La basilique Santo Stefano (en français : Saint-Étienne) de Bologne (Émilie-Romagne, Italie), élevée à son origine hors les murs de la ville romaine de BononiaBononia est le nom latin de Bologne (probablement d'étymologie celtique) qui fut donné à la ville par les Romains, en 189 av. J.-C., à la suite de leur invasion. Voir : http://www.college-de-france.fr/media/chaires-annuelles/UPL18566_51.pdf (page 916)., à la croisée de la via Æmilia et de la La via Flaminia minore est une antique voie construite par la consul Caio Flaminio en 187 av. J.-C., entre Bononia (Bologne) et Arretium (Arezzo). Son existence nous a été uniquement transmise par Tite Live (Histoire de Rome, chap. XXXIX). Les noms Flaminia minore, ou Secunda, ou Altera, ou Flaminia militare, ont été donnés par les chercheurs afin de la distinguer de la via Flaminia tracée en 220 av. J.-C. Dans Bologne, elle est l'actuelle via Santo Stefano. consiste en un ensemble formé d’églises adossées l’une à l’autre, de chapelles, d’un cloître et d’une cour, dont la construction s’est déroulée entre les .
Cet antique complexe, appelé aussi (le sette Chiese) les sept Églises ou (Santa Gerusalemme Bolonese) Sainte-Jérusalem-bolonaise, a subi une série de dommages causés par le temps et les hommes , dont il résulte aujourd’hui beaucoup de difficultés pour établir quels éléments sont paléochrétiens et quels autres du haut Moyen Âge, et pour identifier les réemplois provenant d’édifices plus anciens ou les falsifications dues aux dernières restaurations des . On peut toutefois affirmer que ce site est le plus antique et le plus vénéré monument de la ville.
Depuis l’époque médiévale et encore de nos jours, Santo Stefano se trouve dans un environnement particulier où résonnent alentour des noms comme : rue JérusalemVia Gerusalemme, qui à une époque s'appelait via Betània ou Bettània., rue SainteVia Santa., vallée de JosaphatValle di Josaphat, n'existe plus aujourd'hui., mont des OliviersMonte Oliveto, petite butte naturelle où se trouve aujourd'hui l'église San Giovanni in Monte., bassin de SiloéPiscina di Siloe, était un vivier à poissons qui n'existe plus aujourd'hui.…qui ne manquent pas d’indiquer que l’on entre dans un espace sacré, à l’image des lieux saints de Jérusalem.
Santo Stefano a été élevée à la dignité de basilique mineure.
vignette|centré|La via Æmilia à travers Bologne.
Localisation et appellations vignette|centré|Les quartiers de Bologne. Le complexe stéfanien est situé à l'extrême nord du quartier Santo Stefano, en plein centre-ville.
L’ensemble des premiers édifices de culte chrétien est mentionné dans les sources médiévales avec le même nom que celui d’aujourd’hui : ecclesiam ou monasterium sancti Stefani, alors que les modifications d’appellations des sanctuaires le composant sont fréquents. Le changement des saints titulaires est dû à une dynamique évolution de la vie religieuse générale qui se manifesta dans tout le monde chrétien et que les fidèles bolonais ont suivi d’une façon toute particulière. Ci-après, les divers noms de chacun des lieux avec, quand c’est possible, la date d’apparition de la nouvelle dénomination :
vignette|centré réf. planFrançaisItalien1(église) : Saint-Jean-Baptiste (1019) ; Saint-Jean-Baptiste-de-dessous (1575) ; de la Madeleine (1620) ; de la Passion (1637) ; Saint Jean-Baptiste ou du Crucifix ; (partie haute) Saint Jean-Baptiste-de-dessus.(chiesa) :San Giovanni Battista (1019) ; San Giovanni di sotto (1575) ; della Maddalena (1620) ; della Passione (1637) ; San Giovanni o del Crocifisso ; (parta alta) San Giovanni di sopra.2Crypte (1019) ; église des Confessés (1520) ; Crypte ().Cripta (1019) ; chiesa dei Confessi (1520) ; Cripta (XIX secolo).3Chœur, dit "Salle de Pilate".Presbitero, detto "Aula di Pilato".4Baptistère () ; Saint-Etienne (1019) ; (basilique) : du Sépulcre (1520) ; du Calvaire ().Battistero (V-VI secoli) ; (basilica) : Santo Stefano (1019) ; del Sepolcro (1520) ; del Calvario (XIX secolo).5(église) : Saints-Vital-et-Agricole (1019) ; Saint-Isidore (1141) ; Saint-Pierre (fin du ) ; Saint-Pierre-et-Paul () ; Saints-Vital-et-Agricole (1942).