Un ingénieur ou une ingénieure est un professionnel traitant des problèmes complexes d'ingénierie, notamment en concevant des produits, des processus si nécessaire avec des moyens novateurs, et dirigeant la réalisation et la mise en œuvre de l'ensemble : produits, systèmes ou services. L'ingénieur crée, conçoit, innove dans plusieurs domaines tout en prenant en compte les facteurs sociaux, environnementaux et économiques propres au développement durable. Il lui faut pour cela, non seulement des connaissances techniques, mais aussi économiques, sociales, environnementales et humaines reposant sur une solide culture scientifique et générale.

Ce terme – popularisé par la fonction de Vauban au service de – revêt des significations diverses selon les époques et les secteurs d'activité. Le terme « ingénieur » et les fonctions qui y sont reliées se sont en effet beaucoup élargies. La technicité, l'autonomie requise et les coûts importants associés à certains équipements modernes amènent parfois le remplacement de techniciens ou de professionnels qualifiés par des ingénieurs.

Le titre académique d'ingénieur ou l'exercice de la profession sont réglementés dans certains pays, à des degrés divers.

Étymologie Origine du mot Le terme en français n'est attesté, sous sa forme actuelle, qu'à partir de la Renaissance et du courant italien du designo. Ces premiers ingénieurs, véritable hommes de l'art héritiers des précurseurs médiévaux, dressent des plans descriptifs et décrivent par dessins, schémas modèles et cartes, des projets, en précisent les outils, les instruments ou les dispositifs à employer ou à manipuler avec adresse, en particulier la machinerie, et en conséquence définissent et partagent les travaux à accomplir dans un but d'efficacité et de gain de temps et de financements. Cela peut concerner par exemple divers équipements urbains, les jeux ou dispositifs hydrauliques, la machinerie d'un théâtre de fêtes princières souvent éphémères, le colossal aménagement d'un jardin d'agrément, une installation militaire… En 1559, Jacques Amyot définit ce terme de manière restrictive comme . Au , l'ingénieur est surtout celui qui fournit des plans précis et techniques… pour une machine ou un ouvrage sophistiqué. Au , il s'agit d'un titre prestigieux, associé ou non à un diplôme d'État ou un cursus d'études techniques et scientifiques, et de plus en plus spécifique à un domaine d'activité ou de contrôle (génie militaire, ponts et chaussées, mines, marine, arts et manufactures…).

Il s'agit d'une réfection latine du mot d'ancien français gigneor ou jingnor, attesté sous la plume de Guillaume de Warwick au . Outre le sens spécifiquement militaire, ce mot désigne l'ingénieur, l'ouvrier au sens noble de concepteur et réalisateur de son propre travail, mais aussi le simple ouvrier qui effectue une tâche précise ou parcellarisée, le gin, jïn ou djïn du monde paysan. La racine gïn ou gin provient d'une aphérèse de la racine composée ingěn- ou engin. Le terme ancien français engien ou enging ou ses variantes, à l'origine de notre mot français engin, est polysémique : il désigne jusqu'au surtout un talent, un savoir-faire, une persévérance d'esprit qui se retrouve dans les emplois de l'adjectif ingénieux ou du verbe s'ingénier, mais aussi par exemple dans divers registres, par exemple militaire, une machine de guerre ou paysan, une organisation d'exploitation de terres par tâches calibrées entre participants. Le mot français « engin » provient par les premières langues romanes et l'ancien français du mot latin classique de genre neutre ingěnǐum, ǐi en latin classique et qui signifie, en s'appliquant à l'homme « dispositions innées», « qualités naturelles », un « tempérament, un caractère et un esprit affirmé, avec des dispositions intellectuelles », enfin « de l'intelligence ou du talent ».. Le dernier registre agricole mentionné s'explique peut-être par une lointaine métaphore guerrière ou de machinerie esclave aux champs.

Dans le registre militaire du Moyen Âge, le plus souvent mentionné par les lexicologues qui font remonter cet usage au bas-latin, les mots ancien français ou engeignor, mais aussi gigneor après l'aphérèse plus tardive, peuvent ainsi désigner un « constructeur d'engins ou de machine de guerre ou de siège ». Le mot est précisément attesté au dans le . Et le mot anglais actuel engineer a simplement préservé cette appellation noble que représente le terme d'ancien français en usage dans l'ancienne cour d'Angleterre, avant sa mutation par aphérèse, mais prononcé comme il se doit en ancien français avec un n mouillé. A contrario, la réfection à partir du latin ingenium s'est imposée en France pour redonner du lustre à la dénomination.

« Espèce-ingénieur » décrit parfois des espèces animales qui modifient leur environnement en créant de nouveaux habitats (ex : le castor qui grâce à ses barrages crée des zones humides ouvertes, ou les vers de terre qui produisent l'humus, aèrent en surface, mélangent et vivifient le sol) en profondeur.

Féminisation du mot

En France, l'Académie française relève vers 2014 que l'ajout d'un « e » final au mot « ingénieur », afin de former un féminin, est La féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres - Mise au point de l’Académie française, .Féminisation des titres et des fonctions, .. Les Éditions Larousse suivent cette remarque et préconisent dans les années 2010 l'emploi épicène., puis semblent valider ultérieurement l'orthographe « ingénieure ». Lassociation française des femmes ingénieurs choisit en 1982 le nom de « femme ingénieur » et le conserve depuis..

