Les Mèdes (en Mād-hā ; vieux perse Māda- ; grec ancien : Μῆδοι ; ) sont un ancien peuple qui vivait sur les terres de l'actuel Iran. Aux alentours de 1100 à , ils occupent la région montagneuse du nord-ouest de l'Iran et la région nord-est et orientale de la Mésopotamie située dans la région de Hamadan (Ecbatane). On pense que leur émergence en Iran s'est produite entre 800 et Au , tout l'ouest de l'Iran et certains autres territoires sont sous domination mède, mais leur extension géographique précise reste inconnue.

Bien qu'une place importante dans l'histoire du Moyen-Orient antique lui soit généralement reconnue, ce peuple n'a laissé aucune source textuelle permettant de reconstituer son histoire. Il n'est connu que par des sources extérieures, assyriennes, babyloniennes et grecques, ainsi que par quelques sites archéologiques iraniens, qui sont supposés avoir été occupés par des Mèdes.

Les récits relatifs aux Mèdes rapportés par Hérodote laissent l'image d'un peuple puissant, qui aurait formé un empire au début du qui dura jusqu'en , jouant un rôle déterminant dans la chute de l'empire assyrien et rivalisant avec les puissants royaumes de Lydie et Babylone. Toutefois, une réévaluation récente des sources contemporaines de la période mède modifie la perception que les chercheurs ont du « royaume mède ». Cet État demeure difficile à percevoir dans la documentation, ce qui laisse de nombreux doutes à son sujet, certains spécialistes proposant même qu'il n'y a jamais eu de royaume mède puissant. Il apparaît en tout cas qu'après la chute du dernier roi mède face à de Perse, la Médie est devenue une province importante et prisée des empires qui l'ont successivement dominée (Achéménides, Séleucides, Parthes et Sassanides).

Qui sont les Mèdes ? Les Mèdes sont un peuple iranien, qui s'est établi dans le Nord-Ouest de l'Iran actuel, entre les régions montagneuses du Zagros occidental et de l'Elbourz, Mazandaran méridional, vers les derniers siècles du . Ils y sont venus depuis l'Asie Centrale, sans doute en même temps que les Perses qui leur sont apparentés. Quand ils apparaissent dans la documentation textuelle, au milieu du , ils sont sans doute présents dans cette région depuis longtemps G. Windfuhr, « Dialectology and Topics », dans G. Windfuhr (dir.), The Iranian Languages, Oxon et New York, 2009, ..

Le nom actuel des Mèdes dérive du grec ancien Mêdos (). Les Assyriens parlaient du « pays mède », KUR Mada, Mata, ou Manda, et les Babyloniens les désignaient comme Ummān-manda. En raison de leur proximité avec les Perses, les auteurs grecs ont parfois eu du mal à les distinguer d'eux, comme en témoigne l'expression « guerres médiques », qui est une erreur de désignation.

Force est de constater que ce peuple reste insaisissable par les archéologues et historiens modernes, et en premier lieu pour ses traits culturels. Les sources assyriennes et grecques indiquent qu'ils occupaient une région située dans le centre-ouest de l'Iran actuel, bordée au nord par le pays des Mannéens, au sud par celui d'Ellipi, et à l'ouest par les territoires de l'Urartu et de l'Assyrie ; sa limite orientale est inconnue. Mais le fait que l'on retrouve des noms de lieux et de personnes iraniennes dans les régions voisines indique qu'il n'y avait pas d'homogénéité ethnique dans l'Iran occidental de cette période, des Mèdes pouvant se trouver sur une vaste zone. Il est probable que les groupes iraniens prennent un poids de plus en plus important durant la première moitié du ..

