William Zebulon Foster, né le à Taunton (Massachusetts, États-Unis) et mort le à Moscou, est un syndicaliste américain et fut secrétaire général du Parti communiste des États-Unis d'Amérique (1929-1932). Il se présenta aux élections présidentielles américaines en 1924, 1928 et 1932.

Une jeunesse ouvrière et militante Foster naît à Taunton, dans le Massachusetts. Il quitte l'école à dix ans pour travailler comme apprenti. Il exerce de multiples professions, dans l'industrie chimique, la construction de chemins de fer ou encore dans une scierie, un peu partout aux États-Unis. Il adhère au parti socialiste américain en 1901 puis en est expulsé en 1909, en tant qu'activiste d'une aile radicale du parti. Foster rejoint alors les Industrial Workers of the World. Il participe à la campagne du syndicat à Spokane (free speech fight). Syndicaliste actif, il contribue bientôt aux publications des IWW et les représente lors d'une conférence ouvrière internationale qui se tient à Budapest en 1911. Mais il reproche par la suite aux IWW de ne rien construire de solide faute d'accepter de travailler dans les syndicats existants.

Il crée sa propre organisation, la Syndicalist League of North America (SLNA), qui prône l'action directe au niveau de chaque usine, sans le poids mort d'un appareil bureaucratique. À cette époque, Foster est influencé par la pensée anarchiste. Il fréquente Jay Fox, un anarchiste lié au mouvement ouvrier de Chicago, et épouse Ester Abramowitz, qui appartient aussi au milieu libertaire. Tom Mooney, qui devait passer de nombreuses années en prison sous l'accusation d'avoir perpétré un attentat en 1916, Earl Browder, le futur rival de Foster pour la direction du parti communiste, et James P. Cannon, le futur dirigeant trotskyste américain, sont parmi les membres les plus notables de la SLNA. Celle-ci n'est néanmoins pas une organisation de masse et elle disparaît en 1914.

Foster rejoint alors l'American Federation of Labor, militant au sein de l' International Trade Union Educational League. Il considère alors que l'organisation des travailleurs est un pas vers le démantèlement du capitalisme. Contrairement à Eugene Victor Debs et aux IWW, il ne s'oppose pas à l'entrée en guerre des États-Unis et incite même les travailleurs à souscrire aux emprunts de guerre en 1918. Il échappe par conséquent à la répression qui s'abat à cette époque sur les woblies. Foster ne renonce pas pour autant à toute activité. Il participe aux campagnes en faveur de Tom Mooney, élabore des plans pour constituer un parti ouvrier et, surtout, cherche à organiser les milliers de travailleurs non qualifiés des abattoirs, des aciéries et d'autres industries de production de masse.

L'organisation des travailleurs des abattoirs Depuis des décennies, les syndicats s'efforçaient d'organiser les travailleurs des abattoirs. Les Chevaliers du travail s'y étaient essayés dès les années 1870. Mais cette industrie était concentrée entre les mains de quelques puissantes sociétés et les patrons purent chasser les syndicalistes. Avec la Première Guerre mondiale, les choses changèrent. L'État avait besoin d'acheter d'importantes quantités de viande pour nourrir l'armée et ne voulait pas risquer une grève qui interromperait les approvisionnements. En même temps, le flot de migrants tarissait. La situation devenait favorable pour l'implantation syndicale à l'échelle de l'industrie de la viande. En 1917, Foster parvint à associer divers syndicats en rapport avec cette industrie. Il ne parvint pas pour autant à regrouper tous les travailleurs du secteur, en raison de la ségrégation imposée par certaines unions qui refusaient d'affilier les ouvriers noirs qui commençaient à être nombreux dans les abattoirs. Ces derniers en arrivèrent parfois à penser que leurs employeurs se souciaient plus de leur bien-être que certains syndicalistes racistes. Il y avait encore d'autres divisions entre immigrants. Néanmoins, la menace de grève massive fut suffisamment sérieuse pour servir de moyen de pression lors des discussions avec le patronat.

Sous la pression de l'administration du président Woodrow Wilson, le patronat céda. Les ouvriers obtinrent la journée de huit heures, le paiement des heures supplémentaires, une augmentation notable des salaires. Le nombre de syndiqués doubla dans les mois qui suivirent cette victoire. Mais l'arbitrage imposé par le gouvernement n'incluait pas l'obligation pour les employeurs de reconnaître le syndicat des travailleurs de la viande (Amalgamated Meat Cutters). Après les émeutes raciales de Chicago, en 1919, les ouvriers noirs perdirent le peu de confiance qu'ils pouvaient avoir dans les syndicats blancs. Quand l'arbitrage gouvernemental arriva à expiration, en 1919, le patronat licencia les syndicalistes. Après une grève perdue, en 1922, le regroupement des syndicats de l'industrie de la viande disparut.

La grève de l'acier de 1919 Alors que la campagne dans l'industrie de la viande se poursuivait, Foster proposa d'adopter une tactique similaire pour organiser les sidérurgistes. Ceux-ci, en plus de la démoralisation due aux grèves perdues du passé et aux divisions ethniques étaient confrontés aux dissensions entre les syndicats de métier qui regroupaient les travailleurs qualifiés, lesquels regardaient de haut leurs camarades non ou peu qualifiés. Foster proposa à la convention de l'AFL de 1918 de créer un conseil réunissant les syndicats de métier (craft unions) et l' Amalgamated Association of Iron and Steel Workers. L'accueil de l'AFL fut tiède. Elle rechigna à financer son projet mais mit à sa disposition des syndicalistes qui l'aidèrent dans sa mission.

