Les Kamba sont un peuple bantou d'Afrique de l'Est établi dans la semi-aride Province orientale du Kenya, des environs de Nairobi et Tsavo à Embu au nord. Leur pays s'appelle Ukamba. Selon les sources, ils représentent entre le troisième et le cinquième groupe ethnique du Kenya. Ils parlent la langue kikamba (ou kamba), une langue bantoue.
Ethnonymie Selon les sources et le contexte, on rencontre plusieurs variantes : Akamba, Akambas, Kaamba, Kambas, Oukamba, WakambaSource RAMEAU,BnF .
Histoire Historiographie Pour aborder l'histoire des Akamba, il est nécessaire d'en présenter les sources. Elles sont peu nombreuses et émanent presque totalement d'observateurs extérieurs.
Les sources écrites Nous ne disposons que de sources externes, toutes d'origines européennes, datant, pour les premières, du milieu du . La plupart englobent les écrits des voyageurs, explorateurs et missionnaires européens. Certaines sont quant à elles issues des écrits des administrateurs coloniaux britanniques. Les plus essentielles sont les publications de Johann Ludwig KrapfKRAPF, Johann Ludwig, Travels, researches, and missionary labours during an eighteen years' residence in Eastern Africa, Londres, 1860, [réédition Franck Cass, 1968]., de Charles GuillainGUILLAIN, Charles, Documents sur l'histoire, la géographie et le commerce de l'Afrique Orientale, Paris, 1856., de Ludwig von HöhnelHOHNEL, L. V., Discovery of Lakes Rudolf and Stephanie, Londres, Frank Cass, 1894., de Charles DundasDUNDAS, Charles, « History of Kitui », Journal of the Royal Anthropological Institute, 43, 1913, p. 505. et de William HobleyHOBLEY, Charles William, “People, Places and Prospects in British East Africa”, The Geographical Journal, 4, 2, 1894, p. 97-123 et “Upon a visit to Tsavo and the Taita Highlands”, The Geographical Journal, 5, 6, 1899, p. 545-561..
Une autre source, toujours d'origine européenne, plus récente cette fois, mais plus à caractère ethnographique, a été publiée par l'ethnologue suisse Gerhard Lindblom en 1920LINDBLOM, G., The Akamba in British East Africa : an ethnological Monograph, Uppsala, 1920..
Les sources orales Les traditions orales, concernant la société kamba et plus précisément la question des origines et des migrations, n'ont pas fait l'objet d'une publication compilée et générale. Il est alors impossible de faire des études comparatives et par conséquent plus précises. De plus, les collectes de ces récits oraux ont été réalisées pour la plupart au et au début du par des administrateurs coloniaux ou par les voyageurs européens, à la recherche de nouvelles civilisations et de nouvelles terres. Ces traditions, transmises de génération en génération, apparaissent alors de façon éparse ici et là dans les sources européennes puis coloniales.
Il faut donc être très prudent avec ce genre de sources et les intégrer avec un minimum de recul car elles sont imprégnées d'enjeux sociaux et affectifs. C'est le missionnaire Johann Ludwig Krapf qui livre le plus de traditions orales dans son journal de voyages déjà cité précédemment.
Origine et migration
Les Akamba se sont installés au nord-est de la Tanzanie durant la première partie du . Rapidement, les communautés Akamba ont migré sur leurs terres actuelles en provenance de la Tanzanie occidentale (Unyamwezi) en passant par les monts Usambara et le Kenya oriental. En effet, ces populations ont abandonné les plaines du Kilimandjaro suite probablement à des assauts massaï. Ils se sont d'abord installés au sud du pays kamba sur les collines de Chyulu pour très vite investir les plaines de Kibwezi. Vers 1650, les Akamba ont migré vers le nord-ouest de la frontière de leur pays actuel, plus particulièrement vers les collines de Mbooni, appelées aujourd'hui MachakosJACKSON, K., “The dimensions of Kamba pre-colonial history”, in OGOT, B. A. (éd.), Kenya before 1900, eight regional studies, Nairobi, East African Publishing House, 1976, p. 191-193.. Ils ont construit leurs huttes dans la campagne peu peuplée, au cœur de ces montagnes. Débute alors pour les Akamba, une vie semi-sédentaire et agricole à Mbooni, même si le nomadisme reste une activité fondamentale. Vers 1715, de nouveaux déplacements s'effectuent, un groupe ayant traversé le fleuve Athi pour s'installer au centre de la région de Kitui dans l'est. La population de Mbooni va commencer à diminuer considérablement. Autour des années 1760, de nouveaux mouvements ont lieu et sont à l'origine de la fragmentation de la population kamba. Vraisemblablement, les colons kamba sont partis en direction du sud et de l’est à cause de la famine, une famine liée à la hausse de la population et à la baisse de la productivité dans la région de MbooniKIMAMBO, I. N., “The economic history of the Kamba 1850-1950”, in OGOT, B. A. (éd.), Hadith 2, proceedings of the 1968 Conference of the Historical Association of Kenya, Nairobi, East African Publishing House, 1970, p. 85. . Kitui devient le centre du peuplement kamba. Toutefois, à la suite de la terrible famine de 1836, des colonies kamba se sont aussi implantées en pays nyika dans le district de Rabai et plus précisément à Mariakani, Kisauni et Kinango. Ils adoptent alors une vie urbaine. Ils se trouvent toujours en grand nombre dans ces villes et ont été assimilés dans la vie culturelle, économique et politique moderne de la province de la Côte.
Certains anthropologues sont persuadés que les Akamba sont issus d'un mélange de peuples ouest et est-africains et ont des similarités avec les fermiers bantous (Kikuyus, Taitas) venus de l'ouest, les nomades nilotes (Masaïs, Kalenjins, Boranas, etc.) venus du Soudan et les communautés Oromos venues d'Éthiopie avec lesquels ils partagent leurs frontières, à l'est de Tsavo.
