ramené dans sa patrie et inhumé en son palais de Mateus, près de Vila Real.
Œuvre Adélaïde de Souza a écrit un grand nombre de romans dont le plus important est Adèle de Senange. Chénier a dit d’elle qu’elle était de ces femmes . Sainte-Beuve a procédé à une édition de ses œuvres en 1843 ; Léon Tolstoï évoque ses romans à plusieurs reprises dans Guerre et Paix.
Romans Adèle de Senange, ou Lettres de Lord Sydenham, Londres, 1794, deux volumes. ; Genève, Slatkine Reprints, 1995 Émilie et Alphonse ou le Danger de se livrer à ses premières impressions, Hambourg, P. F. Fauche ; Paris, Charles Pougens, 1799 Charles et Marie, 1802 Eugène de Rothelin, Londres, Dulan, 1808 Eugénie de Revel : souvenirs des dernières années du dix-huitième siècle, Lille, L. Lefort, 1853 Eugénie et Mathilde, ou, Mémoires de la famille du comte de Revel, Paris, F. Schoell, 1811 La Comtesse de Fargy, Paris, Alexis Eymery, 1823 La Duchesse de Guise, ou intérieur d’une famille illustre dans le temps de la Ligue ; drame en trois actes, Paris, C. Gosselin, 1832 La Pensionnaire mariée, comédie-vaudeville en un acte, [S.l.s.n.], 1835 Mademoiselle de Tournon, Paris, Firmin Didot, 1820 Œuvres complètes de Madame de Souza, Paris, Garnier, 1865
Références
Bibliographie André de Maricourt, Madame de Souza et sa famille. Les Marigny, les Flahaut, Auguste de Morny (1761-1836), 1874-1945, Paris, Émile-Paul, 1907 Simone Vincens, Vestiges du classicisme au temps de Chateaubriand : les romans de Madame de Souza (1761-1836), Thèse de l’Université du Colorado, 1974, 1969 Jean-Philippe Chaumont, Archives du Général Charles de Flahaut et de sa famille, 565 AP, Paris, Centre historique des Archives nationales, La documentation française, 2005, 251 p. .
Liens externes
Généalogie des Sousa Botelho
Catégorie:Romancière française du XIXe siècle Catégorie:Salonnière française Catégorie:Comtesse française du XVIIIe siècle Catégorie:Marquise française du XIXe siècle Catégorie:Naissance en mai 1761 Catégorie:Naissance à Paris Catégorie:Décès en avril 1836 Catégorie:Décès dans l'ancien 1er arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 74 ans Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière du Père-Lachaise (division 20)