Pendant plus d'un demi-siècle, de 1912 à 1963, le préfixe des numéros de téléphone de Paris et d'une grande partie de sa banlieue est un nom de lieu ou de personne. Avec l'apparition de lautomatique en 1928, on compose sur le cadran les trois premières lettres de l'indicatif (d'où son nom de littéral) suivies de deux nombres de deux chiffres (numéros du central et de l'abonné).

Les indicatifs littéraux induisent une combinaison alphanumérique qui imprègne durablement la mémoire collective parisienne (telle l'Horloge parlante à Odéon 84.00). Mais étroitement liés à la toponymie, ils en reflètent aussi les disparités sociales : des abonnés de Princesse et de Villette n'appartiennent pas au même milieu...

Leurs limites (un choix restreint ; des confusions visuelles ou auditives ; une connotation affective parfois problématique) entraînent leur remplacement par des chiffres en . En dépit d'aménagements successifs, la numérotation téléphonique actuelle porte encore la trace des indicatifs littéraux - témoins désormais muets d'une époque révolueCertaines des précisions qui suivent ont été apportées par Thierry Couture (avec l'aide de Stéphane Cochet), notamment à la suite de recherches effectuées d'août 2012 à août 2013 à la Bibliothèque Historique des Postes et des Télécommunications - BHPT (89-91 rue Pelleport, Paris ) et en mai-juin 2013 aux Archives de Paris (18 boulevard Sérurier, Paris )..

Les origines Lettres-indices (1879) À Paris, le téléphone apparaît le Les renseignements qui suivent sont extraits de l'article Les numéros d'appel téléphonique dans la circonscription de Paris par M. Betoux, administrateur à la Direction générale des Télécommunications, paru dans la revue Postes et Télécommunications de juin 1961.. Son développement rapide nécessite, dès la fin du , la création d'une douzaine de centraux téléphoniques. Chaque abonné est rattaché à un bureau, primitivement désigné par une lettre de l'alphabet allant de A à O, dite lettre-indice (le J et le N ne sont pas attribués, probablement pour éviter toute confusion, auditive ou visuelle, avec le I et le M). Les bureaux téléphoniques reçoivent assez tôt - quoique officieusement - un nom représentatif correspondant à leur emplacement ou au quartier qu'ils desservent. L'ordre alphabétique parcourt Paris en sens elliptique : partant du centre, il balaie la rive droite d'ouest en est, puis la rive gauche dans le sens inverse, pour revenir au centre : Avenue de l'Opéra, 27 (bureau A) ; Avenue de Wagram, 62 ; primitivement Rue de Logelbach, 4 (bureau B) : Quai de Seine, 2 ; primitivement Boulevard de la Villette, 204 (bureau C) ; Place de la République, 10 (bureau D) ; Rue de Lyon, 24 et 26 (bureau E) ; Avenue des Gobelins, 20 (bureau F) ; Boulevard Saint-Germain, 183 (bureau G) ; Rue Lecourbe, 123 (bureau H) ; Rue de Passy, 80 (bureau I) ; Rue Gutenberg (poste central ouvert en 1894 ; bureau K) ; Rue Lafayette, 42 (bureau L) ; Rue Étienne Marcel, 25 (bureau M) ; Rue d'Anjou, 65 (primitivement Rue d'Anjou-Saint-Honoré ; bureau O).

