Ka'b ibn al-Ashraf (en arabe : كعب بن الاشرف ; mort en 624), poète et l'un des chefs de la tribu juive de Médine Banu Nadir, s’opposa à Mahomet après la bataille de Badr. Il fut assassiné après l'expulsion de sa tribu les Banu Qaynouna.
Né d’une mère de la tribu juive Banu Nadir et d'un père arabe, il suivait la religion de sa mèreWilliam Montgomery Watt, P.J. Bearman, Th. Bianquis, C.E. Bosworth, E. van Donzel, W.P. Heinrichs Encyclopaedia of Islam, Brill Academic Publishers, .Norman Stillman, The Jews of Arab Lands: A History and Source Book, Jewish Publication Society of America, Philadelphia, 1979, , ..
Le conflit entre Ka'b ibn al-Ashraf et le Prophète
Les sources qui évoquent ce conflit sont musulmanes.
Mécontent du nombre élevé de morts parmi les chefs Quraychites (tribu d'origine de Mahomet, restée polythéiste) à la bataille de BadrIbn Hisham, Al-Sira al-Nabawiyya (La Vie du Prophète)., Ka'b ibn al-Ashraf se serait rendu à La Mecque pour manifester son soutien à cette tribu, établissant selon certaines sourcesUri Rubin, The Assassination of Kaʿb b. al-Ashraf Oriens, Vol. 32. (1990), pp. 65-71. une alliance avec Abu Sufyan, adversaire (et parent) de Mahomet, au mépris de la constitution de Médine. Il aurait aussi envisagé d’éliminer Mahomet. Selon al-Zamakhshari, al-Tabarsi, al-Razi et al-Baidawi, ce serait l’archange Gabriel qui aurait informé celui-ci de ses agissements.
On lui aurait aussi reproché un poème érotique de nature insultante envers les femmes musulmanes de Médine.
Il fut alors assassiné sur ordre de Mahomet.
L'année suivante, les Banu Nadir tentèrent d'assassiner Mahomet. Ils furent en représailles attaqués puis expulsés ; ils se réfugièrent à Khaybar, mais y furent poursuivis et vaincus par les musulmans en 628 ou 629, lors de la bataille de Khaybar.
Récits de l'assassinat de Ka'b ibn al-Ashraf Ibn Ishaq ()
L’épisode largement développé par Ibn Ishaq est ici résumé. Cette narration de Ibn Ishaq n'a pas de chaîne de transmission authentique et est donc probablement une création tardive.
Plusieurs hommes s’étaient associés pour tuer Ka'b. La nuit, ils se promenèrent avec le poète. Un poète, Abu Nâ’ilah se montrait fort gentil avec Ka'b. Il promenait sa main dans ses cheveux en disant : . Ils marchèrent pendant plusieurs heures, pour mettre en confiance le poète juif. Puis soudain Abu Nâ’ilah saisit les cheveux de la tête de Ka'b en disant : Ils le frappèrent mais leurs épées qui se croisaient sur Ka'b ne pouvaient cependant l’achever. Muhammad b. Maslama dit :
L’assassinat du poète juif est largement traité sur sept longues pages par Ibn IshâqThe earliest biography of Muhammad, by Ibn Ishaq,Sahih Bukhari .. Cela arriva la troisième année de l'hégire.
Tabari ()
Tabari donne également un récit circonstancié de l'assassinat dans ses Chroniques, dont voici un résumé.
Ka'b commandait la forteresse des Banu Nadir et possédait en face de cette forteresse des plantations de dattiers, des champs de blé, qui lui avaient permis d'acquérir une fortune considérable. Apprenant la nouvelle de la victoire des musulmans contre les Quraïchites, la tribu de Mahomet, restée polythéiste, il en fut triste [les parents de Ka'b par son pèreLe père de Ka'b est de la tribu Tayy, qui s'allie par mariage à un assez haut degré avec la tribu de Quraych, selon Siddiqui, Muhammad Yasin Mazhar (1987). Organisation of Government Under the Prophet. Delhi: Idarah-i Adabiyat-i Delli., p.89, ainsi que, par ailleurs, avec la tribu juive de Banu Nadir.]. Il se rendit donc à La Mecque, ville de cette tribu de Quraïsh, y ; il disait : Mahomet se plaignit de lui et dit : Un de ses compagnons médinois (Ansâr), Muhammad ibn Maslamah, se proposa, mais redoutant la puissance de Ka'b, il demanda la permission de dire du mal de lui (pour piéger son ennemi), ainsi que des auxiliaires ; huit hommes se joignirent à lui, parmi lesquels un frère de lait de Ka'b, Silkân fils de Salama, surnommé Abu Nâ’ilah [mentionné sous ce nom dans le récit de Ibn Ishaq].
Ils arrivèrent la nuit à la porte du château de K'ab, demandèrent à lui parler ; son épouse effrayée tenta de le retenir, mais il lui répondit : Le frère de lait de Ka'b, pour l'attirer dans le verger, lui demanda du blé et des dattes afin de nourrir sa famille, et, médisant sur Mahomet (), fit porter sur lui la responsabilité de la famine. En échange du don de nourriture, il promit à Ka'b de lui laisser en gage ce qu'il exigerait de lui. Ka'b demanda en gage les enfants de Silkân (Abu Nâ’ilah), qui proposa plutôt ses armes et celles de ses compagnons, pour tromper la méfiance de Ka'b au vu des huit hommes armés. Ka'b accepta ce gage.
Commentant cet épisode, Jacques Berque écrit :
Autre
L'assassinat de Ka'b ibn al-Ashraf est évoqué dans le roman de Barouk Salamé Le testament syriaqueBarouk Salamé, Le testament syriaque, Rivages / Thriller, 2009 ()..
Le poète
Ka'b ibn al-Ashraf figure dans Les Classes des poètes arabes (Tabaqat) de Ibn Sallâm al-Jumahî, philologue des , dans la classe des poètes juifs, aux côtés de Samaw'al (), Saaya ibn Urayd (), et quatre autres poètesCharles Pellat, bn Sallam al-Djumahi, Encyclopédie de l'islam, Brill Online..
Voir aussi Juifs de la péninsule arabique. Tribus musulmanes et juives de Yathrib Abu 'Afak, autre poète juif opposé à Mahomet. Médine
Références
Liens externes
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