vignette|Peintures rupestres préhistoriques au Zimbabwe.

L'histoire du Zimbabwe remonte à l'âge de la pierre, époque des plus anciennes traces de peuplement humain. L'existence d'anciennes civilisations développées durant la seconde moitié du Moyen Âge est attestée par des vestiges archéologiques d'importance.

Les Portugais sont les premiers Européens à s'aventurer dans le territoire au , mais c'est seulement à partir de 1890 que la colonisation commence, bien après le Mfecane (migrations forcées de populations africaines). La région, alors sous influence britannique (en grande partie contre l'expansion boer), prend alors le nom de Rhodésie du Sud jusqu'en 1965, puis, après l’indépendance de la Rhodésie du Nord devenue Zambie, de Rhodésie jusqu'à la fin du régime ségrégationniste.

Le , la Rhodésie devient un État indépendant sous le nom de Zimbabwe (« Maison de pierre » en shona), en référence à la cité du même nom Richard Tufnell, The Great Ruins of Zimbabwe – a personal view, in STONECHAT, numéro 29 (été 2013) de la revue publiée par la branche des Galles du Nord de l'association britannique ..

Anciennes civilisations

Liste de sites archéologiques en Afrique australe

Les Khoïsan sont les plus anciens habitants du pays et leur présence attestée en Afrique australe remonte à plus de avant le début de notre ère. Essentiellement des agriculteurs, leur présence est attestée par les œuvres picturales préhistoriques visibles dans quantité de sites de la région.

Les premiers artisans du fer et agriculteurs de type bantous sont les (300-600), arrivés d'Afrique centrale vers 500 sur le site du futur « Grand Zimbabwe ».

Entre le et le , les et leurs successeurs mettent en œuvre les techniques d'extractions de l'or et produisent quantités d'objets en céramiques, des bijoux, des sculptures en stéatite et des étoffes de bonne qualité. Ces groupes, avant tout des éleveurs de bétail en enclos, dominent les groupes San antérieurs forcés à émigrer vers l'ouest ou à être réduits en esclavage.

Entre le et le , une civilisation édifie le monument de pierre de « Grand Zimbabwe », à l'origine de la civilisation shona, même si le monument a longtemps fait l'objet de polémiques sur son origine. Les fondateurs du « Grand Zimbabwe », près de Masvingo, sont sans nul doute des bantous entretenant des contacts commerciaux avec les commerçants arabes de la côte orientale de l'Afrique, plus particulièrement ceux établis dans l'actuel Mozambique. La cité elle-même de Grand Zimbabwe devait accueillir jusqu'à et son organisation sociale était structurée autour d'un roi, d'une caste dirigeante et d'une armée. L'influence de cette dynastie décline soudainement au cours du sans doute sous l'influence de la surpopulation, de l'épuisement des pâturages, de la contestation populaire et de la fragmentation du royaume.

Vers 1420, des membres issus de la civilisation de Grand Zimbabwe fondent un état shona plus au nord, le royaume du roi Mwene Mutapa (1400c-1450c) (« Le Grand Maraudeur »), connu sous le nom de Monomotapa, qui va prospérer jusqu'en 1629 alors qu'une autre dynastie, les , s'établit à Khami.

Vers 1440, l'empire du Monomatapa sous le règne du roi Mutota s'étend à peu près sur le plateau de l'actuel Zimbabwe mais aussi sur une partie non négligeable de l'actuel Mozambique. Les ressources de cet empire reposent essentiellement sur le contrôle des routes commerciales qui le relient à la côte et sur les industries premières (or, fer, cuivre, ivoire, coton, agriculture) dont les produits d'extraction sont revendus aux commerçants arabes et swahilis.

Le royaume shona des émerge vers 1480, est considéré comme le successeur direct du « Grand Zimbabwe », et a prospéré surtout grâce au commerce du bétail et de l'or.

