Irène de Grèce (en grec moderne : , en italien : et en croate : ), princesse de Grèce et de Danemark puis, par son mariage, duchesse de Spolète, duchesse d'Aoste et reine titulaire de l'« État indépendant de Croatie », est née le à Athènes, en Grèce, et morte le , à Fiesole, en Italie. Épouse du prince Aymon de Savoie-Aoste, c'est un membre des familles royales grecque et italienne qui a été reine nominale de l'« État indépendant de Croatie » durant la Seconde Guerre mondiale.

Cinquième des six enfants du roi Constantin et de la reine Sophie de Prusse, la princesse Irène est confrontée très jeune aux bouleversements politiques que connaît la Grèce au début du . Frappée par un court exil après le « coup de Goudi » de 1909, la jeune fille est à nouveau chassée de son pays après le renversement de son père par les Alliés en 1917. Revenue à Athènes à la suite du rappel du monarque au pouvoir en 1920, elle retrouve le chemin de l'exil deux ans plus tard et est bientôt privée de sa nationalité grecque. Installée en Italie avec ses parents et sa benjamine Catherine, elle trouve refuge auprès de sa sœur aînée Hélène après les décès successifs de son père (1923) et de sa mère (1932).

Fixée en Toscane, à la villa Sparta de Fiesole, Irène reste longtemps célibataire. Différents projets matrimoniaux visant à l'unir aux princes Nicolas de Roumanie (1923), Christian de Schaumbourg-Lippe (1927) et George de Kent (v. 1930) échouent en effet tour à tour. Privée de toute obligation officielle, la jeune femme profite de sa relative liberté pour devenir infirmière et se consacrer aux œuvres sociales. La restauration de la monarchie en Grèce en 1935 transforme cependant son quotidien. Son frère, le roi Georges II, étant divorcé, Irène est appelée à ses côtés pour jouer le rôle de première dame du royaume. Elle prend alors la tête des Éclaireuses grecques et effectue de menues missions pour le souverain.

Déjà âgée de 35 ans, Irène épouse, en 1939, le prince Aymon de Savoie-Aoste, cousin du roi Victor-Emmanuel III d'Italie, et se convertit, pour cela, au catholicisme. Désormais duchesse de Spolète, elle revient vivre en Toscane, où réside toujours sa sœur aînée. Quelques mois après son mariage, la Seconde Guerre mondiale éclate et Rome déclare la guerre à la Grèce, plaçant Irène dans une situation difficile. Son époux servant dans la marine, la princesse s'engage comme infirmière auprès des troupes italiennes, ce qui l'amène jusque sur le front russe (1942). Dans le même temps, le prince Aymon est appelé par Benito Mussolini et Ante Pavelic à la tête de l'« État indépendant de Croatie », faisant ainsi d'Irène la souveraine nominale d'un pays dans lequel ni elle ni son époux ne mettent jamais les pieds (1941-1943).

Le renversement du Duce et le retournement de l'Italie au profit des Alliés bouleversent une nouvelle fois la vie de la princesse. Faite prisonnière par les Allemands alors qu'elle est enceinte et séparée de son époux, Irène donne le jour à un fils prénommé Amédée (1943) avant d'être envoyée en Autriche avec sa belle-sœur et leurs enfants (1944). Retenue à Hirschegg, elle revient en Italie diminuée mais indemne (1945). Alors qu'elle vient tout juste de retrouver son mari, la proclamation de la République italienne oblige une nouvelle fois la princesse et ses proches à gagner l'étranger (1946). Après quelques vicissitudes, Irène et son fils s'installent en Suisse tandis qu'Aymon gagne l'Argentine, où il espère fonder une colonie agricole. Cependant, le prince meurt d'une crise cardiaque quelques mois après son arrivée et Irène se retrouve dans l'impossibilité d'assister à ses funérailles.

