La situation sociale sous le Second Empire a évolué dans le cadre d'une période de développement économique important, notamment dans le domaine industriel et dans celui des voies de communication. Louis-Napoléon Bonaparte, futur et élu Président de la Deuxième République en 1848 devient à la suite du coup d'État du 2 décembre 1851 Empereur des Français le , date du début du Second Empire.

Le nouvel empereur avait expliqué sa philosophie politique dans ses Idées napoléoniennes ainsi que dans De l'extinction du paupérisme (1844), mélange de romantisme, de libéralisme autoritaire et de socialisme utopique. Le règne de cet admirateur de la modernité britannique est marqué par un développement industriel, économique et financier considérable, et également par la transformation de Paris sous le préfet Haussmann.

Les forces stabilisatrices de la politique de

La volonté principale du nouveau régime était la disparition du paupérisme grâce à l’économie, mais aussi une nette volonté sociale. Pour cela, le pouvoir bonapartiste a tenté de stabiliser le régime et la société française en mettant en avant certains groupes et élites.

Les effectifs politiques Le personnel politique – membres du gouvernement, aussi bien le Conseil d’État que les parlementaires – ne sont plus issus des mêmes classes sociales qu’auparavant. Tandis que la noblesse s’efface de plus en plus des postes politiques, deux fractions de la population sont mieux représentées : les grands hommes d’affaires d’un côté, et ceux que l’on appelle les « hommes nouveaux » de l’autre, c'est-à-dire ceux qui rompent avec le conformisme des capacités juridiques. Ces derniers ne sont guère plus nombreux qu’avant, mais peuvent davantage marquer leurs différences du fait des prétentions démocratiques du régime. Ainsi, ils bénéficient d’une certaine marge de manœuvre, qu’ils n’avaient pas auparavant.

Cependant, les parlementaires semblent éloignés du pouvoir. De plus, ils bénéficient d’une faible indemnité. Il y a, dans cette catégorie du personnel politique, une surreprésentation de fonctionnaires, ce qui prouve la relative importance de cette part de la société dans la politique du Second Empire.

Les élites administratives Le bonapartisme offre aux élites administratives un statut rehaussé, revalorisé, mais le milieu social qui en bénéficie est aussi étroit que pour le personnel politique présenté précédemment. Ils profitent ainsi d’une rémunération supérieure, mais ils jouissent d'autres avantages. Ainsi, ils profitent notamment de la construction ou de la rénovation de leurs lieux de travail, d’un effort particulier du point de vue de leurs costumes ou uniformes, et beaucoup reçoivent décorations ou titres de la part du pouvoir.

C’est grâce à ces élites que a essayé de réconcilier les diverses fractions de la classe dirigeante en les mettant au service de l’État. Cependant, ce personnel administratif n’est finalement ni propre au régime bonapartiste, ni entièrement fiable.

L’armée Dans le cadre de l'ambition du Second Empire d'accroître l'influence de l'État dans tous les domaines, les effectifs de l'armée sont augmentés et l'on tâche de la faire s’orienter vers une armée de métier, par sa composition. Cependant, le maintien du tirage au sort et du (qui offre à une personne aisée la possibilité de transférer le devoir qu'il doit à la France à un autre citoyen contre rétribution) rend toujours la participation au service obligatoire injuste, mais le pouvoir bonapartiste préfère cette solution afin de conserver le soutien des paysans aisés (qui peuvent, ainsi, éviter le service militaire) et des notables dont . Un service militaire long, réservé aux plus pauvres des classes populaires est de même imposé par la loi de 1855 sur l’exonération.

Par ailleurs, un certain nombre de postes d'officiers et de sous-officiers étant disponible, l'encadrement de l'armée est renouvelé, et rajeuni. L’empire offre en effet débouchés et promotions à une jeunesse insuffisamment qualifiée, qui se réalisent par le service de l’État, en outre-mer (en Algérie notamment), où elle rêve de réussite.

Le clergé , durant son règne, a fait du clergé et notamment du clergé régulier, un organe majeur dans le domaine de l’instruction, mais aussi dans celui de l’assistance aux indigents. Il faut dire que le clergé est une force considérable d’encadrement. Ainsi, le clergé régulier assure une grande partie de l’enseignement primaire, notamment féminin, mais aussi une part plus restreinte de l’enseignement secondaire. De plus, la loi Falloux, votée en 1850 sous la Deuxième République, a pour conséquence la multiplication des collèges religieux.

Le clergé endosse également une fonction d’assistance aux pauvres. Ainsi, les indigents peuvent, en milieu rural, bénéficier d’une médecine gratuite. De même, le régime bonapartiste favorise l'extension des écoles congréganistes, ce qui profite aux couches les plus démunies. De plus, l’influence du clergé est grande auprès des paysans et paysannes, mais également dans les hôpitaux et hospices, où il dispense une certaine morale religieuse.

Ainsi, ce réseau d’encadrement permet de mieux lutter contre les épidémies et de diffuser la vaccination, grâce à sa présence dans les milieux hospitaliers. Cela a aussi des effets bénéfiques sur le clergé, puisqu’il voit le budget des cultes augmenter au cours du Second Empire. Cela permet entre autres la restauration ou la reconstruction des églises et presbytères. De nouveaux pèlerinages et de nouvelles œuvres sont créés à cette époque. Du fait de la présence des religieux dans l’enseignement, les vocations sont nombreuses, .

Cependant, la politique de en Italie et la montée des ultramontains crée une certaine agitation au sein du bas-clergé, aboutissant à un refroidissement des relations entre l’Église et l’État.

