Djemdet Nasr (en arabe جمدة نصر Jemdat Nasr), également orthographié Djamdat Nasr ou Jemdet Nasr, est un tell, ou tertre d'habitat, situé dans la province de Babylone, en Irak.

Il est surtout connu comme le site type éponyme et emblématique de la période de Djemdet Nasr (environ 3100-2900 av. J.-C.), également appelé selon une autre périodisation période d'Uruk III, et fut l'une des plus anciennes cités sumériennes.. Il côtoie le site néo-babylonien et sassanide beaucoup plus vaste de Tell Barguthiat (également orthographié Tell Bargouthiat), au nord-est S. Langdon et D. B. Harden, Excavations at Kish and Barghuthiat 1933, Irak, , , 1934, . S. Langdon, Tablets from Barghuthiat, in Revue d’Assyriologie et d’archéologie Orientale, , , 1933, ..

Le site de Djemdet Nasr est fouillé pour la première fois en 1926 par Stephen Langdon, qui découvre des tablettes d'argile proto-cunéiformes dans un grand bâtiment en briques crues, probablement l'ancien centre administratif de la ville antique Stephen Langdon, New Texts from Jemdet Nasr, in Journal of the Royal Asiatic Society, 1931, .. Une deuxième campagne de fouilles a lieu en 1928, mais elle est très mal documentée. Des fouilles ultérieures, menées dans les années 1980 par l'archéologue britannique Roger Matthews, apportent de nombreuses précisions sur le bâtiment mis au jour par Stephen Langdon et son contexte.

Ces fouilles démontrent que le site était aussi occupé pendant les périodes d'Obeïd, d'Uruk et de la période dynastique archaïque I. Des textes découverts sur place mentionnent un ensi de NI.RU, que l'on pense être son nom antique Robert K. Englund, Proto-Cuneiform Texts from Diverse Collections, MSVO 4, Berlin, Gebr. MannVerlag, 1996.. Dans l'Antiquité, la ville était située sur un canal la reliant à d'autres grandes cités sumériennes McGuire Gibson, The city and area of Kish, Field Research Projects, 1972 ..

Archéologie vignette|Le taureau assis du Louvre AO7021. L'équipe archéologique qui effectue des fouilles à Kish reçoit en 1925 des rapports selon lesquels des tablettes d'argile et des poteries peintes sont découvertes par des habitants sur le site appelé Djemdet Nasr, à environ 26 kilomètres. Le site de Djemdet Nasr, situé à 10 km au nord-est de Kish, est donc exploré le 6 janvier 1926 par Stephen Langdon et Henry Field. La découverte de plusieurs tablettes pictographiques montre la nécessité d'une fouille aprofondie. Des grains brûlés sont retrouvés et identifiés par la suite comme étant du blé turgescent (Triticum turgidum), le plus ancien spécimen connu dans la région. La première campagne de fouilles à Djemdet Nasr a lieu en 1926, sous la direction de Stephen Langdon, professeur d'assyriologie à l'université d'Oxford et directeur des fouilles de Kish Ernest Mackay, Report on the Excavations at Jemdet Nasr, Iraq, Field Museum of Natural History, in Anthropology, Memoirs, , , Chicago, 1931.. Les fouilles durent plus d'un mois et mobilisent entre 12 et 60 ouvriers. Stephen Langdon n'est cependant pas archéologue et, même pour l'époque, comme en témoigne le travail de Leonard Woolley à Ur, sa tenue de registres laisse à désirer. Il contracte une mauvaise fièvre à Djemdet Nasr dont il ne se remet pas complètement, ce qui met fin à la campagne de fouilles S. Langdon, Ausgrabungen in Babylonian seit 1918, in Der Alte Orient 26, 1927, .. Du fait de la mauvaise tenue de registres, de nombreuses informations sur l'emplacement précis des artéfacts, notamment les tablettes, sont perdues. Un vaste bâtiment en briques crues de carrés ( sur ) a été fouillé, révélant une importante collection de tablettes d'argile proto-cunéiformes. Les briques utilisées étaient de type Riemchen et Flachziegel , certaines des premières étant cuites et toutes celles du deuxième type. Toutes les briques cuites sont percées de trois trous d'un centimètre avant la cuisson P. R. S. Moorey, The Late Prehistoric Administrative Building at Jamdat Nasr, Irak, , , 1976, .. Les découvertes de cette campagne sont réparties entre le Musée national d'Irak à Bagdad, le Musée Ashmolean à Oxford et le Musée Field à Chicago ; ces deux derniers établissements sont co-organisateurs des fouilles de Kish et de Djemdet Nasr.