Numéros de série (1896) En 1896, les 13 lettres-indices 53.20 : numéro imprimé sur une affiche de lEnsemble instumental Gilbert Tellier, qui recherche deux musiciens pour une prochaine tournée en province, aperçue au conservatoire par Dominique Marceau (Brigitte Bardot), dans La Vérité d'Henri-Georges Clouzot (1960) - minute 87 du film ; BAL zac 17.40 : numéro que demande Didier Marin (Jean-Claude Brialy), dans Le Diable et les Dix Commandements de Julien Duvivier (1962) – 1 h 44 minutes ; LAB 61.96 : numéro du Club des Argonautes situé 122, rue de Provence, aperçu sur une publicité dans une voiture de la rame de métro qu'empruntent Maurice Faugel (Serge Reggiani) et son complice Rémy (Philippe Nahon) pour aller cambrioler une villa à Neuilly, dans Le Doulos de Jean-Pierre Melville (1962) - minute 23 ; WAGram 17.48, TRUdaine 78.23 et CENtral 60.60 : numéros demandés, depuis sa chambre de la pension de famille Le Home de l'avenir, par l'escrooc Richard Briand-Charmery dit Le Commandant (Jean Gabin) pour conseiller un cheval à des parieurs hippiques - dont Arthur (Paul Frankeur) et Monsieur Freedman (Léonce Corne), dans Le Gentleman d'Epsom de Gilles Grangier (1962) - minutes 13, 14 et 16 ; BALzac 44.05 : numéro d'Henri (Paul Mercey), demandé par Fernand Naudin (Lino Ventura) à ses complices, dans Les Tontons flingueurs de Georges Lautner (1963) - minute 19 ; ÉTOile, WAGram, CARnot, LABorde, BALzac, GALvani, ÉLYsées : l'un des sept centraux téléphoniques potentiels d'où est parvenu, au bar Manhattan dans le de Paris, l'appel d'un numéro de téléphone se terminant par 27.30, dans Maigret voit rouge de Gilles Grangier (1963) - minute 15 ; GALvani 27.30 : numéro de Lily Lor (Françoise Fabian), serveuse du bar Manhattan et maîtresse du truand américain Bill Larner (Edward Meeks), demeurant 28 bis, rue Brunel, dans Maigret voit rouge de Gilles Grangier (1963) - minutes 15 et 35 ; TUR 92.00 : numéro de la Police judiciaire, que le commissaire Maigret (Jean Gabin) fait diffuser dans la presse pour trouver la trace du boxeur et truand américain Charlie Cinaglia (Rickie Cooper), dans Maigret voit rouge de Gilles Grangier (1963) - minute 36 ; POR 89.89 : numéro de la compagnie Radio Taxi appelée par Patricia (Sabine Sinjen) pour quitter le domicile, inscrit sur une pancarte que Jean, le majordome (Robert Dalban), montre à Fernand Naudin (Lino Ventura), dans Les Tontons flingueurs de Georges Lautner (1963) - minute 77 ; CENtral 27.42 : numéro du gangster Paoli (Charles Vanel) que son complice Christian Jabeke (Jean Rochefort) demande, depuis sa chambre, à la réception de l'hôtel Amigo à Bruxelles, dans Symphonie pour un massacre de Jacques Deray (1963) - minute 29 ; ANJou 17.19 : numéro du coiffeur chez qui se trouve Christiane Faustin (Liliane Gaudet), la sœur de François (Fernandel), dans Relaxe-toi chérie (1964) - minute 24 ; BAL 53.70 : numéro du quotidien Le Point du Jour, dont le gros titre relaie le défi que le commissaire Juve (Louis de Funès) lance à Fantômas (Jean Marais) de s'emparer d'une collection de bijoux sur une terrasse des Champs-Élysées, dans Fantômas (1964) - minute 34 ; MED 59.04 : numéro que - dans l'avion volant de Lisbonne à Paris, l'hôtesse de l'air Nicole Chomette (Françoise Dorléac) inscrit sur une pochette d'allumettes pour le communiquer à l'écrivain Pierre Lachenay (Jean Desailly), dans La Peau douce de François Truffaut (1964) - minute 24 ; PASsy 42.70 : numéro de son domicile que l'écrivain Pierre Lachenay (Jean Desailly) appelle, de l'hôtel La Charmille près de Reims, pour donner à son épouse Franca (Nelly Benedetti) un alibi sur son absence prolongée, dans La Peau douce de François Truffaut (1964) - minute 79 ; MARcadet 18.19 : numéro de son domicile communiqué par Antoine Maréchal (Bourvil), prenant possession de sa Cadillac, à la téléphoniste italienne qui lui demande son numéro de voiture, dans Le Corniaud de Gérard Oury (1965) - minute 15 ; DOR 92.88 : numéro de téléphone peint sur un camion de déménagement, visible en arrière-plan, lors de l'accident avec la Citroën 2CV d'Antoine Maréchal dans Le Corniaud de Gérard Oury (1965) ; SOLférino 12.12 : numéro de Léopold Saroyan (Louis de Funès), demandé de sa Cadillac par Antoine Maréchal (Bourvil à une téléphoniste italienne, dans Le Corniaud de Gérard Oury (1965) - minute 24 ; RIC 28.30 : numéro inscrit sur la portière du taxi d'où sort le gardien du Louvre