Pilote est un magazine hebdomadaire de bande dessinée français publié d' à . Dans ses premières années, c'est un magazine jeunesse diversifié qui, outre de la bande dessinée, publie des nouvelles, romans, jeux, blagues et reportages en tous genres. La bande dessinée prend cependant une place de plus en plus importante au milieu des années 1960 et occupe plus de 80 % du périodique dès la fin de la décennie.

Créé par, entre autres, René Goscinny, Albert Uderzo, François Clauteaux (l'initiateur du projet), Jean-Michel Charlier, Jean Hébrard, René Ribière et Charles Courtaud. Il est racheté par Dargaud dès 1960, ce qui permet de faciliter son développement. Destiné aux jeunes adolescents à son lancement, Pilote modernise profondément la presse jeunesse dans les , avant de s'orienter progressivement vers un public plus âgé, notamment lorsqu'il devient mensuel en 1974. En 1986, Pilote fusionne avec Charlie mensuel pour former Pilote & Charlie. Redevenue Pilote en 1988, la revue disparaît l'année suivante, dans un contexte de crise généralisée des mensuels de bande dessinée.

Pilote a eu une influence déterminante sur la bande dessinée française et sur le marché éditorial français, les fondateurs de L'Écho des savanes, Métal hurlant et Fluide glacial en étant issus. C'est dans cette revue qu'ont été créées de nombreuses séries à grand succès, au premier rang desquelles Astérix d'Albert Uderzo et René Goscinny, Tanguy et Laverdure de Jean-Michel Charlier et Uderzo puis Jijé, Achille Talon de Greg, Blueberry de Jean Giraud et Charlier et Valérian de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin.

Vingt et un auteurs réguliers de Pilote ont obtenu le Grand prix de la ville d'Angoulême : Jijé, Jean-Marc Reiser, Fred (Philémon, Timoléon), Giraud/Moebius, Claire Bretécher (Cellulite), Jean-Claude Forest (Hypocrite), Mézières, Jacques Tardi, Jacques Lob, Enki Bilal, Philippe Druillet, Hugo Pratt, René Pétillon, Max Cabanes, Marcel Gotlib (Les Dingodossiers avec Goscinny puis la Rubrique-à-brac), Morris (Lucky Luke avec Goscinny), Gérard Lauzier, Nikita Mandryka (Le Concombre masqué), Uderzo, Martin Veyron et Baru. Même Marijac, Paul Gillon et Frank Margerin, récompensés par ce prix entre 1977 et 1994, avaient collaboré à Pilote pendant au moins trois ans.

Charlier y a également créé avec MiTacq Jacques Le Gall et Goscinny avec Jean Tabary Valentin le Vagabond puis Iznogoud. Ont également été publiés dans Pilote Le Grand Duduche de Cabu, Norbert et Kari de Christian Godard, Sergent Laterreur de Touïs et Frydman, Le Génie des alpages de F'Murrr, Jonathan Cartland de Michel Blanc-Dumont et Laurence Harlé qui reçurent le Prix du Meilleur Album de l'Année en 1988 au Festival BD d'Angoulème pour l'album : Les Survivants de l'Ombre et Le Vagabond des limbes de Julio Ribera et Godard. Parmi les collaborateurs réguliers de la revue de 1959 à 1989 figurent également : Martial, Guy Mouminoux/Dimitri, Guy Vidal, Gébé, Jean Mulatier, Alexis, Daniel Billon, Jean-Claude Morchoisne, Yves Got, Patrice Leconte, Jean Solé, Jean-Pierre Dionnet, Sirius, Annie Goetzinger, Philippe Bertrand, Floc'h, Jean-Pierre Gibrat, Jean-Pierre Autheman et Philippe Petit-Roulet.

Depuis , cinq hors-série thématiques de Pilote sous-titrés « Pilote, le journal qui s'amuse à revenir » ont été publiés de manière ponctuelle en fonction de l’actualité. Y sont publiés d'anciens auteurs importants du magazine et des auteurs plus contemporains.

