La naissance du Parti radical en France est un processus qui s'est étalé sur tout le .

Avant même de constituer un parti organisé, les radicaux ont joué un rôle essentiel dans la vie politique française. La situation des autres partis se réclamant du radicalisme est contrastée en Europe : en Angleterre, le radicalisme est en réalité un libéralisme plus démocratique et social, mais se positionnant également à l'extrême-gauche à ses origines ; en Allemagne, le Fortschrittspartei constitue une force de second plan. Au contraire, en France, le parti républicain, radical et radical-socialiste est l'élément le plus puissant sur la scène politique, d'autant plus que, à la suite des nombreuses tentatives après la Révolution d'instaurer un régime durable, il est à l'origine de la mise en place du seul régime qui s'est instauré durablement : la République.

Dénomination Étymologiquement, le terme De l'anglais radical, il fait aussi référence au terme latin radicalis, de radix : racine. est relatif à une attitude de réforme, de rupture dans le but de modifier les choses en profondeur. Il a gardé en Angleterre et en Allemagne son sens originel (moins en France du fait qu'il a été intégré à la sphère politique et qu'il a accédé au pouvoir). Le radicalisme est importé d'Angleterre (où la doctrine prévoit principalement une nouvelle organisation des institutions) en France vers 1820.

De 1835 à 1848, le terme est employé pour l'ensemble des républicains. La force d'opposition républicaine se met déjà en place sous le règne de Napoléon III avec à sa tête Jules Ferry et Léon Gambetta, qui critiquent vivement son autoritarisme et sa politique de réforme qui dépend de sa popularité auprès des Français. En 1871, le terme est employé par les conservateurs qui veulent faire passer les républicains pour des révolutionnaires.

Le radicalisme s'affirme dès l'installation de la République face à l'opportunisme et se présente longtemps comme la principale force de gauche.

Les sources idéologiques du mouvement Les héritiers des Lumières et de la Révolution Pour les radicaux, (Herriot).

La gauche croit au en la perfectibilité indéfinie de l'humanité, en la raison humaine, la science, le progrès, la démocratie, le suffrage universel, l'instruction gratuite et laïque qui donnerait naissance à un lien étroit entre les progrès intellectuel, matériel et social. Elle s'inspire de l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain de Condorcet et s'oppose à l'obscurantisme et au cléricalisme. Les partisans du mouvement cultivent le patriotisme en célébrant en 1790 de la fête de la fédération et en faisant référence à la révolution populaire dirigée par les Montagnards en 1793. Ils se disent les héritiers des principes de 1789 et des démocrates socialistes de la Seconde République. Pour eux, la république est promesse de justice sociale et d'avenir meilleur.

, dit Clemenceau (référence à la Terreur). , Clemenceau

Tout au long de son évolution, ce courant annonce son attachement direct à la Révolution. En 1905, Ferdinand Buisson oppose au marxisme un socialisme républicain qui est « le simple développement, l'aboutissement logique des principes de 1789. C'est au nom de la déclaration des droits de l'homme que nous réclamons pour tout homme le droit à la vie humaine dans sa plénitude effective ». Buisson écrit en 1910 que le parti radical est le parti même de la révolution, il tend à réaliser son programme dans la continuité de son esprit. En 1861, Clemenceau confirme cette idée de prolongement idéologique en rappelant que .

Les différents courants au sein du mouvement Les radicaux Le radicalisme est l'aile la plus à gauche du mouvement républicain. , disait Clemenceau. Les radicaux se distinguent des opportunistes par leurs références historiques : ils veulent réformer et se préoccuper de la question sociale.

Ils sont favorables à la poursuite de la guerre en 1871 et pour l'amnistie des Communards (sans soutenir pour autant la Commune). Ils veulent l'égalité devant le service militaire, la nationalisation des mines et des chemins de fer. L'État doit faciliter l'accès du crédit aux paysans, aux artisans, aux associations de producteurs. La propriété, « base de l'indépendance et de la liberté », ne doit pas disparaître, comme le voudraient les communistes, mais être rendue accessible à tous. Ils proposent la suppression du Sénat et de la présidence de la république au bénéfice d'une assemblée unique. Ils sont favorables à la décentralisation par le renforcement du pouvoir des conseils généraux. Ils prônent la fin du concordat, la séparation de l'Église et de l'État (ce qui sera fait par la Loi de séparation des Églises et de l'État en 1905). Ils sont contre les monopoles. Ils sont opposés à la lutte des classes, il faut au contraire une réconciliation entre la bourgeoisie et le peuple par la démocratie ; car (Clemenceau).

Pour Ledru-Rollin (successeur de Garnier-Pagès à la tête du parti républicain), le parti « ultra-radical » doit .

Le suffrage universel doit permettre la réalisation de réformes : liberté d'association, réforme fiscale, instruction gratuite et obligatoireDès 1870, émerge l'idée d'édifier une morale autour de l'éducation et non pas autour de la religion. La question scolaire a une place centrale dans l'idéologie radicale..

Les Républicains Leur popularité baisse dans l'opinion, affectée par la politique coloniale de Ferry. Les Républicains sont favorables à un rôle modérateur du Sénat avec un pouvoir législatif égal à celui de la Chambre. Gambetta devient progressivement plus modéré au cours des années 1870Le Gambettisme dit opportunisme, est jugé trop modéré par les Radicaux.. Les Opportunistes gardent un certain conservatisme du fait de leur attachement marqué à la sécurité, à l'autorité et à la morale. Les Radicaux leur reprochent l'attitude des Libéraux de 1789 qui ont refusé la souveraineté du peuple et leur ligne politique qui pour certains est assez proche du bonapartisme (qui a étouffé la liberté) et surtout le fait que les Républicains modérés n'ont pas prolongé la démocratie politique en démocratie sociale. Pour Clemenceau les Républicains conservateurs demandent à la République son minimum.

