Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) (en , Tanzim al-Qâ’ida fi-Bilâd al-Maghrib al-Islâmi, « l'Organisation d'Al-Qaïda aux Pays du Maghreb Islamique ») est un groupe armé et une organisation terroriste, d'idéologie salafiste djihadiste, née le . Avant son allégeance à Al-Qaïda, elle était connue sous le nom de Groupe salafiste pour la prédication et le combat, un groupe algérien issu d'une dissidence du Groupe islamique armé.
Si les racines du groupe se trouvent en Algérie, sa zone d'opération actuelle correspond à la région du Sahel, qui borde au sud le désert du Sahara, dans ses parties mauritanienne, malienne, burkinabè et nigérienne. Il est également présent en Tunisie et en Libye et se maintient dans le sud de l'Algérie.
Création Mokhtar Belmokhtar est un des principaux artisans du ralliement des djihadistes algériens à Al-Qaïda. Vers fin 1994 ou début 1995, ce dernier, alors chef dans le Groupe islamique armé (GIA), entre pour la première fois en contact avec Al-Qaïda, alors basée à Khartoum, au Soudan. Oussama ben Laden s'engage à fournir une aide aux djihadistes algériens, à condition que ces derniers adoptent une ligne plus salafiste et que le GIA cesse ses dérives « takfiri », adoptées par Zouabri et Zitouni. En 1998, Ben Laden envoie un émissaire en Algérie, Abou Mohamed al-Yamani, que Mokhtar Belmokhtar accueille personnellement, et le , à la demande d'al-Yamani, la majorité des brigades djihadistes algériennes quittent le GIA pour fonder le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).
Au début des années 2000, Belmokhtar cherche ensuite à obtenir la fusion du GSPC avec Al-Qaïda, notamment via Abou Mohamed al-Yamani. En 2001, ce dernier fait un nouveau voyage en Algérie, au sein des brigades de Belmokhtar, puis d'Abderazak el Para et fait un compte-rendu élogieux des djihadistes algériens. Il se rend à nouveau en Algérie en , rejoint el Para mais il est tué le près de Batna dans une attaque de l'armée algérienne, alertée par la CIA. Ben Laden soupçonne une trahison et suspend la fusion tandis que Belmokhtar se brouille avec les autres chefs du GSPC.
Le , en représailles à une série d'arrestations d'islamistes mauritaniens et en raison de la participation annoncée de l'armée mauritanienne à des manœuvres militaires coordonnées avec l'armée américaine dans le Sahara, Mokhtar Belmokhtar attaque la caserne militaire de Lemgheity, en Mauritanie. 17 soldats mauritaniens sont tués et 35 faits prisonniers, puis relâchés. L'attaque de Lemgheity a un certain retentissement du côté des djihadistes. Au nom d'Al-Qaïda, Abou Moussab Al-Zarqaoui, le chef d'Al-Qaïda en Irak, félicite notamment les pour leur victoire mais surtout celle-ci permet au GSPC de rétablir son rapprochement et Al-Qaïda.
En , Younous al-Mauritani, jeune mufti très respecté par les djihadistes, se rend en Afghanistan pour transmettre la lettre d'allégeance du GSPC à Al-Qaïda. Elle est acceptée par Ben Laden et le , le GSPC devient alors officiellement Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
Idéologie Comme Al-Qaïda, AQMI s'inscrit dans le salafisme djihadiste : son but est de mener le djihad contre : contre l'Occident — en particulier contre la France et les États-Unis — et ses alliés en Afrique du Nord. L'objectif final est l'instauration dans l'ensemble du monde musulman d'un califat régi par la charia.
Al-Qaida inventa donc une nouvelle forme de jihad, que l’on peut qualifier de « global » par opposition au jihad jusqu’à présent ancré sur la défense effective d’une terre et/ou d’une population, et désigné dès lors comme jihad « national » ou « local ».
