Urva edwardsii, la Mangouste d’Edwards, également connue sous le nom de Mangouste grise de l’Inde, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Herpestidés. Cette urva originaire du sous-continent indien et d'Asie occidentale, également connue sous les noms de Mungo ou Mungoz, pourrait être la Mangouste au sens strict, celle qui combat les serpents, notamment le cobra royal, et qui aurait inspiré la figure de l’Ichneumon dans l’imaginaire médiéval européen.
Elle est classée comme espèce de préoccupation mineure sur la liste rouge de l'UICN . Du fait de sa vaste distribution, de sa population présumée importante et de son adaptabilité aux paysages modifiés par l'humain, elle ne risque pas de décliner au rythme requis pour être classée dans une catégorie menacée, et sa population pourrait même être en augmentation .
Dénominations Nom scientifique valide : Urva edwardsii (Geoffroy Saint-Hilaire, 1813) selon ; Nom normalisé anglais : Indian grey mongoose ; Nom vulgaire typique et recommandé en français : Mangouste d’Edwards ; Noms vulgaires typiques en français : Mangouste grise de l’Inde ; Autres noms vulgaires : Mangouste grise, Mangouste indienne ; Noms vernaculaires : Urva, Mungo, Mungoz, Mangouste.
Étymologie En hindi classique, la mangouste grise est désignée sous les noms de muṅgūs ou maṅgūs ; muṅgūsa en marathi ; mungi en télougou ; ainsi que mungi, mungisi et munguli en kannada.
Taxonomie vignette|gauche|Illustration de Herpestes ferrugineus dans Proceedings of the Zoological Society of London, 1874.|265x265px C’est officiellement en 1818 par le naturaliste français Étienne Geoffroy Saint-Hilaire dans le deuxième tome de son œuvre Description de l'Égypte (dans la section consacrée à l'ichneumon) qu’est mentionnée l'espèce. Mais elle aurait été décrite pour la toute première fois en 1813, avant la sortie officielle de l’ouvrage, et d’autres auteurs l’avaient déjà mentionnée plus tôt, comme Robert Kerr sous le nom de Viverra nems en citant Buffon. Le problème étant que Buffon raillait explicitement le nom de « Nem » pour une mangouste, ce mot désignant le furet en arabe. En fait, l’espèce de la Mangouste rayée (Vivera mungo) et son genre Mungos tirent leur noms du fait que les auteurs pensait décrire l’espèce de la mangouste d’Edwards, mais se sont rendu compte plus tard qu’ils décrivait une espèce originaire d’Afrique.
Elle a ensuite été classée dans les genres Mangousta puis Herpestes, mais au cours des années 2000, les études phylogénétiques moléculaires ont montré que le genre Herpestes tel qu'il était défini était polyphylétique ; les mangoustes asiatiques ont ainsi été réhabilitées dans le genre Urva.