Les radicaux-socialistes Ils manifestent leur sympathie pour les : petite bourgeoisie, petits paysans, classe ouvrière. Le socialisme inspiré du marxisme concurrence les réformes radicales. Louis Blanc, théoricien socialiste pré-marxiste, milite pour un républicanisme avancé. Il insiste sur la justice sociale : faire , afin que tous puissent accéder à l'indépendance économique et à la propriété. Les socialistes sont jugés trop utopistes ; Ledru-Rollin leur reproche d'oublier ce qui est pour lui essentiel : le suffrage universel et la démocratie. Même si en 1840 on ne parle pas encore du radical-socialisme, idéologiquement le courant émerge.

L'émergence d'un mouvement contestataire Une force d'opposition sous la monarchie censitaire : des républicains aux radicaux

Sous la Restauration le mot « radical » fait son apparition dans le vocabulaire politique français, utilisé par les Ultraroyalistes. En 1770, il est relatif aux partisans de la démocratisation du système qui le présente comme oligarchique et corrompu. Les radicaux sont pour l'extension du suffrage vers le suffrage universel qui leur paraît être la seule façon de connaître les besoins de chacun et les aspirations de tous.

1819 : Utilisé dans Le Conservateur : « Radical » signifie les . 1820 : La Gazette de France (au lendemain de l'assassinat du duc de Berry) annonce que .

Sous la monarchie de Juillet, les lois de diminuent la liberté de la presse : il est interdit de se dire républicain, les partisans se disent donc radicaux. Même si le stratagème ne trompe personne, ils sont à l'abri de toutes poursuites. 1843 : Ledru-Rollin fonde La Réforme : journal de l'opposition radicale. 1848 : Avant la révolution, les républicains modérés se rallient aux opposants de la dynastie : c'est le début de la campagne des banquets suivie de la révolution de février 1848. Les radicaux sont contre cet arrangement, notamment leur chef de file Ledru-Rollin pour qui .

Les démocrates socialistes et la révolution de 1848 Avant le retour à la république en 1848, le terme « radical » se fait rare. Ledru-Rollin et ses partisans forment le groupe de la Montagne à la Constituante en 1849. Les députés d'extrême gauche sont alors qualifiés de montagnards, de démocrates socialistes (démo-socs), de rouges. La révolution de 1848 est un échec vers la transition sociale : l'idée même de démocratie est altérée par les affrontements entre la république et le prolétariat. De plus, Louis-Napoléon Bonaparte parvient avec l'aide des monarchistes (parti de l'ordre) à affaiblir les républicains.

L'échec de la république provoque chez les républicains la haine du bonapartisme, de l'exercice personnel du pouvoir : pour eux la république doit informer le peuple en revendiquant un aspect didactique car c'est l'ignorance qui a fait que la masse populaire a donné la victoire au parti de l'ordre lors des élections de 1849. L'anticléricalisme tend à devenir un des aspects les plus importants du programme des républicains. En effet l'Église s'est ralliée au parti de l'ordre et la loi Falloux augmente l'influence de l'enseignement catholique (des Te deum saluent le coup d'État).

L'opposition républicaine sous l'Empire Pendant la du Second Empire, la république est en exil du fait de la dictature de Napoléon III (long exil pour Ledru-Rollin, Victor Hugo, Louis Blanc, Edgar Quinet). La population se rallie à l'ordre et à la prospérité que symbolise pour eux l'Empire. Cependant, la contestation républicaine reste virulente et parvient à faire évoluer la situation : 1857 : signe que l'idée républicaine n'est pas morte, cinq députés (dont Émile Ollivier et Jules Favre) sont élus à Paris lors des élections législatives ; 1859 : amnistie des prisonniers de 1851 et 1858 ; 1860 : libéralisation du régime ; le droit d'adresse est accordée au Parlement ; 1863 : Premiers succès des républicains, qui remportent 17 sièges aux élections législatives ; 1864 : loi Ollivier ; 1868 : loi sur la liberté de la presse et de réunion (en parallèle le mouvement ouvrier refait surface convaincu par les idées révolutionnaires) ; 1869 : élections (programme de Belleville) : l'opposition est majoritaire dans les grandes villes.

Dans ces années d'empire, les républicains s'allient avec les monarchistes pour le retour des libertés dans le cadre de l'Union libérale. Le but étant de s'unir pour mieux affaiblir l'empire lors des élections de 1863. Mais très vite, les républicains désertent cette alliance, se sentant de plus en plus capable d'instaurer la république seuls.

Dans les années 1860, l'idéologie du républicanisme est en mutation sous l'influence d'une nouvelle génération, celle de Gambetta (un des leaders du radicalisme à la fin de l'empire), Ferry et Clemenceau. Sa formation s'effectue dans les salles de rédaction des journaux, dans le Quartier Latin (par le biais de la philosophie positive d'Auguste Comte), dans les établissements pénitentiaires et au sein des loges de la franc-maçonnerie qui devient un refuge pour les opposants de l'Empire. Les républicains rejettent la métaphysique et la religion pour la science qui doit devenir le seul fondement de la morale et de la politique.

Les radicaux et la République (1870-1885) Luttes pour l'instauration de la république (1870-1879) La république débute par un échec : la défaite de 1870 contre la Prusse (perte de l'Alsace et de la Moselle). En 1871 la majorité royaliste est divisée entre légitimistes et orléanistes. L'opposition craint que le pays vote en majorité pour les conservateurs, qui ont fait de la sécurité leur domaine privilégié pendant la campagne. Les élections de 1871 sont finalement favorables aux républicains : Thiers est nommé à la tête du gouvernement.