thumb|181px|37 pays menacés de famine selon le FAO en 2007-2008. thumb|181px|Emeute de la faim depuis 2008.
La crise alimentaire mondiale de 2007-2008 a pour origine une forte hausse du prix des denrées alimentaires de base, plongeant dans un état de crise quelques-unes des régions les plus pauvres du monde et causant une instabilité politique et des émeutes dans plusieurs pays.
thumb|Diagramme du cours au niveau des exploitants agricoles du maïs, du blé et du soja aux États-Unis de 1990 à 2008, avec les prévisions jusqu'en 2016. Département de l'Agriculture des États-Unis, février 2007. thumb|Diagramme du volume en blé, grain entier, et soja de 1990 à 2008, et prévisions jusqu'en 2016. Département de l'Agriculture des États-Unis, 2008. thumb|Diagramme des réserves américaines pour le coefficient d'utilisation du soja, le maïs et le blé de 1977 à 2007, prévision jusqu'en 2016.Département de l'Agriculture des États-Unis, septembre 2007.
Constat de la flambée des prix agricoles Depuis le début de l'année 2007, les prix de bon nombre de matières premières agricoles et denrées alimentaires de base ont augmenté de façon significative sur les marchés internationaux.
Constats L'indice FAO des prix des produits alimentaires est passé de 139 à 219 entre et , les plus fortes augmentations concernant les céréales (indice 152 à 281) et les produits laitiers (indice 176 à 278)Situation Alimentaire Mondiale, FAO.
Parmi les hausses les plus significatives, on relève : Le prix du blé sur les marchés internationaux a quasi doublé entre et atteignant un record à plus de américains le boisseau US. Le prix du riz a atteint son niveau le plus élevé depuis dix ans. Dans certains pays, les prix du lait et du pain ont plus que doublé. Le soja atteint son prix le plus élevé depuis 34 ans en . Le prix du maïs a également augmenté de façon significative.
Selon Jacques Diouf, directeur général de la FAO, la facture des importations céréalières des pays les plus pauvres va augmenter de 56 % en 2008 après avoir augmenté de 37 % en 2007La facture céréalière des pays pauvres s'envole, les gouvernements tentent de limiter l'impact, 11 avril 2008, Rome, Presse de la FAO. Une hausse qui a .,
Prévisions
La FAO, organe spécialisé de l'ONU, a publié en une étude prévoyant une augmentation de 49 % du prix des céréales en Afrique, et de 53 % des prix des céréales en Europe, au cours du mois de .
Selon les « Perspectives de récoltes et situation alimentaire » - No. publiées par la F.A.O , il est estimé que, « sauf catastrophe climatique, la récolte mondiale de céréales atteindrait le chiffre record de , en hausse de 2,6 % par rapport à celle de 2007 ».