Gautrais (Paul Crauchet), accompagné de sa femme Louise (Marguerite Muni, pour rejoindre l'étudiant André Bellegarde (Yves Rénier) au café Le Corona, dans Belphégor ou le Fantôme du Louvre - épisode 2 (Le secret du Louvre), mini-série de Claude Barma (1965) - minute 66 ; ETO 60.07 et GAL 44.04 : numéros aperçus sur un camion de dépannage lorsque l'étudiant André Bellegarde (Yves Rénier), accompagngé de Colette Ménardier (Christine Delaroche), arrive en voiture rue Gérard, où a été posté un chèque qu'il a prétendument endossé, dans Belphégor ou le Fantôme du Louvre - épisode 3 (Les Rose-Croix), mini-série de Claude Barma (1965) - minute 66 ; Val-d'Or 71.01 : numéro du domicile de Pierre Lagarde (Daniel Gélin), en état d'arrestation, qu'appelle un agent de police (Jean-Jacques Steen), dans Les Saintes Chéries de Nicole de Buron et Jean Becker (1965) - saison 1, épisode 2 (Ève à la maison) - minute 24 ; MONtmartre 15.40 : numéro qu'Anne Gauthier (Anouk Aimée), domiciliée 14 rue Lamarck, donne à Jean-Louis Duroc (Jean-Louis Trintignant), qui l'inscrit sur son calepin (minute 20) ; où il l'appelle depuis un circuit automobile (minute 29) et lui promet de la contacter dès qu'il sera revenu du rallye de Monte-Carle (minute 57) ; qu'elle communique à la télégraphiste pour déclarer son amour à Jean-Louis (minute 69)., dans Un homme et une femme de Claude Lelouch (1966) ; WAGram 63.14 : numéro de l'hôtel de luxe Le Royal Monceau que le truand Paulo-les-Diams (Jean Gabin) fait appeler, depuis une cabine téléphonique, par son complice Jo-le-Pâle (Jean-Claude Bercq), pour que Giulio (Claude Brasseur), un malfrat vénal qu'il a capturé, attire dans un piège son dangereux rival Mario Capergna (Franco Ressel), dans Du rififi à Paname de Denys de la Patellière (1966) - minutes 49 et 50 ; ODE 05.95 : numéro inscrit sur une voiture de Lutèce auto-école garée au bord de la Seine, où Frédéric Aubry (Louis Velle) recherche la jeune Delphine Nadal (Delphine Desyeux), dans L'Âge heureux de Philippe Agostini (1966) - épisode, minute 18 ; MAC-Mahon 91.73 : numéro de son amie Jane Lagrange (Nathalie Delon), demeurant 11 avenue (sic) de l'Amiral-Bruix, donné par Jef Costello (Alain Delon) au commissaire de police (François Périer) en guise d'alibi, dans Le Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967) - minute 25 ; JUS 67.89 : numéro inscrit sur le taxi qu'emprunte Jef Costello (Alain Delon) pour se rendre 1, rue Lord-Byron, dans Le Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967) - minute 39 ; VAL-d'Or 68.89 : numéro du docteur Lefèvre (Bernard Blier), dont le cabinet se trouve à Boulogne, dans Si j'étais un espion (1967) - minute XX ; OBServatoire 02.10 : numéro auquel Monsieur Regnier, un patient domicilié 26 rue Victor-Hugo à Sèvres, demande au docteur Lefèvre de le rappeler, dans Si j'étais un espion (1967) - minute 59 ; DAN 97.00 : numéro inscrit sur le camion de transport emprunté par Armand Saint-Just (Bourvil) et ses acolytes pour aller asperger, sur les toits de Paris, les antennes de télévision d'une solution chimique brouilleuse d'ondes hertziennes, dans La Grande Lessive (!) de Jean-Pierre Mocky (1968) - minute 34 ; DANton 10.20 : numéro demandé par la commissaire Lise Tanquerelle (Annie Girardot) au bureau de poste de Honfleur pour joindre son adjoint dans Tendre Poulet (1978) - 1h19. GALvani 17.98 : numéro du juge Bréjon que son beau-frère Étienne Naud (Christian Barbier) demande à Mademoiselle Rinquet (Jeanne Pérez), téléphoniste de Saint-Aubin-les-Marais près de Niort, dans L'Inspecteur Cadavre de la série télévisée Les Enquêtes du commissaire Maigret (1968, saison) - minute 56 ; Segur 69.81 : numéro peint sur la porte vitrée du café Le Gassendi où Maigret (Jean Richard), accompagné de l'inspecteur Jourdan (Maurice Coussonneau), guette le maître-chanteur Émile Blaise dit Monsieur Blaise (Marc Dudicourt), dans signé Picpus de la série télévisée Les Enquêtes du commissaire Maigret (1968, saison) - minute 46 ; MED 38.80 et WAG 12.04 : numéros de constructeurs promoteurs peints sur la façade du chantier où arrivent en voiture Claude Leroy (Jacques Champreux), Françoise Cordier (Claire Nadeau) et Pierrot Robichat (Gérard Zimmermann) après l'asssassinat de Jacques Darnaud alias Diogène (Raymond Bussières), dans Les Compagnons de Baal - épisode 2 (Les Mystères de l'Île-Saint-Louis), mini-série de Pierre Prévert (1968) - minute 38 ;