Jacques Morlanne (ou souvent écrit Morlane), alias de Henri Fille-Lambie, né le à Vaillant (Haute-Marne) et mort le à Toulon (Var), était un colonel de l'Armée française. Officier de l'Armée de l'Air, il rejoignit la Résistance au sein de l'Organisation de résistance de l'Armée (ORA) puis du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), les services secrets de la France libre. En 1945, il participa aux débuts de la guerre d'Indochine au sein de la Force 136.
En 1946, de retour en France, il crée puis dirige jusqu'en 1957 le Service Action des services secrets français, le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE).
Une carrière militaire Henri Jean Fille-Lambie est né le à Vaillant (Haute-Marne). Son père Jean Fille-Lambie, né vers 1872, originaire du Sud-Ouest de la France, était un sergent du génie ayant servi notamment à Madagascar qui avait été nommé receveur des postes et communications de Vaillant en 1906. Sa mère, Clémence, Marie, Jeanne Haudeville était originaire de Morlanne, alors dans les Basses-Pyrénées. .
Il choisit de s'engager dans l'Armée de l'air en 1927. Le , il est promu sous-lieutenant d'active, en provenance du corps des sous-officiers administratifs. En parallèle, il poursuit ses études et est auditeur de l’École pratique des hautes études en 1936-1937. . Deux ans plus tard, il est en poste au centre d'aviation de Nancy, à l'aérodrome de Nancy-Malzéville (Meurthe-et-Moselle).
La Résistance il devient membre de l'Organisation de résistance de l'Armée (ORA) et officier de transmission de l'état-major de l'ORA pour la zone Nord.
Il est affecté au 1er régiment de chasseurs parachutistes mis sur pied en Afrique française du Nord à partir de .
Le , le capitaine Fille-Lambie rejoint Londres. Il devient un agent du BCRA et du Special Operations Executive (SOE), le service secret britannique.
Le , sous le nom de guerre « Jacques Morlanne »Peter Harclerode, Fighting Dirty, Cassell paperbacks, 2001, 225.) (Morlanne étant le village d'origine de sa mère) il est déposé par un avion Hudson du squadron, sur le terrain de pick up de Soucellesterrain utilisé par Henri Déricourt à 1 kilomètre au sud-est de Soucelles, au nord-est d'Angers. L’opération est organise par le SOE et son agent Henri Déricourt. Il croise sur le terrain et salue François Mitterrand qu'il avait connu à Vichy et qui part à LondresAux Services de la République: du BCRA à la DGSE - Claude Faure, 2004.
Morlanne, qui prend le pseudonyme de « Ligure », est chargé de seconder le colonel Coste à la tête du réseau Jean-Michel.
Le créateur du Service Action Service action en Indochine En , il est affecté par la Direction générale des études et recherches (DGER) à Calcutta pour diriger à partir du le service Action de la Section de Liaison Française en Extrême Orient dirigée par le colonel Joseph Roos qui dépend de la Force 136, une unité du Special Operations Executive formée par les Britanniques pour encadrer les maquis dans les territoires d’Asie occupés par les Japonais et y mener des actions subversives.
Création du Service Action De retour en France, il crée en 1946, à partir d'un fichier de tous les anciens volontaires spéciaux des unités aéroportées, le noyau du Service Action du SDECEMinistère de la Défense, Service historique de la Défense, Département de l'innovation technologique et des entrées extraordinaires, Bureau des témoignages oraux, Histoire orale. Inventaire analytique de la sous-série 3K, tome III, par Sébastien Laurent, Hervé Lemoine, Marilyne Morais, Stéphane Simmonet, Guillaume Zeller. Château de Vincennes, 2005. 137 (version avec erreur de pagination) .