« L’utilisation mondiale de céréales devrait atteindre de tonnes en 2007/08, soit 2,6 % de plus que la campagne précédente. Cette progression relativement marquée (environ 1,6 % de plus que la moyenne sur dix ans) s’explique par l’utilisation accrue des céréales pour l’alimentation humaine et animale, ainsi que par une nette augmentation de l’utilisation industrielle. La consommation alimentaire de céréales devrait s'élever à de tonnes au total, soit environ 1 pour cent de plus qu’en 2006/07 ».[…]
« L’utilisation mondiale de céréales dans l’alimentation animale devrait augmenter de près de 2 % en 2007/08, pour atteindre au total 754 millions de tonnes. Cette augmentation serait imputable en grande partie à la forte progression de l’utilisation mondiale de céréales secondaires (maïs et sorgho notamment), qui devrait atteindre un volume record de 633 millions de tonnes, soit 2,8 % de plus qu’en 2006/07. »[…]
« L’utilisation industrielle des céréales progresse également.[…] Le secteur des biocarburants, en pleine expansion, est devenu l’une des principales sources de la demande ces dernières années. D’après les estimations, 100 millions de tonnes de céréales au moins sont consacrées de nos jours à la production de biocarburants, le volume du maïs représentant au moins 95 millions de tonnes, soit 12 % de l’utilisation mondiale totale. Le maïs est la principale céréale utilisée dans la production d’éthanol et les États-Unis sont les premiers au monde pour le secteur de l’éthanol à base de maïs. En 2007/08, les États-Unis devraient consacrer au moins 81 millions de tonnes de maïs à la production d’éthanol, soit 32 millions de tonnes de plus (37 %) que pour la campagne précédente ».[…]
« Les stocks céréaliers devraient tomber à leurs plus bas niveaux depuis plus de vingt ans. Compte tenu du renforcement de la demande et du déficit de la production céréalière mondiale en 2007 par rapport aux besoins d’utilisation, les stocks mondiaux de céréales au moment de la clôture des campagnes se terminant en 2008 devraient s’établir à tout juste 405 millions de tonnes, ce qui représente une perte de 22 millions de tonnes (5 %) par rapport à leurs niveaux d’ouverture déjà réduits, et le volume le plus faible enregistré depuis 1982. Cette dernière prévision est également inférieure de quelque 15 millions de tonnes au chiffre publié en décembre. Ainsi, le rapport entre les stocks céréaliers mondiaux et l’utilisation recule lui aussi de 1 pour cent par rapport au faible niveau de la campagne précédente, pour se chiffrer à 19,2 % seulement ».[…]
« Le commerce mondial des céréales devrait avoisiner 258 millions de tonnes en 2007/08, soit un nouveau record après le niveau exceptionnel de la campagne précédente ».
Déterminants de la flambée des prix Les économistes avancent des causes conjoncturelles et des causes structurelles, qui seraient les plus importantes, à la flambée des prix agricoles.
Origines de la crise La plupart des analystes s'accordent à fixer le début des manifestations de cette crise mondiale à 2007, mais ses racines et ses signes annonciateurs sont antérieurs. Ainsi Josette Sheeran, directrice du Programme alimentaire mondial estime que ces signes étaient visibles dès 2005 ou 2006 : « Un désastre alimentaire guette 14 millions de personnes », interview de Josette Sheeran, Le Monde, 27 juillet 2008.. La combinaison de deux facteurs a aggravé la crise : la consommation croissante de viande et de laitages, en Chine notamment (sachant qu'un kg de poulet, la viande qui est la plus efficiente en termes de transformation des protéines végétales en protéines animales, nécessite de protéines et céréales végétales) ; la dégradation et le recul des sols arables : dans les années 2005-2008, la Chine a perdu 1 million d'ha de terres arables par an, utilisés pour construire les logements qui accueillent les paysans de l'exode rural. L'équivalent d'une ville comme Paris est construite chaque mois en 2007-2008. Le prix du porc a fortement augmenté à la suite d'une zoonose, de porcs ont été importés par la Chine. La demande en porc augmente en Chine, ce qui implique de cultiver beaucoup de maïs (220 millions de tonnes de mais seront nécessaires en 2020, avec importées selon les prospectivistes), au détriment du soja qui fournissait les protéines traditionnellement consommées en Chine. En 2008, la Chine, la Corée du sud cherche à produire hors de Chine, en louant ou achetant des terres (Birmanie, Laos, Cuba, Brésil, Russie et Argentine). En 2008, des émeutes ont touché l'Argentine dont l'agriculture a été déstructurée par la surproduction de soja (25 % de ventes du pays) et sa taxation à l'exportation. La demande de soja pour les agro-carburants a aussi tendu le marchéÉmission d'Arte : Vers un crash alimentaire, ..
