Moynat est un des plus anciens malletiers français. Son premier atelier a été fondé en 1849 par les artisans layetiers-emballeurs Octavie et François Coulembier. Ils s'associent plus tard à la marchande Pauline Moynat, qui a ouvert une boutique avenue de l'Opéra. La maison a été l'un des principaux noms de la maroquinerie de luxe de son époque. Connue pour son savoir-faire traditionnel dans la réalisation des articles de voyage sur mesure, le malletier est devenu célèbre notamment grâce à ses créations destinées au monde automobile, ainsi que ses innovations, qui ont rendu les malles plus légères et imperméables, et ses participations remarquées aux expositions universelles. La société actuelle porte le nom de Moynat Paris Sas.
Histoire La rencontre entre deux familles La maison Moynat est née de la rencontre entre Pauline Moynat, une marchande d’articles de voyage installée dans le quartier de l’Opéra, et la famille Coulembier, des artisans issus des faubourgs du nord de la ville.
Issus de la tradition des layetiers-emballeurs, Octavie et François Coulembier créent, en 1849, leur premier atelier. Ils s'associent ensuite avec la marchande Pauline Moynat pour ouvrir ensemble leur maison de vente en 1869. Installée au 5 place du Théâtre-Français (aujourd'hui place André-Malraux) et à l’angle d’une avenue de l’Opéra encore en construction – et dont elle est historiquement le plus ancien magasinL'Illustration. – l’adresse est au cœur du nouveau Paris. La petite place formait, avec la Bourse et la Gare Saint-Lazare, ce qui allait devenir le triangle d'or de l’époque. Moynat y restera plus de cent ans.
La maison de vente était une référence pour les Français et les étrangers de passage par Paris à la recherche d’articles de voyage. Elle innove en commercialisant des sacs de dame dans le même endroit que les articles de voyage.
Trois générations portent le destin de la maison thumb|Les frères Coulembier, directeurs de Moynat, 1906. La collaboration de Pauline Moynat et la famille de fabricants commence avec François Coulembier, et se poursuit avec ses fils Jules Ferdinand, Edmond, Louis et Maurice. Les Frères Coulembier, comme on les appelle, deviennent très vite figures incontournables du petit monde des articles de voyage parisien. En 1885, représentés par Jules Ferdinand, ils rachètent toutes les parts de la maison Moynat.
En 1910, les fils de Jules Ferdinand, nommés également Louis, Jules et Maurice, vont rejoindre la société, qui devient Jules Coulembier Aîné & ses fils. La maison connaitra son apogée sur égide des petits-fils du fondateur, qui la mettent sur le devant de la scène lors des expositions universelles du début du siècle et profitent l’essor de l’automobile pour devenir une référence dans le domaine des bagages pour ces nouveaux véhicules.
L’affaire restera entre les mains des frères Coulembier jusqu’en 1976.
Moynat après l’ère Coulembier
Moynat ferme sa maison de vente du 5 place du Théâtre Français en 1976, mais ses malles continuent à voyager. Au début des années 1980, la famille Scholl reprend les droits sur la marque Moynat qu'elle exploite via la société Malles et Voyages. En 1989, la société Malles et Voyages est rachetée par Orcofi, la holding de la famille Vuitton qui vient de céder la majorité de ses parts dans LVMH. Henry Racamier, qui dirige Orcofi, projette de relancer Moynat pour concurrencer Louis Vuitton. En 1996, la holding Orcofi est cédée à AXA, ses actifs sont démantelés et les ambitieux projets de relance pour Moynat ne verront finalement pas le jour.
Début 2009, les droits sur Moynat seront repris par une société d'investissement luxembourgeoise, Luvanis, qui les cédera au Groupe Arnault en .
