LÉtat du Katanga () était un État sécessionniste formé par la province du Katanga situé dans l'hémisphère sud du globe, plus précisément en Afrique australe et dans la région des Grands Lacs. Faisant frontière avec l'Angola, la Zambie, la Tanzanie, et avec les provinces de la république démocratique du Congo (le sud Kivu, le Maniema, le Kasaï-Oriental et le Kasaï-Occidental), il couvre une superficie de . Il déclare unilatéralement son indépendance de la république démocratique du Congo le , soit moins de deux semaines après l'accession de la république du Congo (actuelle république démocratique du Congo) à l'indépendance, dans le cadre de la crise congolaise. La sécession katangaise a lieu sous l'impulsion de Moïse Tshombé, qui est son unique président, et des milieux d'affaires pro-occidentaux, au premier rang desquels la toute-puissante Union minière du Haut Katanga (UMHK). L'État du Katanga finit par être réuni de force au Congo-Kinshasa, trois ans plus tard, avec la participation des troupes de l'Organisation des Nations unies (ONU).
Histoire
Le contexte de l'indépendance
Le Katanga avant la colonisation belge C'est vers l'année 1876 que les Européens commencent à s'intéresser à l'Afrique centrale, et non pas les gouvernements européens, mais plutôt des Européens avec des initiatives et motivations privées. Ce sont ces explorateurs qui attirent l'attention des gouvernements européens, et qui sont le moteur de la convocation d’une conférence géographique à Bruxelles qui a lieu du au . Cette conférence réunit des délégués de six nations : l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, le Royaume-Uni, la France, l'Italie et la Russie. De cette conférence naît plus tard l'Association internationale africaine (AIA), chargée de la continuation de l'œuvre entreprise. En , l'AIA se transforme en comité d'Études du Haut-Congo dont l'objectif est l'étude des richesses et ressources situées dans le fleuve Congo et son bassin. Plus tard, ce comité se transforme à son tour, en en Association internationale du Congo (AIC), qui se donne la mission de civiliser l'Afrique et de l'ouvrir au commerce. La convention du , conclue entre l'Allemagne et l'Association internationale du Congo, exclut clairement le Katanga du territoire comme appartenant à l'Association. Cette Association est reconnue plus tard en 1885 à la conférence de Berlin comme l'État indépendant du Congo. Son territoire est totalement constitué par une multitude d'empires, royaumes, sultanats et groupes ethniques aux lignages claniques sans compter le Katanga.
Le Katanga de 1884 à 1960
La conférence de Berlin En 1885 à la conférence de Berlin, la carte se forme déjà :
L'article 3 de la convention du 5 février 1885 fixant les limites entre l'État du Congo et les possessions françaises, ne concerne pas le Katanga, La convention du 14 février 1885 qui fixe les frontières entre le Portugal et l'État du Congo, ne concerne pas le Katanga, Le 26 février 1885, la conférence de Berlin se termine par un acte international que contresignent les quatorze puissances reconnaissant l'État indépendant du Congo avec comme souverain, Léopold II. Cet État indépendant du Congo tel que reconnu par les puissances n'englobe pas le Katanga. La convention du 29 avril 1887 entre la France et l'État indépendant du Congo, ne concerne pas le Katanga. L'accord de décembre 1888 entre le Portugal et Léopold II, et la promulgation le 10 juin 1890 par Léopold II d'un décret créant le district du Kwango oriental ne concerne pas le Katanga. L'accord du 21 mai 1891 entre le Portugal et l'État du Congo, qui assure à l'État du Congo la possession de certains territoires, ne concerne pas le Katanga. L'accord du 12 mai 1894 entre Léopold II et l'Angleterre, ne concerne pas le Katanga, ni le traité du 14 août 1894, ni la Convention du 24 mai 1890 avec la British East Africa Company.
