Ernst Lanzer (1878-1914) est un juriste autrichien, analysé par Sigmund Freud qui le désigne sous le pseudonyme de « L'Homme aux rats » (Ratman) en référence aux idées obsédantes que ce dernier rapporte. La cure conduite par Freud débuta en (Lanzer a alors 29 ans) et sera publiée deux ans plus tard sous le titre Bemerkungen über einen Fall von Zwangsneurose [en français, Notes sur un cas de névrose obsessionnelle] et en français, dans le volume Cinq psychanalyses, en 1935.

Le présentant initialement comme un succès thérapeutique, le premier de ce qui deviendra le processus de cure psychanalytique, Freud lui-même reviendra sur cette conclusion dans ses écrits postérieurs en regrettant notamment qu'il n'ait pu suivre Lanzer plus longuement, car ce dernier est mort durant la Première Guerre mondiale, en 1914.

L'identification d'Ernst Lanzer comme étant L'homme aux rats a été conduite sur la bases d'un travail d'investigation, mené notamment par Patrick Mahony en 1986 . Alors que ce nom fait consensus , il est parfois contesté .

Description du cas En , Freud reçoit en analyse un jeune homme de 29 ans, Ernst Lanzer. La durée de la cure prête à controverse, elle est estimée à six mois ou onze moisL'homme aux rats, un cas de névrose obsessionnelle, Payot, 2010, , p.27. Sauf mention contraire, toutes les pages désignées seules renvoient à l'édition Payot.. Freud en publie l'étude en deux parties : la première correspond à des extraits de l'histoire du cas, retraçant rapidement les grands éléments des séances et leurs interprétations, à partir des notes qu'il avait prises tout le long de l'analyseCes notes ont été conservées et publiées dans Journal d'une analyse, l'homme aux rats, texte allemand reproduit et établi, introduction, traduction, notes et commentaire par Elza Ribeiro Hawelka, avec la collaboration de Pierre Hawelka, Paris, 1974, . ; la seconde donne des éléments théoriques, qui tentent d'établir quelques remarques sur P.27..

Présentation du cas Le jeune homme se plaint d'obsessions depuis l'enfance, qui reviennent parfois après des périodes d'absences relativement longues, mais avec plus d'intensité depuis la mort de son père survenue neuf ans plus tôt et plus particulièrement depuis quatre ans. Il craint notamment qu'il arrive du mal à deux personnes qu'il aime : son père, décédé, et une dame qu'il aime et qui a rejeté son amour il y a dix ans.

Ses obsessions se traduisent par des idées de mal contre ces deux personnes, qu'il rejette alors violemment, s'imposant ensuite des interdits et des pénitences absurdes et souvent irréalisables.

Le nœud de la névrose : pulsion sexuelle et conflit avec le père refoulé dans l'inconscient Le début de l'histoire du cas s'attarde sur les sept premières séances puis continue par la solution qu'en donne Freud. Ainsi lors de la troisième séance, le jeune homme raconte comment à la mort de son père, il s'est endormi. Lorsqu'il se réveille, on lui apprend que son père est décédé. Il se le reproche. Mais P.53..

Freud en profite pour l'initier à une hypothèse de la psychanalyse, celle de mésalliance entre le contenu d'une idée et l'affect qui l'accompagne du fait d'une connexion fausse : ici l'affect - se considérer comme un criminel - est trop fort par rapport à son manquement le jour de la mort de son père. Il y a une connexion fausse entre la culpabilité et son manquement. En réalité, la culpabilité P.54., et Freud ajoute : .

À ce moment du récit, Freud donne une définition de l'inconscient :

La résistance Or c'est cet inconscient qui expliquerait l'attitude agressive contre le père et contre laquelle le patient se défend sans cesse, affirmant qu'il n'avait pas de meilleur ami au monde. Au cours de ces séances, Freud tente de lui exposer que son amour intense, voire excessif, déclaré pour son père cache une haine profonde. La résistance du patient est alors très forte et Freud la décrit en des termes très sobres : P.87.. Il explique ceci par une analogie médicale : P.65..