Sous-espèces Quatre sous-espèces sont répertoriées par Corbet et Hill (1992), bien qu'il n'y ait pas eu de révision taxonomique récente à l’échelle sous-spécifique . +Liste des sous-espèces de Urva edwardsii selon les autorités taxonomiques :Sous-espèce, nom et auteurDescriptionSynonymes Urva edwardsii edwardsii(É. Geoffroy Saint-Hilaire, 1818) Sous-espèce type nominale. * Herpestes edwardsii edwardsii Chasen, 1940* Herpestes edwardsi edwardsii Ellerman & Morrison-Scott, 1951 Urva edwardsii ferruginea(Blanford, 1874) Caractérisée par des nuances plus rousses ou ferrugineuses. * Herpestes ferrugineus Blanford, 1875* Herpestes edwardsi ferrugineus Ellerman & Morrison-Scott, 1951 Urva edwardsii lanka(Wroughton, 1915) Sous-espèce présente au Sri Lanka. * Mungos lanka Wroughton, 1915* Herpestes lanka W. W. A. Phillips, 1925* Herpestes edwardsi lanka Ellerman & Morrison-Scott, 1951 Urva edwardsii montana(Bechthold, 1936) Forme montagnarde. * Herpestes griseus montanus Bechthold, 1936* Herpestes edwardsi montanus Wozencraft, 2005* Herpestes edwardsii montanus D. E. Wilson & Mittermeier, 2009 Urva edwardsii nyula(Hodgson, 1836)Nyula Forme initialement décrite de l'Himalaya/Inde septentrionale. * Mangusta Nyula B. H. Hodgson, 1836* Calogale nyula J. E. Gray, 1865* Mungos nyula O. Thomas, 1918* Herpestes edwardsi nyula Ellerman & Morrison-Scott, 1951
Phylogénie Phylogénie des Herpestidés basée sur les travaux de Veron et al. (2004), Barycka (2005) et Patou et al. (2009) :
Description vignette|gauche|Un individu au pelage gris et un autre au pelage plus jaunâtre à Eranakulam, en Inde. La mangouste d’Edwards possède un pelage gris fauve ou gris fer ; cette teinte, très caractéristique, est plus raide et plus grossière que celle des autres mangoustes. Les nuances de roux visibles sur le pelage varient selon les sous-espèces, mais elle apparaît globalement avec une teinte plus grise que les espèces apparentées. Cet aspect provient des poils eux-mêmes, annelés de blanc crème et de noir. Les membres sont bruns et plus sombres que le corps. Les poils autour du museau et des yeux sont également bruns, avec une coloration rubigineuse plus prononcée. La queue est touffue, et son extrémité est marquée d’un jaune pâle ou d’un blanc pur.
La tête et le corps mesurent ensemble entre 38 et 46 centimètres de long, tandis que la queue mesure environ 35 centimètres. Selon d’autres sources, la longueur corporelle varie de 36 à 45 cm, pour une longueur de queue équivalente à celle du corps (environ 45 cm). Son poids varie de 0,5 à 4 kg selon certaines données génériques du genre, et plus spécifiquement de 0,9 à 1,7 kg. L’espèce possède 40 dents et cinq coussinets sur chaque patte ; les pattes arrière sont dépourvues de poils jusqu’au talon, tandis que les pattes avant possèdent des poils recouvrant leurs griffes acérées et courbées. Les mâles sont nettement plus grands que les femelles. Du point de vue des facultés sensorielles, les mangoustes d’Edwards se distinguent par leur capacité à discerner quatre couleurs, davantage que la plupart des autres mammifères.
Répartition et habitat La mangouste grise de l'Inde occupe à l'origine des zones côtières et des territoires s'étendant de l'Arabie jusqu'au Népal, et vers le sud à travers le Pakistan, l'Inde et Ceylan (Sri Lanka), incluant plus globalement la Turquie, la péninsule arabique, le Bhoutan et le Bangladesh. Elle a également été introduite dans les Antilles, à Hawaï, en Jamaïque, à Cuba et à Porto Rico pour y contrôler les serpents venimeux et les rats. Un certain nombre de rapports antérieurs à 1918 en provenance de Malaisie manquent de détails primaires, et Wells (1989) a conclu que l'espèce n'y était présente qu'en tant qu'introduction éphémère, sans signalement ultérieur. Une introduction au milieu du XXe siècle en Italie a également échoué. L'espèce n'a pas été introduite dans les îles Ryukyu (Nansei Shoto, Japon) ni à Maurice, les mentions antérieures provenant d'une confusion avec *Herpestes javanicus* (sensu lato). D'autres rapports signalant sa présence en Indonésie dans des sources généralisées sont considérés comme erronés, leurs sources d'origine n'ayant pu être retracées. L'espèce a été observée depuis le niveau de la mer jusqu'à environ 2 000 mètres d'altitude. Une étude menée en 2007 a également recensé des spécimens en Turquie et aux Émirats arabes unis, élargissant ainsi son aire de répartition connue.
