René Belbenoît, né le à et mort le à Lucerne Valley, est un prisonnier et bagnard français. Il est connu pour avoir été emprisonné à l'île du Diable en Guyane et s'en être échappé.

Biographie Enfance Fils de Louis Marie Émile Belbenoît (Saint-Vit, 1868- Saint-Vit, 1929), employé de chemin de fer, et de Christine Louise Daumière, René Belbenoît naît le au 123, rue du Chevaleret à Naissance, Paris , 22 mars 1899 (acte ) au11 avril 1899 (acte ), cote V4E 9553, , acte .

Lors de son enfance, dans les années 1900, Belbenoît est abandonné par sa mère, Louise Daumière, trois mois après la naissance, lorsqu'elle obtient le poste de gouvernante dans la famille du Tsar de Russie. Elle est décrite comme jeune, ambitieuse et autoritaire, des traits qui la poussent à privilégier sa carrière et son désir d'ascension sociale au détriment de son rôle de mère. La relation de René Belbenoît avec sa mère figure lointaine et presque étrangère sera un des tournants de sa vie :Je crois que mon destin a été marqué le jour où ma mère abandonna mon père et est partie pour la Russie.— Dry Guillotine: Fifteen Years Amongst the Living Dead (1938), Introduction, .

Cette situation d’abandon laisse René uniquement sous la garde de son père, un homme modeste, humble et attaché à son métier de mécanicien en chef, qu’il exerce avec passion et fierté. Contrairement à la mère, qui reproche à son mari son manque d’ambition, le père de René est décrit comme un homme simple et satisfait de sa vie professionnelle. Le père de Belbenoît, Louis Belbenoît, qui travaille comme conducteur de train du Paris-Orléans Express, est rarement à la maison et ne peut élever le jeune René seul. Belbenoît est alors envoyé vivre chez ses grands-parents.

Le il est condamné à Tarascon à l’âge de « pour vol et infraction aux chemins de fer » à Tarascon dans le département des Bouches-du-Rhône.

En 1911, lorsque Belbenoît a , ses grands-parents meurent subitement et, à nouveau sans soutien parental, est envoyé chez son oncle à Paris. L’introduction de Dry Guillotine: Fifteen Years Amongst the Living Dead, mentionne que son oncle était manager au Café du Rat Mort, situé Frochot. dans le 9ème arrondissement, quartier de Pigalle. Belbenoît louait avec son oncle une chambre au-dessus du café.

Entre 1913 et 1916, Belbenoît travaille dans une boîte de nuit populaire, le Café du Rat Mort, place Pigalle, à Paris. Lieu haut en couleur sur la place Pigalle, fréquenté par les peintres et les sculpteurs et ainsi nommé parce que l’un d’eux avait peint le cadavre d’un rat sur l’une des murailles. « Le Rat Mort était fréquenté par des actrices et des demi-mondaines vêtues de robes somptueuses et couvertes de bijoux. Montmartre était le grand centre des réjouissances parisiennes. Les plus connus d’entre les fêtards d’Europe, les femmes les plus convoitées et les plus richement entretenues fréquentaient chez son oncle. » — Dry Guillotine: Fifteen Years Amongst the Living Dead (1938), Introduction, .

Adolescent livré à lui-même, il fait vite connaissance avec la justice pour de petits vols à l'étalage en 1916 et n'échappe pas à la maison de correction. Son dossier de matricule de bagnard précise qu’il a été condamné par le Tribunal de la Seine le pour abus de confiance et envoyé en colonie pénitentiaire pour juvénile jusqu’à sa majorité. À cette époque la majorité était fixée à depuis la promulgation du Code Civil Napoléonien du . vignette|Prison de la Petite Roquette, Paris|gauche Son registre de Matricule de la Seine mentionne que son adresse est la « prison de la Petite Roquette » à Paris ( 168 rue de la Roquette dans le 11ème arrondissement). Il y était enfermé sous le régime de la colonie pénitentiaire juvénile comme Jean Genet plus tard en 1925, avant son orientation à la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray. L’institution avait pour objectifs la rééducation et double vocation punitive et éducative, bien que dans la pratique, les conditions étaient souvent proches de l’enfermement carcéral classique.