Histoire économique des Akamba au Le commerce Les Kamba exercent souvent différentes professions : agriculteurs, chasseurs, un grand nombre étant nomades. L'activité commerciale chez les Kamba est née dans les années 1780 et s’est étendue au . Il s'agit d'abord d'un commerce inter-régional entre les Kamba et les autres peuples du centre et du nord-est du Kenya. Le commerce sous forme de troc est pratiqué avec les Kikuyu, les Masaï, les Amerus et les Embus à l'échelle locale ainsi qu'avec les Mijikendas et les Arabes sur la côte en chevauchant à travers les plaines orientales du Kenya. À partir de 1780 et ce jusqu'en 1850, ils étendent leur activité commerciale et . Les Kamba organisent ce commerce longue distance avec la côte et détiennent rapidement un monopole dans le cadre du commerce caravanier. Ils échangent en biens locaux comme la bière de canne, l'ivoire, les amulettes en laiton, les outils et les armes, le mil et le bétail. La nourriture obtenue par le commerce leur assure une sécurité vis-à-vis de la sécheresse et des famines. Ils se fournissent également en produits à vertus médicinales connues sous le nom de miti (littéralement « plantes »), obtenus à partir des nombreuses plantes trouvées dans les plaines d'Afrique de l'Est. En 1849, le missionnaire Johann Ludwig KrapfKRAPF, Johann Ludwig, Travels, researches, and missionary labours during an eighteen years' residence in Eastern Africa, Londres, 1860, [réédition Franck Cass, 1968], p. 251., en voyage au cœur du pays kamba, note les énormes bénéfices kamba en ce qui concerne le commerce de l’ivoire. Il dit que celui-ci avait « placé les Kamba parmi les tribus les plus riches de l’Afrique de l’Est ». Dès lors, .
La chasse Cette dominance réelle s'explique par une très ancienne tradition de chasse parmi les populations kamba. Leurs arcs étaient plus petits et beaucoup moins puissants que ceux de leurs voisins Digo ou Meru, cependant les Kamba ont su adopter et améliorer le poison pour les flèches, faisant de cet élément une arme redoutable. Il y avait trois groupes de chasseurs, les jeunes hommes appelés Mavisi, les Anake, des hommes mariés avec 5 enfants et les Athani, les plus vieux hommes considérés comme les leaders. Les chasseurs les plus compétents ont assuré leur réussite en ayant osé s'approcher au plus près des animaux avant de tirer avec leurs flèches empoisonnéesLINDBLOM, G., The Akamba in British East Africa : an ethnological Monograph, Uppsala, 1920, p.465-469.. Les anciens pionniers kamba apparaissent alors comme les prédateurs des animaux de prairies des régions de Machakos et de Kitui. Toutefois, les éléphants sont les premières proies recherchées par les Kamba, mais dans un premier temps ils ne sont pas spécifiquement chassés pour leur ivoire. Les choses changent avec la croissance du commerce à longue distance de la fin du . Les chasseurs kamba construisent et augmentent le répertoire de chasse et vont aller chasser toujours plus loin afin de répondre aux nouvelles opportunités et à la demande côtière mais aussi pour faire face à la disparition des troupeaux en pays kamba. La croissance de la chasse aux éléphants, surtout pour l'exportation de l’ivoire, est parallèle à l’émergence du commerce caravanier à grande échelle en pays kamba. Les individus qui émergent comme leaders du commerce de longue distance, sont aussi les principaux organisateurs d’expéditions de chasse de grande taille. Dans les années 1840, les entrepreneurs et leaders locaux ont organisé des expéditions afin de voyager au-delà des frontières locales du district de Kitui pour acheter, trouver ou récolter de l’ivoire à partir de grands troupeaux d’éléphants que l’on pouvait trouver dans la région. Tous les moyens pour obtenir de l’ivoire étaient permis et d’ailleurs les chasseurs kamba nettoyaient même les défenses des éléphants morts de causes naturelles ou de maladies. Le développement et le contrôle du commerce de l’ivoire par la chasse, du transport par le commerce caravanier, et de la vente aux marchands Arabes et Swahili, a mené à l’émergence d’une nouvelle élite d'entrepreneurs parmi les Kamba de Kitui au milieu du . Le plus célèbre de ces entrepreneurs dans les années 1830-1840 est incontestablement Kivoi Mwenda, cité par tous les récits de voyage européens du .
Avec l'arrivée des colons européens, les Kamba deviennent des acteurs importants des chasses coloniales cette fois comme porteurs d’armes, traqueurs, dépeceurs, organisateurs de camps et autres auxiliaires de chasse. Leurs profondes connaissances des proies et du terrain fait d'eux des intermédiaires indispensables. De même, le commerce caravanier, depuis la côte est-africaine, organisé par les Swahili d’abord puis par les Européens à la fin du a longtemps impliqué les hommes kamba comme porteurs et commerçants et mobilisé des effectifs toujours plus importants. En effet, tandis que les caravanes swahili et kamba comptent seulement environ 300 à 400 personnes, les caravanes britanniques dépassent les 800 hommes. Plus tard, dans la première partie du , ce sont les commerçants de Zanzibar qui sont devenus les exploitants en chef des routes commerciales pénétrant à l’intérieur depuis Mombasa. Ceci est en partie lié au commerce extensif par les populations africaines comme les Kamba, qui ont révélé les opportunités commerciales de l’intérieur. Mais cela dépend surtout de la forte augmentation de la demande en ivoire au niveau international.
Arrivée des Européens en pays kamba à la fin du