Yvan Colonna, né le à Ajaccio (Corse-du-Sud) et mort le à Marseille (Bouches-du-Rhône), est un éleveur, militant indépendantiste et criminel corse.
En , il participe à l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella. Puis il assassine le préfet de Corse Claude Érignac à Ajaccio, le , lorsqu'il prend la fuite le , demeurant en cavale et recherché durant quatre ans. Il est finalement arrêté en à Olmeto. Sa culpabilité est établie à trois reprises entre et en première instance, en appel, puis en renvoi après une cassation de l’arrêt d’appel. La reconnaissance de sa culpabilité et sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité sont définitivement confirmées en après le rejet d’un second pourvoi en cassation.
Le à la maison centrale d'Arles, Yvan Colonna est agressé par un codétenu djihadiste atteint de troubles psychiatriques.. Il en meurt le , à l'hôpital Nord de Marseille.
Biographie Jeunesse et études Né le à Ajaccio, Yvan Colonna est le fils de Jean-Hugues Colonna, né à Cargèse et député socialiste des Alpes-Maritimes de 1981 à 1988, et de son épouse Cécile Riou, d'origine bretonne (Laz, Finistère). En 1975, toute sa famille s'installe à Nice où Jean-Hugues Colonna, son père, alors enseignant d'éducation physique, a été muté. Après un baccalauréat D, Yvan Colonna entame des études pour devenir professeur d'éducation physique et sportive. Il les abandonne en 1981 et retourne en Corse après avoir effectué son service militaire dans la brigade de sapeurs-pompiers de Paris.
Berger et militantisme nationaliste Il s'installe à Cargèse, où il se lance dans l'élevage de chèvres — la presse française le surnommera plus tard le . Il milite dans des mouvements nationalistes proches du Front de libération nationale corse (FLNC).
Dans les années 1990, lors de l'éclatement du mouvement FLNC entre Canal historique et Canal habituel, il semble prendre du recul par rapport à la mouvance nationaliste. Vers la fin des années 1990, il est soupçonné par certains membres du mouvement nationaliste d'être l'informateur du préfet Bonnet, successeur de Claude Érignac..
Attaque de la gendarmerie de Pietrosella Yvan Colonna est poursuivi pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste pour l'attaque à l'explosif de la gendarmerie de Pietrosella (Corse-du-Sud) en 1997, au cours de laquelle deux gendarmes ont été pris en otage et où l'arme qui servira plus tard à tuer le préfet Érignac a été dérobée. Il est condamné pour avoir joué le rôle de guetteur le .
Affaire Colonna
Cavale et arrestation Dénoncé à plusieurs reprises, pendant un an et demi, par quatre des six nationalistes coaccusés, pour l'assassinat du préfet Érignac commis le à Ajaccio, ainsi que par leurs épouses, plusieurs étant revenus sur leurs déclarations au bout de dix-huit mois, Yvan Colonna prend le maquis le . Après s'être soustrait pendant plus de quatre ans à la justice, il est arrêté près d'Olmeto, à proximité du lieu-dit monte Barbatu, le et transféré le lendemain à la prison de la Santé, à Paris. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy déclare le soir de l'arrestation que « la police française vient d'arrêter Yvan Colonna, l'assassin du préfet Érignac », ce qui lui vaut des reproches pour atteinte à la présomption d'innocence et des poursuites judiciaires de la part d'Yvan Colonna. Il engage dès lors une procédure, mais le tribunal de Paris reporte son jugement à la fin des fonctions présidentielles de Nicolas Sarkozy en raison de son immunité« Clearstream, le lapsus de Sarkozy », LeJD.fr, .. Une semaine après son arrestation, ses complices sont condamnés à des peines allant jusqu'à la réclusion criminelle à perpétuité.