Le il est à nouveau condamné pour vol par le même tribunal et confirmé en colonie pénitentiaire jusqu’à sa majorité.

Carrière militaire

Première guerre mondiale De 1916 à 1917, Belbenoît sert dans l'armée française, lors de la Première Guerre mondiale. Âgé de , il survit à la bataille de Verdun, qui fait et dans les camps français et allemand.

Belbenoît devance l'appel en 1918, à l'âge de , et effectue son Service militaire pendant que l'Armée française signe l'Armistice entre la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne le 11 novembre 1918. Il quitte l'armée en 1920.

Il existe deux dossiers de service militaire pour René Belbenoît. Le premier, issu du registre de la Seine., le mentionne sous le numéro de matricule 5322. En France, les conscrits étaient enregistrés dans leur lieu de naissance, ce qui déterminait leur lieu d'incorporation militaire selon la division administrative appelée « département ». Il est précisé qu'il devait rejoindre le d'infanterie le , à l'âge de . La Chambre des députés française avait approuvé, le , l'incorporation anticipée de la classe 1919 au printemps 1918, soit un an avant le calendrier habituel.

Cependant, ce même dossier indique que Belbenoît a été exempté le , ayant été enrôlé à la station militaire des Bouches-du-Rhône (Marseille) sous le numéro de le pour la classe 1919.

Comme Belbenoît se trouvait à Marseille en 1918, on peut émettre l’hypothèse qu’il bénéficia d’une mesure de libération ou de clémence liée au décret sur la conscription du pour sortir de la colonie pénitentiaire. Dans ce dossier du registre du matricule de la Seine, la profession de Belbenoît est indiquée comme « matelot ».

Néanmoins la fiche du registre des Matricules de Marseille, mentionne sa profession comme « garçon de café » et note sa taille de . Le , il fut affecté au d'infanterie comme soldat de deuxième classe (numéro de matricule 16964) le . Les archives du d'infanterie montrent que, de juillet à , le régiment était actif dans l'Armée d'Orient, combattant sur le front macédonien entre la Bulgarie et la Roumanie.

Or, le , Belbenoît fut transféré au d'infanterie (numéro de ). Dans l'introduction de Dry Guillotine: Fifteen Years Amongst the Living Dead (), Belbenoît affirme qu'il s'est rendu en Belgique et a été promu caporal du près de Roulers le .

Cette affirmation est sujette à caution, car la bataille de Roulers fit partie des opérations de la bataille de Courtrai les 14 et , alors que Belbenoît était encore avec le et probablement stationné au dépôt régimentaire plutôt qu'avec l'Armée d'Orient en Europe de l'Est. Le d'infanterie a obtenu le droit d'inscrire « Roulers 1918 » sur son drapeau régimentaire, ce qui a peut-être conduit Belbenoît à associer cet honneur à son service, s’attribuant d’avoir participé à cet événement.

Belbenoît fut ensuite incorporé au d'infanterie le (numéro de ). À cette époque, le 409ème était stationné autour de Sarrebruck, en Allemagne.

Des transferts de personnel eurent lieu avant la dissolution du 409ème, Belbenoît fut transféré au 415ème régiment d'infanterie le (numéro de matricule inconnu). Les dossiers régimentaires du 409ème regiment d’infanterie suggèrent dès le mois de juillet des transferts au pour servir dans l'Armée d'Orient. Le , cinq hommes, peut-être y compris Belbenoît, furent transférés au dépôt régimentaire d'Antibes, en France. Les autres cent vingt-trois autres hommes furent envoyés au dépôt de Lens, ce qui soutient l'hypothèse que Belbenoît a peut-être volontairement choisi de servir dans l'Armée d'Orient. Le d'infanterie fut dissous le .

