thumb|Le plus grand sapin de Noël allemand de l'année 2008 à Francfort-sur-le-Main.

Le sapin de Noël ou arbre de Noël est un arbre décoré, souvent un conifère à feuilles persistantes ou un arbre artificiel d'apparence similaire, associé à la célébration de Noël.

La coutume de l'arbre de Noël apparaît dans les sources écrites à la fin du Moyen Âge dans les pays de culture germanique, en des lieux assez éloignés ce qui suggère une origine possiblement plus ancienne. Il s’agissait dans un premier temps d'un arbre érigé au centre d'une ville ou d'un village. Au cours du , les protestants allemands transportent l'arbre, souvent une simple branche, dans leurs foyers pour des célébrations domestiques. À l'origine plutôt réservée aux classes supérieures, la tradition de l'arbre de Noël se popularise dans la seconde moitié du à travers le reste de l'Europe et l'Amérique du Nord.

Aujourd'hui, il existe une grande variété d'ornements, tels que des guirlandes, des boules et des cannes de bonbon. L'arbre est souvent éclairé, autrefois par des bougies et aujourd'hui par des systèmes électriques. Un ange ou une étoile peut être placé au sommet de l'arbre pour représenter l'ange Gabriel ou l'étoile de Bethléem, symboles de la Nativité. Les symboles comestibles tels que le pain d'épice, le chocolat et diverses sucreries sont attachés aux branches avec des rubans.

Histoire vignette|redresse=1|Boniface abattant le chêne de Thor.

Origines mythiques Les origines de la tradition du sapin de Noël ont longtemps interrogé les chercheurs et si la recherche a désormais établi que celle-ci puisent dans une combinaison de traditions liturgiques médiévales et de patronage de guildes auprès des communautés locales d'Europe centrale avant d'évoluer en pratique privée à partir du , on a longtemps échafaudé des théories spéculatives qui ne reposent sur rien de tangible mais servent certains desseins confessionnels, nationalistes ou idéologiques. Néanmoins, ces « fantasmes historicistes » sur l’arbre de Noël demeurent largement répandus et restent aujourd'hui encore abondamment relayés par les médias contemporains.

Ainsi, au , certains érudits allemands ont développé — à tort — l'idée selon laquelle l’arbre pouvait être attribué à la tradition païenne remontant à l’Antiquité germanique, à l'instar du théologien protestant Johannes Marbach qui, dans le premier ouvrage d'importance paru sur le sujet en 1858 et ayant fait florès, affirme sans avancer d'élément probant que non seulement l'arbre était une coutume populaire allemande préchrétienne, mais encore que cette tradition atteste d'une nation dont les traditions historiques remontent à la préhistoire.

On retrouve cette théorie d'une coutume teutonique préchrétienne chez différents auteurs allemands comme , un érudit juif converti au protestantisme (1861) et (1893). L'objectif est de démontrer que les prétendues racines païennes teutoniques de l’arbre, symbole d'une identité allemande unifiée, en font un symbole commun à tous les Allemands. vignette|L'arbre de Noël de Martin Luther, gravure sur acier de James Bannister d'après un original de Carl August Schwerdgeburth, Sartain's Magazine, vers 1860. D'autres auteurs encore ont relié les origines de l'arbre de Noël à la tradition catholique médiévale : par exemple, selon une légende, Boniface de Mayence, l'« apôtre des Germains », aurait abattu d’un coup de hache un chêne dédié à Thor pour en utiliser le bois afin d'ériger une chapelle ; mais la source originale ne mentionne pas plus l'existence d'un sapin à feuilles persistantes qu'une période particulière de l'année, ni aucune allusion de Boniface liée à la fête de la Nativité. Suivant un développement de la légende, Boniface se serait appuyé sur la forme conique du sapin pour enseigner la notion de Trinité..

