La Suisse gallo-romaine couvre l'histoire des différentes cultures peuplant le territoire de la Suisse actuelle pendant la période allant de la guerre des Gaules menée par Jules César jusqu'à l'assassinat du général Aetius en 454 et le repli des troupes romaines vers l'Italie, marquant l'entrée du territoire dans le Haut Moyen Âge.

La première mention des Helvètes, population gauloise localisée sur le plateau suisse, est le fait de Jules César, alors proconsul de la Gaule narbonnaise, qui décrit leur projet d'émigration en direction de l'ouest de la France actuelle. Ce mouvement est stoppé par les troupes romaines lors de la bataille de Bibracte qui forcent les Helvètes à retourner sur leur territoire pour défendre la frontière du Rhin contre les invasions des Germains. Progressivement, les Romains vont s'installer sur le territoire actuel de la Suisse en créant successivement des colonies à Julia Equestris, à Augusta Raurica, à Aventicum (qui deviendra la principale ville du pays), puis à Octodurum. Au , la bordure nord du Rhin est une zone frontalière stratégiquement importante de l'empire romain : elle est occupée militairement et garnie de camps militaires permanents qui sont démantelés lors de l'extension maximale de l'empire au , qui correspond à une période de prospérité économique et de développement pour la région. À cette même époque, le christianisme se répand progressivement sur le territoire avec l'apparition des premières églises entre 350 et 400.

Dès la fin du , des incursions barbares des Alamans (ou Alémans) en Germanie puis sur le territoire suisse ramènent progressivement la frontière sur le Rhin, le long duquel les lignes défensives (forteresses et tours de guet) sont reconstruites. Progressivement, dès 401, les troupes romaines quittent le Rhin pour gagner le sud des Alpes, abandonnant ainsi définitivement le territoire de la Suisse aux Burgondes et aux Alamans.

Histoire de la Suisse gallo-romaine Répartition géographique et migrations

Au , le territoire de la Suisse actuelle abrite une grande diversité culturelle : si la plupart des populations sont celtes, les Ubères et les Rhètes, qui occupent respectivement le Haut-Valais et les Grisons, ainsi que les Lépontiens peuplant le Tessin, viennent de souches différentes. Les tribus celtes identifiées de cette époque sont les Rauraques dans la région bâloise, les Séquanes à l'ouest du Jura, les Allobroges dans la région de Genève, les Nantuates dans le Chablais vaudois et le Bas-Valais jusqu'à Saint-Maurice, les Véragres dans la région de Martigny et les Sédunes dans celle de Sionp 27-28.

À la suite de la migration de la tribu germanique des Cimbres qui quitte le Jutland vers -115 en direction du sudp 16 et de celle des Teutons qui les rejoignent quelques années plus tard, la plus grande partie du plateau suisse est occupée à partir de 100 av. J.-C. environ par les cinq tribus des Helvètes qui sont mentionnées pour la première fois par l'historien latin Tacite. Les Helvètes sont surtout décrits par Jules César qui, s'il n'a jamais pénétré en territoire helvète, décrit celui-ci dans ses Commentaires sur la guerre des Gauleslivre 1 comme étant délimité .

Poussés par les Cimbres, la tribu helvète des Tigurins descend la vallée du Rhône sous le commandement du jeune chef Divico. Arrivés au bord de la Garonne, ils affrontent et défont en -107 à la bataille d'Agen, une armée romaine dont les soldats survivants doivent ensuite passer sous le joug en signe de défaite. En réaction, Rome envoie une nouvelle armée commandée par Caius Marius qui rattrape les germains en -102 et les extermine presque lors de la bataille d'Aix ; les Tigurins s'étaient retirés du conflit avant les grandes défaites et se fixent dans la région d'Avenchesp 16-17.

Guerre des Gaules En 58 av. J.-C., Helvèteslivre I-29 accompagnés de Rauraquesp 15 quittent leur territoire après avoir brûlé leurs villes, estimées à une douzaine mais jamais identifiées et se mettent en route en direction de la Saintonge, poussés par leur chef Orgétorix et emportant avec eux de la farine pour trois moisp 13. Différentes raisons sont données à cette migration, parmi lesquelles la pression constante des peuplades germaniques, le manque de place disponible, p. 3 ou les souvenirs positifs que les participants au voyage précédent gardaient du climat du sudp 19. Les émigrants se présentent en mars -58 dans les environs de Genava, dernier oppidum des Allobroges récemment conquis par les Romainslivre I-6.

Jules César, alors proconsul de la Gaule narbonnaise, parvient à les précéder à Genève où il coupe l'unique pont permettant de franchir le Rhône. Il oblige ainsi les Helvètes à effectuer un large détour par le Jura pour rejoindre la Saône. Ils sont rejoints par les légions romaines qui attaquent victorieusement l'arrière-garde de l'armée émigrante, constituée par la tribu des Tigurins. Le chef helvète Divico tente de négocier avec César, mais sans succès ; la guerre, devenue inévitable, se joue notamment lors de la bataille de Bibractep 30-31. Victorieux, César lie les Helvètes par un fœdus et les renvoie sur leur ancien territoire pour empêcher les tribus germaniques habitant de l'autre côté du Rhin de s'y installer, tout en ordonnant aux Allobroges de les ravitailler en blé pour le voyage de retourlivre I-28. Revenus sur leurs terres, les Helvètes vont rebâtir les oppidums de Berne, Yverdon-les-Bains, Zurich ou Windisch entre autres.