Après la mort de son époux, Irène et son fils sont autorisés à rentrer en Italie (1948). Après une période de gêne, durant laquelle elle bénéficie du soutien de sa sœur Hélène, la princesse parvient à récupérer les biens personnels des Savoie-Aoste et sa situation financière s'améliore considérablement. Toujours aussi proche de sa famille, Irène effectue de nombreuses visites en Grèce et au Royaume-Uni, où elle envoie son fils effectuer une partie de ses études. Devenue membre du Tiers Ordre dominicain, elle poursuit ses œuvres sociales et participe activement au secours des victimes des inondations qui touchent Florence en 1966. Après le mariage d'Amédée avec la princesse Claude d'Orléans en 1964, Irène devient grand-mère.

Atteinte d'un cancer de la gorge, la princesse connaît des soucis familiaux sur ses vieux jours. Elle est également affectée par la dégradation du climat politique en Grèce, où la Troisième République est proclamée le . Elle meurt quelques mois plus tard, le .

Famille

La princesse Irène est la fille du roi Constantin de Grèce (1868-1923) et de son épouse la princesse Sophie de Prusse (1870-1932). Par son père, c'est une descendante du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « beau-père de l'Europe », tandis que par sa mère, c'est une arrière-petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée la « grand-mère de l'Europe ».

Le , Irène épouse, à Florence, en Italie, le prince Aymon de Savoie (1900-1948), duc de Spolète et futur duc d'Aoste et roi titulaire de la Croatie des Oustachis sous le nom de « Tomislav II » (1941-1943). Membre de la branche d'Aoste de la maison de Savoie, le prince descend en ligne directe du roi Victor-Emmanuel II d'Italie (1820-1878) et de son fils le roi Amédée d'Espagne (1845-1890).

Du mariage d'Irène et d'Aymon naît un seul enfant : Amédée de Savoie (1943-2021), duc d'Aoste et prétendant au trône d'Italie sous le nom d'« Amédée », qui épouse, en 1964, la princesse française Claude d'Orléans (1943). Divorcé en 1982, le prince se remarie à l'aristocrate napolitaine Silvia Paternò di Spedalotto (1953).

Biographie Premières années (1904-1917) Une enfance grecque Deuxième fille et cinquième enfant du diadoque Constantin de Grèce et de la princesse Sophie de Prusse, Irène voit le jour le , à Athènes. Surnommée ou par sa famille, elle se montre particulièrement proche de sa sœur Hélène et de son frère Paul.

Irène passe la majeure partie de son enfance dans la capitale grecque. Chaque été, la petite fille et sa famille quittent cependant le royaume hellène pour voyager en Méditerranée à bord du yacht royal Amphitrite ou pour rendre visite à la famille de Sophie, en Allemagne. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, Irène suit, par ailleurs, des cours d'été à Eastbourne, au Royaume-Uni. La princesse grandit en effet dans un environnement anglophile et c'est la langue de Shakespeare qu'elle utilise au quotidien avec ses parents.

Du « coup de Goudi » aux guerres balkaniques

thumb|gauche|alt=Photo de la famille royale de Grèce au complet vers 1914.|La famille royale hellène vers 1914. Au centre, on peut voir la reine Sophie et le roi Constantin de Grèce avec, autour d'eux, de gauche à droite, les futurs rois Paul , Alexandre et Georges II de Grèce ainsi que les futures reines Hélène de Roumanie et Irène de Croatie. Le , un groupe d’officiers grecs, réunis dans la « Ligue militaire », organise un coup d’État contre le gouvernement du roi Georges , grand-père d'Irène. Bien que se déclarant monarchistes, les membres de la Ligue, dirigée par Nikólaos Zorbás, demandent au souverain de démettre ses fils de l’armée. Officiellement, il s'agit de protéger les princes des jalousies que pourraient faire naître leurs amitiés avec certains militaires. Néanmoins, la réalité est bien différente : les officiers blâment en effet le diadoque Constantin pour la défaite de la Grèce face à l'Empire ottoman lors de la guerre de Trente jours (1897).