(chiesa) : Santi Vitale e Agricola (1019) ; Sant'Isidoro (1141) ; San Pietro (fine XIV secolo) ; Santi Pietro e Paolo (XIX secolo) ; Santi Vitale e Agricola (1942).6Atrium in medio (1141) ; Cour de Pilate (1520).Atrium in medio (1141) ; Cortile di Pilato (1520).7(église) : de la Croix ou du Golgotha (1141) ; de la Trinité ou du Martyrium (1620).(chiesa) : della Croce o del Golgota (1141) ; della Trinità o del Martyrium (1620).8Cloître.Chiostro.9-10Chapelle de la Ceinture de la Vierge ou Saint des saints.Cappella della Sacra Benda o Sancta Sanctorum.11-12Musée.Museo.
Légende et histoire La tradition a attribué la fondation de Santo Stefano à (San Petronio) saint Pétrone, évêque de Bologne de 431 à 450 ; il aurait projeté de construire un ensemble d’édifices à l’image des lieux de la Passion du Christ à Jérusalem, qu’il aurait connus au cours d’un pèlerinage.
vignette|gauche|S. Sépulcre de Jérusalem du temps de saint Pétrone.
L’existence de pèlerinages en terre sainte au est une réalité historique, toutefois celui de saint Pétrone n’est appuyé par aucun document. Par contre, le fait que le sépulcre de saint Pétrone soit effectivement à Santo Stefano assume une valeur de confirmation, étant d’usage qu’aux le promoteur d’une fondation y soit inhumé.
Mais il nous faut remonter dans le temps pour approcher l’origine de Santo Stefano, tant il est vrai que les chrétiens utilisèrent souvent les édifices païens pour leur culte et cherchèrent, pour faciliter les adhésions à la nouvelle religion, à maintenir une certaine correspondance entre l’ancien et le nouveau.
À l’extérieur de la Bononia romaine, s’étendait une zone sacrée, païenne, avec un temple circulaire et un sanctuaire dédié à Isis. Vers la fin du apr. J.-C., à l’orient de cette zone, se forma une nécropole paléochrétienne. Outre les tombes, furent construites quelques structures architecturales. Nous avons connaissance de deux édifices grâce à deux relevés planimétriques réalisés au et au début du , confirmés par des fouilles menées en 1911-1912. L’une avait la forme d’une cellule trilobée dont l’absidiole centrale était orientée liturgiquement à l’Est ; une typologie assez souvent répandue dans les nécropoles paléochrétiennes. Le second élément retrouvé est l’enceinte même du cimetière et, flanqué à celle-ci, un sanctuaire en forme de croix, dont l’emplacement aujourd’hui correspond à l’église de la Trinité. Sous le pavement du bras oriental de la croix, était inhumée une femme dont le nom : Iulia Afrodite, nous a été transmis par la pierre funéraire qui couvrait le sépulcre. C’est probablement dans ce cimetière que furent translatées les dépouilles des deux premiers martyrs de Bologne : (Santi Vitale e Agricola) saint Vital et saint Agricole.
Vital et Agricole furent martyrisés durant les persécutions de Dioclétien (303-311), dans l’arène bolonaise située à proximité de Santo Stefano (au début de la via San Vitale, où s’élève maintenant l' (chiesa dei Santi Vitale e Agricola in Arena). À l’époque, ils furent enterrés dans un cimetière juif, situé à l’emplacement de l’actuelle strada Maggiore. En 382Cette date de 382 provient Della historia di Bologna del R.P.M. Cheribino Ghirardacci (1596) ; d'autres sources indiquent 392 ou 393, ce qui semble être une confusion avec la date à laquelle saint Ambroise porta quelques reliques des saints martyrs à Florence, où il consacra l'église dédiée à saint Laurent., les corps furent retrouvés et translatés dans la nécropole de Santo Stefano, en la présence de (San Ambrogio) saint Ambroise, évêque de MilanBologne faisait partie de la métropolitaine milanaise et ses évêques étaient nommés par saint Ambroise., lequel rapporte ces faits en son sermon « Exhortatio virginitatis », prononcé à Florence en 393, à l’occasion de la dédicace de la basilique San Lorenzo.