L'agitation commença à Gary, dans l'Indiana et à Chicago, en . Cette région n'était pas au cœur de l'industrie de l'acier. Foster envoya quelques mois plus tard des organisateurs dans la Monongahela Valley, où la sidérurgie était la plus importante. Mais, à ce moment, les autorités avaient interdit toutes les réunions publiques afin de lutter contre l'épidémie de grippe espagnole. Et, à l'annonce de l'armistice, les aciéries, fortement impliquées dans la production de guerre, licencient de nombreux ouvriers. Le maintien de la paix sociale ne présentait plus le même intérêt pour le gouvernement fédéral et le manque de main-d'œuvre ne jouait plus en faveur des revendications salariales.

Néanmoins, de nombreux ouvriers rejoignirent le National Committee for Organizing Iron and Steel Workers (Comité national pour l'organisation des travailleurs du fer et de l'acier) et une grève massive débuta le , après le refus des compagnies de négocier avec les représentants syndicaux. La grève fut le plus largement suivie parmi les ouvriers immigrés. Les travailleurs qualifiés, pour la plupart nés aux États-Unis et les ouvriers noirs s'impliquèrent moins. Les autorités réprimèrent la grève avec violence. Quatorze grévistes furent tués en dix jours. Foster fut chassé de Johnstown, en Pennsylvanie, par des vigiles armés. Tandis que le général Wood imposait la loi martiale à Gary et que la police dispersait les réunions de grévistes, Foster s'efforçait de collecter des fonds et de soutenir par tous les moyens les travailleurs en lutte. Celle-ci ayant épuisé toutes ses possibilités, Foster et les autres membres du Comité votèrent la fin de la grève en . Il démissionna pour permettre au Comité de poursuivre plus facilement son activité.

Adhésion au Parti communiste Après la défaite des grévistes de l'acier, Foster connut une période difficile. Il démissionna de plusieurs activités syndicales mais conserva l'amitié du dirigeant syndical John Fitzpatrick. Il écrivit un livre sur la grève qui venait d'avoir lieu. Il créa bientôt la Trade Union Educational League qui reçut le soutien financier du syndicat du textile qui avait déjà largement subventionné la campagne dans la métallurgie.

Foster était en contact avec plusieurs membres du tout nouveau parti communiste américain mais il ne l'avait pas rejoint lors de sa fondation, en 1919. Il fut même l'objet de sévères critiques de la part des communistes, pendant la grève de l'acier. Ceux-ci lui reprochaient ses accommodements avec les bureaucrates de l'AFL et appelaient à généraliser la grève et à prendre le pouvoir ! Il se rapprocha du PC après s'être rendu, à l'invitation d'Earl Browder, à une conférence du Profintern (l'Internationale syndicale rouge) tenue à Moscou en 1921. À son retour de Russie, il adhéra au Parti communiste des États-Unis d'Amérique.

La TUEL, comme la SLNA avant lui, s'efforçait d'encourager l'action des activistes de gauche au sein des syndicats existants et de les amener à s'unifier sur une plateforme de syndicalisme industriel. Dans ses premières années d'existence, la TUEL menait ses propres activités indépendamment des orientations du Comintern et du PC américain. Lorsque les dirigeants du PC s'en plaignaient, l'Internationale syndicale rouge tranchait en faveur de Foster. En même temps, il refusait de suivre l'injonction du Profintern qui lui demandait de créer des syndicats de masse indépendants, ce qui n'empêchait pas ses adversaires de l'AFL de l'accuser de division syndicale. Foster voulait que la TUEL reste un réseau de militants sans adhésion formelle. C'est dans la région de Chicago qu'il fut le plus influent. La TUEL mena sa première grande action lors de la grève des chemins de fer de 1922. L'année suivante, il intervint dans les discussions internes du Syndicat des mineurs (United Mine Workers of America) qui aboutirent à l'exclusion de l'opposition.

Foster entretenait de longue date d'étroites relations avec John Fitzpatrick, de la Fédération du Travail de Chicago. Lorsque celui-ci décida de créer un parti paysan (Farmer-Labor Party), le PC voulut s'y impliquer. Cela ne se fit pas sans contradictions pour Foster qui, d'une part ne croyait pas à l'utilité de l'action électorale pour faire avancer la cause des travailleurs et, d'autre part, était sujet jusque-là aux critiques de certains communistes justement en raison de ses relations avec Fitzpatrick. Lorsqu'en 1923 l'appartenance de Foster au PC américain fut proclamée publiquement par la presse du parti, Fitzpatrick commença à s'éloigner de lui. L'influence du PC dans la convention de fondation du parti paysan fut suffisante pour lui permettre d'en prendre la direction. Fitzpatrick abandonna le parti qu'il venait à peine de créer et fit désormais campagne contre la TUEL tandis que l'AFL commençait à expulser les militants communistes. Le Farmer-Labor Party connut un échec aux élections de 1924 et fut dissous dans la foulée. La rupture avec Fitzpatrick isola rapidement le PC et Foster dans le mouvement ouvrier. Il perdit aussi ses appuis dans le syndicat du textile (Amalgamated Clothing Workers of America).

Dans la direction du Parti communiste américain Ces difficultés entraînèrent des remous au sein du PC. Deux fractions s'affrontèrent. L'une, menée par et , influente surtout parmi les immigrants, l'autre, plus petite, menée par Foster et James P. Cannon. Cette dernière parvint à obtenir la majorité dans le parti en 1923 puis, à nouveau, en 1925. Mais le Comintern intervint en faveur de Ruthenberg qui devint secrétaire général du parti. Foster n'accepta pas cette décision. Il fit campagne pour que le parti américain ne se plie pas aux injonctions du Comintern. Sans succès. Il obtint néanmoins que ses partisans soient chargés du travail syndical, le plus important à ses yeux.