Premier procès Le , la Cour de cassation ayant rejeté le pourvoi d'Yvan Colonna contre son renvoi devant la Cour d'assises spécialement composéeC'est-à-dire composée de sept magistrats, et non de trois magistrats et neuf jurés (articles et du Code de procédure pénale) de Paris, celui-ci est renvoyé pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » devant la cour d'assises spéciale de Paris du au Yvan Colonna sera jugé à partir de novembre, sur le site Le Monde.fr du , qui le condamne le à la réclusion criminelle à perpétuité.
vignette|Antoine Sollacaro, avocat d'Yvan Colonna, s'exprime à la sortie de la cour d'assise de Paris après le verdict, le 13 décembre 2007.
La peine prononcée par la cour d'assises spéciale de Paris, après un mois de procès, ne suit pas les réquisitions du parquet, qui avait demandé la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de , la défense ayant demandé l'acquittement.
L'un des avocats d'Yvan Colonna, maître Antoine Sollacaro, a évoqué une « erreur judiciaire », affirmant que le dossier est « absolument vide de preuve » et a conclu en annonçant : « Nous allons faire appel dans les plus brefs délais »La défense d'Yvan Colonna fera appel du verdict, Dépêche AFP, , , sur le site lemonde.fr.
Durant le procès, Yvan Colonna a été innocenté par le seul témoin ayant vu le tueur de près : Marie-Ange Contart, qui a croisé le regard de l'assassin au moment où il tirait sur le corps du préfet au sol. La jeune femme s'était signalée aux enquêteurs avant la mise en cause d'Yvan Colonna.
Deuxième procès Yvan Colonna est condamné de nouveau à la perpétuité le , peine assortie d'une période de sûreté de en appel par la cour d'assises de Paris spécialement composée, qui a une compétence exclusive en matière terroriste et qui est composée en appel de neuf magistrats professionnels.
Le , la Cour de cassation annule, pour des raisons de vice de procédure, la condamnation du prononcée par la Cour d'assises spéciale de Paris. La juridiction suprême reproche à cette dernière de n'avoir pas respecté l'article 331 du code de procédure pénale qui interdit d'interrompre un témoin pendant sa déposition. L'un d'entre eux, cité comme expert par la défense, avait été interrompu par le parquet et les parties civiles qui avaient mis en doute ses compétences en matière de balistique. Son audition s'était, ensuite, déroulée sur deux journées.
Le , Yvan Colonna est condamné à un an de prison ferme pour transport et détention d'arme de première catégorie et relaxé des chefs d'accusation d'association de malfaiteurs et de faits commis en lien avec une entreprise terroriste.
Le parquet interjette appel le .
Troisième procès Le s'ouvre le troisième procès à la cour d'assises de Paris d'Yvan Colonna.. Le , Yvan Colonna est reconnu comme étant le tireur et est condamné pour la troisième fois à la réclusion criminelle à perpétuité, sans période de sûreté, par la cour d'assises spéciale de Paris. Il est défendu par Gilles Simeoni. aux côtés d’Antoine Sollacaro, de Pascal Garbarini et d'Éric Dupond-Moretti. Pour la première fois de l'histoire judiciaire française, une cour d'assises motive son verdict, anticipant de fait une évolution législative française visant à se mettre en conformité avec la jurisprudence européenne. Le , la Cour de cassation rejette le pourvoi que la défense d'Yvan Colonna a intentéLa Cour de Cassation rejette le pourvoi..
Le , Antoine Sollacaro, qui fut l'un de ses avocats, est assassiné dans une station-service sur la route des îles Sanguinaires (son assassinat n'est cependant pas lié à son statut d'avocat d'Yvan Colonna)..
Saisine de la Cour européenne des droits de l'Homme Le , Yvan Colonna saisit la Cour européenne des droits de l'homme, estimant qu'il n'a pas eu le droit à un procès équitable.. En , sa requête est déclarée recevable par la Cour. « La requête a passé le filtre de la recevabilité et a été transmise au gouvernement français », déclare à la presse son avocat, M Patrice Spinosi. Selon lui, « il appartient désormais au gouvernement français de répondre d'ici juillet à notre argumentation par la voix du ministère des Affaires étrangères ». Il ajoute qu'une décision sur le fond pourrait être rendue en 2017. « Si comme nous l'espérons la Cour européenne condamnait la France, la porte serait ouverte pour qu'Yvan Colonna puisse saisir la cour de révision et de réexamen de la Cour de cassation ».