Une deuxième campagne de fouilles est organisée du 13 au , sous la direction de L. Ch. Watelin, alors directeur des fouilles à Kish, accompagné de Henry Field. Cette fois, quelque 120 ouvriers sont employés. Les fouilles s'arrêtent après 11 jours seulement (sur les 20 prévus), en raison d'une invasion de criquets H. Field, The Track of Man, New York, Doubleday, 1953.. Watelin ne laisse pratiquement aucune trace écrite de ses fouilles sur le site, mais d'après les quelques notes qui subsistent, il semble avoir fouillé dans la même zone que Langdon.

En 1988 et 1989, deux nouvelles campagnes de fouilles sont menées sous la direction de l'archéologue britannique Roger Matthews Roger J. Matthews, Jemdet Nasr: The Site and the Period, in The Biblical Archaeologist, , , 1992, .. La campagne de 1988 vise à réaliser un relevé archéologique du site, à revisiter le grand bâtiment du tumulus B fouillé par Stephen Langdon mais très peu documenté, et à explorer un bâtiment néo-babylonien ou plus tardif en briques cuites, visible à la surface du tumulus A. Lors de la campagne suivante en 1989, toujours dirigée par Roger Matthews, un campement de fouilles est établi sur le site. Les recherches se concentrent sur le tumulus B pour approfondir l'étude de l'occupation ancienne de cette zone. Aucune recherche n'est effectuée sur le tumulus A. D'autres campagnes de fouilles sont prévues, mais sont empêchées par le déclenchement de la guerre du Golfe en 1990 et aucune recherche sur le terrain n'est menée depuis sur le site. Les archives des fouilles sont toujours à Bagdad, mais les photographies de terrain sont numérisées Mónica Palmero Fernández, Using DSLR to 'Scan' Colour Slides: learning from the Digitising Jemdet Nasr 1988–1989 Project, in Internet Archaeology, , 2020 doi:10.11141/ia.55.10 ..

L'importance des découvertes de Djemdet Nasr est immédiatement reconnue après les fouilles des années 1920. Lors d'une importante conférence à Bagdad en 1930, le nom de la période de Djemdet Nasr est inséré dans la chronologie mésopotamienne entre la période d'Uruk et la période dynastique archaïque, Djemdet Nasr étant désigné comme site type éponyme. Depuis lors, l'assemblage caractéristique de la période de Djemdet Nasr est attesté sur d'autres sites du centre de l'Irak, notamment Abou Salabikh, Fara, Nippur, Ur et Uruk. Cette période est aujourd'hui généralement datée entre 3100 et 2900 av. J.-C..

Djemdet Nasr et son environnement Le nom Djemdet Nasr se traduit par « Petite butte de Nasr », en hommage à un cheikh influent au début du XXe siècle. Djemdet Nasr se situe dans l'actuelle province de Babylone, au centre de l'Irak, dans l'ancienne Mésopotamie méridionale. Avant la mise en œuvre du projet d'irrigation de Musaiyib dans les années 1950, le site se trouve dans une zone semi-désertique. Il est situé actuellement dans une région fortement irriguée pour l'agriculture. Le tell est composé de trois buttes ou tumulus, désignés par les lettres A, B et C, contiguës. Le tumulus A mesure 160 mètres de long sur 140 mètres de large pour 2,90 mètres de hauteur et une superficie de 1,5 ha. Le tumulus B, situé juste au nord-est du A, mesure 350 mètres sur 300, pour une superficie totale de 7,9 ha, et culmine à 3,50 mètres au-dessus du niveau actuel de la plaine. Le tumulus C se situe à environ 500 mètres à l'est du tumulus B ; il est principalement composé de fragments de briques cuites avec quelques tessons trouvés en surface, datant de la période islamique.