Bien qu'il s'agisse d'un animal assez commun et souvent abondant dans les habitats appropriés de son aire principale, bien que relativement rare dans le nord-est de l'Inde, son écologie reste mal connue. Elle fréquente des zones de fourrés, des champs cultivés ou des végétations buissonneuses morcelées, ainsi que des zones ouvertes, des prairies et des maquis. Pour échapper à la chaleur de midi, elle dort dans des trous creusés dans le sol ou dans des arbres creux. Plus largement, elle occupe une grande variété d'habitats terrestres (prairies, savanes, zones rocheuses, zones semi-désertiques, forêts secondaires sèches, forêts d'épineux, lisières de forêts et abords des agglomérations humaines). Une étude menée dans le centre de l'Inde a même montré que son abondance pouvait augmenter à mesure que l'on se rapproche des implantations humaines, par rapport aux forêts non perturbées. Entre deux phases de chasse, elle se retire dans son terrier, des anfractuosités rocheuses ou près des cours d'eau pour trouver de l'ombre et se protéger de son principal prédateur, le léopard (Panthera pardus).
Écologie et comportement vignette|gauche|Une mangouste d’Edwards dans l’État de Bangalore, en Inde. La mangouste d’Edwards est un animal omnivore et opportuniste, se nourrissant principalement de proies vivantes capturées en quête active — notamment des souris, des rats, des lézards, des serpents et des coléoptères. Elle consomme également des oiseaux terrestres, leurs œufs, des sauterelles, des scorpions, des centipèdes et des mille-pattes, des grenouilles, des crabes, des poissons, ainsi que des matières végétales telles que des fruits, des baies, des racines, des tubercules, des graines et des noix. Il lui arrive de s’attaquer à des proies plus volumineuses, telles que des lièvres et des aigrettes. Elle tue ses proies en leur assénant une morsure fatale à la nuque ou à la tête.
Cette espèce est réputée pour sa capacité à combattre les serpents venimeux. Elle y parvient principalement en épuisant le reptile, l’incitant à porter de multiples attaques qu’elle évite par des mouvements acrobatiques tout en adoptant une posture de boxeur. Sa protection contre les morsures venimeuses repose sur ses poils raides et dressés, sa peau épaisse et lâche, ainsi que sur des récepteurs d'acétylcholine spécialisés qui la rendent résistante ou immunisée contre le venin de serpent. Face aux scorpions, elle ne prend aucune mesure particulière pour neutraliser le dard : elle les attrape sans précaution et les projette à plusieurs reprises entre ses pattes arrière sur une surface dure jusqu’à ce qu’ils soient brisés. Elle emploie cette même technique pour casser de gros œufs, tandis que les œufs de taille moyenne sont maintenus entre ses pattes pour qu’elle puisse en mordre l’extrémité la plus étroite. vignette|Une mangouste face à un varan. Solitaire et diurne, la mangouste d’Edwards chasse activement en journée et jusqu’à la fin de la soirée en adoptant un trot rapide et continu. Elle possède des adaptations squelettiques uniques, telles qu’un processus transverse élargi sur ses vertèbres lombaires et un sacrum large, qui lui permettent de se replier en boule comme un hérisson pour se défendre. Pour communiquer, les mâles utilisent des glandes anales et marquent leur territoire en urinant sur des objets verticaux, en levant une patte ou en dressant leur corps en position de chandelle pour projeter des sécrétions odorantes sur de grandes distances.
La reproduction a lieu toute l’année, avec des pics de copulation en mars, août et octobre ; les femelles mettent bas deux à trois fois par an. Chaque portée compte généralement de 2 à 4 petits (issus de gestations de 60 à 65 jours). Les jeunes naissent aveugles et vulnérables dans un terrier ou une tanière, et la femelle s’occupe seule de leur élevage et de leur allaitement. Son espérance de vie est d’environ sept ans à l’état sauvage, et peut atteindre un maximum de douze ans et demi en captivité.
La Mangouste et l’Homme gauche|vignette|Illustration d’une mangouste face à un cobra par Louis Sergent dans The wild beasts of the world, 1909.