Historique Les débuts La création L'idée de Pilote naît vers la fin 1958 d'abord à l'initiative du publicitaire François Clauteaux, puis secondé par cinq hommes de presse et de bandes dessinées qui ont l'idée de créer un journal périodique pour jeunes. Ces six hommes (dont Jean-Michel Charlier, Albert Uderzo, René Goscinny, Raymond Joly, chef du service de presse de Radio Luxembourg et Jean Hébrard), ont pour ambition de créer une sorte de où, même si la bande dessinée doit jouer un rôle important, elle ne doit pas représenter l'intégralité du journal et doit côtoyer les grands sujets d'actualité. Le premier titre avancé pour ce nouveau journal est Champion, du nom d'une émission pour les jeunes diffusée sur Radio Luxembourg.

Une première maquette est réalisée par Édifrance, sur les bases du fascicule mort-né Supplément illustré publié par cette même maison d'édition. Au sommaire de cette maquette, notamment, une adaptation en bande dessinée du Roman de Renart par Albert Uderzo et René Goscinny, mais ce projet est abandonné quand Raymond Poïvet les informe que Jean Trubert travaille sur une bande dessinée similaire. Les deux compères, obligés de trouver une nouvelle idée, se penchent sur l'Histoire de France pour trouver l'inspiration. De là naquit la série AstérixLe nom du journal, Pilote, avait été choisi dès le début par François Clauteaux..

Une fois le contenu artistique et journalistique défini, il faut réunir la somme nécessaire pour réaliser le journal. Chaque membre de la rédaction apporte sa caution et il est fait appel à de nouveaux bailleurs de fonds. Contactés par Raymond Joly, René Ribière et Charles Courtaud, deux éditeurs du Centre républicain, quotidien de Montluçon, s'associent au capital. Radio Luxembourg prend indirectement 20 % des parts par l'intermédiaire de Joly. Edifrance et François Clauteaux complètent le tour de table. Plusieurs numéros zéro du journal sont créés afin de démarcher les annonceurs. Ces numéros, conçus par Jacques Dagues, sont réalisés par les cinq ou six personnes travaillant pour le journal.. À partir du mois de , le rédacteur en chef du journal, François Clauteaux, intervient régulièrement sur les ondes de Radio Luxembourg pour annoncer la sortie prochaine du journal. Ces interventions régulières se succèdent jusqu'au , date de sortie du premier numéro..

Le premier numéro La sortie de ce , le , qui marque le lancement du magazine, est un véritable succès : le soir même, sont vendus. Imprimé sur un grand format inhabituel de , sous-titré « le grand magazine illustré des jeunes », il contient des articles sur divers sujets comme l'exploration spatiale ou l'ascension de l'Everest. Le footballeur français Raymond Kopa donne quelques conseils dans un article. Animé par Jean-Paul Rouland, Marcel Fort et Rodolphe, Le club des joueurs propose des énigmes et des expériences diverses. Les Enquêtes de l'Inspecteur Robillard sont animées par Pierre Bellemare et Marc Moallic. Une double page didactique, au centre du journal, représente un Vaisseau du Grand Siècle. Un grand concours intitulé Où est l'erreur ? est illustré par Jidéhem et parrainé par Esso..

La bande dessinée occupe une place importante, mais moindre que les rédactionnels. Certaines comme Astérix d'Albert Uderzo et René Goscinny, Le Démon des Caraïbes de Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon, Tanguy et Laverdure de Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo. et Jacques Le Gall de Mitacq et Jean-Michel Charlier marqueront le neuvième art. D'autres seront plus éphémères comme Pistolin de Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon (une série issue d'un journal du même nom qui a connu une brève existence), Bison Noir de Guy Bertret, Jacques Ledrain et Lucien Nortier (adaptation d'un feuilleton radiophonique de Radio Luxembourg), P'tit Pat de Rémo Forlani et Jacques Dagues, Jacquot le mousse de René Goscinny et Christian Godard., Mark Trent voyage dans le temps de Raymond Poïvet et Zappy Max (Ça va bouillir !) de Maurice Tillieux et Saint-Julien, pseudonyme de Hugo De Haan. René Goscinny signe aussi les récits du Petit Nicolas illustré par Jean-Jacques Sempé, une série créée auparavant dans le journal belge Le Moustique. Une série historique est aussi au sommaire avec, dans ce premier numéro, L'évasion de Jean Bart par Robert Gigi.