La langue mède L'origine et les caractéristiques de la langue mède font toujours l'objet de discussions. Peu de certitudes existent en l'absence de textes retrouvés dans cette langue et avec seulement quelques mots, toponymes, anthroponymes attribués à la langue mède, sa grammaire ne peut être reconstituée. Il est cependant clair qu'il s'agit d'une langue iranienne, proche du vieux-perse et présentée comme un ancêtre potentiel des langues iraniennes du Nord-Ouest modernes G. Asatrian, « Prolegomena to the Study of the Kurds », dans Iran & the Caucasus, 13/1, 2009, p. 21-22.. Certains passages d'auteurs grecs présentent des mots attribués au mède : ainsi, comparant les langues mède et perse, Hérodote mentionne le mot spaka (« chien »« τὴν γὰρ κύνα καλέουσι σπάκα Μῆδοι » (Hérodote I, 110) ; ce terme est à l'origine du mot russe actuel, собака (sobaka). Mentionné par Max Vasmer, Dictionnaire étymologique du russe, Heidelberg 1950-1958, article собака)., toujours présent dans les langues iraniennes actuelles telles que le kurde et le talysh, et différent du perse). On a aussi voulu identifier certains mots vieux-perses comme étant des emprunts au mède, notamment ceux concernant la politique, la guerre ou la religion ; par exemple : xšayaθia « roi », uvaspa- « avec de bons chevaux », zūra « le mal ». Le terme « satrape » a peut-être été repris par les Grecs à partir de sa forme mède (* xšaθra-pā) et non sa forme vieux-perse (xšaça) R. Schmitt, « Old Persian », dans R. Woodard (dir.), The Ancient Languages of Asia and the Americas, Cambridge, 2008, .. Des propositions de reconstitutions de racines mèdes à partir de mots du vieux-perse supposés empruntés au mède ont été faites. Les différences entre le vieux-perse et le mède sont de toute manière mal établies : la première est connue par des inscriptions royales, qui ont pu utiliser un langage différent de celui parlé par les Perses de l'époque, et elle est peut-être marquée par des emprunts importants au mède.

Les sites archéologiques mèdes thumb|left|Céramique grise exhumée à Jeiran Tepe, , Musée national d'Iran. thumb|upright=1.5|Localisation des sites archéologiques attribués aux Mèdes.

La culture matérielle des Mèdes est un peu mieux identifiée que leur langue, même si là aussi, des zones d'ombres et surtout beaucoup de doutes demeurentSynthèse sur l'archéologie mède dans D. Stronach, « Archeology ii. Median and Achaemenid », dans Encyclopædia Iranica Online, 1986 (accessible http://www.iranicaonline.org/). On a parfois voulu voir dans la « poterie grise » (gray ware) retrouvée dans des sites de la région de Gorgan et à Tepe Sialk pour la fin du une marque des « Proto-iraniens », voire des « Proto-mèdes » qui seraient arrivés dans la région à cette période. En fait, l'attribution d'un type de céramique à un groupe ethnique reste sujette à caution. Pour la période mède à proprement parler, les s, on débat donc toujours pour déterminer les traits matériels de la culture de ce peuple M. C. Root, « Medes and Persians: The State of Things », dans M. C. Root (dir.), Medes and Persians: Reflections on Elusive Empires, Ars Orientalis XXXII, Washington, 2002, .. R. D. Barnett a tenté d’identifier en 1962 des objets représentatifs d'un « art mède » R. D. Barnett, « Median Art », dans Iranica Antiqua 2, 1962, p. 77-95.. Il s'est en fait avéré qu'aucun des objets n'avait un contexte archéologique certain et ne pouvait donc être pris en compte comme témoignage artistique de la culture des Mèdes O. W. Muscarella, « Median art and Medizing scholarship », dans Journal of Near Eastern Studies 46, 1987, p. 109-127..

Les explorations archéologiques des sites de la région où se sont développés les Mèdes ont apporté plus d'éléments à la discussion, mais ne l'ont pas résolue, loin de là, étant donné qu'il n'y a jamais la certitude qu'un site fouillé a bien été habité par les Mèdes, sauf à la rigueur pour Ecbatane, mais aucun niveau d'époque mède n'y a encore été mis au jour S. C. Brown, « Ecbatana », dans Encyclopædia Iranica Online, 1997 (accessible http://www.iranicaonline.org/). .. Cela est de plus complexifié par le fait qu'on constate une certaine homogénéité artistique et architecturale chez les différents peuples de l'Iran du Nord-Ouest de cette période, qui rend parfois incertain et même improbable qu'un certain type d'objets ou de constructions puisse être attribué à un peuple précis. Il est donc impossible de parler d'un « art mède » avec certitude.