Alors que les autres peuples de l'Afrique centrale et du bassin du fleuve Congo sont déjà soumis à la colonisation et conquis, le Katanga quant à lui résiste encore farouchement. Les monarques Lunda, Luba et Yéké, et leurs sujets résistent encore corps et âmes à la tentative de les soumettre et de les déposséder de leurs terres. Les Royaumes-Unis du Katanga résistent lorsque les Belges et les Anglais, les uns au Nord, les autres au Sud, essayent de mettre la main sur le Katanga. Ils se heurtent à une résistance opiniâtre des empereurs, plus particulièrement de M'Siri, le roi des Bayékés. Six ans après la conférence de Berlin, alors que tout le monde échoue, le capitaine Stairs parvient, le , à prendre le Katanga de force et plante sur une colline proche de Bunkeya, le drapeau étoilé de l'État indépendant du Congo, Bunkeya est attaquée par la suite et M'Siri meurt.
Le dossier de l'État indépendant du Congo présenté par Léopold II à la conférence de Berlin (1884 à 1885) ne comprend pas le Katanga. C'est ainsi que, pour l'administration de ces territoires, Léopold II a pris soin de doter le Katanga d'une structure de gestion propre, à savoir le Comité Spécial du Katanga (CSK), tandis que pour l'État indépendant du Congo, il crée la (CCCI). Cette situation est concrétisée plus tard par le testament politique de Léopold II (1888) au terme duquel il demande au gouvernement belge de considérer le Katanga et l'État indépendant du Congo comme deux pays distincts qu'il ne faut pas fusionner.
L'avènement de l'indépendance du Katanga le 11 juillet 1960 La table ronde de Bruxelles de janvier 1960 qui examine l'accession de la colonie du Congo belge à son indépendance n'a pas défini le type d'État à mettre en place : un État fédéral unitaire ou une confédération d'États, ou une communauté des États indépendants comme le revendiquent les Katangais étant donné l'immensité du territoire de plus de .
La loi fondamentale élaborée et votée par le Parlement belge du qui doit régir le Congo, n'a pas défini non plus le type d'État à mettre en place. Ceci a permis à toutes les tendances de camper sur leurs positions. Il est clair que, déjà avant les travaux de la table ronde politique de Bruxelles, plusieurs tendances se sont réduites à deux antagonismes inexorables. Les structures politiques que devait revêtir le nouvel État sont à l'origine de la convulsion politique qui oppose les « unitaristes » aux « fédéralistes ».
En , dans le cadre du processus de préparation de l’indépendance, les premières élections législatives du futur Congo-Léopoldville donnent la victoire au Mouvement national congolais (MNC) de Patrice Lumumba, qui, après la proclamation de l’indépendance à Léopoldville le , confie la présidence à Joseph Kasa-Vubu.
Dès cette date, les violences de ce qui devient la crise congolaise, se multiplient, car les partis exclus du gouvernement suscitent des troubles et les forces armées congolaises se mutinent. Le contexte de la guerre froide favorise ces troubles car le pacte de Varsovie et l'OTAN soutiennent chacun un parti congolais : le premier soutient le MNC tandis que le second craint des nationalisations qui priveraient les entreprises occidentales implantées au Congo des richesses de ce pays. Afin de ramener le calme et de protéger les Européens toujours présents dans le pays, les forces belges demeurées sur le territoire selon les accords sur l’indépendance, sont renforcées par des troupes venues de Belgique, ce que la population favorable au MNC interprète comme une tentative de retour de la puissance coloniale. S’ensuivent des actes de violence contre les Européens, à Léopoldville en particulier, qui poussent la population d’origine européenne à émigrer massivement. Simultanément, le retrait soudain d’une grande partie des capitaux étrangers prive le gouvernement de Léopoldville de la plus grande partie de ses réserves financières. Le conflit, jusque-là politique, se territorialise : les ressources minières et les entreprises occidentales qui les exploitaient, notamment l’Union minière du Haut Katanga (UMHK), se trouvant dans le sud-est du pays, les forces pro-européennes et les entreprises en question se rangent massivement aux côtés de la Confédération des Natifs du Katanga (CONAKAT) pour demander la sécession de cette provincePerre Mougenot (dir.), Atlas historique de l'apparition de l'Homme sur la Terre à l'ère atomique, ed. France-Loisirs, code 3192-2-010500, pages 544-547..