Dans le pays, la situation est si tendue que les fils de Georges sont obligés de démissionner de leurs postes afin d’épargner à leur père la honte de devoir les renvoyer. Le diadoque est par ailleurs poussé à quitter la Grèce avec son épouse et leurs enfants. Pendant plusieurs mois, la famille s'installe donc à Kronberg, en Allemagne.. La situation politique finit malgré tout par s'apaiser et Constantin et les siens sont bientôt rappelés dans leur patrie. En 1911, le diadoque est même restauré dans ses fonctions militaires par le Premier ministre Elefthérios Venizélos.

Un an plus tard, éclate la Première Guerre balkanique, qui permet à la Grèce d'annexer de vastes territoires en Macédoine, en Épire, en Crète et en Égée. C'est également à la fin de ce conflit que meurt le roi Georges , assassiné à Thessalonique le , et que Constantin  lui succède sur le trône hellène. Finalement, une deuxième guerre balkanique éclate en . Cette fois encore, la Grèce sort victorieuse du conflit, ce qui lui permet d'étendre considérablement son territoire. Celui-ci s'agrandit en effet de 68 % au traité de Bucarest par rapport à la veille des guerres balkaniques en 1912..

La Première Guerre mondiale

thumb|alt=Carte postale représentant la reine Sophie de Grèce et ses trois filles en 1912.|La reine Sophie entourée de ses filles Irène (à gauche), Catherine (sur ses genoux) et Hélène (à droite) peu avant la Première Guerre mondiale. Lorsque éclate la Première Guerre mondiale, en , Irène séjourne à Eastbourne, au Royaume-Uni, avec sa mère et son frère Paul. Face à la gravité des événements qui secouent l'Europe, la famille prend la décision de rentrer rapidement en Grèce.

Les années du conflit sont un moment particulièrement douloureux dans la vie d'Irène. La reine Sophie étant la sœur du Kaiser allemand, Constantin est accusé par la France et ses alliés de mener une politique germanophile. En 1915, le Premier ministre grec Elefthérios Venizélos, ouvertement favorable à l’Entente, autorise celle-ci à occuper la région de Thessalonique pour apporter son aide à la Serbie. Destitué par le souverain pour cette action, l'homme politique reçoit l'appui de l'Entente, qui l'autorise bientôt à former son propre gouvernement à Thessalonique. Le royaume hellène connaît alors le « Schisme national » (1916-1917), c'est-à-dire une guerre civile larvée opposant vénizélistes et monarchistes.

Dans ce contexte difficile, la vie des membres de la famille royale est plusieurs fois menacée. Ainsi, le , un incendie criminel, probablement orchestré par des agents de la France, éclate dans le domaine de Tatoï alors qu'Irène s'y trouve avec ses parents et sa fratrie. L’événement, qui détruit une bonne partie du palais, cause la mort de seize personnes au service de Constantin et manque de brûler vifs le souverain et ses proches. Quelques mois plus tard, le , la vie de la famille royale est une nouvelle fois mise en danger. À la suite d’une échauffourée entre des réservistes grecs et des troupes franco-britanniques venues chercher des armes promises par le roi à l’Entente, la flotte alliée bombarde Athènes et le palais royal. Aucun membre de la dynastie n’est blessé mais la reine Sophie et ses enfants sont obligés de se cacher dans les caves du palais durant deux heures afin de se protéger des explosions.

Finalement, le , le Haut-Commissaire de l'Entente Charles Jonnart ordonne au père d'Irène de quitter le pouvoir. Sous la menace d'un débarquement allié au Pirée, le souverain accepte de partir en exil, sans toutefois abdiquer officiellement. L'Entente ne souhaitant pas instaurer la république en Grèce, l’un des membres de sa famille doit lui succéder. Le diadoque Georges est jugé tout aussi germanophile que son père parce qu'il a lui aussi été formé en Allemagne. Il est par ailleurs considéré comme peu malléable, alors que c'est un souverain fantoche que les ennemis de Constantin veulent mettre sur le trône. C’est donc finalement le frère cadet du diadoque, Alexandre, que Venizélos et l’Entente choisissent comme nouveau monarque.

Entre exils et retours au pays (1917-1939) De la Grèce à la Suisse