, né le à Grombalia, est un homme d'État tunisien. Il est président de la République du au .
Il fonde et préside le Congrès pour la République (CPR) de 2001 à 2011, année de son élection à la fonction de président de la République tunisienne par les membres de l'Assemblée constituante. Il est battu au suffrage universel direct, au second tour de l'élection présidentielle de 2014, par Béji Caïd Essebsi. À nouveau candidat en 2019, il arrive en onzième position au premier tour.
Il est également écrivain, médecin et militant des droits de l'homme.
Jeunesse et formation Né le à Grombalia., il suit ses études secondaires au collège Sadiki entre 1957 et 1961. À l'indépendance, les vicissitudes de la politique contraignent sa famille à l'exil et c'est au Maroc qu'il achève sa scolarité.. Jeune, il voyage en Inde pour étudier la résistance non-violente du Mahatma Gandhi.. Lauréat en 1963 du prix du concours général en arabe, il obtient son baccalauréat au lycée Regnault en 1964 et reçoit une bourse universitaire pour poursuivre ses études en France., où il devient docteur en médecine à la faculté de médecine de l'université de Strasbourg en 1973Sa thèse portant sur l'expérimentation humaine est soutenue sous la direction du professeur Marc Klein..
Lorsqu'il est interne des hôpitaux universitaires de Strasbourg, il reçoit la médaille d'argent de l'internat.. À la faculté de médecine de Strasbourg, il se spécialise en médecine interne, neurologie et santé publique. De 1977 à 1979, il est chef de clinique à la Médicale B à Strasbourg, rattachée au professeur et doyen Marc Dorner.
Carrière scientifique En Tunisie De retour en Tunisie en 1979 après ses études en France, il choisit de faire une carrière scientifique en médecine et devient assistant hospitalo-universitaire au service de neurologie du centre hospitalo-universitaire de La Rabta à Tunis... Il y travaille sur plusieurs thèmes dont l'épilepsie.., le profil épidémiologique et la prévention des accidents cérébraux chez l'enfant handicapé.
En 1982, il change de spécialité et obtient une agrégation en médecine sociale. Il devient alors professeur agrégé hospitalo-universitaire en santé publique à la faculté de médecine de Sousse. Néanmoins, il ne devient professeur universitaire en santé publique à la même faculté qu'en 1991 en raison de ses activités politiques.. Ces engagements politiques lui valent aussi la dissolution de son service de médecine communautaire en 1992, son interdiction de faire des vacations en neurologie dans les cliniques de sécurité sociale en 1994, son interdiction de recherche en 1995, et finalement son licenciement de la faculté en en raison d'un congé non validé.
Malgré cette pression durant sa carrière à la faculté de médecine de Sousse, il réussit à conduire et à contribuer à certaines études épidémiologiques et travaux de recherche en santé publique... et crée même le premier DESS en médecine communautaire de sa faculté (non accrédité par l'État) en 1996.
En France Après son licenciement de la faculté de médecine de Sousse en 2000, le cabinet du ministre français de l'Éducation nationale, Jack Lang, propose au doyen de la faculté de médecine de l'université Paris-XIII de l'embaucher comme professeur invité de santé publique.. Le doyen contacte alors Antoine Lazarus, chef de service de santé publique à l'UFR santé, médecine et biologie humaine à Bobigny, pour discuter de la proposition et, puisque le professeur Lazarus connaissait Moncef Marzouki depuis un colloque d'Amnesty International, il approuve la proposition.
Marzouki est donc professeur invité à la faculté de médecine de Paris-XIII de 2001 à 2004. Durant cette période, il jouit d'une bonne réputation en tant qu'enseignant et étudie surtout le rapport entre le respect des droits de l'homme et l'amélioration de la qualité des services de santé publique dans un pays donné..
Après son expérience à Paris-XIII, le médecin Bernard Elghozi lui propose de travailler comme chargé de mission dans le Réseau de santé de Créteil pour travailler sur l'organisation du pôle santé publique du réseau et sur la promotion de l'éducation pour la santé et la prévention. Marzouki occupe ce poste entre 2004 et 2011, tout en assurant des consultations pour les pauvres au centre Créteil Solidarités. Sa carrière scientifique se limite alors à donner des cours à l'université Paris-Est-Marne-la-Vallée durant sept ans et se termine en 2011 lors de son retour définitif en Tunisie.
Militant des droits de l'homme
vignette|Marzouki et Habib Bourguiba en 1982.
Il commence à s'engager en faveur des droits de l'homme en 1980 en entrant à la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH). En 1981, il fonde le réseau africain des droits de l'enfant.. En 1984, il est nommé membre de la commission nationale de l'attribution des cartes d'invalidité. En 1985, il est élu par le troisième congrès comme membre de son comité directeur puis, en 1987, désigné au poste de vice-président chargé de l'éducation du public et de la formation des militants à la LTDH. En 1989, il est élu à l'unanimité comme président de la LTDH.
Toutefois, le , l'organisation est dissoute à la suite de son opposition à une nouvelle loi sur les associations. Marzouki constitue alors en 1993, avec notamment Mustapha Ben Jaafar et Sihem Bensedrine, le Comité national pour la défense des prisonniers d'opinion qui est déclaré illégal. La LTDH est finalement légalisée à nouveau en mais passe sous le contrôle des partisans du pouvoir à la suite d'un « putsch ». Face aux pressions diverses, Marzouki annonce lors du congrès tenu en sa décision de ne plus briguer aucune fonction au sein de l'organisation dont il fustige la compromission avec le régime.