La situation du secteur rural : un relatif âge d’or Durant le Second Empire, bien que l’industrialisation commence à se développer, l’agriculture reste encore le secteur dominant – un peu moins de 50 % de la population active. Pourtant, cela n’implique ni surpopulation ni paupérisme, comme cela fut auparavant. En effet, on observe un exode rural des éléments marginaux de ce secteur : journaliers temporaires, mendiants, domestiques, petits artisans itinérants, etc. Ces derniers trouvent de l'activité notamment dans les grands chantiers du Second Empire.

De ce fait, la situation des salariés agricoles s'améliore : moins de chômage saisonnier, un salaire globalement plus élevé – 30 % en 30 ans si l’on considère le salaire réel. Cela se traduit aussi par une augmentation du nombre de propriétaires exploitants . La paysannerie bénéficie du progrès technique, notamment concernant le domaine des communications. Une meilleure commercialisation des produits agricoles est aussi constatée, mais la productivité n’est alors pas une préoccupation, et l’on compte plus alors sur la propriété, ce qui explique aussi que le secteur agricole, dont les moyens augmentent progressivement, investisse dans le foncier ; c'est l'essor de l'exploitation agricole. De plus, les paysans français sont davantage sensibles à la variation des prix, et ont de plus en plus de surplus négociables. Ainsi, la condition du secteur agricole s’améliore.

Cependant, cette prospérité ne profite pas équitablement à tous. La hiérarchie dans la société rurale perdure, même s’il y a un glissement d’ensemble vers le haut. L'amélioration est inégalement répartie selon les régions, car la France compte quelques îlots de richesse rurale. La demande foncière étant bien supérieure à l’offre, les prix des terres agricoles augmentent, de même que s'étend la pratique du fermage. On peut donc dire que l’âge d’or que connaît le secteur rural sous le Second Empire est relatif ; certes, il y a un glissement d’ensemble vers le haut, mais la prospérité reste inégale.

Une société en mouvement Durant la période du règne de Napoléon III, un ensemble de forces tendent à stabiliser le régime nouvellement créé. Pourtant, sous le Second Empire, la société reste une société en mouvement.

Privé du soutien des Catholiques, que sa politique italienne inquiète, et de celui du patronat et des industriels, ulcérés par le traité de libre-échange conclu en 1860 avec la Grande-Bretagne (négocié et ratifié par l'Empereur, il fait figure de « coup d'État douanier »), , ainsi déçu par les élites, recherche alors l'appui de nouveaux soutiens dans les masses populaires, notamment les ouvriersGuy Antonetti, Histoire contemporaine politique et sociale, PUF, 1986, p 290.

Le début du règne Reprenant les principes exposés dans les phalanstères de Charles Fourier et dans l'Icarie d'Étienne CabetÉtienne Cabet, Voyage en Icarie, Paris, 1840, Louis-Napoléon est à l'origine de la construction des 86 premiers logements sociaux de Paris à la cité Rochechouart en 1851Roger-Henri Guerrand, Les Origines du logement social en France, Paris, Éditions ouvrières, 1967Histoire du logement social qu'il fait financer par le sous-comptoir du Commerce et de l'Industrie pour le bâtiment afin de pallier la défaillance du conseil municipal de ParisPatrice de Moncan, Le Paris d'Haussmann, éditions du Mécène, 2009, p 30-31. Il fait lui-même un don de francs pour aider à la construction de cités ouvrières destinées au remplacement des logements insalubres de la capitale et fait traduire et publier Des habitations des classes ouvrières, de l'architecte anglais, Henry RobertsPatrice de Moncan, ibid, p 178.

Le début du règne de est aussi marqué dans le domaine social par le décret du , reprenant une proposition de loi de Jules Favre qui voulait déclarer acquis au domaine de l'État les biens de l'ancien Roi des Français. Le décret napoléonien interdit à la famille d'Orléans de posséder des biens en France et annule les dotations financières attribuées autrefois à ses enfants par Louis-Philippe, le produit des séquestres, d'un montant de de francs, étant réparti entre les sociétés de secours mutuel, les logements ouvriers, la caisse des desservants ecclésiastiques et la Légion d'honneur .. mais en revanche, les sociétés de secours mutuel, , sont favorisées.. Il s'agit dans l'esprit de Louis-Napoléon de promouvoir alors qu'en même temps il autorise également les congrégations pour femmes..

Le régime électoral fut précisé par un décret du qui fit d'un électeur tout homme de 21 ans comptant 6 mois de domicile. Le scrutin d'arrondissement à deux tours fut adopté de préférence à celui du scrutin de liste en vigueur sous la Deuxième république. Enfin, parmi les dispositions les plus innovatrices et remarquées depuis figure celle qui établit les bureaux de vote dans chaque commune, et non plus au chef-lieu de canton, comme c'était le cas depuis 1848. L'historien Maurice Agulhon note que cette innovation Maurice Agulhon, 1848 ou l'apprentissage de la République, p 227.

Saint-simonien convaincu, inspiré notamment par son proche conseiller Michel Chevalier, Louis-Napoléon rêve d'une ville organisée et saine, avec de larges boulevards et avenues reliant facilement les pôles d'attraction, où le commerce et l'industrie puissent se développer et les plus démunis vivre dans des conditions décentesPatrice de Moncan, ibid, p 27. Le Paris transformé par le baron Haussmann sera ainsi d'abord le Paris saint-simonien imaginé par le prince-présidentPatrice de Moncan, ibid, p 29 dont beaucoup d'aspects figuraient dans les phalanstères de Charles Fourier et dans l'Icarie d'Étienne Cabet.

1862 : un tournant pour le monde ouvrier