Angela Merkel (Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API.), née Angela Kasner le à Hambourg, est une femme d'État allemande. Membre de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), elle est chancelière fédérale d'Allemagne du au .
Physicienne de formation, elle est continuellement élue au Bundestag de 1991 à 2021. Elle est ministre fédérale des Femmes et de la Jeunesse au sein du cabinet Kohl IV, de 1991 à 1994, avant de se voir confier le ministère fédéral de l'Environnement, de la Protection de la Nature et de la Sécurité nucléaire du cabinet Kohl V, jusqu'en 1998. Elle devient, en 2000, la première femme présidente de la CDU. En 2002, elle devient présidente du groupe CDU/CSU au Bundestag, écartant son rival Friedrich Merz, alors titulaire de cette fonction.
Après la victoire relative de la droite aux élections fédérales de 2005, Angela Merkel est investie chancelière fédérale et devient ainsi la première femme à accéder à cette fonction en formant une grande coalition alliant la CDU/CSU et le Parti social-démocrate (SPD). Elle est reconduite dans ses fonctions à la tête d'un gouvernement CDU/CSU-FDP en 2009, puis d'un nouveau gouvernement de coalition CDU/CSU-SPD en 2013 et 2018. Si elle bénéficie de résultats économiques jugés satisfaisants, elle est cependant fragilisée par sa politique d'ouverture des frontières lors de la crise migratoire en Europe et par le score historiquement faible recueilli par la CDU/CSU lors des élections fédérales de 2017. Ces élections débouchent sur une crise politique de six mois – une situation inédite dans l'Allemagne d'après-guerre. Ne se représentant pas aux élections fédérales de 2021, Merkel quitte la chancellerie et la vie politique active, le social-démocrate Olaf Scholz lui succédant.
Désignée à quatorze reprises femme la plus puissante du monde par le magazine Forbes (de 2006 à 2020, sauf en 2010), Angela Merkel est durant ses années au pouvoir perçue comme étant la personnalité politique la plus puissante de l'Union européenne.
Situation personnelle Origines familiales et premières années Angela Dorothea Kasner, née le , est la fille de Horst Kasner (1926-2011), pasteur d’origine polonaise dont le nom de famille de naissance était Kazmierczak, et de Herlind Jentzsch (1928-2019), originaire de Prusse-Occidentale, professeure d'anglais et de latinOdile Benyahia-Kouider, L’Allemagne paiera, éditions Fayard, 2013, page 41.. Horst Kasner avait étudié la théologie protestante à Heidelberg et à Hambourg. Elle a un frère cadet, Marcus, né le , et une sœur cadette, Irene, née le .
À l'automne 1954, alors qu'Angela est âgée de trois mois, la famille quitte Hambourg pour la République démocratique allemande (RDA)George Packer, « Qui êtes-vous Merkel ? », Vanity Fair n°21, mars 2015, pages 116-129 et 204-206., car le premier poste de pasteur de Horst Kasner se situe à Quitzow, un petit village près de Perleberg dépendant de l'Église protestante régionale. Elle grandit au séminaire de Waldhof, à du nord de Berlin-Est. En 1957, Horst Kasner part pour Templin dans le Brandebourg pour se consacrer à la fondation d'un centre pastoral de formation continue. Angela, Marcus et Irene ne fréquentent pas la crèche durant leur enfance, car leur mère Herlind, femme au foyer, n'a pas réussi à intégrer le système scolaire de la RDA.
La religion étant considérée comme le « premier ennemi » de l'État socialiste et du fait de la profession d'Horst Kasner, la famille est d'abord étroitement surveillée. Cependant, devenu proche du régime, il est surnommé « Kasner le Rouge » et jouit de certains privilèges, dont une voiture de fonction et une ligne téléphonique. Le père est ainsi autorisé à se rendre plusieurs fois en Allemagne de l'Ouest et en ramène des livres interdits en RDA. Chose atypique et rare en Allemagne de l'Est, la jeune Angela Kasner porte des jeans importés et regarde des émissions politiques captées de l'Ouest.