Campagne du levant et rapatriement en France Le 415ème régiment d'infanterie était destiné à la Syrie en pour établir la domination française sur les anciens territoires ottomans. Ses unités débarquèrent à Beyrouth entre le et le . À partir de , le régiment de Belbenoit participa aux combats en Cilicie contre les nationalistes turcs. La première confrontation du d'infanterie eut lieu lors des incidents à Kadmous et Mrékeb le . Le , des événements violents éclatèrent à Mezrant Ech Chouf ; une compagnie y fut dépêchée et, en décembre, une autre compagnie fut envoyée en garnison à Saïda et Djedeide (Merdjayoum) au sud du Chouf. Au début de 1920, le régiment fut rattaché à la du Levant et combattit en Syrie contre le royaume arabe. L'armistice du suspendit les hostilités avec les nationalistes turcs de Mustafa Kemal, mais les nationalistes arabes, partisans de l'émir Fayçal, provoquèrent des incidents à Damas. Le d'infanterie fut l'un des régiments engagés dans la bataille de Khan Mayssaloun le .

Dans Dry Guillotine: Fifteen Years Amongst the Living Dead () Belbenoît affirme avoir été nommé sergent-chef à Alexandrette au régiment de tirailleurs après la capture de Alep en faisant suite à la bataille de Khan Mayssaloun. Mais son registre militaire ne mentionne pas une telle affectation et promotion avant son envoi en Syrie. Belbenoît aurait été démobilisé à la mi-1920 pour raison médicales et envoyé en convalescence en France. Interné médical à l’hôpital Percy de Clamart il obtient une autorisation de sortie en . Il semble qu’il obtint un congé médical car il fut rappelé par le d'infanterie le mais ne se présenta pas. Un ordre de route fut émis, exigeant qu'il se présente entre le et le , mais il ne s'y conforma pas. Le , il fut déclaré « manquant » et plus tard noté comme « insoumis » (absent ou refusant de se présenter). Il fut retiré de la liste des insoumis le , après avoir été arrêté le pour cambriolage.

Cambriolages et vols à l'étalage Lors de la période 1920/1921, Belbenoît commet de nombreux cambriolages et vols à l'étalage. Il commet ses forfaits à Tours, Saint-Nazaire, Chartres, Nantes et Dijon, souvent dans une entreprise qui l'emploie ou qui l'a employé. Âgé de à à l'époque des faits Belbenoît fait un nombre important de victimes. Il n'a pas de critère particulier dans le choix de ses proies, qu'il peut connaître très bien, assez bien, modérément, peu, voire pas du tout.

Sur son registre de matricule militaire, l'adresse de Belbenoît enregistrée le était la gendarmerie de Besançon.

En , Belbenoît commence à travailler dans un restaurant de Besançon comme plongeur, pour huit francs par jour avec chambre et repas. Après y avoir travaillé seulement , Belbenoît vole un portefeuille contenant , puis une motocyclette avec laquelle il quitte Besançon et part s'installer à Nantes.

Lorsqu'il arrive à Nantes en , Belbenoît trouve du travail comme valet de chambre au château Ben Ali, propriété de la comtesse d'Entremeuse. Malgré la bienveillance de son employeur, Belbenoît ne travaillera qu'un mois au Château.

En , alors qu'il travaille au Château Ben Ali, Belbenoît profite de sa position pour voler les perles de la comtesse d'Entremeuse ainsi qu'un peu d'argent qui traînait sur sa coiffeuse. Belbenoît s'enfuit à Paris, en train. Après seulement deux jours passés dans la capitale, Il part finalement pour Dijon.

Le , Belbenoît est embauché comme dans un restaurant situé à Dijon. Dès le lendemain de son embauche, Belbenoît s'introduit par effraction dans la pièce contenant la recette et dérobe dans la caisse. À la suite de son forfait, Belbenoît s'enfuit à nouveau en train à Paris. Arrivé là, Belbenoît envoie une lettre à sa patronne dans laquelle il la remercie pour les . La patronne dépose plainte et la police parvient, à l'aide du tampon de la Poste, à remonter jusqu'à René Belbenoît, , recherché par la police de Tours, Saint-Nazaire, Chartres, Nantes et Besançon.

René Belbenoît est arrêté à Paris, le , et placé en détention provisoire.

Condamnation au bagne de Cayenne