L'accord passé ne sera cependant respecté que quelques années par les Helvètes. En effet, en 52 av. J.-C., près de d'entre eux sont réquisitionnés lors du soulèvement Gaulois mené par Vercingétorixlivre VII, 75, page 12 contre les Romains qui se terminera par la défaite gauloise lors du siège d'Alésia. Les Helvètes ne sont pas punis à la suite de cette insurrection, mais à nouveau renvoyés sur leur territoire, qui est ensuite progressivement colonisé et incorporé dans l'Empire romain.

Ce n'est qu'au que la Suisse va redécouvrir les Helvètes qui vont être progressivement incorporés à l'imagerie populaire des ancêtres fondateurs de la nation, que cela soit dans la peinture avec, par exemple, le tableau de Charles Gleyre commémorant la victoire helvète sur les Romains en 107 av. J.-C. ou celui de Karl Jauslin représentant le chef helvète Divico et Jules César sur la Saône, ainsi que dans les évocations historiques, très à la mode dans la seconde moitié du siècle.

Le terme d’helvète sera par la suite parfois utilisé comme synonyme de suisse : par exemple le « corps helvétique » ( en latin), l’Helvetia ou la Confédération helvétique pour désigner la Confédération suisse ( en latin)Le terme officiel désignant la Suisse est Confédération suisse, le CH fait référence à et non à Confédération helvétique. ou la « République helvétique », choix littéraire qui néglige les autres peuples celtes ou autres, ayant habité sur le territoire de la Suisse actuelle.

Impact territorial de la guerre des Gaules Bien qu'occupant une position stratégique centrale, le territoire de la Suisse actuelle n'est que très peu touché par les différentes campagnes gauloises de César : seules la rive gauche de Genève en 58 et l'Ajoie, peuplée par les Séquanes qui sont soumis en 50 av. J.-C. sont conquises. Cependant, en 57 av. J.-C., la légion romaine sous le commandement de Servius Galba est envoyée dans la région de Martigny pour y contrôler l'accès au col du Grand-Saint-Bernard livre III,1. Les peuples autochtones vont profiter de l'hiver pour attaquer la légion stationnée qui va devoir battre en retraite sur Genèvep 35.

Dans les premières années de notre ère, le territoire actuel de la Suisse est réparti par l'empereur Auguste sur quatre provinces : Genève et ses environs restent dans la Gaule narbonnaise, le Valais et le Tessin sont attribués à la Gaule cisalpine, la Suisse orientale et les Grisons rejoignent la province de Rhétie ; le reste du territoire, à savoir l'ensemble du Plateau du Léman au lac de Constance devient un territoire appelé « Germania superior » et dépendant de la province de Gaule belgiquep 23-24.

Empire romain

Jules César ne fait pas vraiment confiance aux Helvètes, et il installe sur leur territoire une colonie appelée Colonia Julia Equestris, basée à Nyon et s'étendant d'Aubonne à l'est jusqu'au Rhône, sur l'ensemble des terres allant du Jura au Lémanp 14. Cette colonie est remise à des vétérans de l'une des légions de cavalerie, la , d'où son nomp 16. Parallèlement, César demande à l'un de ses lieutenants, Lucius Munatius Plancus, de créer une seconde colonie sur le territoire des RauraquesFondation citée dans l'épitaphe du tombeau de Plancus à Gaète, référencée au Corpus Inscriptionum Latinarum 10.6087 dans le but de bloquer le passage entre le Rhin et le Jura. Cette colonie sera, sous Auguste, nommée Colonia Augusta Raurica et également confiée à des vétérans qui vont ainsi progressivement commencer la romanisation du territoire, alors rattaché à la province romaine de Gaule belgique. Toujours sous Auguste, une importante campagne militaire envoyée à la conquête des Alpes entre 25 et 7 va permettre aux Romains de se rendre maîtres du Valais actuel qui est rattaché à la nouvelle province des Alpes Grées et Pennines, tout comme la colonie nouvellement fondée de qui deviendra par la suite Aoste de l'autre côté des Alpesp 18.

Dès la fin de la campagne des Alpes, l'empereur Auguste initie une nouvelle phase de conquête en préparant l'invasion de la Germanie par plusieurs axes, dont l'un, à partir du Rhin supérieur, devait passer par Zurzach en direction de la Baar comme en témoignent les restes du camp militaire datant de -12 découverts en face de Zurzachp 23.

La route du col du Grand-Saint-Bernard, alors appelé Jupiter Mons, traduit plus tard en Mont-Joux, est carrossée sous l'empereur Claude et l'ancienne cité d’Octodurus (Martigny) est reconstruite sous le nom de Forum Claudii Vallensium.

Lorsque l'empereur Tibère rappelle le général Germanicus en 14 et met ainsi un terme à la campagne contre la Germanie, il fait également installer une légion sur le territoire helvète, marquant ainsi l'intégration de l'ensemble des terres au sud du Rhin à l'Empire romainp 30. Cette période romaine, qui va durer du au , va transformer la Civitas Helvetiorum et ses habitants qui vont, en l'espace de deux générations, profondément changer leur mentalité et leur culture, principalement grâce à l'amélioration des voies de communication et à l'arrivée de citoyens romains qui apportent avec eux leur mode de vie que les élites locales vont vouloir imiterp 16.

Révolte de 69