Au , on a également forgé une légende apocryphe tentant d'attribuer au réformateur Martin Luther la paternité de la tradition : ce dernier, attiré lors d’une promenade par le scintillement des étoiles à travers les branches des conifères, aurait ramené un sapin chez lui, qu'il aurait illuminé de bougies à Noël, une légende popularisée par une gravure de datant de 1856, contemporaine du début de la popularisation de l'accessoire bientôt indispensable à cette célébration.

Premières attestations En dehors de ces origines mythiques, et bien que l'on ne puisse précisément dater son apparition au Moyen Âge tardif dans les pays germaniques, on en trouve une attestation à partir du début du dans les cérémonies de fin d'année des guildes germaniques et livoniennes, mais il est vraisemblable que ces pratiques préexistent de plusieurs décennies avant leurs attestations. vignette|Kermesse de la Saint-Georges autour d'un Arbre de Mai, Pieter Brueghel le Jeune, . L'apparition d'implantation de conifères dans l'espace public est probablement à rattacher à la pratique des « mais », répandue à travers l'Europe et qui consiste à ériger un végétal voire un simple mât vers le début du mois de mai, pour célébrer le retour de la vitalité du bois. Les sources attestent de pratiques similaires au mois de décembre en Alsace ainsi que dans la Forêt-Noire, qui portent alors le nom de « mai d'hiver » ou « mai de Noël ».

La première mention retrouvée à ce jour figure dans les archives de Fribourg-en-Brisgau qui évoquent en 1419 un sapin décoré de pommes, gaufrettes, pain d'épices et guirlandes installé à l'initiative des garçons-boulangers l'hôpital du Saint-Esprit ; il est porté dans une procession musicale à Noël, précédé de la bannière de la guilde et d'un énorme craquelin, et est secoué afin que les pauvres puissent en ramasser les gâteaux et les fruits qui le décorent. Les archives attestent peut-être en 1442 de la présence d'un sapin autour duquel danser devant la maison communale de Tallinn, en Estonie, mais la nature de l'objet désigné par le terme bom n'est pas claire, pouvant désigner un arbre, un mât ou un poteau décoré. Deux ans plus tard, il est fait mention de l'installation à Noël d'un étendard planté de houx et de lierre sur une place de Londres.

Le plus ancien témoignage connu à Strasbourg concernant un sapin de Noël figure dans un document datant de 1492, conservé aux archives de StrasbourgArchives de Strasbourg, fonds de l’œuvre Notre-Dame, 1 OND 85 f°92v., qui mentionne l'achat par l'Œuvre Notre-Dame pour deux florins de neuf sapins pour les neuf paroisses de la ville afin d'« accueillir la nouvelle année ». À Riga, en Lettonie, on affirme qu'à l'initiative d'une guilde de commerçants étrangers nommée « Têtes-Noires », un sapin a été dressé devant l'hôtel de Ville pour le solstice d'hiver 1510. Décoré par les enfants avec de le laine, de la paille et des pommes, il est ensuite brûlé pendant le Carême. Une même activité est attestée une fois encore à Tallinn en 1514, là encore à l'initiative d'une guilde marchande. À Brême, en 1570, c'est à nouveau une guilde qui installe un sapin orné de pommes, de noix, de bretzels et de fleurs en papier dans sa salle de réunion…

Dans sa Chronique de Sélestat en allemandLe manuscrit de 234 folios est conservé à la Bibliothèque humaniste de Sélestat sous la cote Ms 273, cf. ., l'échanson Balthasar Beck (1580-1641) décrit au début du la décoration du sapin :

On voit ainsi que les corporations des jouent un rôle important dans la présentation de l'arbre de Noël au public mais aucun de ces arbres n'est dédié à un usage domestique.