Les fabriques thumb|left|L'Usine-Fabrique Moynat rue Coysevox en 1907. Les premières malles Moynat sortent des ateliers situés dans le quartier des Batignolles (au 65 rue Balagny, actuelle rue Guy-Môquet, et au 13, rue Capron), le quartier de résidence des Coulembier. En 1907 les Coulembier commencent à bâtir une fabrique-modèle au 15 rue Coysevox, proche de la butte Montmartre. La construction de l’immeuble dure plus de trois ans. Installée dans un bâtiment de 4 étages et ², cette fabrique fait travailler plus de 250 ouvriers, la plupart des artisans spécialisés, qui réalisent toutes les malles Moynat. Pour la première fois à Paris on retrouve tous les savoir-faire des malletiers réunis dans un même endroit.
Innovation thumb|Publicité Moynat parue dans L'Illustration, 1914. L’histoire de la Maison Moynat est marquée par l'innovation. Une des premières et la plus emblématique a été l’utilisation de la gutta-percha pour la fabrication et le doublage des malles, coffres et étuis à chapeaux. Ce matériau isolant issu d'un arbre originaire de Singapour, impressionne par sa malléabilité et la facilité avec laquelle il se prête à toutes les formes, mais surtout par son étanchéité.
Bien plus rigide et résistant que le caoutchouc, son cousin moins noble, il est complètement étanche – donc invulnérable au froid et à l'humidité – et n'est conducteur ni de l'électricité ni de la chaleur. Ces caractéristiques inspirent la maison Moynat à l'utiliser pour recouvrir, à l'aide d'un fer chaud, l'intérieur et l'extérieur des articles. L'invention, dont le brevet a été déposé le , rend ses malles complètement imperméables et provoque une petite révolution dans le monde du transport d'objets. À tel point que lors des Expositions Internationales et Universelles de BruxellesComité Français des Expositions à l'Étranger, Groupe XV classe 99, industrie du caoutchouc et de la gutta-percha, exposition universelle et internationale de Bruxelles 1910, Georges Vuitton rapporteur en 1910 et GandComité Français des Expositions à l'Étranger, Groupe XV classe 99, industrie du caoutchouc et de la gutta-percha, exposition universelle et internationale de Gand 1913, Lamy-Thorrilhon rapporteur en 1913, la section française crée dans son pavillon un groupe pour le secteur du voyage nommé « Groupe industrie du caoutchouc et de la Gutta-Percha, objets de voyage et de campement ».
Moynat est la première à développer en France, en 1870, la malle osier (connue comme malle anglaise). Inspirée des modèles britanniques elle est composée d'une armature en osier, recouverte d'abord de cuir, puis d'une toile vernie de gutta-percha la rendant plus étanche. Cette malle, dont la mise au point a demandé l'implication d'artisans vanniers et maroquiniers au sein des ateliers Moynat, constituait une solution pour les voyageurs craignant la limite de poids imposée dans les trains français. Très légère (pesant à partir de ), elle sera prisée par les voyageurs ne souhaitant pas payer d'excédent de bagages.
En 1889 Jules Coulembier perfectionne un nouveau système de malles légères. Ce dispositif est constitué d'une combinaison de lames en bois et de lames métalliques entrecroisées, qui rendent les nattes des parois des fûts (le corps de la malle) plus légères, tout en conservant la robustesse qui caractérise les produits de la maison.
En 1910, toujours confrontée aux limitations de poids touchant les bagages dans les trains imposées par les autorités françaises, le malletier accomplit un nouvel exploit avec la malle extra-légère et incassable. Véritable prouesse pour l'époque, cette malle, couverte de tissu de jonc, est constituée d'un bâti extra-rigide, robuste mais léger. L'innovation principale tient à la disparition des cerceaux en bois courbé, employés jusqu'à présent pour cercler ce type d'objet, réduisant ainsi considérablement le poids final.