Le syndrome du lorgnon Finalement la solution de ses obsessions s'appuiera essentiellement sur la résolution du comportement du jeune homme au cours d'un exercice militaire, survenu au mois d'août précédent, et qu'il décrit lors des deuxième et troisième séances.

Pendant une marche, Lanzer égare son lorgnon (ou pince-nez). À cette même halte, l'officier lui décrit le supplice du rat, une torture chinoise particulièrement horrible, où des rats placés dans un pot posé sur le derrière du condamné creusent son anus. La description de ce supplice le met dans un état très agité. Il poursuit en avouant : P.43.. Aussitôt se mettent en place des mécanismes de résistance et de défense. Au point que le soir, lorsqu'il apprend qu'il doit se rendre à la poste pour rembourser des frais de réception du pince-nez, .

Or certains obstacles extérieurs, mais aussi intérieurs, l'empêcheront de s'acquitter de sa dette qui restera une véritable obsession.

Explication de Freud À la fin de l'exposition du cas, Freud expose les différents raccourcis et transferts qui expliquent cette obsession et propose la reconstitution suivante.

Son père est haï à la suite d'un châtiment terrible infligé pendant sa prime enfance en punition à un méfait sexuel en rapport à la masturbation infantile. Cela le conduit à une certaine inhibition sexuelle : cette punition P.94. et même ses projets matrimoniaux. Or le patient alors se remémore un incident que sa mère lui avait raconté et qui confirme l'hypothèse de Freud :

De là l'interprétation suivante : le patient s'identifiait au rat, qui mord, qui est persécuté par les hommes. Cette pensée, liée à l'incident de son enfance, mais enfouie dans l'inconscient, était ravivée notamment par des mots, des signifiants qui se rapprochent du terme « rat » (Ratte en allemand) : Rate (acompte) et donc argent, Heiraten (mariage) se trouvaient, dans son esprit, associés.

L'approche lacanienne

Critiques Dans un premier temps, Freud estime que l'analyse a abouti L'homme aux rats, un cas de névrose obsessionnelle, Payot, p.27.. Par la suite pourtant, Freud écrivit à Carl Jung que les problèmes du jeune homme n'avaient pas été résolus McGuire, W: The Freud/Jung Letters, page 255. Princeton University Press, 1974., il remarque que la durée et la profondeur du traitement n'ont pas permis un effet suffisant.

Pour le psychanalyste Horacio Etchegoyen, Horacio Etchegoyen : Fondements de la technique psychanalytique, Préface de Daniel Widlöcher et Jacques-Alain Miller, Ed.: Hermann, 2005, . Il s'agit donc là de transgressions de ce qui deviendra une règle fondamentale selon laquelle le psychanalyste doit s'abstenir de toute "gratification" envers son patient car celle-ci empêche le déroulement du processus analytique.

Le psychanalyste Patrick Mahony a comparé ces notes et le texte publié et a mis au jour de nombreuses modifications faites par Freud en vue de faire correspondre l'analyse réelle à ses théories Patrick Mahony, Freud and the Rat Man, 1986. Borch-Jacobsen et ShamdasaniLe Dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond/Seuil, 2005, chap. 3. ont poursuivi ce travail de comparaison et affirment avoir trouvé d'autres cas de falsification de l'analyse.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Textes de référence Sigmund Freud, L'Homme aux rats : un cas de névrose obsessionnelle, suivi de Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2010 Cinq Psychanalyses (Dora, L'homme aux loups, L'homme aux rats, le petit Hans, Président Schreber), traduction révisée, PUF Quadrige, 2008 Sigmund Freud L'Homme aux rats : Journal d'une analyse , PUF, 2000

Études et ouvrages sur « L'homme aux rats » Horacio Etchegoyen : Fondements de la technique psychanalytique, Préface de Daniel Widlöcher et Jacques-Alain Miller, Ed.: Hermann, 2005,

Articles connexes Ida Bauer (Dora) Herbert Graf (Le petit Hans) Daniel Paul Schreber (Le président Schreber) Sergueï Pankejeff, (L'homme aux loups)

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