Création du choc
Au printemps 1947, il envoie le capitaine Edgar Mautaint, pseudonyme de Bob Maloubier, à Mont-Louis pour animer et entraîner le bataillon parachutiste de choc, bras armé du Service Action du SDECE, qui sera par la suite dirigé par Paul Aussaresses. Avant de rejoindre Montlouis, Mautaint rédige de nombreuses notes sur l'enseignement reçu au SOE, afin de préparer celui des futurs agents du Service ActionMinistère de la Défense, Service historique de la Défense, op.cit.,
Morlanne demande ensuite à Paul Aussaresses, qui arrive au Service Action en , tandis que les effectifs augmentent, de remplacer Mautaint, avec pour mission, selon les mots d'Aussaresses, de « mener ce qu'on appelait alors la “guerre psychologique”, partout où c'était nécessaire, et notamment en Indochine (...) Je préparais mes hommes à des opérations clandestines, aéroportées ou non, qui pouvaient être le plasticage de bâtiments, des actions de sabotage ou l'élimination d'ennemis... Un peu dans l'esprit de ce que j'avais appris en Angleterre. » Entretien avec Marie-Monique Robin cité in , 2008, chap. IV, À son retour d'Indochine, en 1952, Aussaresses fut chargé par Morlanne d'éliminer ceux qui soutenaient la rébellion algérienne. Dans son livre Pour la France : Services spéciaux 1942-1954, il raconte que « Morlanne était persuadé qu'une invasion soviétique était imminente et il s'était occupé de créer des dépôts d'armes secrets sur le territoire pour que, le moment venu, une résistance puisse s'organiserPaul Aussaresses, Pour la France : Services spéciaux 1942-1954, Editions du Rocher, 2001, , cité in chap. VI, . »
Développement du Service action De retour en France au printemps 1949, Maloubier reçoit ordre de Morlanne de former à l'action de futurs agents de renseignements issus d'Europe de l'Est en vue d'infiltrations potentiellesMinistère de la Défense, Service historique de la Défense, op.cit., . C'est le début de l'opération Minos. Le centre d'instruction est basé à Saint-Germain-en-Laye sous couverture du CIRVP (Centre d'instruction des réserves volontaires parachutistes).
Sur proposition de Maloubier, Morlanne le charge ensuite de constituer un corps de nageurs de combat, et l'envoie en à Portsmouth chez les Royal Marines, lesquels se montrent un peu réticents pour enseigner leurs techniques. Le Centre d’Intervention par Opérations Amphibies (CIOA) d'Arzew — situé en Algérie, il sera le lieu du Centre d'instruction à la pacification et à la contre-guérilla (CIPCG) de Marcel Bigeard, créé en 1957 — commandé par André Patou est choisi comme base d'entraînement pour cette nouvelle unité amphibie.
Action en Algérie Dès le début de la guerre d'Algérie, Mautaint est sollicité par Morlanne pour neutraliser les soutiens du FLNMinistère de la Défense, Service historique de la Défense, op.cit., .
Fin de carrière
À la fin de la guerre d'Algérie, il décide de prendre sa retraite. Selon Paul Aussaresses, son départ est lié au recrutement de l'ancien malfaiteur Jo Attia par le SDECE. Attia, détenu à Tanger, est menacé d'extradition par les autorités espagnoles qui le soupçonnent d'être impliqué dans un attentat contre Allal El Fassi. Attia fait savoir qu'il a des révélations à faire sur un double meurtre commis à Montfort-Lamaury; il est aussitôt extradé vers la France où il comparaît devant un juge d'instruction auprès duquel il fait état de son appartenance au SDECE. L'information remonte jusqu'au Garde des Sceaux qui proteste auprès de Pierre Boursicot, directeur général du SDECE, lequel limoge Jacques Morlanne. Le , ce dernier est remplacé par Robert Roussillat à la tête du service Action.
Il décède à Toulon le , dans sa soixante-neuvième année.
Marié à Thèze (Pyrénées-Atlantiques) en 1931, il a un fils Michel Fille-Lambie, pilote de chasse et à la Patrouille de France. Son petit-fils, Thierry Caspar-Fille-Lambie, fut pilote de C-160 Transall, général d'armée aérienne et ancien patron du CDAOA (commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes).
Notes et références
Catégorie:Résistant français Catégorie:Colonel français Catégorie:Service de documentation extérieure et de contre-espionnage Catégorie:Naissance en mai 1909 Catégorie:Naissance en Haute-Marne Catégorie:Décès en janvier 1978 Catégorie:Décès à Toulon Catégorie:Titulaire de la médaille de la Résistance française avec rosette Catégorie:Militaire français de la guerre d'Algérie Catégorie:Décès à 68 ans