Mais il existe des indices indirects d'un tel usage dans la région alsacienne dès le : en 1521, un édit municipal autorise les gardes forestiers de Sélestat à laisser les habitants couper de petits sapins pour Noël tandis qu'un témoignage de 1531 fait référence à des conifères vendus sur les marchés à des particuliers qui les ramènent chez eux. Par ailleurs, les réglementations (Alsace, 1561) voire les interdictions (Fribourg, 1554) concernant l'abattage des arbres semblent attester d'un usage qui s'est répandu. Une source strasbourgeoise décrit en 1605 la manière qu'on les habitants d'installer chez eux des sapins décorés de roses en papier, de pommes, de gaufrettes plates, de bonbons dorés et de figurines en sucre, et c'est dans le cadre d'une interdiction d'abattage, à Turckheim en 1611, qu'il est fait pour la première fois mention d'un « arbre de Noël » (Weihnachtsbaum).

La critique de la tradition par les autorités religieuses semble également attester de la diffusion d'une pratique que dès les années 1640 le théologien strasbourgeois Johann Konrad Dannhauer déplore en ces termes :

Premières représentations vignette|300x300px|Cadeaux de Noël, Nikolaus Hoffman, c. 1765, Gemäldegalerie Alte Meister. Réalisé entre 1760 et 1770 dans la région de Darmstadt, le tableau du peintre allemand Nikolaus Hoffman (1740-c.1823)Cet élève du peintre baroque Johann Seekatz (1719-1768) a longtemps été erronément appelé Nikolaus « Hartmann » ; cf. S.Heraeus, op. cit., 2003 intitulé Weihnachtsbescherung (« Cadeaux de Noël») constitue l'un des premiers exemples répertorié figurant la coutume du sapin de Noël décoré et de la célébration de Noël en tant que fête familiale domestique à tendance profane, avec des cadeaux pour les enfants qui sont le centre de la fête.

L'« arbre » à proprement parler consiste en une grande branche de pin ornée de bougies scintillantes et de boules colorées, au milieu desquelles trône une figure d'ange, bien en évidence au centre du tableau. Au , cette tradition des « arbres à bougie » est encore réservée aux classes aisées ; il faut attendre le siècle suivant pour qu'elle se diffuse plus largement dans la population et devienne un symbole incontournable de la célébration de Noël. Certaines représentations du attestent de l'usage non pas de conifères mais bien de feuillus, voire d'un arbre fruitier agrémenté d'un Christkindel et orné de figurines en sucre d'orge, de fruits dorés et recouvert d'un filet doré couvert de noisettes peintes, un type de décoration appelé Barbarabaum en Franconie où l'arbre est implanté le , jour de la sainte Barbe, en vue d'une floraison à Noël.

Diffusion vignette|300x300px|Scène de Noël d'une famille à Philadelphie autour d'une table sur laquelle est posé un arbre de Noël de houx, dessin de John Lewis Krimmel, c. 1812, Winterthur Museum. L'arbre de Noël ne devient une tradition profondément enracinée en Allemagne qu'à partir du (aussi bien dans les familles protestantes que catholiques) ; néanmoins il semble que des colons allemands l’avaient emporté en Amérique du Nord lors de leur établissement en Pennsylvanie dès la fin du . L’immigration germanique constitue ainsi un facteur majeur dans la diffusion de la pratique aux États-Unis puis à un transfert culturel des traditions allemandes liées à l'arbre.

L’apparition d’un arbre de Noël domestique aux États-Unis est documentée pour la première fois dans les années 1810 par une esquisse de John Lewis Krimmel représentant une famille réunie autour d’un petit arbre de houx posé sur une table, décoré de biscuits, de fruits et de figurines, surplombant une scène de village en miniature, suivant la tradition morave. Des autrices américaines comme Harriet Martineau, Catherine Sedgwick ou Margaret Fuller popularisent l'arbre de Noël dont la décoration devient un projet familial partagé dont le seul but est de susciter l’émerveillement et le plaisir. vignette|Arbre de Noël au château de Windsor, dessin de J. L. Williams pour The Illustrated London News, 1848.