Historique de l'occupation L'occupation du site aurait débuté au moins durant la période d'Obeïd et se serait poursuivie jusqu'à la période dynastique archaïque I. L'occupation lors de la période d'Obeïd n'est pas mise en évidence par des fouilles, mais elle est déduite de la céramique datant de cette période, ainsi que de faucilles en argile et d'un fragment de cône en argile, découverts à la surface du tumulus A. Les fouilles des années 1920 et 1980 permettent de mettre au jour une quantité considérable de céramique de la période d'Uruk moyenne (milieu du millénaire av. J.-C.). Il semble que les tumulus A et B aient été occupés pendant cette période. Durant la période d'Uruk récente (fin du millénaire av. J.-C.), un important établissement a dû exister sur le tumulus B, mais sa nature reste difficile à déterminer en raison du manque de contextes archéologiques correctement fouillés.

L'établissement de Djemdet Nasr (3100-2900 av. J.-C.) s'étendait sur une superficie de 4 à 6 hectares du tumulus B. Environ 0,4 ha est occupé par un unique et imposant bâtiment en briques de terre crue, fouillé par Langdon, où les tablettes d'argile sont découvertes. À l'intérieur et autour de ce bâtiment, des fours à poterie et à pain sont découverts, ainsi que des traces d'autres activités artisanales comme le tissage . Beaucoup de ces activités, ainsi que la production agricole, sont mentionnées en détail dans les tablettes proto-cunéiformes, ce qui indique une économie largement centralisée et contrôlée. Dans les textes de Djemdet Nasr apparaît le nom « SANGA AB », qui pourrait désigner un haut dignitaire. Le bâtiment fut probablement détruit par un incendie. Aucun élément ne témoigne d'échanges commerciaux importants ; ni pierres précieuses ni autres matériaux exotiques n'ont été trouvés. Cependant, l’homogénéité de la céramique, caractéristique de la période de Djemdet Nasr, suggère l’existence d'intenses contacts régionaux. Cette hypothèse est confortée par la découverte de sceaux sur les tablettes de Djemdet Nasr, qui mentionnent plusieurs villes du sud de la Mésopotamie, dont Larsa, Nippur, Ur, Uruk et Tell Uqair.

Après la destruction du bâtiment de Djemdet Nasr, l'occupation du site semble s'être poursuivie sans interruption, comme en témoignent les formes de poterie qui montrent une transition progressive entre les formes de Djemdet Nasr et le répertoire de la période dynastique archaïque I. Au moins un bâtiment de cette période a été mis au jour sur le tumulus B. D'après la répartition de la poterie dynastique archaïque à la surface, cet établissement semble avoir été plus petit qu'à l'époque de Djemdet Nasr. Une seule tombe de la période dynastique archaïque I est découverte sur le tumulus A, mais aucune autre preuve d'occupation pendant cette période n'est trouvée. Le bâtiment visible en surface du tumulus était probablement une forteresse parthe, mais faute de poterie bien datée provenant de cette zone, cette datation ne peut pas être confirmée.

Culture matérielle Outre les tablettes proto-cunéiformes, Djemdet Nasr acquiert une grande renommée pour ses céramiques polychromes et monochromes peintes. Les poteries peintes présentent des motifs géométriques et des représentations d'animaux, notamment des oiseaux, des poissons, des chèvres, des scorpions, des serpents et des arbres. Mais la majorité des céramiques sont dépourvues de décor, et le fait que la plupart des céramiques peintes semblent provenir du grand bâtiment central suggère qu'il avait une fonction particulière. Les céramiques présentes sont sous forme de grandes jarres, de bols, de vases à bec et de coupes.

vignette|Vase peint de la période de Djemdet Nasr, provenant du site éponyme. Ashmolean Museum.