Toutefois, il existe de nombreuses utilisations du mot « ingénieure » sur le site de ladite association.. ou encore dans ses opérations « Ingénieure au Féminin ». ; quant à l'Office national d'information sur les enseignements et les professions (Onisep), organisme public français, il utilise l'expression « ingénieur(e) » dans ses fiches métiers.. Enfin, un Comité d'études (Anne-Marie Becquer, Nicole Cholewka, Martine Coutier et Marie-Josèphe Mathieu)Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions, Centre national de la recherche scientifique, Institut national de la langue française, 1999, , . au sein de l'unité mixte de recherche Analyse et traitement informatique de la langue française du CNRS, mandaté par le gouvernement français de l'époque pour étudier la question, estimait correct l'usage de la forme « ingénieure » en 1999Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions, Centre national de la recherche scientifique, Institut national de la langue française, 1999, , . en parallèle de l'usage épicène, position contestée, par l'Académie.

Au Québec (Canada), l'Office québécois de la langue française et l'usage est d'ajouter un « e » final au féminin.. En Belgique, un décretDécret de la Communauté française du 21 juin 1993 relatif à la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre, M.B. 19.08.1993. suivi d'un arrêtéArrêté du Gouvernement de la Communauté française du 13 décembre établissant les règles de féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre, M.B. 30.12.1993. suivent la position de l'Académie française en 1993. Cependant, face aux décisions canadienne et suisse, le Conseil supérieur de la langue française belge décida d'accepter également la forme avec un « e » final Muriel Delforge, Un peu de linguistique : Ingénieur ou Ingénieure ?, Polytech News, 2009, , ..

Histoire

thumb|Objet conçu par des ingénieurs : le moteur à combustion interne et son système bielle/manivelle. De l'Antiquité à l'Âge classique, ce sont les architectes-bâtisseurs-constructeurs-inventeurs qui sont les proto-ingénieurs, avec des figures telles qu'Imhotep, architecte de la plus ancienne pyramide à degrés du monde à Saqqarah en Égypte, Archimède, savant grec connu pour ses découvertes en mécanique (poussée d'Archimède, vis d'Archimède), les légions romaines et leurs œuvres de génie civil, les corporations de bâtisseurs des cathédrales européennes au Moyen Âge, Gutenberg et Léonard de Vinci et les inventions de la Renaissance, Denis Papin et la machine à vapeur. Au-delà de références historiques d'essence militaire, l'ingénieur apparaît, dans sa version moderne, pour l'essentiel à partir du ( industrielle), où il se confirme comme un acteur de premier plan du développement industriel. Les ingénieurs, dont le nombre augmente dès lors régulièrement, se constituent ainsi, comme groupe social reconnu en France au sein de la population des cadres. Toutefois, la considération accordée aux ingénieurs varie sensiblement selon les pays : elle est ainsi, très élevée en France et en Allemagne. Elle est moindre dans les pays anglo-saxons où les ingénieurs ont un profil plus spécialisé et technique et où le terme « » recouvre simultanément les profils de techniciens (e.g. maçons, électriciens) et d'ingénieurs-concepteurs.

Dans un sens vieilli, ce terme désigne donc celui qui construisait ou inventait des machines de guerre ou concevait et réalisait des ouvrages de fortification ou de siège de places fortes. Ainsi, Vauban et Léonard de Vinci étaient ingénieurs. À cette époque, l'ingénieur est en général un architecte-technicien, inventif et rationnel. Dans lEncyclopédie de Diderot et d'Alembert, l'article concernant l'ingénieur en distingue trois types :

Dans la du Dictionnaire de l'Académie française (1832-1835), l'article concernant l'ingénieur, évoque, outre l'ingénieur des fortifications militaires :

Le terme « génie » rassemble les processus et méthodes d'invention de solutions et de coordination technique permettant d'aboutir – par synthèses successives et approche pluri-disciplinaire – à des objets techniques complexes. Dans la pratique, les termes utilisés incluent : génie de l'Air, génie chimique, génie civil, génie électrique, génie génétique, génie industriel, génie logiciel, génie maritime, génie mécanique, génie physique, génie rural, génie urbain... dans des sens où en anglais on utilise le terme . Le dictionnaire Hachette-Oxford donne d'ailleurs bien génie comme traduction correcte du terme .

La création des grands corps techniques de l'État à partir de la Révolution française donne lieu, à l'époque contemporaine, à une définition statutaire du mot ingénieur, qui désigne dans le vocabulaire administratif les membres de ces corps. Ceux-ci conservent le titre d'ingénieur même quand leurs activités professionnelles n'ont pas de lien avec la technique. Dans les entreprises, depuis le milieu du , le titre d'ingénieur recouvre des réalités très diverses, parfois éloignées de la définition théorique. Il est en effet appliqué aussi bien à des fonctions techniques de réalisation ne comportant aucune responsabilité de conception ou de conduite de projet, qu'à des fonctions commerciales ou de conseil en relation avec des produits ou services à caractère technique mais dont le contenu n'est pas essentiellement technique.

Fonctions Acteur professionnel maîtrisant généralement les mathématiques et la physique, l'ingénieur intervient principalement dans des équipes d'ingénierie chargées du traitement et de la résolution de problèmes techniques complexes, notamment au niveau de la recherche et développement, de la conception ou de la fabrication de produits. Il apporte son expertise technique et sa créativité en tenant compte de contraintes de temps, de physique, d'énergie, de ressources, d'innovation, d'ergonomie et de respect de l'environnement et des réglementations.

Le métier d'ingénieur est très différent suivant les secteurs d'activité. Il intervient notamment dans les domaines suivants : recherche et développement (R&D) : métier très large consistant à concevoir de nouveaux produits. L'ingénieur peut être concepteur, calculateur, responsable des essais, comme dans l'aéronautique, responsable de la veille technologique ;