Histoire 2007 Le , l'armée algérienne lance une vaste offensive aérienne et terrestre dans la wilaya de Béjaïa, pour éliminer des membres d'AQMI. L’ANP menait des opérations de ratissage depuis plusieurs mois, et mène cette opération avec le soutien de forces de la gendarmerie, de groupes de patriotes et de la BMPJ. Cette réaction de l'État algérien s'explique par la multiplication d'attaques isolées contre des positions de militaires algériens à l'automne précédent, dont certaines attribuées à AQMI. Selon certaines sources, quatre membres du GSPC auraient été éliminés (dont un combattant originaire de Boumerdès), et des membres importants du mouvement seraient désormais encerclés.
Série d'attentats en Algérie D'avril à décembre, l'organisation va commettre une série d'attentats visant le siège du gouvernement algérien, un cortège du président Bouteflika, le Conseil constitutionnel, le siège algérien du HCR, qui font plus d'une centaine de morts et de très nombreux blessés :
Le , il revendique deux attentats suicides à Alger, qui font 30 morts et plus de 220 blessés. Sans être rigoureusement formel sur les visées de ces attentats, Yazid Zerhouni, le ministre de l'intérieur, connu pour être au cœur de la décision politique en Algérie, estime pour sa part qu'ils sont « l'une des dernières manifestations de gens ne voulant pas que l'État fonctionne normalement ». Et d'ajouter dans une allusion à d'autres forces politiques hostiles à la politique du président algérien qu'« il y a peut-être d'autres intérêts, d'un autre type, que politico-religieux ». Dans cette hypothèse, ces attentats ne seraient qu'un épisode de plus de la lutte entre les clans de l'armée par le biais d'un groupe (le GSPC) dont de nombreux experts considèrent qu'il est, à l'instar des Groupes islamiques armés (ceux-là mêmes considérés généralement comme responsables de la vague d'attentats commis en France en 1995 et dont il a pris la suite), très largement infiltré par les services secrets algériens et peut-être français« les services de renseignements français et d’autres cercles bien informés savaient que de nombreux communiqués des GIA provenaient des bureaux du DRS, qui de surcroît quadrillait l’Hexagone de ses agents « islamistes » [...] Certes, on ne doit pas négliger le danger que pourraient représenter ces « fantassins du djihad ». Mais il n’y a guère de doute que les services français ont largement les moyens de surveiller au plus près leurs faits et gestes » - Par Omar Benderra, François Gèze, Salima Mellah, publié par Algeria-Watch, 23 juillet 2005. Commente un article du Monde daté 26 juin 2005.. Le , un attentat-suicide à Batna commis peu de temps avant l'arrivée du président Abdelaziz Bouteflika. L'explosion a fait 22 morts et 107 blessés Le , un attentat à Lakhdaria fait dix morts. Le , un double attentat à la voiture piégée fait soixante-sept morts à Alger.
Pertes parmi les hauts responsables d'AQMI Le , AQMI perd son numéro deux avec la mort de , alias Samir Moussaab lors d'un affrontement avec l'armée algérienne.
En , l'armée a affronté avec de l'artillerie lourde et des hélicoptères de combat des partisans d'AQMI dans la région de Yakouren, village situé à une centaine de kilomètres à l'est d'Alger, en Kabylie.
Le , les autorités confirment la reddition d'Hassan Hattab, une information déjà publiée le .
Le , Harek Zoheir, alias Sofiane el Fasila, un des plus importants lieutenants de l'« émir » Droukdal, est abattu par les forces de sécurité algériennes.
Réorganisation de la zone saharienne et première attaque en Mauritanie À l'été 2007, Abdelmalek Droukdel retire la charge d'« émir du Sahara » et de chef de la « région IX » à Mokhtar Belmokhtar, qu'il juge trop indépendant, et la remet à Yahia Djouadi, alias Abou Amar.
Droukdel divise la zone du Sahara en deux ; la première, comprenant le sud-ouest de l'Algérie et le nord du Mali et de la Mauritanie, va à Belmokhtar ; tandis que la seconde, comprenant le nord-est du Mali, le nord du Niger et l'ouest du Tchad, va à Abou ZeïdMarc Mémier, AQMI et Al-Mourabitoun : le djihad sahélien réunifié? IFRI, 6 janvier 2017.. Belmokhtar s'oppose à la décision du commandement d'AQMI d'implanter de nouvelles katiba dans le sud et rapidement une forte rivalité l'oppose à Abou Zeïd. Les désaccords avec ce dernier portent notamment sur la stratégie de financement ou sur les modes opératoires.