Les empires du Zimbabwe (1450c-1850c)

Au début du , les Portugais installent des établissements le long de la côte mozambicaine. Plusieurs escarmouches ont lieu entre les natifs de l'intérieur et les contingents militaires envoyés dans la colonie du Mozambique. Les négociants portugais et swahilis parviennent également à jouer des rivalités entre tribus pour tenter de s'imposer et de s'emparer de tout l'or possible.

En 1629, le roi Mwene Mutapa Kapararidze échoue à fédérer les tribus indigènes contre les Portugais. Il est déposé et remplacé par Mwene Mutapa Mavura, un vassal à la solde des Portugais. À la suite de plusieurs renversements d'alliances et de rébellion, en 1690, les Portugais, qui ont investi le plateau rhodésien, sont finalement expulsés par les troupes du Monomatapa. Mais le domaine de l'ancien empire est dorénavant limité à la vallée du Zambèze. Ainsi fragilisé, il s'effondre définitivement à la fin du , victime des raids britanniques et portugais, alors que la dynastie Torwa est absorbée en 1684 par le clan Changamire, lequel fonde l'empire rozvi.

Ce nouvel empire rozvi surgit ainsi sur les décombres du royaume de Butua de la dynastie Torwa, représentant près de la moitié du Zimbabwe actuel. Celui-ci va s'effondrer à son tour au milieu du , victime indirecte des guerres zoulous menées au Natal et dans le futur Transvaal.

Grand Zimbabwe (1220c-1450c) Empire du Monomotapa (1430-1760), ruines de Royaume de Butua (1450c-1683c), Khami, capitale thorwa., , ruines de et Naletale Empire rozvi (1684-1866) Mfecane (1810-1850), migrations forcées consécutives à la montée zulu

Invasion Ndébélé (1823) vignette|Mzilikazi, le roi des Ndébélés. En 1823, Mzilikazi, chef du clan Xumalo et lieutenant du roi zoulou Chaka entre en rébellion contre son monarque. Condamné à une mort certaine, il parvint à fuir le Zoulouland avec sa tribu. Après avoir gagné le Mozambique, il traverse les terres du futur Transvaal, poursuivi par les Impis du roi zoulou. Sa fuite le conduit dans le futur Botswana où il rencontre le missionnaire Robert Moffat avec qui il se lie d'amitié. Puis Mzilikazi continue vers le nord, jusque dans l'actuelle Zambie. Sur son passage, il pille, massacre et assujettit les populations locales. La réputation de Mzilikazi lui attire de nombreux guerriers qui rejoignent son armée ndébélé (« ceux qui disparaissent sous leurs longs boucliers »). Refoulé de Zambie par la nation Kololo, il finit par s'établir définitivement dans le sud-ouest de l'actuel Zimbabwe vers 1840. C'est près des collines « Amatobos » (« les crânes chauves ») qu'il installe sa capitale, . 100px|vignette|David Livingstone. Ses troupes mettent un terme définitif à l'empire rozvi (déjà moribond depuis les raids des armées ngunis de Soshangane et Zwangendaba en 1834), assujettissent les tribus locales shonas et imposent le mode de vie zoulou aux quatre coins de son nouvel empire du Matabeleland (Matabéléland). C'est alors un État militaire centralisé sur le modèle de celui fondé par Chaka. Il parvient ainsi à repousser les incursions boers entre 1847 et 1851 et signe un accord de paix et de reconnaissance mutuelle avec la république sud-africaine du Transvaal en 1852.

En 1854, l'explorateur David Livingstone (1813-1873) découvre les chutes Victoria. Il tente quelques années plus tard de remonter le cours du fleuve Zambèze. L'expédition, qui dure de mars 1858 à la mi-1864, se solde par un échec et la mort par dysenterie de sa femme, le .

En 1859, Mzilikazi autorise Robert Moffat (1795-1883) et son fils (1835-1918) à fonder non loin de Bulawayo une mission pour le compte de la Société missionnaire de Londres. Il refuse cependant la conversion au christianisme.