La sécession katangaise
Le , soit moins de deux semaines après l’indépendance du Congo-Kinshasa (à l'époque Congo-Léopoldville), Moïse Tshombé proclame l’indépendance du Katanga avec l’appui de la puissante Union minière et demande l’aide militaire et logistique de la Belgique. En prenant le prétexte de la protection de ses nombreux ressortissants présents dans la province, la Belgique reconcentre des troupes au Katanga. Les sécessionnistes bénéficient également du soutien des réseaux de Jacques Foccart, le « monsieur Afrique » de l’Élysée. Le nouvel État émet alors sa monnaie et crée sa police.
La chute de l'État du Katanga
Le , le Conseil de sécurité des Nations unies décide d’envoyer des casques bleus afin de « rétablir l’ordre au Congo ». À la fin de l’année, l’armée gouvernementale congolaise et les troupes de l’ONU lancent une attaque militaire contre celles de Tshombé. Alors qu’il négocie un cessez-le-feu entre les troupes de l’ONU et les forces katangaises, le secrétaire général de l’ONU, Dag Hammarskjöld, trouve la mort dans un accident d'avion. Il semble de plus en plus probable que l'accident ait été volontairement provoqué.. En décembre 1962, les forces de l’ONU prennent le contrôle d’Élisabethville et Moïse Tshombé est obligé de se réfugier à Kolwezi. Le , il finit par se rendre et obtient l’amnistie pour lui-même et ses partisans. En , Tshombe devient premier ministre d'un Congo unifiéDRC: Constitutional Crisis between Kasavubu and Tshombe.
Organisation politique L’organisation politique du Katanga se distingue très nettement du régime en place alors à Kinshasa. En effet, contrairement au pouvoir kinois où l’exécutif est confié à la fois au premier ministre et au président de la République, l’État du Katanga est un régime résolument présidentiel. En effet, bien qu’élu par l’Assemblée nationale et le Grand Conseil réunis en congrès, le président du Katanga dispose d’une marge de manœuvre considérable. Par ailleurs, la Constitution n’a jamais été réellement mise en application puisque l’état d’urgence, s’il n’est officiellement décrété qu’en , est, dans les faits, mis en place dès juillet.
Pouvoir exécutif Le pouvoir exécutif est confié au président du Katanga 7 de la Constitution du Katanga, qui, en vertu de la Constitution, se trouve être, à la fois, chef d’État et chef du gouvernement. Il est élu à la majorité des deux tiers par l’Assemblée nationale et le Grand Conseil réunis en congrès, et ce pour un mandat de quatre ans reconductible 37 et 39 de la Constitution du Katanga.
En sa qualité de chef de l'exécutif, il peut désigner ses ministres, avec l’accord de l’Assemblée nationale, et les révoquer. Il peut aussi nommer aux emplois civils et militaires, ainsi que nommer, révoquer et suspendre les magistrats du parquet 51 de la Constitution du Katanga. Le président du Katanga détient également, en période de crise, des pouvoirs exceptionnels 41 de la Constitution du Katanga. En cas de décès, de démission ou d’empêchement absolu, l’intérim de la présidence est assuré par le président de l’Assemblée nationale pour une durée ne pouvant excéder 60 jours 40 de la Constitution du Katanga.
Enfin, le président du Katanga peut prononcer la dissolution ainsi que l’ajournement de l’Assemblée nationale 20 et 21 de la Constitution du Katanga.
Élu en , Moïse Tshombé est le seul et unique président du Katanga indépendant.
Pouvoir législatif
Le pouvoir législatif est confié à l’Assemblée nationale ainsi qu’au président du Katanga, qui disposent conjointement du droit d’initiative et d’amendement 3 de la Constitution du Katanga.
L’Assemblée nationale comprend :