La Maison Moynat invente également plusieurs dispositifs de sécurité pour ses malles. Une de ses premières inventions dans ce domaine a été le développement d’un système de caches et de poches dissimulées dans un double fond ou sous les parois dès 1866. Ensuite, en 1875, le malletier dépose le brevet d’une serrure de sûreté composé d'un système de fermeture formé de deux clefs distinctes à simple ou double panneton (la partie destinée à actionner la serrure), puis une deuxième, carrée, qui fait un quart de tour et bloque complètement le verrou.
Moynat et les Expositions Universelles
Moynat a été un des malletiers le plus présent dans les Expositions Universelles. La maison participe à l’événement depuis la deuxième édition parisienne qui se tient en 1867. Inaugurée par l'Empereur Napoléon III et l'Impératrice, cette édition a été connue comme Exposition Universelle d’Art et d’IndustrieCatalogue Général de l'Exposition Universelle de 1867.
Les créations de la maison sont sélectionnés par les organisateurs et ensuite appréciés par les plus de 11 millions de visiteurs qui arpentent les pavillons montés sur le Champ-de-Mars. La maison Moynat participe ensuite à l'Exposition universelle de 1900 à Paris, puis à Turin, en 1911, où les Coulembier ont même fait partie du jury. Deux ans plus tard, en 1913, la maison remporte un grand succès à l’Exposition Universelle de Gand, où Messieurs François et Lavergne, artisans de longue date des ateliers Moynat, reçoivent chacun une médaille d'Or pour récompenser leur talent. Leurs collègues Charles Grossetête et Henri Soulas rentrent à Paris avec une médaille d'Argent chacunBureau international des expositions.
Mais c’est en 1925, lors de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels, que Moynat bat tous les records. La maison, qui connaît un grand succès notamment grâce à ses malles automobiles recueille 5 médailles d'or, 6 médailles d'argent et 2 médailles de bronze, un palmarès qui place Moynat à la tête des malletiers françaisJournal officiel de la République française, 5 janvier 1926.
La vedette de la participation de la maison à l’exposition internationale est la « malle de maroquin rouge », un objet rare dessiné par le jeune directeur artistique Henri Rapin. La malle, qui remporte le Diplôme d'Honneur de l’événement, marque la fructueuse collaboration entre l’artiste et le malletier.
Cet objet, qui mélangeait les savoir-faire de la maroquinerie, la marqueterie, la boiserie, et la bijouterie, fédérait ce qu'il y avait de plus pointu et créatif dans les arts appliqués de l'époque. Entièrement décorée par des clous, elle rendait hommage aux premières malles qui ont succédé aux coffres.
La collaboration avec Henri Rapin
En 1905, la Maison Moynat entame une longue collaboration avec l’artiste Henri Rapin. Alors qu'il sort de l'École Nationale des Beaux-artsManufacture nationale de Sèvres, Jules lui demandera d'illustrer les catalogues de la maison. Ensuite il réalise différentes étiquettes sur le thème du voyage qui deviennent une signature discrète à l’intérieur des malles Moynat.
thumb|left|Un des logos Moynat dessiné par Henri Rapin. thumb|Le logo triangle Moynat dessiné par Henri Rapin. Entre 1905 et 1910, Henri Rapin traduit la poésie du voyage en réalisant les logotypes de la Maison, qui mettent en scène les moyens de transport de l’époque. Diligences, trains, paquebots, voiture ou encore l’avion fendant les airs illustrent les créations, qui deviennent les emblèmes de Moynat.
C’est aussi Henri Rapin qui dessine un motif pour la maison, un besoin de signe distinctif à un moment de l’histoire où la maison Moynat commence à être copiée. C’est ainsi que l’artiste imagine une trame formée par un enchainement de lettres M. Si l’initiale de la Maison est immédiatement reconnaissable, son enchevêtrement dessine un motif élégant et sobre, comme le souhaitait Jules Coulembier quand il donne carte blanche à l’artiste.
La collaboration artistique d'Henri Rapin avec Moynat dure presque trois décennies.
Produits et Caractéristiques Les malles sur mesure