Formation Angela Kasner suit sa scolarité à l'école polytechnique (une forme d’école secondaire en RDA) de Templin à partir de 1961. Ses enseignants la décrivent comme une élève réservée mais bien intégrée. Elle obtient d'excellents résultats scolaires, notamment en mathématiques et en langues étrangères (elle parle aujourd'hui couramment l'anglais. et le russe).
Jeune fille, elle participe en 1969 à la Jugendweihe (une célébration du passage de l'âge jeune à l'âge adulte, célébrée vers l'âge de 14 ans, particulièrement promue en RDA, notamment pour lutter contre l'influence de l'Église, chose assez mal perçue par les fidèles mais qu'Angela Kasner effectue pour être intégrée socialementOdile Benyahia-Kouider, L’Allemagne paiera, éditions Fayard, 2013, p. 43.). Elle reçoit la confirmation en 1967. en l'Église évangélique de Templin. Pendant son enfance et sa jeunesse, elle est membre de l'organisation des pionniers Ernst Thälmann puis de la Jeunesse libre allemande.
Angela Kasner obtient en 1973 son baccalauréat (Abitur) au lycée de Templin (Erweiterte Oberschule Templin) avec la note maximale de 1 (note qui dans le système allemand signifie , soit .). Elle risque cependant d'être refusée à l'université pour avoir lu un poème contestataire de Christian Morgenstern, écrivain considéré comme « bourgeois » par le régime, au lieu d'effectuer un exposé à la gloire du Vietcong comme prévu, puis d'avoir chanté avec ses camarades L'Internationale en anglais ; cet incident la convainc de ne plus manifester publiquement ses opinions durant ses étudesOdile Benyahia-Kouider, L’Allemagne paiera, éditions Fayard, 2013, page 44.. Elle souhaite au départ devenir professeur en langue russe et en physique, mais cela lui est impossible en RDA en raison de son appartenance religieuse. Au terme de sa scolarité, elle choisit de suivre des études de physique à l'université Karl-Marx de Leipzig qu'elle poursuivra jusqu'en 1978. Durant ses études en 1973, elle participe en tant que volontaire à la rénovation du bastion Maurice..
En , elle passe avec succès son examen de fin d'études universitaires (Diplomarbeit en allemand) en physique. L’intitulé est « influence de la corrélation spatiale sur la vitesse de réaction dans les réactions élémentaires bimoléculaires en milieu dense » et Angela Merkel est notée par le jury. Son travail de thèse est un apport au thème de recherche « Physique statistique et chimique des processus de recherche sur isotopes et rayonnements » dans le projet chimie physique et statistique de l'Institut central de recherche sur les isotopes et les rayonnements de l'Académie des sciences.
Chercheuse Après ses études, elle part pour Berlin avec son époux. Elle est admise comme collaboratrice à l'Institut central de chimie-physique de l'Académie des sciences de Berlin-Est. Sous la direction de Lutz Zülicke, elle prépare sa thèse de doctorat (intitulée « Étude du mécanisme des réactions de décomposition avec rupture de la liaison simple et calcul de leurs constantes de vitesse sur la base de la chimie quantique et des méthodes statistiques ».) en chimie quantique, qu'elle soutient en 1986. Elle obtient la mention (magna cum laude). Pour pouvoir obtenir le grade universitaire de docteur en sciences de la nature (Dr. rer. nat. : Doctor rerum naturalium), il était obligatoire en RDA de joindre à la thèse de doctorat un travail écrit prouvant que les connaissances en marxisme-léninisme du postulant avaient été approfondies durant ses études. Elle rédige un texte intitulé : Qu'est-ce que le mode de vie socialiste ? qui reçoit la mention (rite).
Durant cette période, elle n'est pas membre du SED ni d'aucun autre parti affilié, et elle ne montre pas non plus d'activité dans l'opposition civile ou religieuse. Pour la journaliste spécialiste de l'Allemagne Odile Benyahia-Kouider, elle a choisi des études scientifiques Odile Benyahia-Kouider, L’Allemagne paiera, éditions Fayard, 2013, p. 37..