Causes structurelles Destruction de terres arables
Les surfaces arables du globe sont en réduction depuis plusieurs dizaines d'années sous l'effet de plusieurs facteurs : urbanisation des meilleures terres Faim dans le monde et stocks mondiaux, article publié par le MODEF en juillet 2007. (notamment en Asie), processus de désertification (notamment dans les régions du Sahel et en Australie, mais aussi en Espagne), impact du réchauffement climatique (augmentation du stress hydrique en Europe selon un rapport publié par le Parc naturel régional du Morvan en 2006Forêt et changements climatiques - IDF / CNPPF - P. Riou-Nivert, Séminaire forêt de la fédération des PNR - Saint-Brisson, 24 octobre 2006) et érosion des terres arables fragiles causée par la déforestation ou l'abus d'engrais Impact of Arable Land, étude publiée par l'International Institute for Applied Systems Analysis, Vienne, 1999.…
À l'échelle du globe, les pertes de surfaces arables sont estimées à une fourchette comprise entre et Loss of arable land par an (soit -à titre de comparaison entre 12 et 25 % du territoire français). Ce chiffre est estimé à plus de par B. Sundquist de l'Université du Minnesota dans son étude synthétique publiée en 2000, Topsoil loss - Causes, effects and implications: a global perspective TOPSOIL LOSS - CAUSES, EFFECTS, AND IMPLICATIONS: A GLOBAL PERSPECTIVE, B. Sundquist, de juillet 2007..
La politique d'augmentation de rendements (révolution verte, augmentation des intrants, etc.) formant une des causes de la destruction de terres arables et de la modification de la qualité des réseaux hydrauliques (et de diversité des zones de pêche), la question des impacts du progrès technique sont encore débattues : compenser la perte de surfaces arables ? ou au contraire, accélérer le processus de destruction ? Ainsi, l'agronome Claude Bourguignon établit dès les années 1970, le lien entre fertilisation par engrais minéraux et déstructuration biologique des sols.
Cependant jusqu'ici . De forts gains de rendement sont généralement jugés encore possibles.
Ainsi globalement, selon les statistiques de la F.A.O. les taux d'augmentation de la demande et de la production dans les pays en développement ont été très proches, passant respectivement d'environ 3 et 2,8 % par an pendant la période 1970-1979 à environ 4,1 et 3,9 % en 1990-1997.
Phénomènes climatiques
Divers éléments climatiques expliquent la faiblesse de récoltes dans de nombreuses parties du monde en 2007. Ainsi des sécheresses (Roumanie, Lesotho, Somalie, Ghana), des inondations (Équateur, Bolivie, Sri Lanka) ou un hiver particulièrement rude (sud de la Chine, Argentine)Countries in crisis requiring external assistance, Crop Prospects and Food Situation, avril 2008.
Augmentation des prix du pétrole Le quasi quadruplement du prix du pétrole depuis 2003, de à le baril a augmenté considérablement le coût des fertilisants et des pesticides, qui en majorité, requièrent l'utilisation de pétrole ou plus souvent du gaz naturel (dont le prix est lié à celui du pétrole) pour leur fabrication. De plus le coût de production des matières agricoles inclut également les frais liés à l'utilisation des machines agricoles et à leur transport.
Augmentation de la demande Un autre facteur systémique a été l'augmentation de la demande en raison d'un régime alimentaire plus riche dû à l'explosion des classes moyennes, en Inde et en Chine entre autres ; qui est venu s'ajouter à la hausse de la population mondiale d'environ 1,2 % par an. La consommation de viande, en hausse, a provoqué un détournement des zones cultivées au profit de l'élevage, plus lucratif, et au détriment des cultures des aliments de base traditionnels. Pour avoir un ordre de grandeur, en 1990 les classes ou couches moyennes représentaient 9 % de la population en Inde et 8,6 % de la population chinoise, tandis qu'en 2008 elles atteindraient près de 30 % et 70 % de leur population respective. Les Chinois consomment ainsi cinq fois plus de viande en 2005 qu'en 1980Dominique Baillard, Comment le marché mondial des céréales s’est emballé, Le Monde diplomatique, mai 2008 (il faut trois kilogrammes de grains pour faire un kilogramme de volaille, le double pour un kilogramme de bœuf).