Belmokhtar prend la tête de la katiba Al-Moulathimin (Les Enturbannés). Le , trois hommes de la katiba de Belmokhtar attaquent un groupe de cinq touristes français et tuent quatre d'entre eux près d'Aleg en Mauritanie. Cette tuerie entraîne l'annulation du Paris-Dakar 2008.
2008 Début , les autorités françaises et algériennes font état de nombreuses menaces proférées sur le site salafiste al-Ekhlass, bien connu pour être un lieu de diffusion de communiqués, de vidéos et de messages sonores, utilisé par Al-Qaïda, par AQMI, par les groupes islamistes radicaux d'Irak, de Somalie et d'Afghanistan, mais aussi par toute une nébuleuse de farfelus et de fanatiques. Un certain Mourabit Mouwahed (le combattant de l'unité) appelle les islamistes à perpétrer le plus possible d'attentats en France afin de en s'attaquant à des mais aussi à des lieux symboliques comme le quartier de la Défense et la Tour Eiffel. Cette situation renvoie aux attentats de 1995, avec de février à juin, des écrits contre la France avec un passage à l'acte en juillet, Le Figaro du 11 janvier 2008.
2009 thumb|upright=1.3|Mokhtar Belmokhtar et des djihadistes à l'entraînement, vers 2010, probablement au nord du Mali.
À la suite de la perte de nombreux éléments importants (250 terroristes éliminés entre 2007 et 2009)« 250 terroristes éliminés en deux ans », L'Expression, 21 avril 2009, , Abdelmalek Droukdal doit promouvoir de nouveaux chefs à la tête de ses katibats.
Le , l'émir de la katiba El Feth, Omar Bentitraoui Antar, également connu sous le nom de guerre de Yahia Abou Khitma, est abattu par les autorités en plein centre-ville à Boumerdès. Le , Mourad Bouzid, 65 ans, infirmier de l'ex-GSPC et responsable de l'endoctrinement de jeunes recrues est tué par les forces algériennes dans la même ville« L’infirmier du Gspc abattu à Boumerdès », L'Expression, 17 février 2009, .
Le , un chef islamiste lié au mouvement terroriste en Algérie, Mourad Louzai, également connu sous le nom d'Abou Khitma, est abattu près de Dellys par les services de sécurité, Lacite DZ, 17 octobre 2009.
Le lundi vers 5 heures, à Cap Djenet, située à l’est de la wilaya de Boumerdès, un officier supérieur est tué et deux militaires blessés.
Le , le journal Euroinvestor indique la préparation d'une opération de grande envergure de quatre États riverains du Sahara pour traquer et neutraliser les combattants d'Al-Qaïda. L'Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie veulent empêcher l'implantation des islamistes dans la zone saharienne et les combattre avant qu'ils ne deviennent une réelle menace. L'opération décrite comme « imminente » n'aura toutefois jamais lieu.
Intensification des combats entre AQMI et l'armée malienne dans le nord du pays Le , un officier malien à l'origine de l'arrestation de nombreux militants islamistes, le lieutenant-colonel Lamana Ould Bou, est assassiné par balles à Tombouctou. Al-Qaïda revendique la responsabilité de l'attentat , L'Essor, 17 juin 2009.
Le , l'armée malienne attaque et détruit une base d'AQMI dans le nord du pays, dans la localité de Garn-Akassa, près de la frontière algérienne. L'offensive intervient deux semaines après l'annonce d'une contre de la zone sahélo-saharienne par un responsable du ministère de l'Intérieur malien. L'attaque visait l'"émir" Abdelhamid Abou Zeid, responsable de l'assassinat de l'otage britannique Edwin Dyer. Les militaires maliens annoncent l'élimination de 26 terroristes dont certains corps ont été retrouvés hâtivement enterrés par les survivants dans une fosse commune.
Dans la nuit du 4 au , l'armée malienne a attaqué lourdement des éléments d'AQMI dans la région de Tombouctou, dans le nord-ouest du Mali. Les forces d'AQMI ont riposté.
En juillet, AQMI prétend avoir tué 28 soldats en capturé 3 au cours d'une embuscade au Mali.
Augmentation des attaques en Mauritanie