Vie privée En 1977, Angela Kasner épouse le physicien Ulrich Merkel. Ils habitent alors dans un appartement à Berlin-Est. Après son divorce en 1982, elle décide de conserver le nom de Merkel. Elle se remarie le avec le professeur de chimie Joachim Sauer. Elle n'a pas d'enfant... Le couple réside au numéro 6 du Kupfergraben« Hier wohnt die Kanzlerin » dans le magazine Stern du 22 décembre 2005., canal bordant l'île aux Musées, à Berlin.
Parcours politique Débuts (1989-1990) vignette|gauche|redresse=1.0|Lothar de Maizière et Angela Merkel en 1990.
Comme la plupart des élèves de la RDA, Angela Merkel participe à la Jeunesse libre allemande (). Elle déclarera en 2010 qu'elle y a adhéré car la FDJ offrait la possibilité de s'investir dans des activités de loisirs pour la jeunesse.. Par la suite, elle devient secrétaire du département pour l'agitation et la propagande à l'Académie des sciences. Merkel ne collabore au mouvement Demokratischer Aufbruch que fin . Auparavant, elle n'appartenait à aucun des mouvements d'opposition, même si, en 1978, elle avait refusé une offre pour travailler au ministère de la Sécurité d'État (la Stasi). Dans son dossier de la Stasi, police politique de la RDA, sont mentionnées ses positions contre la RDA et le communisme (« diversions politico-idéologiques »), et son appui au syndicat polonais Solidarność. Son biographe, Gerd Langguth, indique que beaucoup de ses amis et de ses connaissances des années 1970 et 1980 ont montré leur irritation lorsqu'elle a finalement rejoint la CDU, alors que certains d'entre eux s'attendaient à voir en elle des conceptions plus proches de celles des Verts. En , cependant, la question de l'orientation politique future de n'est nullement tranchée. Angela Merkel travaille au siège, à Berlin-Est, où elle élabore les tracts et a une fonction proche de celle d'attachée de presse.
Au début de l'année 1990, les personnalités politiques d'Allemagne de l'Ouest participent à la première élection démocratique de la Chambre du peuple, qui a lieu le . En tant que secrétaire général de la CDU, Volker Rühe crée, le , l'Alliance électorale pour l'Allemagne. Demokratischer Aufbruch, mouvement citoyen qui vient d'être fondé, occupe alors une position clé : Helmut Kohl, président de la CDU et chancelier fédéral, ne veut pas limiter le bloc qu'il entend constituer à la CDU de l'Allemagne de l'Est et à la DSU, proche de la CSU bavaroise. En , Merkel est autorisée par l'Académie des sciences à entrer dans la compétition électorale pour le bureau politique de Demokratischer Aufbruch. Quelques jours avant l'élection, la collaboration de son président avec la Stasi est établie. Il incombe alors à Angela Merkel de diriger la conférence de presse au cours de laquelle les dirigeants expriment leur consternation au sujet de ce qu'ils viennent d'apprendre.
Responsabilités ministérielles (1990-1998) vignette|Affiche électorale de 1998. Après la dernière élection à la Chambre du peuple de la RDA, en 1990, Angela Merkel devient porte-parole adjointe du dernier gouvernement de la RDA, dirigé par Lothar de Maizière. En août, du fait de la fusion de DA avec la CDU, elle devient membre de la formation chrétienne-démocrate de RDA. En décembre, elle est élue en mandat direct au Bundestag, dans la circonscription 267.
Dans le cabinet Kohl IV, entre 1991 et 1994, elle est ministre fédéral des Femmes et de la Jeunesse. C'est une surprise dans la mesure où le sujet ne l'intéresse pas particulièrement. Elle est ensuite présidente de la CDU du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, de à . Après la réunification, sa mère milite au SPD et son frère chez les Verts.