On en revient généralement à attribuer aux Mèdes des sites fouillés pour la période et la région dont on sait par les sources assyriennes qu'ils l'ont peuplée Synthèse sur l'art mède dans P. Calmeyer, « Art in Iran ii. Median Art and Architecture », dans Encyclopædia Iranica Online, 1986 (accessible http://www.iranicaonline.org/).. Les sites couramment considérés comme étant représentatifs des Mèdes et de leur culture sont tous situés dans la région de Hamadan, l'ancienne Ecbatane, donc dans la région dont les différentes sources s'accordent à faire le centre du peuplement mède : Godin Tepe, Nush-i Jân, Baba Jân et Tepe Ozbaki, auxquels s'ajoute Gunespan, plus récemment mis au jour R. Naseri, M. Malekzadeh et A. Naseri, « Gūnespān: A Late Iron Age Site in the Median Heartland », dans Iranica Antiqua 51, 2016, p. 103-139.. Ces petites forteresses témoignent de pratiques architecturales communes, fortement inspirées par celles de l'Anatolie ou de l'Urartu et préfigurant l'architecture achéménide, déjà attestées dans le Nord-Ouest de l'Iran dans le grand site de Hasanlu (attribué généralement pour cette époque aux Mannéens, peuple voisin des Mèdes) et présentant également des affinités avec Tell Gubbah dans le Zagros irakien et même Ulug Depe au Turkménistan D. Huff, « Palace Architecture », dans Encyclopædia Iranica Online, 2008 (accessible http://www.iranicaonline.org/). Le statut de Kerkenes Dagh, situé dans la province de Yozgat en Turquie, est débattu : certains veulent y voir la forteresse de Ptéria évoquée par Hérodote, contrôlée par le royaume mède à la suite de ses conquêtes dans l'Est anatolien G. D. Summers, « The Median Empire Reconsidered: A View from Kerkenes Daǧ », dans Anatolian Studies 50, 2000, , opinion loin de faire l'unanimité R. Rollinger, « Kerkenes Dag and the Median "empire" », dans ..

Godin Tepe, localisé près de Hamadan, a été habité dès la fin du Néolithique, et s'est développé en entretenant des rapports commerciaux avec l'Élam. Après une phase d'abandon entre la fin du et le début du , il est peuplé à nouveau par les populations iraniennes vers 750. Elles aménagent alors une forteresse en hauteur. Un puissant rempart protégeait la citadelle sur son côté nord. À l'est se trouve un arsenal. Au centre, une galerie à deux rangées de colonnes a été construite, conduisant sur les cuisines, et un édifice qui pourrait être un temple du feu. Le côté ouest comprend la partie principale de la forteresse, le palais. Il s'agit d'une grande salle hypostyle, où se trouve le trône du maître des lieux. Plus tard, une deuxième salle à colonnes, plus réduite, est bâtie à l'ouest. Ce site est probablement alors la résidence d'un roitelet mède. Il est abandonné au milieu du T. Cuyler Young Jr., « Godin Tepe », dans Encyclopædia Iranica Online, 2001 (accessible http://www.iranicaonline.org/). ..

Tepe Nush-i Jân est situé au nord de Hamadan. Il est bâti en hauteur sur une colline. La forteresse est divisée en quatre zones. Un « fort » est situé à l'ouest. On a retrouvé l'étage inférieur de cet édifice, qui comprenait des entrepôts. Un escalier atteste la présence d'un étage supérieur. À l'autre extrémité, un temple du feu a été bâti, avant d'être en partie recouvert par un édifice à colonnes. Entre le hall à colonnes et le fort, un second temple du feu a été érigé (voir plus bas). Au , les habitants du site recouvrent les édifices de pierres, sans doute dans le but de les préserver pour faire une réfection. Mais le site est alors abandonné..