L'ichtyologie est la science qui traite des poissons. Le champ temporel de l'ichtyologie recouvre une période qui va de la révolution supérieure du Paléolithique jusqu'à aujourd'hui. La pratique de l'ichtyologie est par ailleurs ancestrale sur les littoraux, bien que son caractère proprement scientifique se soit affirmé en même temps que se développaient les autres disciplines de la zoologie et de la médecine à partir du .
Préhistoire
L'étude des poissons trouve ses origines dans les activités humaines de subsistance (pêche, utilisation des écailles, etc.). , un ichtyologiste américain, explique que « les premiers ichtyologistes ont été les chasseurs-cueilleurs, qui apprirent à se fournir en poissons "utiles", et qui savaient où et quand les trouver en abondance ». Les premières manifestations culturelles comme l'imagerie du poisson témoignent de cette connaissance empirique.
Antiquité Les premiers phénomènes bioélectriques connus sont les décharges produites par l'organe électrique de certains poissons. Des bas-reliefs de l'Égypte antique représentent des poissons-chats, dont on sait qu'ils peuvent générer des impulsions électriques de plus de 350 V (bas-relief de la tombe de Ti à Saqqarah, datant de 2750 av. J.-C. environ par exemple).
Aristote reconnaît l'ichtyologie comme une discipline d'étude scientifique formelle. Entre -335 et -322, il fournit la première classification taxinomique des poissons, dans laquelle il décrit correctement 118 espèces de la mer Méditerranée. De plus, Aristote réalise des observations de l'anatomie et du comportement de différentes espèces de poissons et de mammifères marins. L'inclusion des mammifères marins dans les poissons perdurera jusqu'au . Certains de ses élèves poursuivent ces recherches ichtyologiques après sa mort. Ainsi, Théophraste rédige un traité sur les poissons amphibiens. Les Romains, quoique moins portés sur les sciences, ont produit beaucoup d'écrits sur les poissons. Pline l'Ancien, un naturaliste romain célèbre, synthétise les travaux grecs en matière d'ichtyologie, introduisant des raffinements tantôt vérifiables (par exemple le poisson-scie), tantôt farfelus (telle la sirène). La contribution de Pline l'Ancien a été le dernier grand apport à l'ichtyologie jusqu'à la Renaissance européenne. Pourtant, Élien a rédigé vers 220 une histoire des animaux en 17 volumes dans laquelle sont décrites quelque 130 espèces de poissons. Les poèmes didactiques d'Oppien de Corycos, les Halieutiques sur la pêche, contiennent aussi beaucoup de descriptions et de narrations sur les poissons connus des Anciens au .
En Méditerranée, 5 espèces au moins de poissons électriques sont connues, comme Torpedo torpedo (torpille) dont il existe des représentations anciennes (mosaïque de Pompéi du ). La torpille peut générer des impulsions de . Bien que leur mécanisme fût inconnu, les décharges générées par ces poissons étaient utilisées d'une manière que l'on pourrait décrire comme de l'« électrothérapie ». Scribonius Largus, sous le règne de l'empereur Claude (41-54) décrit ainsi le traitement contre la migraine ou contre la goutte.
Et, sans que l'on puisse le qualifier d'ichtyologue, Ausone, vers 350, dans une ode appelée Moselle, décrit de très nombreux poissons d'eau douce ; .
Moyen Âge Le développement de la pisciculture au Moyen Âge en Europe, ne développe pas beaucoup cette science ; cependant plusieurs publications sont à noter.
Des descriptions scientifiques quoiqu'informelles des poissons se retrouvent dans la tradition judéo-chrétienne. Les règles de l'alimentation casher interdisent la consommation de poissons dépourvus d'écailles et de nageoires. Les théologiens et les ichtyologistes débattent pour savoir si Saint Pierre et ses contemporains consommaient les poissons provenant de l'actuel lac de Tibériade : cyprinidae des genres Barbus et Migorex, cichlidae du genre Sarotherodon et Mugil cephalus (famille du Rouget).
La Renaissance
Vers 1480 (sans doute en 1486) — Juliana Berners, probablement prieure du couvent de Sopwell près de St Albans, fait paraître un ouvrage sur la chasse, la vénerie et la pêche.
Au cours d'une brève période s'étendant sur seulement quinze ans, durant le premier quart du , naquirent cinq savants qui allaient fondamentalement transformer l'histoire naturelle en Europe du Sud-Ouest et asseoir les bases solides de l'ichtyologie moderne. Classés selon leur année de naissance, ces précurseurs sont : Guillaume Rondelet (France, 1507–1566), Ippolito Salviani (Italie, 1514–1572), Conrad Gessner (Germano-Suisse, 1516–1565), Pierre Belon (France, 1517–1564) et Ulisse Aldrovandi (Italie, 1522–1605 ou 1607). Cette émergence simultanée de figures scientifiques majeures, accompagnée d'un grand nombre d'autres chercheurs de renom moindre, marque le plein essor de la Renaissance en Europe occidentale, période charnière où la convergence de forces intellectuelles et culturelles a profondément renouvelé la conception occidentale du monde. La naissance de l'ichtyologie moderne procède en particulier des écrits de trois d'entre eux : Ippolito Salviani, Pierre Belon et Guillaume Rondelet. Tous trois réalisent de vraies études exhaustives, ce qui n'avait jamais été fait. Leurs découvertes originales connaissent de ce fait un large succès, dans ce qui a parfois été appelé la « Période de l'érudition » d'après Cuvier.