Il n’est pas à exclure que ce fut là l’objet de l’édification de la cellule trilobée. la découverte et la déposition des deux martyrs, œuvre de saint Ambroise, joint à la vénération des reliques qui était devenue une coutume toujours plus répandue, leur conférèrent une renommée internationale et exigeait un édifice spécifique. On peut donc faire l’hypothèse qu’au début du , dans la zone des sanctuaires païens désormais abandonnés, fut édifiée une basilique dédiée à Vital et Agricole. Par la foi, ces martyrs devaient attirer non seulement beaucoup de croyants, mais susciter aussi de nombreuses conversions. C’est pourquoi il est également probable que le temple circulaire romain, avec une source vive à l’intérieur, fut affecté au culte chrétien et transformé en baptistère pour adultes (il s’agit de l’actuelle église du Sépulcre).
Au donc, à l’époque de saint Pétrone, Santo Stefano était déjà composé de trois éléments architecturaux attachés au culte chrétien et tenait probablement son nom de quelques reliques qu’il conservait du protomartyr chrétien.
De la seconde moitié du jusqu’au début du , aucun élément d’information ne vient éclairer ce qu’il a pu advenir de Santo Stefano, en particulier durant la guerre entre les Goths et les Byzantins (535-553), période durant laquelle Bologne fut alternativement prise d’assaut plusieurs fois par les troupes adverses.
En 727, les Lombards, depuis longtemps convertis au catholicisme, occupèrent Bologne. Santo Stefano fut l’objet de toute leur attention et l’on doit à leurs rois Liutprand et Hildeprand, la construction, entre 736 et 744, d’une église dédiée à Saint Jean-Baptiste, certainement d’une proportion moindre que l’actuelle mais dans la même position. Ces informations nous sont transmises par une inscription sur une vasque de pierre appelée (Catino di Pilato) vasque de Pilate, placée à l’origine dans cette église pour recueillir les offrandes des fidèles ; elle se trouve aujourd’hui dans la cour de Pilate.
vignette|gauche|La vasque de Pilate.
Nous n’avons pas d’autre témoignage relatif à cet édifice pour le haut Moyen Âge, mais s’il a été dédicacé au Baptiste dès son origine, cela signifierait que le baptistère, que l’on suppose avoir été l’ancien temple romain à plan central, avait déjà changé de fonction. Cette hypothèse est confortée par le fait qu’au on n’avait plus l’usage de baptistère pour adulte dans la mesure où les enfants étaient baptisés peu de temps après leur naissance.
Par la (Vita) Vie de San Bononio, écrite par un moine anonyme qui l’avait connu, nous avons la première trace écrite mentionnant la présence d’un monastère dans Santo Stefano. Si les éléments fournis par ce texte sont exacts, le monastère était déjà actif au cours de la première moitié du .
À la fin de ce , des hordes de Magyars ne cessèrent pendant de longues années de harceler l’Italie. Les villes anticipant ces raids réguliers, renforcèrent leurs enceintes, mais le complexe stéfanien étant toujours hors , il eut à subir leurs dévastations. Toutefois, les biens les plus précieux : les reliques des saints, furent cachées tellement soigneusement et dans un si grand secret, qu’elles ne refirent surface que deux siècles et demi plus tard, en 1141.
Il fallut attendre le début du , les conditions économiques s’étant améliorées, pour que les moines Bénédictins puissent entreprendre les restaurations ; elles se poursuivront jusqu’au .
L’abbé du monastère, Martino, fit construire la crypte de l’actuelle église du Crucifix, et le on y transféra les reliques des saints Vital et Agricole, probablement parce que la vieille église qui leur était dédiée était gravement endommagée.