Scipion Sardini, né en 1526 à Lucques en Italie et mort en 1609 à Paris, est un financier français d'origine toscane qui a fait partie des puissants et influents « partisans » italiens de l'entourage de Catherine de Médicis qui prospérèrent à la cour des derniers Valois.

Biographie

Une ascension sociale à la cour de Catherine de Médicis

Originaire de Lucques (dont il fut l'ambassadeur en certaines occasionsEn août 1554, Bartholomeo Micheli et Scipion Sardini furent les ambassadeurs de la ville de Lucques auprès de Marie d'Angleterre. (Source : 'Mary: August 1554', Calendar of State Papers Foreign, Mary: 1553-1558 (1861), pp. 110-117. URL: . Page consultée le 12 avril 2008.)), Scipion Sardini accompagne en France ses frères, agents de grandes maisons italiennes, pour les assister dans leurs activités de négoce. Il s'installe tout d'abord (avant 1548) à Lyon, où existait une importante communauté lucquoise, avant de s'établir à Paris. Il accumule en peu de temps une fortune considérable grâce à ses activités de financier, mises au service de la couronne dès le début des années 1560L'article de J. Boucher (cf. bibliographie) signale qu'il négocia des emprunts pour le compte du roi dès 1562. Auparavant, il avait déjà vendu au roi des marchandises de fil d'or et d'argent pour la fête célébrant les mariages des princesses Élisabeth et Marguerite (1559). Henri II ayant été mortellement blessé lors de ces réjouissances, Sardini ne fut payé par l'argentier du roi Charles IX que le 16 juin 1561. (F. Bourquelot, Mémoires de Claude Haton, Paris, 1857, t. II, Appendice 1116)., et fit l'acquisition, en 1565, d'un fastueux hôtel parisien qui prit son nom.

En 1567, il épouse Isabelle (ou Isabeau) de la Tour d'Auvergne, demoiselle de Limeuil, une suivante et une lointaine parenteLa mère de Catherine de Médicis, Madeleine de la Tour d'Auvergne était issue de la branche aînée de la famille de la Tour d'Auvergne, tandis que Gilles de la Tour d'Auvergne, seigneur de Limeuil, était issu de la branche cadette de cette même famille. Descendants de Bertrand de La Tour (1255-1296), le père d'Isabelle et la reine étaient donc cousins au septième degré, mais également au cinquième degré par un autre ancêtre commun, Guy de la Trémoille (1346-1398). Isabelle était également la cousine de François III, vicomte de Turenne, père d'Henri de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon. de Catherine de Médicis, qui fut la maîtresse de Claude II d'Aumale, de Florimond II Robertet de Fresne et, surtout, du prince de CondéIsabelle de Limeuil fait partie de l'« escadron volant » de Catherine de Médicis, ce groupe de suivantes qui n'hésitent pas à user de leurs charmes pour parvenir à leurs fins auprès des grands seigneurs que la reine cherchait à contrôler. Isabelle est ainsi chargée d'obtenir du prince de Condé la rétrocession du Havre (livré aux Anglais par les Huguenots en 1562). De cette mission naît un enfant naturel du prince (1564), mort en bas âge. Le scandale qu'engendre cette naissance illégitime provoque la disgrâce d'Isabelle, tout d'abord enfermée au couvent d'Auxonne puis mariée à Sardini (1567)., ainsi que l'égérie de Brantôme et de Ronsard. Entré en grâce à ce mariage dans l'entourage d'une reine dont il partageait l'origine toscane, Sardini est nommé vicomte de BuzancyÀ ce fief de Buzancy, contenu dans la dot d'Isabelle de Limeuil, sont attachés les titres de vicomte de Crise, de Saint-Crépin, et ceux de seigneur de Jouy, d'Hartennes, de Taux et de Villemontoire. Une habile exploitation de l'héritage de son épouse permet également à Scipion de devenir baron de Chaumont-sur-Loire en 1600.. La reine-mère lui confère également l'office de « garde des petits sceaux » auprès des petites chancelleries (avril 1572)Cette nomination se heurte à l'opposition du parlement de Paris et de son président, Christophe de Thou (Cf. Heller, p. 104).. Cet exemple de réussite sociale fut suivi par un autre financier lucquois, Sébastien Zamet.

Le financier des derniers Valois Les fils de Catherine de Médicis, Charles IX puis Henri III, lui affermèrent la perception de taxes très rentables comme celle sur les importations d'alun (1572)En association avec Albert de Gondi. (Cf. Heller, p. 103). ou celle sur les cabarets et les auberges (1577)Moyennant un versement unique de deux cent quarante mille écus au roi, la perception de cette taxe lui donnait droit à une rente annuelle de vingt mille livres, qui fut confirmée par Henri IV. (Cf. Heller, p. 225)., ce qui ne fit qu'accroître une fortune qui lui permit de devenir le banquier du roiDès mai 1571, Sardini prêtait, conjointement avec Oratio Rucellai, une somme d'un million deux cent mille livres à Charles IX en échange d'une rente sur l'hôtel de ville. (Cf. Heller, p. 98)., du clergéEn 1588, il prêta la somme considérable d'un demi million d'écus au clergé pour permettre à ce dernier de financer la guerre contre les protestants. et de plusieurs puissants personnages.