Le , Lobengula (1845c-1894) succède à son père après avoir écarté ses rivaux. Il est couronné le et déplace la capitale du Matabéléland à Bulawayo. Le début de son règne est marqué par l'influence européenne dont il adopte le style vestimentaire. Mais dans les années 1880, les relations avec le gouvernement britannique se détériorent, l'amenant à revenir à sa culture d'origine.

C'est dans les années 1870 que plusieurs aventuriers européens explorent les territoires ndébélés et shonas. Frederick Selous (1851-1917) découvre d'anciennes mines d'or, le peintre Thomas Baines (1820-1875) découvre de l'or au Mashonaland et Adam Render (1822-1881) révèle au monde l'existence des ruines du « Grand Zimbabwe ».

Ndébélés du Nord : Matabeleland Shonas : Mashonaland, Manicaland

Rhodésie du Sud (1890-1965)

Colonisation sous le régime de la BSAC (1890-1922) vignette|La Pioneer Column de 1890. vignette|Cecil Rhodes. vignette|Sépulture de Cecil Rhodes aux monts Matobo.

En 1888, le roi ndébélé Lobengula (1845c-1894), abusé par ses conseillers anglophones, concède (par la Concession Rudd) des droits miniers à la British South Africa Company (BSAC) de Cecil Rhodes (1853-1902), sur les territoires du Matabeleland, au sud du fleuve Zambèze. , il paraphe en fait l'annexion de son royaume. La BSAC obtient ensuite du gouvernement britannique une charte l'autorisant à administrer les territoires conquis en Afrique australe.

En 1890, la , dirigée par Leander Starr Jameson (1853-1917) et conduite par Frederick Selous (1851-1917), débute l'entreprise de colonisation avec la fondation de Fort Salisbury, future ville de Harare, capitale du pays.

En novembre 1893, les troupes ndébélés de Lobengula, entrées en guerre contre les Britanniques, sont vaincues. Bulawayo, la capitale Ndébélé, incendiée par Lobengula en fuite, est prise et pillée. Le roi ndébélé décède six mois plus tard de la variole.

En 1895, les territoires gérés par la BSAC sont alors divisés en Zambézie du Nord et Zambézie du Sud. La première est ensuite partagée pour devenir la Rhodésie du Nord et le Nyassaland alors que la seconde prend le nom de Rhodésie du Sud. Leur nom de baptême rend hommage à Cecil Rhodes.

En janvier 1896, les ndébélés déclenchent la « Chimurenga » (rébellion ou guerre de libération) pour protester contre leurs conditions de vie imposées par les Britanniques. À la suite d'une vague de crimes sans précédent contre les Blancs des districts isolés du Matabéléland, les colons se réfugient dans les enceintes de Bulawayo, Gwelo, Belingwe et Tuli. En juin, le Mashonaland est gagné par la révolte. Les troupes impériales britanniques, stationnées ordinairement au Natal, sont chargés de dégager Bulawayo et les villes assiégées. Sous les pressions du gouvernement de Londres, Rhodes, résistant à l'appel à l'extermination demandé par les colons, vient en personne, au milieu des collines de Matopos, négocier un armistice avec les chefs Ndébélés le . Deux mois plus tard, la paix est signée. Les shonas continuent de résister mais en vain.

Par ordre en conseil du , un conseil exécutif et un conseil législatif sont créés pour concilier les intérêts des colons et de la BSAC.

Par ailleurs, des réserves (zones territoriales réservées à un peuple autochtone) sont créées à l'usage exclusif des indigènes, avec interdiction d'intrusion de tout Européen à l'exception des autorités civiles et des missionnaires. Ces derniers approuvent cette ségrégation territoriale car ils y voient des « terres de mission » où ils peuvent construire des écoles, des dispensaires, des hôpitaux, des fermes, des églises et enseigner la religion du Christ.

En 1902, Cecil Rhodes meurt au Cap. Il est enterré sur les monts Matobo, près de Bulawayo, salué par des centaines de guerriers matabélés.

En 1914, la charte de la BSAC arrive à terme. Les colons parviennent à ce qu'elle soit renouvelée pour dix ans avec une clause réservée prévoyant l'autonomie des territoires avant la fin de la décennie.