Les premières années Les difficultés financières Après le lancement du journal, les numéros gardent la même ligne jusqu'à la fin de l'année 1959. Le rédacteur en chef François Clauteaux est remplacé par Raymond Joly après six numéros. Dans le du , est publié un court récit humoristique intitulé Dupont de l'Alma par Jean Tabary. Rapidement, le journal devient un véritable magazine pour les jeunes avec des articles signés par les meilleurs journalistes de l'époque comme Lucien Barnier, les meilleurs sportifs de l'époque comme le footballeur Just Fontaine ou le coureur à pied Abdou Seye, et une couverture qui privilégie les photographies au dessin. Des rédactionnels spéciaux sont régulièrement publiés, sur la science, les biographies de sportifs, la musique, le cirque ou encore l'Histoire.. Les séries de bandes dessinées des débuts sont toujours au rendez-vous : L'inspecteur Robillard, après avoir animé les jeux, devient une série à part entière, Zappy Max abandonne les textes en dessous des images et passe au phylactères. Des nouveautés apparaissent comme Jehan Pistolet de René Goscinny et Albert Uderzo, Rosine de Jean-Michel Charlier et Martial., et des récits historiques comme celui d'Ivanhoé..

Malgré son succès, Pilote rencontre de graves difficultés de trésorerie : les exclusivités que réserve le journal à ses lecteurs coûtent très cher. De plus, l'agence chargée de distribuer le journal retarde énormément ses paiements. Enfin, les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne retiennent les invendus, puis les retournent en bloc après le huitième numéro. Sollicités pour apporter des fonds, les éditeurs du Centre républicain prennent peur et demandent le remboursement de leur apport initial. Pilote se retrouve dans une situation catastrophique. Hébrard, Charlier et Goscinny se mettent en quête d'un repreneur. Des éditeurs sont intéressés pour sauver le journal ; le plus sérieux est Charles Dupuis, des éditions du même nom. Déjà responsable du journal Spirou, il voit dans l'achat de Pilote le moyen de toucher un public plus âgé. Mais les deux autres membres du triumvirat de direction de Dupuis, son frère Paul et René Matthews, leur beau-frère, mettent leur veto à cette reprise. Dargaud (qui édite déjà la version française de Tintin depuis 1948) rachète l'hebdomadaire pour un franc symbolique après quelques semaines de négociations, et c'est pour le spécial Noël du que le nom du nouvel éditeur apparaît. À la fin de l'année, Denis Lefèvre-Toussaint est nommé rédacteur en chef du journal..

La reprise par Dargaud Avec l'arrivée de Dargaud, le journal change légèrement de format avec, au du , un passage au . Le contenu rédactionnel, lui, ne change pas. Des rédactionnels sur l'actualité, la science, l'histoire sont toujours présents.. Des séries présentes depuis le début du journal comme Astérix, Barbe-Rouge et Tanguy et Laverdure rencontrent un succès important et sont publiées en album dans la collection Pilote. Maurice Tillieux arrête Zappy Max (Charles Dupuis lui ayant demandé de choisir entre son contrat chez Dupuis et celui qui l'unissait à Dargaud) et Jean-Louis Devaux lui succède. De nouvelles séries éphémères font leur apparition : Pierre et Paul est publié à partir du du . et Les Divagations de Monsieur Sait-Tout à partir du du . Sont publiées aussi deux séries anglaises issues dEagle, un western de Charles Chilton et Frank Humphris, ainsi que Frazer l'Africain de Frank Bellamy et George Beardmore..

Dans le , spécial deuxième anniversaire, est publiée la série Allo ! DMA de Jean-Michel Charlier et Raymond Poïvet qui devient par la suite Guy Lebleu. Marcel Bisiaux est nommé rédacteur en chef du journal en , mais il faut attendre le mois de mai pour que la ligne éditoriale évolue. Les récits complets deviennent de plus en plus présents : certains, comme Tromblon et Bottaclou de René Goscinny et Christian Godard, ne font l'objet que de quelques histoires, mais d'autres, comme Séraphin contre Angelure de Jean Chakir créé dans le du . et surtout Valentin le vagabond de Jean Tabary créé dans le du , perdurent pendant plusieurs années. Les photos en couverture laissent peu à peu la place à des illustrations pleine page..