Les banquiers et « partisans » italiens, indispensables à la couronne pour parer les difficultés financières du temps des guerres de religion, exerçaient une influence importante sur la politique fiscale du royaume. Ainsi, quand l'assemblée des notables réunie pendant l'hiver 1583-1584 à Saint-Germain-en-Laye remit en question la ferme des impôts, Sardini et ses compatriotes achetèrent le statu quo en offrant des cadeaux au roi et en versant cent mille écus. En 1587, Sardini n'hésita pas à publier de son propre chef un édit royal augmentant certains des impôts dont le prélèvement lui était affermé. Arrêté et emprisonné pour faux et malversation à la Conciergerie par le président de la cour des Aides, un certain Le Faure, et un procureur royal, d'AngueschinIl s'agit de Jean Danquechin (ou d'Anquechien), seigneur de Verdilly en Brie, mort en 1603. Selon Pierre Thomas Nicolas Hurtaut et L de Magny (Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, Paris, Moutard, 1779, t. IV, p.164), Danquechin aurait eu la charge de cet office de 1573 à 1587, année de l'incident impliquant Sardini.Probablement suspendu de ses fonctions de procureur général de la Cour des aides – au profit de son fils Antoine –, il fut rétabli par Henri IV en 1591 site généalogique consulté le 7 juillet 2008, il fut cependant rapidement relâché sur ordre du roi, qui les deux officiers royaux. Il s'en fallut de peu que le roi , et Le Faure fut condamné à quinze jours de détention en résidence surveillée. Cette colère mémorable d'Henri IIICette anecdote est rapportée par Pierre de L'Estoile dans ses Registres journaux (1587, 20 janvier). est révélatrice du crédit et de la faveur dont Sardini jouissait auprès des derniers Valois. En contrepartie, Sardini se montra toujours fidèle au camp royal.

Un affairiste impopulaire

L'accumulation par Sardini d'une fortune considérable, propre à susciter la jalousie, renforcée de plus par les pourcentages prélevés sur des taxes impopulaires, lui attire ce mot d'esprit typiquement parisien : Ce mot d'esprit, traduit d'un distique latin mentionné par Pierre de L'Estoile (Registres journaux, août 1574) est rapporté par Hillairet (cf. bibliographie). Les armoiries de Sardini, parlantes, était d'ailleurs (D'après A. Dupré (reprenant Bernier), « Le Château et les Seigneurs de Chaumont-sur-Loire », Mémoires de la Société des Sciences et des Lettres de la ville de Blois, t. 5, Blois, Lecesne, 1856, p. 288). La cupidité et l'avarice prêtées au financier lui vaut également le surnom de « Scorpion Serre-Deniers »Henri Martin, Histoire de France …, t. X, éd., Paris, Furne, 1857, p. 99, n. 1. Ce surnom apparait pour la première fois dans un placard affiché le 23 septembre 1578 et reproduit par L'Estoile dans ses Registres journaux.. La richesse notable de Sardini lui attire également des ennuis plus graves que ces quelques quolibets. Il est ainsi enlevé en 1590 sur la route d'Angers à Tours par les frères ligueurs Saint-Offange, qui le séquestrent pendant deux mois au château de Rochefort-sur-Loire et ne le libérèrent qu'en échange d'une rançon de six mille écusJ.-F. Bodin (Recherches historiques sur l'Anjou, éd., Angers, Cosnier et Lachèse, 1847, p. 207) indique quant à lui que Sardini fut arrêté près de Saint-Symphorien en Anjou et que la rançon, assortie de la demande de libération de deux frères Saint-Offange détenus à Angers, ne s'élève qu'à deux mille écus, ce qui sous-estime largement les ressources du financier.. Plus grave encore, l'impopularité des financiers italiens est à l'origine de l'assassinat, le , d'un frère de ScipionL'affaire eut un grand retentissement jusqu'en Province. Ainsi, parmi les nouvelles de Paris qui parviennent le samedi 23 avril 1575 à l'avocat Michel Le Riche, il était noté que (A.D. de la Fontenelle de Pandoré (éd.), Journal de Guillaume et de Michel Le Riche (de 1534 à 1586), Saint-Maixent, Reversé, 1846, p. 223). par un certain Jacques du ValGabriel Vanel, « Manuscrit d'Étienne du Val de Mondrainville (1535-1578) », Mémoires de l'Académie nationale des sciences, arts et belles-lettres de Caen, 1907|6, p. 55. Du Val fut gracié., puis, le de la même année, d'une émeute parisienne qui fait suite à des heurts entre étudiants et Italiens, et dont l'objectif était le meurtre de Scipion Sardini, de René de Birague, d'Horace Ruccellai, de Louis Dadiacetto (dit Adjacet, comte de Châteauvillain), ainsi que le pillage des demeures de ces riches ItaliensHeller (cf. bibliographie), p. 83.. Le roi et sa mère, alertés par Birague, font cependant arrêter les meneurs et déjouent cette « Saint-Barthélémy des Italiens ».

Le goût des arts et des belles lettres

Retiré des affaires sous Henri IV, qui ne l'apprécie guèreMême si Henri IV confirme en 1601 le privilège de Sardini sur la perception de la taxe sur les tavernes (Cf. Heller, p. 225), les rapports entre le nouveau roi et le Lucquois semblent être peu cordiaux, comme le montre une anecdote rapportée par L'Estoile. En août 1602, le financier est en effet « tancé » par le roi pour avoir donné dix écus destinés à faire dire des messes pour le maréchal de Biron, ce dernier ayant été décapité pour avoir trahi son souverain en complotant avec l'ennemi espagnol., Sardini se consacre au mécénat en faveur des arts et des belles lettres, devenant notamment le protecteur du poète Dominique Baudier dit Baudius, auquel il offre le gîte et le couvert ainsi qu'une pension de huit cents francsPierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, éd. augmentée de notes, Paris, Desoer, 1820, t. 3, p. 175, note 8..