La Cour européenne des droits de l'homme juge finalement irrecevable la requête d'Yvan Colonna, condamné pour l'assassinat du préfet Erignac, qui s'estimait victime d'atteinte à la présomption d’innocence, refus qui ferme la porte à un nouveau procès.
Vie en prison Yvan Colonna est d'abord incarcéré à la prison de Fresnes (Val-de-Marne). Il reste huit ans à Fresnes puis un an à Toulon, avant d'être transféré à la maison centrale d'Arles. En 2013, il est transféré à la prison de Réau, en Seine-et-Marne, pour suspicion de tentative d'évasion avec des explosifs« Soupçonné de tentative d'évasion, Yvan Colonna a été transféré de prison », lexpress.fr, .. Il retourne à Arles quelques semaines plus tard.
Vie privée En 1990, Yvan Colonna et sa compagne Pierrette Serreri deviennent parents d'un garçon prénommé Jean-Baptiste, Ghjuvan Battista en corse.
Il se marie au centre pénitentiaire de Fresnes le avec une Corse de prénommée Stéphanie, mère de deux enfants nés d'un précédent mariage.. La cérémonie est alors célébrée par Henri Israël, adjoint (PS) au maire de Fresnes, en présence de Jacques Gaillot« Yvan Colonna s'est marié en prison en présence de », 20minutes.fr, .. Un fils prénommé Joseph, Ghjaseppu en corse, naît de cette union le à Ajaccio.. Le , la femme d'Yvan Colonna, Stéphanie Colonna, interpelle le président Emmanuel Macron, alors en visite à Ajaccio, sur l'impossibilité pour son fils de voir son père. Elle demande le transfert de son mari en Corse, détenu à Arles sous le statut de détenu particulièrement signalé..
Agression en prison et mort Le , à , Yvan Colonna, seul dans la salle de sports de la maison centrale d'Arles, est violemment agressé par Franck Elong Abé, un codétenu musulman fondamentaliste chargé de l'entretien de la salle. Âgé de au moment des faits., l'agresseur purge une peine de neuf ans de prison pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme. Né le à Metet dans le centre du Cameroun, il avait rejoint ses parents en France à l'âge de 15 ans. En 2008, il part au Canada où il se convertit à l’islam, mais en 2010, il en est expulsé pour avoir agressé « des fidèles d’une mosquée » à qui il reprochait d’être de « mauvais musulmans ». L’année suivante, il part pour l’Afghanistan faire le djihad. Il y est arrêté en 2012. D'abord détenu sur la base américaine de Bagram, puis remis à la France, son parcours pénitentiaire est émaillé d'incidents violents : tentative d'évasion, incendies volontaires..
Après l'agression, qui dure près de huit minutes, Yvan Colonna est conduit en urgence à l'hôpital d'Arles, avant d’être transféré à l'hôpital Nord de Marseille, dans un état grave à la suite d'une longue strangulation et étouffement réalisé avec des sacs en plastique et des serviettes. Initialement annoncé comme mort, puis en état de mort cérébrale, il est, selon l'un de ses avocats, en coma post-anoxique. Le , une information judiciaire est ouverte pour tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteur terroriste, selon l'annonce du procureur de la République antiterroristeSébastien Bonifay, « Pour la famille d'Yvan Colonna, l'État devra “rendre des comptes” », France 3 Corse via stella, 2 mars 2022... Le , son statut de détenu particulièrement signalé est levé par le Premier ministre Jean Castex en raison de sa « situation médicale ».
Yvan Colonna meurt le à l'hôpital Nord de Marseille, après son agression.
Ses obsèques en Corse rassemblent plusieurs milliers de personnes, de l'arrivée de sa dépouille à Ajaccio le . à la cérémonie religieuse à Cargèse le ..
Le , la famille d'Yvan Colonna attaque l'État en justice pour l'agression ayant mené à sa mort.