Carrière politique Opposant au régime Ben Ali Il décide de présenter sa candidature à l'élection présidentielle du . Pourtant, il ne parvient pas à réunir le nombre nécessaire de signatures requises afin de participer à l'électionLa vraie raison, a raconté Marzouki à la journaliste Julia Ficatier du journal La Croix du 7 février 2008, c'est que la seule candidature autorisée était celle du chef de l'État.. Dès le , il est arrêté et placé en isolement total pendant quatre mois sans avoir été jugé, n'en sortant qu'après l'intervention personnelle de Nelson Mandela qu'il a connu en 1991 à Oslo. De 1989 à 1997, il est également membre du comité directeur de l'Organisation arabe des droits de l'homme basée au Caire et membre actif de la section tunisienne d'Amnesty International. Il est désigné président de la commission arabe des droits de l'homme entre 1996 et 2000.
Le , il fonde avec un groupe de défenseurs des droits de l'homme le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) dont il devient le premier porte-parole, poste qu'il occupe jusqu'au . Par la suite, les persécutions prennent une tournure de plus en plus grave : interdiction de voyager, arrestation en pleine rue, convocations devant le juge d'instruction, vol de voiture. En , à la suite de son licenciement de son poste de professeur à la faculté de médecine de Sousse, Marzouki bénéficie d'un soutien national et international sans précédent dû à son parcours de militant, de penseur et de défenseur des droits de l'homme. Il est condamné le à une peine globale d'un an de prison : huit mois au titre de son appartenance au CNLT, qui poursuit ses activités en dépit du refus de visa du ministère de l'Intérieur nécessaire à une existence légale, et quatre mois pour « diffusion de fausses nouvelles de nature à troubler l'ordre public », à savoir la critique de la gestion opaque du Fonds de solidarité nationale placé sous le patronage du président de la République..
Pendant cette période, il est interdit de voyage et maintenu en résidence surveillée dans sa maison de Sousse. Il préside à partir du le Congrès pour la République, parti qu'il a fondé et qui n'est pas reconnu par les autorités tunisiennes avant la révolution tunisienne.. En 2001, le président Jacques Chirac le fait libérer et venir en France, , rapporte-t-il, . Malgré trois tentatives de retour en Tunisie, il décide de n'y revenir définitivement qu'après un changement de gouvernement. Au cours de ces années d'exil, il travaille comme consultant dans un réseau de santé de Marne-la-Vallée, dans les quartiers maghrébins réputés difficiles, se promettant ..
Il y défend l'État de droit, les libertés fondamentales et l'égalité des sexes, dénonçant la misère sociale et les inégalités régionales. Ancré à gauche, il amorce en 2003 un rapprochement avec Ennahdha, mouvement qu'il qualifie de « conservateur avec une connotation religieuse », avec la signature de la Déclaration de Tunis. Le , il annonce sa candidature à l'élection présidentielle, alors que le président déchu, Zine el-Abidine Ben Ali, est en fuite.. Il rentre de son exil le lendemain. Le , la légalisation de son parti est annoncée..
Lors de l'élection de l'Assemblée constituante du , premières élections libres organisées depuis l'indépendance, son parti obtient la seconde place en nombre de sièges, derrière le parti islamiste Ennahdha. Lui-même est élu dans la deuxième circonscription de Nabeul.
Durant la campagne, il affirme l'identité arabo-musulmane du pays, accusant ses adversaires d'être « la vieille gauche laïcarde et francophone, totalement déconnectée des vrais problèmes de la société tunisienne »..
Président de la République
vignette|Marzouki aux côtés de Hamadi Jebali, à l'Assemblée constituante. vignette|Moncef Marzouki au Royal Institute of International Affairs à Londres.
Le , sa candidature à la présidence de la République est annoncée.. et ce dans le cadre d'un accord tripartite entre Ennahdha, le CPR et Ettakatol.. Il est élu le par les constituants avec pour, trois contre, deux abstentions et blancs, succédant ainsi à Fouad Mebazaa, dans l'attente de la rédaction de la nouvelle Constitution et de l'organisation d'une élection présidentielle..
Il prend ses fonctions le lendemain, lors d'une cérémonie officielle au palais présidentiel de Carthage, où il est reçu par le président sortant.. Il démissionne le même jour de la présidence de son parti, conformément à la loi portant organisation provisoire des pouvoirs publics, les médias annonçant qu'il laisse la présidence à son numéro deux, Abderraouf Ayadi.. Même s'il est annoncé le que Tahar Hmila devient secrétaire général par intérim., le parti confirme le la nomination d'Ayadi au même poste intérimaire.. Le , le CPR le désigne au poste de président d'honneur..
Politique intérieure
vignette|Marzouki avec Mustapha Ben Jaafar et Ali Larayedh lors de la signature de la Constitution le .
Le , il reçoit Hamadi Jebali, secrétaire général du parti Ennahdha et candidat au poste de chef du gouvernement, et lui demande de former un gouvernement en application de l'article 14 de la loi portant organisation provisoire des pouvoirs publics.. Jusqu'à la nomination de celui-ci, le gouvernement de transition continue de gérer les affaires courantes.
Le , il annonce que les palais présidentiels seront vendus aux enchères publiques, à l'exception du palais de Carthage, précisant que les revenus seraient affectés à la promotion du secteur de l'emploi.. Il annonce également la restitution aux musées nationaux des pièces archéologiques se trouvant dans le palais présidentiel de Carthage..
Le , il décide de libérer à l'occasion de la fête de la République..
Le , il accorde un entretien à Al Jazeera durant laquelle il met en garde , déclarant que , par un coup d'État par exemple, ils feraient face à et risqueraient par conséquent des ... Ces déclarations lui valent plusieurs réactions, surtout à l'Assemblée constituante où des membres préparent une motion de censure contre lui, comme l'indique Samir Taïeb sur les ondes de Mosaïque FM..
Politique étrangère