Pierre Belon fait paraître L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture et description du daulphin, et de plusieurs autres de son espèce en 1551 et La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel en 1555. Le terme de poisson regroupe encore tous les animaux marins : de la baleine à l'otarie, du crustacé à l'anémone en passant par l'hippopotame ou la loutre et, bien sûr, les poissons.
En 1554, Salviani fait paraître son Aquatilium Animalium Historia, illustré par des gravures sur cuivre, l'un des premiers livres faisant appel à ce genre de procédé.
Rondelet fait paraître en 1554-1555 plusieurs livres sur la faune aquatique d'une très grande qualité scientifique. Il est notamment très critique sur les connaissances des auteurs anciens. Le De Piscibus Marinum de Rondelet est bien souvent cité comme l'ouvrage le plus influent ; il regroupe 224 espèces de poissons.
Valerius Cordus (1515-1544) voyagea en Italie en 1542. À Venise, il étudia l'ichtyologie de la mer Adriatique, et décrivit, d'une manière exacte, soixante-six espèces de poissons ; le manuscrit de ces descriptions tomba, plus de vingt ans après la mort de l'auteur, entre les mains de Conrad Gessner.
Gessner et Aldrovandi, non seulement consignèrent l'ensemble des connaissances qu'ils acquièrent par leurs observations personnelles sur les poissons, mais intégrèrent également dans leurs ouvrages majeurs les apports de leurs contemporains et les contributions de nombre d'écrivains précédents. Ces deux savants peuvent légitimement être qualifiés d'encyclopédistes, par leur démarche systématique de compilation et de synthèse du savoir ichtyologique disponible à leur époque.
À côté ses productions médicales et littéraires ainsi que des matériaux compilés pour son projet inachevé d'histoire naturelle des plantes et de sa monumentale « Bibliotheca Universalis », Gessner a laissé une œuvre majeure, son « Historia Animalium ». Cet ouvrage, rédigé en langue latine, a été publié progressivement à Zurich (Tiguri) entre 1551 et 1587. Ce corpus comprend quatre grands volumes in-folio totalisant 4500 pages, illustrées par des centaines de gravures sur bois, qui synthétisent l'état des connaissances mondiales, anciennes et contemporaines, relatives aux animaux connus à son époque. Ce travail comporte une section dédiée à la nature des poissons et des animaux aquatiques qui porte le titre suivant : « Historiae Animalium Liber IIII qui est de Piscium & Aquatilium animantium natura, Tiguri 1558 ».
La description d'Ulisse Aldrovandi des poissons de son cabinet de curiosités montre l'intérêt des premiers naturalistes pour la faune aquatique. L'œuvre majeure d'Aldrovandi porte le titre d'« Opera omnia ». Elle regroupe treize volumes in-folio de grande taille, publiés à Bologne (Bononia) entre 1599 et 1668. Seuls cinq, voire six tout au plus, parurent du vivant de l'auteur, décédé en 1605 ou 1607 ; les autres furent édités ultérieurement par divers héritiers intellectuels, notamment ses élèves, ses successeurs et d'autres amis. Tous ces ouvrages adoptèrent le format in-folio, orné de milliers de gravures sur bois. L'ensemble des Opera constitue la plus vaste histoire naturelle collective jamais éditée. Le volume concernant les poissons porte le titre suivant : « De piscibus libri V et de cetis lib. unus. Bononiae, 1613 ». La section spécifique traitant des poissons s'étend sur 668 pages in-folio, illustrées par des centaines de gravures sur bois généralement plus rudimentaires que celles réalisées par Belon. Bien qu'un certain nombre de figures et de descriptions concernent de nouvelles espèces de poissons méditerranéens, la majeure partie de l'ouvrage est constituée d'une compilation de données existantes, dépassant même dans cette entreprise celle observée chez Gessner.
On connaît, au début de ce siècle, un peu plus de espèces de poissons. Les progrès notables réalisés dans la navigation et la construction navale sont le point de départ d'une nouvelle pratique de l'ichtyologie. Durant cette période la plus riche en termes d'exploration et de colonisation, et sur la base de l'intérêt pour la navigation, l'histoire naturelle peut se développer.
Le naturaliste allemand Georg Markgraf (1611-1648), originaire de Saxe, écrit une Historia Naturalis Brasilae en 1648. Cet ouvrage est la première étude scientifique de cent espèces de poissons venant d'une autre région que la Méditerranée.
En 1680, Joseph-Guichard Du Verney (1648-1730) a disséqué 17 espèces de poissons en Bretagne pour étudier leur structure, les dessins étant exécutés par Philippe de La Hire (1640-1718) qui l'accompagnait.
En 1686, a lieu la publication par John Ray (1627-1705) de De Historia piscium de Francis Willughby (1635-1672) décédé quatorze ans plus tôt. Il s'agit d'une œuvre extrêmement importante, clarifiant la classification, jusque-là très embrouillée, des poissons. 178 espèces décrites étaient des découvertes récentes. 420 espèces y sont décrites dont près de 180 encore acceptées de nos jours.
Les principaux auteurs pré-linnéens Au commencement du , Joseph-Guichard Du Verney (1648-1730) participait au meilleur travail scientifique publié jusqu'alors sur la respiration des poissons.
Du naturaliste suédois Peter Artedi (1705-1735) sont publiés en 1738, par son ami Carl von Linné (1707-1778), ses deux livres manuscrits, Bibliotheca Ichthyologica et Philosophia Ichthyologica, qui fondent l'ichtyologie.
Jacob Theodor Klein (1685-1759) fait paraître Historia Naturalis Piscium (vers 1745) qui n'est guère qu'un catalogue suivant Rondelet.